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8 juillet 2005 5 08 /07 /juillet /2005 23:21
Cet article livre l’interprétation que faisait Daniel Arasse de la Joconde de Léonard de Vinci. Il s’agit d’un texte qui, à l’origine, était un entretien radiophonique qui eut lieu sur France Culture. Ce texte a ensuite été publié sous le titre Histoires de peintures chez Denoël, en 2004. Nous vous en proposons des extraits qui permettent de comprendre un des tableaux les plus célèbres au monde. Un tableau qui, à l’époque, faisait scandale.
 
L’auteur :
Daniel Arasse était historien de l’art (il est décédé en 2003) et spécialiste de la Renaissance italienne. Il a été directeur d’études à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales). Il a notamment publié La guillotine et l’imaginaire de la Terreur (1997)et Léonard de Vinci, le rythme du monde (1997).
 
Quelques rappels :
La Joconde a été réalisée entre 1504 et 1514 par Léonard de Vinci. Le tableau a été commandé par un certain Francesco del Giocondo qui aurait voulu faire faire le portrait de son épouse, la Florentine Mona Lisa. La composition a finalement été achetée par François Ier.
 
 
« D’abord, la Joconde est assise dans une loggia, c’est-à-dire qu’il y a des colonnes de part et d’autre, sur les bords droit et gauche, jointes par le muret, derrière elle. Elle tourne le dos au paysage, qui est très lointain. Ensuite, elle est assise dans un fauteuil, je le sais uniquement parce que le bras gauche de la figure est appuyé, parallèlement au plan de l’image, sur un accoudoir. Mais cet accoudoir est l’unique trace du fauteuil, il n’y a pas de dossier, ce qui est étrange. Et puis le paysage à l’arrière-plan est curieux puisqu’il est composé uniquement de rochers, de terre et d’eau. Il n’y a pas une seule construction humaine, pas un arbre, il y a seulement dans ce paysage quasiment pré-humain un pont, et c’est cela qui m’a posé beaucoup de problèmes d’interprétation. Ce pont enjambe ce qui doit être une rivière, mais qu’on ne distingue pas. Or, comment se fait-il que dans ce paysage des origines il y ait déjà un pont alors que toute présence humaine a disparu ? […]
 
« En fait, ce qui me fascine, c’est ce qui lie profondément la figure au paysage de l’arrière-plan. Si vous regardez bien ce dernier, vous vous rendrez compte qu’il est incohérent, c’est-à-dire que dans la partie droite, du point de vue du spectateur, vous avez des montagnes très hautes, et tout en haut un lac, plat, comme un miroir, qui donne une ligne d’horizon très élevée. Dans la partie gauche, au contraire, le paysage est beaucoup plus bas, et il n’y a pas moyen de concevoir la passage entre les deux parties. En réalité, il y a un hiatus, caché, transformé par la figure elle-même et par le sourire de la Joconde. C’est du côté du paysage le plus haut que sourit la Joconde. La bouche se relève très légèrement de ce côté-là, et la transition impossible entre les deux parties du paysage se fait dans la figure, par le sourire de la figure.
 
« Vous me direz, et alors ? Eh bien, je crois qu’à ce moment-là, il faut avoir lu les textes de Léonard, se rappeler qu’il était un grand admirateur d’Ovide et de ses Métamorphoses, et que pour Léonard comme pour Ovide – c’est un thème classique et courant – la beauté est éphémère. Il y a de fameuses phrases d’Hélène chez Ovide à ce sujet : "Aujourd’hui je suis belle mais que serais-je dans quelques temps ?" C’est ce thème-là que traite Léonard, avec une densité cosmologique assez extraordinaire, car La Joconde c’est la grâce, la grâce d’un sourire. Or le sourire, c’est éphémère, ça ne dure qu’un instant. Et c’est ce sourire de la grâce qui fait l’union du chaos du paysage qui est derrière, c’est-à-dire que du chaos on passe à la grâce, et de la grâce on repassera au chaos. Il s’agit donc d’une méditation sur une double temporalité, et nous sommes là au cœur du problème du portrait, puisque le portrait est inévitablement une méditation sur le temps qui passe. […] On passe donc, avec ce sourire éphémère de La Joconde, du temps immémorial du chaos au temps fugitif et présent de la grâce, mais on reviendra à ce temps sans fin du chaos et de l’absence de forme.
 
« Restait ce pont, dont je ne comprenais pas la présence jusqu’au moment où j’ai lu Carlo Pedretti, le grand spécialiste de Léonard de Vinci, capable d’écrire comme lui de la main gauche et à l’envers. […] A propos de cette interrogation sur la présence du pont, il dit une chose très simple à laquelle je n’avais pas pensé, à savoir que c’est le symbole du temps qui passe ; s’il y a pont, il y a une rivière, qui est le symbole banal par excellence du temps qui passe. C’est un indice donné au spectateur que l’étrangeté du rapport entre ce paysage chaotique et cette grâce souriante est le temps qui passe. Le thème du tableau, c’est le temps. C’est aussi pour cette raison que la figure tourne sur elle-même, car un mouvement se fait dans le temps… Et l’analyse peut repartir à ce moment-là. Le tableau est fascinant parce que sa densité et sa sobriété font qu’il n’arrête pas de renvoyer la réflexion et le regard au regard…
 
« Cela dit, et je n’en dis pas plus sur La Joconde, je ne pense pas que messere Giocondo aurait aimé le tableau s’il l’avait vu. Je pense même qu’il l’aurait refusé parce qu’il ne lui aurait pas plu. Et le fait de faire de l’histoire permet d’avoir un regard un peu plus neuf sur les choses. Je pense que Francesco del Giocondo n’aurait pas accepté le tableau fini pour une bonne et simple raison : c’est qu’à l’époque, c’est un tableau scandaleux. Aujourd’hui, c’est le chef d’œuvre des chefs d’œuvres, mais en 1503-1505, c’est un tableau inadmissible. Pourquoi ? Voilà un bon bourgeois florentin, et pas n’importe qui, qui commande au plus grand peintre du moment le portrait de se femme parce qu’elle lui a donné des enfants, et ce peintre lui présente, comme portrait, une jeune femme qui sourit, ce qui est incorrect, toute proche de nous, épilée des sourcils et des cheveux – alors qu’on sait très bien qu’à cette époque seules les femmes de mauvaise vie s’épilent – et ensuite il la plante devant un paysage pré-humain affreux, terrible. Or, comment voulez-vous qu’un mari souhaite voir sa femme charmante, aimante, qui lui a donné deux enfants, devant un tel paysage et non pas devant des prairies, des arbres et des petits oiseaux, ce qu’on trouve dans les fonds de portrait de Raphaël contemporains de Léonard. Il n’aurait pas pu comprendre, et je pense que c’est pour Francesco del Giocondo ou pour ce genre de spectateur que Léonard de Vinci a peint le pont, pour leur expliquer qu’il ne faisait pas n’importe quoi, et qu’il y avait effectivement une méditation profonde sur le temps. Mais je crois que ce tableau était trop innovateur, il impliquait à l’époque un tel bouleversement des pratiques du portrait qu’il ne pouvait pas être compris immédiatement. »
 
 
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8 juillet 2005 5 08 /07 /juillet /2005 22:43
 Le mythe de l’âge d’or n’est pas récent. Dès l’antiquité des auteurs ont utilisé ce mythe pour délivrer différents messages (moraux ou politiques). Un premier tournant se situe au moment de la christianisation du mythe. En parallèle, il semble qu’on veuille aussi réaliser l’âge d’or ici bas, sur terre. Un projet repris plus tard par les socialistes.
 
Le mythe de l’âge d’or pourrait se définir comme la croyance en une période – passée – de bonheur parfait, où tous les hommes vivaient en harmonie entre eux et avec les autres êtres vivants et aussi dans un état de proximité avec les dieux. Ce bonheur se traduisait par l’absence de douleurs, de peines, de maux et de travail, et par un climat doux, une nature généreuse, bienfaisante, qui donnait de la nourriture en abondance.
 
 
Le mythe : un outil politique
 
 
Le mythe existe ainsi dès l’antiquité. Son utilisation par les auteurs grecs et romains obéit surtout à des objectifs moraux ou politiques. Ainsi, chez Hésiode, il a pour fonction d’assigner une place à l’homme dans l’univers. Chez Platon, notamment dans l’œuvre intitulée Le Politique, le mythe a une dimension essentiellement politique. Il doit fournir aux hommes d’Etat actuels un modèle pour gouverner, un but idéal vers lequel il faut tendre sans toutefois chercher à l’atteindre : il donne une orientation générale à l’action de l’homme politique. Le mythe permet aussi à Platon de définir l’homme politique comme «  un gardien de troupeau humain ».
 
Dans l’antiquité romaine, le mythe de l’âge d’or possède aussi une dimension politique. Ainsi, Virgile le mentionne dans plusieurs de ses œuvres, notamment Les Bucoliques dans lesquelles il assimile le règne d’Auguste – qui a mis fin au régime républicain et instauré l’empire en 27 av. J.-C. – à celui de Saturne, ce dernier étant le dieu qui régnait à l’époque de l’âge d’or. Le mythe est donc un outil de propagande.
 
Mais il peut aussi se révéler un instrument de critique du pouvoir. Dans ses Métamorphoses, Ovide présente l’âge d’or comme une époque où « un redresseur des torts était inutile » (1) et où régnaient la bonne foi et la vertu. La critique du régime d’Auguste est claire quand on sait que l’empereur s’était attribué le titre de « Vengeur » – en référence à l’assassinat de son père adoptif, César – et que les deux qualités mentionnées étaient associées au régime républicain. Autrement dit, Auguste a détruit l’âge d’or.
 
D’autres auteurs évoquent aussi des lieux paradisiaques, où le bonheur des hommes est parfait : c’est le cas d’Homère par exemple avec ses Champs Élysées.
 
 
Une époque heureuse où la propriété n’existait pas
 
 
À partir du IIe siècle de notre ère va se produire un premier tournant dans l’histoire du mythe de l’âge d’or : ce dernier va connaître une lente christianisation.
 
En effet, les descriptions de l’âge d’or données par les auteurs antiques sont en effet très proches de celles que la Bible fait de certains lieux importants. Ainsi, évidemment, le jardin d’Eden où vivent Adam et Ève est présenté comme un paradis idyllique où les fruits et les fleurs poussent à profusion et où un flot vient irriguer toute la surface de la terre. La Terre promise où s’installe le peuple élu est elle aussi l’objet de descriptions comparables : le Livre des Nombres contient ainsi cette phrase, prononcée par les fils d’Israël : « C’est vraiment un pays ruisselant de lait et de miel et en voici les fruits ! »
 
Puisque les descriptions de la Bible sont très proches de celles des auteurs antiques, la christianisation du mythe est possible : les auteurs chrétiens vont assimiler l’âge d’or au jardin d’Eden. Justin (mort en 165) prétend ainsi que lorsque Homère parle des jardins d’Alkinoos, il évoque en fait le jardin d’Eden. Tertullien (mort en 235) pense de la même manière que les Champs Élysées mentionnés par Homère ne sont que la transcription païenne des descriptions du jardin d’Eden. Basile de Césarée publie ses Homélies sur l’hexaemeron dans lesquelles il procède explicitement à l’amalgame entre le jardin d’Eden et les descriptions antiques de l’âge d’or. En outre, de nombreux poèmes rédigés entre le IVe et le VIe siècles contribuent à assimiler l’âge d’or au jardin d’Eden.
 
Au début du Moyen Age donc, le mythe de l’âge d’or est devenu chrétien en quelque sorte. Ce mythe défend l’idée d’égalité, un bonheur primitif qui n’aurait pas connu la propriété privée et où tous les biens étaient mis en commun. C’est le sens du décret de Gratien, qui date du XIIe siècle, et qui stipule que le droit de propriété est contre-nature.
 
 
On tente de réaliser l’âge d’or sur terre
 
 
L’âge d’or n’est pas seulement christianisé au Moyen Âge : il est aussi l’objet de tentatives de réalisations. Ou du moins, certains événements possèdent une dimension renvoyant à la réalisation d’un âge d’or sur terre. Ainsi, entre mai et décembre 1381 a lieu une révolte en Angleterre. Elle s’explique par une crise démographique importante et des décisions politiques contestées. Des mots d’ordre religieux sont propagés. L’un d’eux, attribué à John Ball, est formulé par une question : « Quand Adam bêchait et Ève filait, où était le gentilhomme ? » Cette question fait clairement référence à un âge d’or où, du temps du paradis, aucun gentilhomme n’existait.
 
Le mouvement millénariste va tenter de réaliser l’âge d’or sur terre. Le millénarisme, dans le christianisme, est une croyance en un règne du Christ qui durera 1000 ans. La nouveauté réside dans le fait que l’âge d’or n’est plus situé dans le passé mais dans l’avenir : l’époque dans laquelle les hommes vivront tous heureux n’appartient plus au passé mais à l’avenir. Ainsi, des millénaristes vont vouloir préparer la venue de cet âge d’or sur terre. C’est le cas des taborites qui, en Bohême, entre 1419 et 1421, veulent établir une communauté égalitaire dans laquelle tous les biens seront mis en commun et où aucune hiérarchie n’existera entre les hommes. Pour la réalisation de ce paradis sur terre, les fidèles doivent participer à la vengeance divine en combattant tous les ennemis du Christ, en prenant leurs biens et en supprimant les impôts. La réalisation de l’âge d’or passe par la violence.
 
Au XVIe siècle, d’autres tentent de réaliser l’âge d’or. Le moine Thomas Müntzer prend la tête, en 1525, d’une révolte qui a éclaté un an plus tôt en Allemagne du sud. Müntzer appelle à la violence contre les impies pour réaliser une égalité forcée et une Église régénérée. La révolte est écrasée à Frankenhausen le 15 mai 1525.
 
Un peu plus tard, dans la ville de Münster, le prédicateur allemand Rothmann appelle à la réalisation par la force du royaume du Christ sur terre et appelle les élus à prendre les armes. Deux hommes en particulier arrivent dans la ville, Jean de Leyde et Jean Matthys. Ces derniers prennent le pouvoir dans la ville en février 1534 : commence alors une dictature communiste. Les opposants sont expulsés ou exécutés, l’argent et les tous les biens sont mis en commun : la propriété privée est donc abolie car elle est considérée comme un mal. Le travail rémunéré et le commerce aussi sont des maux dont il faut se débarrasser. Tous les livres sont interdits, à l’exception de la Bible. La peine de mort est instaurée pour les menteurs, les enfants qui n’obéissent pas à leurs parents et les femmes à leur mari. Jean de Leyde se fait proclamer roi en septembre 1534 dans une ville assiégée – Matthys a été tué dans une tentative de sortie. Finalement, la cité tombe le 24 juin 1535 et de Leyde est capturé, promené comme une bête de foire avant d’être exécuté. Pourtant, peut-on dire que le rêve concret de réalisation d’un âge d’or était terminé ?
 
 
Le côté totalitaire de l’âge d’or
 
 
Au XIXe siècle se sont développés les idéologies socialistes, et en particulier le socialisme utopique : l’un de ses représentants, Saint-Simon, déclare : « L’âge d’or, qu’une aveugle tradition a placé jusqu’ici dans le passé, est devant nous ». On ne pouvait être plus clair : les socialistes utopiques se proposent de faire descendre ici bas la cité idéale dans laquelle tous les hommes vivront heureux. Pour cela, il faut supprimer le mal : la propriété.
 
La cité idéale des utopistes annonce pourtant un ordre totalitaire : en effet, le bonheur est réalisé au détriment de la liberté individuelle. Jamais aucune réalisation concrète de l’âge d’or d’ailleurs n’a fait mention de la liberté, et toutes ont été violentes, comme on l’a vu. Car le totalitarisme est l’ennemi de l’individu, et ce dernier représente la singularité, la déviance et menace donc l’égalité parfaite voulue par les socialistes.
 
Un autre socialisme a voulu prétendre à la réalisation de l’âge d’or sur terre : le socialisme scientifique. En effet, selon les marxistes, le communisme était un état de bonheur parfait à venir où le capitalisme serait mort et les inégalités supprimées. Mais pour effectuer cette réalisation de l’âge d’or, il fallait passer par la phase de ce que Marx appelait le socialisme : la dictature du prolétariat et la destruction du capitalisme. Là encore, on retrouve le côté totalitaire de l’âge d’or, de l’utopie.
 
Enfin, pensons à Hitler qui voulait réaliser un Reich dans lequel aurait triomphé la race aryenne et qui devait durer… 1000 ans. Le nazisme, sous cet aspect-là, représente un autre millénarisme avec l’utopie de la race. Le communisme au XXe siècle quant à lui peut aussi se résumer à des montagnes de cadavres, des millions de morts pour la réalisation d’un âge d’or qui aurait du voir le bonheur pour tous.
 
L’idée d’âge d’or remonte donc très loin dans le temps. D’abord outil politique, elle a ensuite été appropriée par le christianisme. Dès le moyen âge, des réalisations concrètes de cet âge d’or sont tentées. Mais à partir de ce moment, l’âge d’or perd sa véritable nature, celle d’avoir été une époque heureuse : les constructeurs de l’âge d’or voient ce dernier dans l’avenir, et non plus dans le passé. Jusqu’au XXe siècle, l’idée que le bonheur des hommes peut être réalisé sur terre a connu un énorme succès. Pour aboutir à de terribles catastrophes.
 
 
 
 
 
Note
(1) Ovide, Les Métamorphoses, vers 112-118 (Ier siècle av. J.-C.)
 
 
 
 
 
Pour en savoir plus :
DELUMEAU, Jean, Une histoire du paradis, Paris, Fayard, 1992.
DELUMEAU, Jean, Mille ans de bonheur, Paris, Fayard, 1995.
WINOCK, Michel, « Le grand rêve des utopistes. Le bonheur pour tous ! », in L’Histoire, novembre 1999, n° 237, pp. 76-83.
 
 
 
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25 juin 2005 6 25 /06 /juin /2005 15:03
Cor--e-du-Nord.jpgLa Corée du Nord est le pays le plus fermé au monde. Un régime communiste s’y est installé dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un régime qui est toujours en place et qui se révèle être un épouvantable cauchemar pour les habitants du pays. Comme le montre le témoignage d’un bourreau, Kwon Hyok.
 
 
 
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17 juin 2005 5 17 /06 /juin /2005 14:48
Le 8 mars dernier, Maskhadov, leader des séparatistes tchétchènes, a été assassiné. Cet événement s’inscrit dans le cadre du conflit russo-tchétchène de la dernière décennie du XXe siècle. Pour comprendre qui sont les Tchétchènes et quelles sont les causes de ce conflit, un retour en arrière s’impose.
 
 
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11 juin 2005 6 11 /06 /juin /2005 23:18
 
Le Proche-Orient est souvent d’actualité en raison du conflit israélo-palestinien. Pour mieux comprendre les événements, un retour en arrière s’impose : depuis l’émergence et l’affirmation du nationalisme palestinien jusqu’à la mort d’Arafat, parcours historique de la Palestine.
 
 
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2 juin 2005 4 02 /06 /juin /2005 14:19
L’art roman, comme l’art gothique, se manifeste encore de nos jours dans les édifices qu’il nous reste de l’époque où il a connu son essor. Parmi ces édifices, des églises. L’architecture religieuse romane, à ce titre, mérite toute notre attention dans la mesure où elle s’inscrit encore dans le paysage actuel.
 
 
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1 avril 2005 5 01 /04 /avril /2005 23:01
« La guerre de Cent Ans de l’Antiquité » : ainsi Yann Le Bohec évoque les guerres puniques, une série de trois conflits entre Rome et Carthage. À l’issue desquels Carthage fut détruite et le territoire punique transformé en province romaine.
 
Les guerres puniques ont pour origine le heurt entre les intérêts carthaginois et romains. En effet, la puissance de Carthage est commerciale et maritime. Les Romains, quant à eux, s’engagent dans une nouvelle politique, ouverte sur l’extérieur. Or, l’expansion territoriale de Carthage contre les Grecs s’effectue aussi en Sicile, ce qui conduit à la signature de deux traités de non-agression avec Rome en 348 av. J.-C. et en 306 av. J.-C. Mais dans le même temps, Rome aussi étend son territoire. C’est pourquoi elle va se heurter à Carthage. L’affrontement des intérêts respectifs des deux cités va se transformer en conflit armé, les guerres puniques.
 
 
Rome devient une puissance maritime
 
 
La première guerre punique a lieu de 264 à 241. En 264, Rome se porte au secours des Mamertins de Messine, assiégés par les Puniques. Elle souhaite ainsi étendre son influence jusqu’en Sicile pour protéger ses intérêts commerciaux. L’attrait du butin n’est pas non plus étranger à cette intervention. Les premiers affrontements ont lieu en Sicile. Mais pendant presque une dizaine d’années, l’issue de la guerre reste incertaine. Les combats se déroulent bientôt sur la mer. En 255, après avoir remporté deux victoires navales sur leurs ennemis – en 260 et en 256 –, les Romains débarquent en Afrique du Nord. Mais ils sont écrasés par les Carthaginois qui reprennent l’avantage en remportant deux victoires en 249 : une bataille terrestre en Sicile et une bataille navale à Drépane.
 
En 241, Rome parvient à renverser la situation en sa faveur et détruit la flotte carthaginoise à la bataille des îles Aegates. Elle devient une puissance maritime : en effet, la nécessité de vaincre ses ennemis l’a conduit a adopté une politique de grandes constructions navales. Carthage demande la paix. La Sicile devient une province romaine, les Carthaginois étant obligés de l’évacuer. La paix comporte des conditions difficiles pour les vaincus : ceux-ci doivent verser à Rome un lourd tribu en vingt ans. En outre, la cité africaine étant ruinée et ses relations maritimes n’existant plus, elle ne peut plus payer les mercenaires berbères qu’elle avait engagés. Ceux-ci se soulèvent et une guerre impitoyable, de 240 à 238, se livre entre Carthage et ses anciens mercenaires, qui sont finalement écrasés.
 
Le général punique Hamilcar Barca écrase la révolte. Pour restaurer la puissance de Carthage, il fonde en Espagne un empire que son successeur, Asdrubal, dote d’une capitale, Carthagène.
 
 
Carthage devient un État vassal de Rome
 
 
La deuxième guerre punique éclate en 218 en Espagne. Comme pour la Sicile, Rome et Carthage s’intéressent à la péninsule ibérique qu’Hamilcar Barca a conquise. Après la prise de Sagonte, ville alliée des Romains, par la cité punique, ceux-ci engagent la guerre.
 
C’est au cours de cette guerre que le chef carthaginois Hannibal, fils d’Hamilcar Barca, franchit les Pyrénées, traverse le sud de la Gaule et passe les Alpes avec une armée d’éléphants. Il inflige deux défaites à Rome : l’une le 22 juin 217 au bord du lac Trasimène, l’autre le 2 août 216 à Cannes. Mais Hannibal n’ayant pas les renforts qu’il demande, il est contraint de stationner dans une ville italienne, Capoue. Pendant ce temps, la contre-offensive romaine se prépare. Elle oblige finalement Hannibal à se replier dans le sud de l’Italie.
 
Puis les Romains passent une alliance avec Masinissa, chef des Massyles, un royaume berbère en Numidie que Carthage avait conquis avec l’aide des Masaesyles, autre tribu berbère. Or, Masinissa voulait prendre sa revanche sur Syphax, chef des Masaesyles et allié de Carthage. Il passe donc dans le camp romain. En 203, Syphax est battu par Scipion l’Africain, officier romain d’exception. Carthage perd ainsi son seul allié berbère. Le 29 octobre 202, les soldats carthaginois d’Hannibal subissent à Zama, dans le nord de l’actuelle Tunisie, leur dernière défaite face à Scipion.
 
Carthage se voit imposer des conditions encore plus dures par le traité de paix du printemps 201. Son armée est licenciée, elle doit livrer la quasi-totalité de sa flotte, payer un tribut encore plus important échelonné sur cinquante ans et enfin, prendre l’avis du Sénat romain pour toute décision importante. En outre, l’indépendance de la Numidie est proclamée. Carthage est ainsi transformée en un État vassal de Rome.
 
Les conséquences pour cette dernière sont importantes aussi : ayant du se doter d’un dispositif militaire très important, elle s’est doté d’une monnaie légère facilitant les transactions car l’effort de guerre avait eu des répercussions sur les finances. Ensuite, les années d’épreuves constituées par la deuxième guerre punique ont conduit à un renforcement des institutions.
 
 
Carthage est détruite
 
 
La dernière guerre punique éclate en 149. En effet, Carthage doit faire face, depuis 195, aux incursions des Massyles sur son territoire. Les arbitrages rendus par Rome sont d’abord favorables aux Puniques puis aux Numides. De plus, Caton, se rendant à Carthage avec une ambassade, se rend compte que celle-ci est en train de réarmer : il réclame alors sa destruction : « Carthage doit être détruite ! », Delenda est Carthago. En 150, la tension est telle entre Massyles et Puniques qu’une guerre éclate.
 
Rome intervient donc. La raison officielle de cette intervention est le fait que Carthage n’a pas pris l’avis du Sénat romain pour mener la guerre contre les Massyles. En réalité, Rome veut se débarrasser de Carthage et craint aussi la formation autour des Numides d’un État berbère trop puissant.
 
La volonté de Rome est de raser la ville ennemie, de déplacer ses habitants et de la reconstruire à l’intérieur des terres. Le siège de Carthage, dirigé par Scipion Émilien, le petit-fils adoptif de Scipion l’Africain, dure tout de même trois années, en raison des puissantes fortifications qui entourent la ville. Les combats durent jusqu’au printemps 146, date à laquelle Carthage est détruite. Le sol de la ville est déclaré sacer, c’est-à-dire tabou, voué aux dieux infernaux.
 
Le territoire punique devient alors une province romaine, celle d’Africa vetus. Utique en devient la capitale. C’est le début de la présence romaine en Afrique. Quant à Carthage, elle connaîtra une nouvelle vie avec la présence romaine.
 
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5 février 2005 6 05 /02 /février /2005 19:29
1919 correspond à la signature des différents traités de paix mettant fin à la Grande Guerre. Le traité de Versailles reçut le qualificatif de « diktat ». Encore aujourd’hui, on considère les traités de 1919 comme responsables de la Seconde Guerre mondiale. Sans vouloir minimiser les tares et les injustices que comportaient ces traités, il est toutefois nécessaire de nuancer la vision noire qu’on peut en avoir.
 
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1 janvier 2005 6 01 /01 /janvier /2005 15:04
En plein XVIIIe siècle, un amiral était exécuté parce qu’il avait perdu une bataille : John Byng fut un fusillé pour l’exemple. Ni les témoignages en sa faveur lors de son procès, ni l’intervention de Voltaire n’ont pu changer le cours des événements. Car « il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres ».
 
Le 14 mars 1757, l’amiral Byng est conduit sur le gaillard d’arrière du navire le Monarque, ancré dans la rade de Portsmouth. Un peloton d’exécution fusille l’officier qui n’avait fait que son devoir. L’exécution doit servir d’exemple aux autres marins. Au milieu du XVIIIe siècle, un officier avait été condamné à être fusillé pour l’exemple.
 
 
TROUVER UN BOUC-ÉMISSAIRE
 
 
C’est à l’initiative du ministre Pitt que l’Angleterre déclara la guerre à la France, en mars 1756. Les raisons de cette guerre – il s’agit de la guerre de Sept Ans – résidaient dans la rivalité franco-anglaise dans les colonies d’Amérique et de l’Inde, et l’expansion de la Prusse en Europe qui inquiétait l’Autriche. En dépit des protestations des ministres et de certains officiers qui faisaient remarquer qu’à ce moment là, la marine britannique n’était pas en mesure de repousser les attaques françaises, Pitt choisit d’entrer en guerre. Le commandement des opérations fut confié à l’amiral John Byng.
 
Le 29 juin 1756, les forces navales de Byng essayèrent de repousser les Français. Mais leur tentative échoua. Au bout de quelques heures, les Anglais durent reculer. Dès que la nouvelle atteignit Londres, l’opinion publique chercha un bouc émissaire. Pour éviter d’être la cible de l’opinion publique, le Premier ministre Newcastle fit publier un communiqué faisant état de l’incompétence de John Byng. Celui-ci fut arrêté et emprisonné dès qu’il arriva à Portsmouth le 26 juillet 1756.
 
Mais l’opinion était divisée. Une partie se déchaînait contre Byng : des effigies de l’amiral furent brûlées et sa propriété fut difficilement protégée d’une foule fanatique. Une autre partie de l’opinion en revanche s’attaquait au gouvernement par le biais de caricatures et de chansons. Newcastle, lors d’un passage à Greenwich, fut même victime de jets de pierres.
 
 
BYNG JUGÉ, CONDAMNÉ ET EXÉCUTÉ
 
 
Le procès de l’amiral Byng débuta le 28 décembre 1756, date de la première séance de la cour martiale. Douze officiers avaient pour tâche de déterminer si Byng aurait pu éviter la défaite. Les chefs d’accusation étaient accablants. Mais son glorieux passé militaire plaidait en faveur de l’accusé. De même, des officiers et des hommes politiques, lors de leur déposition, mirent en cause l’efficacité de l’armement naval. Ces témoignages plaidaient aussi en faveur de Byng. Ce dernier affirma en outre qu’il avait hissé le pavillon ordonnant l’offensive mais que le reste de la flotte avait interprété le signal comme un ordre de repli. Avec ces éléments, Byng pouvait espérer que l’issue du procès lui soit favorable.
 
Mais le 27 janvier 1757, le verdict fut rendu. L’amiral fut acquitté des accusations de lâcheté et d’abandon de poste devant l’ennemi. Certes. Mais la cour martiale, unanime, décréta que l’officier n’avait pas fait tout son possible « pour reprendre le fort de Saint-Philippe, pour s’emparer de la flotte française, de la détruire ». En d’autres termes, John Byng était condamné à mort. Il fut exécuté le 14 mars 1757.
 
 
INTERVENTION DE VOLTAIRE
 
 
La Chambre des Communes avait demandé la grâce de l’amiral au roi Georges II. Mais celui-ci avait refusé : il voulait que l’exécution de l’amiral fasse un exemple.
 
En France, un homme a pris le parti de Byng : Voltaire. Le philosophe s’engage déjà dans la lutte contre les erreurs judiciaires. Il se battra plus tard dans l’affaire Calas, l’affaire Sirven, l’affaire Lally-Tollendal, l’affaire du chevalier de La Barre. Voltaire en appelle aux souverains d’Europe. Le ministre français intervient même auprès du gouvernement britannique. Mais le roi d’Angleterre juge très mal cette ingérence dans les affaires intérieures du royaume et le combat de Voltaire se révélera finalement inutile. John Byng n’a pas été réhabilité.
 
En 1759, Voltaire publie Candide. Dans cet ouvrage, il a introduit l’exécution de Byng. Ces lignes dénonçant l’absurdité de la justice peuvent servir de conclusion à notre article :
 
« En causant ainsi ils abordèrent à Portsmouth ; une multitude de peuple couvrait le rivage et regardait attentivement un assez gros homme qui était à genoux, les yeux bandés, sur le tillac d’un des vaisseaux de la flotte ; quatre soldats, postés vis-à-vis de cet homme, lui tirèrent chacun trois balles dans le crâne le plus paisiblement du monde, et toute l’assemblée s’en retourna extrêmement satisfaite. “Qu’est-ce donc tout ceci ? dit Candide, et quel démon exerce partout son empire ?” Il demanda qui était ce gros homme qu’on venait de tuer en cérémonie. “C’était un amiral lui répondit-on. – Et pourquoi tuer cet amiral ? – C’est, lui dit-on, parce qu’il n’a pas fait tuer assez de monde ; il a livré un combat à un amiral français, et on a trouvé qu’il n’était pas assez près de lui. – Mais, dit Candide, l’amiral français était aussi loin de l’amiral anglais que celui-ci l’était de l’autre ! – Cela est incontestable, lui répliqua-t-on ; mais dans ce pays il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres.” » (1)
 
 
 
 
 
Note
(1) Voltaire, Candide, Paris, Larousse, « Classiques Larousse », 1990, édition présentée, annotée et commentée par Jean Goldzink.
 
 
 
D’après :
LANEYRIE-DAGEN, Nadeije (dir.), Les grands procès, Paris, Larousse, 1995.
 
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Published by Léon Cahlinel - dans Analyse
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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 21:34
Lors des dernières élections présidentielles en France en 2002, dix pour cent des électeurs votèrent pour des candidats trotskistes. Pour comprendre ce qu’est le trotskisme, nous vous proposons ici les idées développées par Marc Lazar, spécialiste du communisme, dans un entretien qu’il avait accordé à la revue L’Histoire en mars 2004*.
 
La France s’est révélée très accueillante vis-à-vis du trotskisme. Et de nos jours, environ 10 % des électeurs votent pour des trotskistes. Quelques grandes questions peuvent être soulevées à partir de ce constat : qu’est-ce que le trotskisme ? Pourquoi est-il bien implanté en France ? Quels facteurs de division et d’unité trouve-t-on dans le trotskisme ? Que représente le trotskisme aujourd’hui ? C’est à toutes ces interrogations que nous nous proposons de répondre.
 
 
LA IVe INTERNATIONALE EST FONDÉE EN FRANCE
 
 
Il faut d’abord rappeler brièvement qui est Trotski. Né en 1879, il fut l’un des organisateurs de la révolution d’Octobre en 1917. Il occupa le poste de Commissaire du peuple à la Guerre de 1918 à 1925 et créa l’Armée rouge qu’il dirigea d’ailleurs entre 1918 et 1920, pendant la guerre civile.
 
Cet homme a effectué quatre séjours en France. Cela pourrait constituer un premier élément d’explication au fait que le trotskisme a beaucoup de succès en France. Le premier séjour eut lieu en 1902 mais il fut bref car, échappé de Sibérie, Trotski partit rejoindre Lénine à Londres. Le deuxième séjour s’effectua en 1902-1903. Le troisième fut nettement plus long : il dura de novembre 1914 à octobre 1916. Il revêt une importance particulière dans la mesure où il noue des liens avec des socialistes pacifistes, fermement hostiles à la guerre. Enfin, de juillet 1933 à juin 1935, son quatrième séjour lui offre l’occasion d’établir de nombreux contacts avec des syndicalistes, des intellectuels et ceux que l’on commence à appeler les « trotskistes ». Ainsi, ces voyages en France, surtout les deux derniers, furent déterminants dans l’émergence du trotskisme en France.
 
D’ailleurs, c’est en France que fut fondée la IVe Internationale, le 3 septembre 1938. Il faut savoir en effet que les ouvriers depuis le XIXe siècle essayaient de se regrouper dans des structures dépassant les frontières. La Ire Internationale vit le jour en 1864. La IIe fut fondée en 1889. La IIIe fut créée par Lénine : ce fut le Komintern, ou « Internationale communiste », qui soumettait les partis communistes nationaux à Moscou. Mais à partir des années 1930, en lutte contre Staline, Trotski comprit que pour être efficace il fallait fonder une autre organisation. Ce fut la IVe Internationale.
 
Et c’est de cette manière que l’on peut comprendre ce qu’est le trotskisme : selon Trotski, la « révolution » devait être mondiale et une doctrine devait être suivie, le léninisme. Ainsi, le trotskisme est un retour à un communisme qui aurait été trahi par Staline. Par conséquent, une double dimension caractérise le trotskisme : un projet de destruction du capitalisme et une critique de Staline. La France fut le laboratoire de l’élaboration de cette double ambition.
 
En France, le trotskisme connut quatre temps forts. D’abord dans les années 1930 : à cette époque, un certain nombre de personnes choisirent le trotskisme plutôt que le stalinisme. De plus, en 1934, les trotskistes, à la demande de Trotski, entrèrent à la SFIO avant d’en sortir en 1935, toujours d’après les consignes du « Vieux » (surnom donné à Trotski par ses amis). Ce fut la première période favorable au trotskisme.
 
Vint ensuite l’après-guerre, de 1945 à 1947. Au cours de cette période, les trotskistes exercèrent une influence certaine dans des entreprises ou lors des grèves. Ainsi, lors de la grève de Renault en 1947, le PCF fustigea ceux qu’il appelait « hitléro-trotskistes ».
 
Le troisième temps fort du trotskisme correspondit aux années 1960-1970. Les trotskistes parvinrent à exercer leur influence sur les étudiants et à orienter leurs revendications dans une direction empreinte du marxisme. Ce fut l’époque où Lionel Jospin était membre de l’OCI (Organisation communiste internationaliste).
 
Le dernier moment fort du trotskisme en France, remonte au milieu des années 1990. La participation du PCF au gouvernement de la « gauche plurielle » de 1997 à 2002, la décomposition de ce parti et un mécontentement social qui ne se satisfait plus des organisations syndicales traditionnelles pour exprimer ses revendications ont favorisé la résurgence du trotskisme.
 
 
CLIVAGES ET UNITÉ DU TROTSKISME
 
 
Une particularité du trotskisme est la multitude d’organisations existantes se réclamant de lui et qui se trouvent dans l’incapacité de s’unir. Cela vient d’abord du fait que les trotskistes ont placé et placent toujours les écrits de Trotski au centre de leurs réflexions. Si bien que des débats incessants ont lieu sur l’interprétation de la pensée du maître.
 
Ensuite, étant minoritaires, les trotskistes se trouvent dans une position qui les laisse à l’écart du réel. Par conséquent, ils n’ont de cesse de débattre de tel ou tel passage dans les écrits du « Vieux », ce qui ne favorise pas, une fois de plus, l’unité.
 
De surcroît, deux sujets de discussion n’ont cessé d’animer les trotskistes. Le premier concernait la nature de l’URSS : était-elle un État totalitaire ? Un État ouvrier dégénéré ? Le second grand débat portait sur la révolution mondiale : commençait-elle ? Par exemple, en 1936, Trotski croit qu’elle commence en Espagne. Puis c’est en Yougoslavie en 1947 que l’espoir renaît. Puis à Cuba en 1959. Puis en Algérie en 1962… À chacune de ces occasions, des débats interminables sont lancés pour savoir si ces événements annoncent le début de la révolution mondiale.
 
Les clivages dans le trotskisme se manifestent par exemple dans l’opposition entre la Lutte ouvrière (LO) d’Arlette Laguiller et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) d’Olivier Besancenot. La première revêt un caractère traditionnel, ouvrier, alors que la seconde se veut plus dans l’air du temps en quelque sorte en s’ouvrant au mouvement « altermondialiste » par exemple.
 
Malgré ces clivages, les différents courants trotskistes sont unis par plusieurs facteurs. Le premier facteur d’unité est Trotski lui-même : tous les trotskistes se réfèrent à lui et à ses grandes idées, à savoir la lutte contre le capitalisme et la critique du stalinisme. Tous les trotskistes croient en un idéal communiste.
 
Le deuxième facteur d’unité est bien sûr la révolution. Chaque groupe trotskiste ne prétend pas être le parti révolutionnaire mais cherchent à en former un. Deux stratégies s’offrent aux trotskistes : d’une part, ils travaillent à renforcer leur propre organisation ; d’autre part, lorsque le moment n’est pas favorable à cette première stratégie, ils agissent dans les partis ou à l’intérieur des syndicats : c’est l’« entrisme ». L’« entrisme » consiste pour les trotskistes à s’infiltrer dans des syndicats ou des associations pour y faire pénétrer leurs idées. Certains trotskistes se sont même spécialisés dans cette pratique : ce sont les « lambertistes », du nom de Pierre Lambert, membre d’organisations trotskistes et adhérent à Force ouvrière (FO). D’ailleurs, dans ce syndicat, l’influence du trotskisme sur Marc Blondel est indéniable.
 
Enfin, ce qui peut contribuer à l’unité du trotskisme est le fait qu’il constitue une structure d’accueil pour un certain nombre de personnes. D’abord pour ceux qui avaient rompu avec le PCF, le trotskisme est devenu en quelque sorte une bouée de sauvetage. Ensuite, il a accueilli une jeunesse opulente en révolte contre les inégalités sociales, contre le PCF et l’URSS, grande admiratrice de Che Guevara et adepte de la violence. Enfin, un certain nombre de juifs a adhéré au trotskisme parce que, déçus par Staline qui était antisémite, ils ont pensé que le trotskisme permettrait de régler le sort des juifs grâce à un communisme non trahi. Si des juifs ont adhéré au trotskisme c’est aussi parce que ce dernier leur rappelait leur condition : comme les juifs qui veulent se dissoudre dans le collectif, Trotski souhaitait ne former qu’un simple rouage dans la machine du PCUS.
 
Un communisme « vrai », non trahi par Staline, une révolution mondiale permanente et une structure d’accueil : telles sont les principales marques d’unité du trotskisme.
 
 
LA VICTOIRE DU TROTSKISME : LA DISTINCTION ENTRE COMMUNISME ET STALINISME
 
 
Le trotskisme de nos jours semble prêt à tout pour faire triompher la cause. Ainsi, en vertu du principe « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », les trotskistes entretiennent des liens avec certaines organisations islamistes. Leur complaisance vis-à-vis des islamistes s’explique par le fait que ceux-ci sont utiles à leur combat révolutionnaire. C’est pourquoi la LCR a approuvé la participation de Tariq Ramadan au Forum social européen de Paris à l’automne 2003.
 
Ensuite, les trotskistes répandent quelques préceptes simplistes qui leur permettent d’avoir une certaine audience. D’ailleurs, des enquêtes d’opinion ont montré qu’un certain nombre de personnes sont convaincues par ces théories. Quelles sont ces idées simplistes propagées par les trotskistes ? Il s’agit notamment de l’anticapitalisme, rebaptisé « anti-néolibéralisme », et de l’anti-impérialisme qu’on reconnaît dans l’antimondialisation ou « altermondialisation ».
 
Qui sont les militants et les électeurs trotskistes aujourd’hui ? Pour les premiers, il est difficile de le savoir pour LO. Quant à la LCR, nous savons que plus de la moitié de ses adhérents a moins de quarante ans, que beaucoup de membres sont enseignants ou fonctionnaires, mais qu’un certain nombre est aussi issu des couches populaires de la société. En ce qui concerne les électeurs, ceux de LO sont issus des catégories populaires tandis que ceux de la LCR proviennent d’un milieu plutôt urbain et ont un niveau d’études assez élevé.
 
Un trotskiste a la mémoire sélective : il retient de Trotski le chef de guerre, l’ennemi de Staline, sa victime aussi, la figure de l’intellectuel et le projet de révolution mondiale. Il préfère en revanche oublier que Trotski a aussi réprimé le soulèvement des marins soviétiques de Kronstadt en 1921, a créé l’Armée rouge, a préconisé la terreur rouge, a défendu la Tchéka (la police politique), et a défendu le terrorisme dans son ouvrage intitulé Terrorisme et communisme qui s’appellera ensuite Défense du communisme.
 
En dépit du fait que de nos jours le trotskisme n’a aucun avenir politique, il aura cependant remporté une grande victoire : celle de faire du communisme, en France, un lieu de mémoire positif, bien vu, malgré les crimes perpétrés par les communistes au pouvoir. En effet, les trotskistes, croyant au fait que le communisme est une excellente chose, ont réussi à imposer chez beaucoup de gens la distinction entre le stalinisme et le communisme. Un grand nombre d’intellectuels ont une vision trotskiste du stalinisme : Staline aurait été un parfait crétin qui aurait trahi une théorie bonne mis au point par Lénine et Trotski.
 
 
 
 
 
Note
* LAZAR, Marc (entretien), « Le trotskisme, une passion française », in L’Histoire, n° 285, mars 2004, pp. 75-85.
 
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