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1 octobre 2004 5 01 /10 /octobre /2004 21:22
Il y a cent ans, le 2 octobre 1904, un ordre écrit ordonnait l’extermination d’une tribu africaine, celle des Herero. Ainsi commençait le premier génocide du XXe siècle. Il annonçait par ses méthodes celui des Juifs par Hitler.
 
Le génocide des Herero par les Allemands n’est pas connu de l’opinion commune. Et pourtant, il est le premier du XXe siècle. En outre, par ses méthodes (camps de concentration) et par ses motivations (racistes), il annonçait le génocide des Juifs lors de la Seconde guerre mondiale. Cet événement a aussi fait l’objet d’une lecture que nous estimons pouvoir qualifier d’ambiguë par Bernard Lugan, professeur d’histoire africaine, dans son ouvrage intitulé Atlas historique de l’Afrique des origines à nos jours.
 
 
LE SOULEVÈMENT DES HERERO : UN PRÉTEXTE
 
 
En effet, à propos de cet épisode sombre de l’histoire coloniale allemande en Afrique, Bernard Lugan parle de la « révolte des Herero » et non de génocide.
 
Des Allemands se sont installés vers 1880 sur les côtes de l’actuelle Namibie. La découverte de diamants en Afrique du Sud a poussé un commerçant de Brême, Adolf Lüderitz, à signer deux contrats avec des chefs locaux en 1883. Bismarck en a alors profité en 1884 pour placer le territoire sous la protection du Reich.
 
Les populations étaient principalement constituées de deux tribus, herero et nama. Pour imposer l’ordre impérial, les Allemands jouent sur les rivalités entre tribus. L’occupation allemande entraîne l’hostilité des tribus africaines. La crainte des Allemands d’être confrontés à un soulèvement général de la population se précise, d’autant plus que le 12 janvier 1904, des Hereros se soulèvent en attaquant le poste d’Okahandja. Le prétexte est dès lors fourni aux Allemands pour éliminer une population gênante.
 
Or, concernant ce soulèvement, Bernard Lugan décrit, dans l’ouvrage cité plus haut, en détail, les actions menées par les Herero qui s’étaient montrés féroces. Et il ajoute : « La dureté de la répression allemande s’explique par ces atrocités » (page 153). On voit déjà dans ce cas que Lugan, insistant sur les atrocités commises par les Herero, tend quelque peu à « victimiser » les Allemands.
 
 
VON TROTHA MÈNE UNE GUERRE D’EXTERMINATION
 
 
Il ne mentionne pas un phénomène qui a son importance. En effet, à l’époque, le nationalisme allemand est à son comble. Or, ce nationalisme est basé sur la communauté de sol et de sang. La guerre contre les Herero devient alors une guerre essentiellement raciale : l’objectif n’est pas de soumettre économiquement l’ennemi pour l’exploiter mais tout simplement de l’éliminer.
 
Le général en chef Lothar von Trotha va mener une véritable guerre d’extermination. Le 11 août 1904, à la bataille de Hamakari, ce ne sont pas seulement entre cinq et six mille combattants herero qui sont exterminés, mais aussi vingt à trente mille civils.
 
Bernard Lugan écrit pour sa part que « l’Allemagne se lance à la reconquête de sa colonie » et que von Trotha « comprend que les Herero seront des adversaires sérieux et qu’ils vont tenter de refuser le combat pour se replier dans l’immensité steppique ». Quant à la bataille du 11 août, il n’évoque pas les massacres de civils.
 
Surtout, le 2 octobre 1904, von Trotha rédige un ordre d’extermination en ces termes : « Moi, le général des troupes allemandes, adresse cette lettre au peuple herero. Les Herero ne sont plus dorénavant des sujets allemands. Ils ont tué, volé, coupé des nez, des oreilles, et d’autres parties de soldats blessés […]. Je dis au peuple : quiconque nous livre un Herero recevra 1 000 marks. Celui qui me livrera Samuel Maherero [le chef de la révolte] recevra 5 000 marks. Tous les Herero doivent quitter le pays. S’ils ne le font pas, je les y forcerai avec mes grands canons. Tout Herero découvert dans les limites du territoire allemand, armé comme désarmé, avec ou sans bétail, sera abattu. Je n’accepte aucune femme ou enfant. Ils doivent partir ou mourir. Telle est ma décision pour le peuple Herero. » Aucun compromis n’est donc possible.
 
Les Herero, décimés, n’ont d’autre choix que de fuir dans le désert du Kalahari. Là, leur chance de survie sont minces car les Allemands ont empoisonné les principaux puits. À la saison des pluies, les patrouilles allemandes découvrent des squelettes autour de trous secs de douze à seize mètres de profondeur que les Hereros avaient creusé en vain pour trouver de l’eau. Trente mille Herero sont morts.
 
Or, Bernard Lugan écrit : « Pour éviter de se voir totalement pris au piège, [les Herero] s’enfuient vers […] le désert du Kalahari ». Il déclare aussi que von Trotha « décide de les maintenir dans le désert où il sait que leur bétail va disparaître ». Sans mentionner l’empoisonnement des puits. En outre, selon lui, l’ordre d’extermination du 2 octobre est destiné à faire comprendre à la tribu qu’elle ne doit attendre aucun « pardon ». Pas une seule fois les expressions « génocide » ou « guerre raciale » ne sont écrits.
 
 
« LE DÉBUT D’UNE GUERRE RACIALE » (VON TROTHA)
 
 
Pourtant, c’est bien d’un génocide qu’il s’agit : le 2 octobre, c’est bien un « ordre d’extermination » qui est rédigé. Surtout, von Trotha adresse le 4 octobre 1904 au chef d’état-major de l’armée allemande un courrier très explicite : « La nation herero devait être soit exterminée ou, dans l’hypothèse d’une impossibilité militaire, expulsée du territoire. […] J’ai donné l’ordre d’exécuter les prisonniers, de renvoyer les femmes et les enfants dans le désert. […] Le soulèvement est et reste le début d’une guerre raciale. »
 
La révolte est matée au début de 1905. L’ordre d’extermination est levé la même année. Mais les malheurs du peuple herero ne sont pas finis pour autant. Et Bernard Lugan ne mentionne pas un autre aspect de la lutte contre la tribu herero : la réduction en esclavage.
 
 
DES CAMPS DE CONCENTRATION
 
 
L’Allemagne s’engage alors en effet dans une politique d’esclavage. Désormais, tout Herero pris ne sera plus abattu mais réduit aux travaux forcés et marqué des lettres G.H. (Gefangene Herero, « Herero pris »).
 
Les survivants sont regroupés dans des camps de concentration. Les camps de concentration en eux-mêmes ne sont pas une nouveauté (les Espagnols et les Anglais en avaient déjà mis au point). Mais c’est la première fois qu’ils sont liés aux travaux forcés. Et c’est aussi la première fois qu’ils n’apparaissent pas dans un contexte militaire.
 
Ces camps de concentration sont caractérisés par une forte mortalité. Ainsi, la première année, le taux de mortalité dépasse les 50 % des Herero internés. C’est-à-dire que 7 862 personnes sont mortes.
 
Les Herero y subissent viols, coups de fouet, insultes. Les prisonniers sont déclarés « aptes » ou « non aptes ». On y pratique des expérimentations médicales. Tous ces éléments poussent à faire le parallèle avec les camps nazis.
 
En août 1906, suite à la pression de l’opposition parlementaire, les camps de concentration sont démantelés. Les survivants sont alors dispersés dans des fermes. Ils doivent porter au cou un disque de métal sur lequel est inscrit leur numéro de matricule.
 
En 1911, un recensement fait état de l’existence de 15 130 Herero. Ainsi, en sept ans, soixante quatre mille Hereros sont morts, ce qui représente près de quatre-vingt pour cent de la population d’origine.
 
Ce mois d’octobre est donc l’occasion de se souvenir du premier génocide du XXe siècle et de faire une mise au point claire de cette page sombre de la colonisation.
 
 
 
 
 
Bibliographie :
KOTEK, Joël, « Afrique : le génocide oublié des Hereros », in L’Histoire, n° 261, janvier 2002, pp. 88-92.
LUGAN, Bernard, Atlas historique de l’Afrique des origines à nos jours, éditions du Rocher, 2001.
 
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Published by Léon Cahlinel - dans Actu
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7 juillet 2004 3 07 /07 /juillet /2004 18:35
Le 5 juin dernier, le maire de Bègles Noël Mamère célébrait un mariage homosexuel. Le débat sur la place des homosexuels dans nos sociétés est relancé. Et il ne date pas d’hier : déjà au Moyen Age, l’homosexualité posait problème. Jacques le Goff retraçait, pour la revue L’Histoire, l’évolution de la réprobation sociale*.
 
Au Moyen Age, il n’y a pas de termes précis pour désigner l’homosexualité. Les mots « délicat », « efféminé » et « mollesse » sont flous. Quant à l’expression « sodomie », elle signifie à l’époque médiévale toutes les pratiques sexuelles qui ne visent pas à procréer – fellation, masturbation, coït interrompu, coït anal… – et qui ne se situent pas dans le cadre du mariage. C’est donc moins le sexe des partenaires qui importe qu’une série d’actes.
 
 
« LES EFFÉMINÉS N’HÉRITERONT PAS DU ROYAUME DE DIEU »
 
 
Cependant, les pratiques homosexuelles ont fait l’objet de condamnation de la part des théologiens. Dès les débuts du christianisme, l’interdit absolu est affirmé à propos des relations entre hommes et entre femmes.
 
Cette condamnation a trouvé plusieurs justifications. D’abord, l’homosexualité allait contre le dessein divin. Ensuite, elle était le contraire même de la Création. Enfin, elle tendait à remettre en cause les distinctions établies par Dieu, en particulier la distinction entre hommes et femmes.
 
Dans la Bible, plusieurs passages font référence à l’homosexualité. Ainsi, on peut lire dans le Lévitique : « Tu ne partageras pas ta couche avec un homme comme on le fait avec une femme, c’est une abomination » et « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une action abominable. Ils seront punis de mort : leur sang doit retomber sur eux ». Paul, dans son épître aux Corinthiens, déclare : « Ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés […] n’hériteront du royaume de Dieu. »
 
L’efficacité de ces interdits rencontre pourtant des problèmes. D’abord, la morale chrétienne doit s’adapter à des contextes culturels et sociaux et à des traditions précises. Cela conduit à faire la distinction entre le péché et le crime : la masturbation par exemple, est un péché du point de vue moral de l’Église mais elle n’est pas un crime dans la mesure où le droit et la paix publique ne sont pas remis en question. Ensuite, l’enseignement chrétien varie selon les personnes qui l’assurent. On trouve en effet parmi les ecclésiastiques aussi bien des laxistes que des rigoristes.
 
 
DANS CHAQUE CRÉATURE, UN PRINCIPE FÉMININ ET UN PRINCIPE MASCULIN
 
 
La pratique de l’homosexualité connaît, au fil du temps, une variation dans la réprobation sociale. D’abord un péché, elle devient ensuite un crime. L’évolution peut se découper en deux temps : du VIe au XIIe siècle, les autorités civiles interviennent peu dans le domaine des mœurs et des comportements sexuels, et l’Église fait preuve d’une relative tolérance ; à partir du XIIIe siècle, un renversement conduit à une période beaucoup plus intolérante.
 
Du VIe au XIIe siècle on observe une certaine indulgence à l’égard des homosexuels. Un passage de la « Vie du roi Robert » d’Helgaud de Fleury, datant de la première moitié du XIe siècle, reflète le climat mental de la période : le roi Hugues Capet, sur le chemin de la basilique Saint-Denis rencontre deux hommes se livrant à une « honteuse occupation ». Il leur jette son manteau puis, à la basilique, prie pour eux. Bien que le péché soit mortel, le rachat spirituel est donc possible. La vengeance divine n’intervient pas nécessairement immédiatement. Un autre exemple de la relative indulgence envers les homosexuels est à trouver au palais du temps de Charlemagne. La liberté des mœurs y est certaine et les poèmes d’Alcuin font état de sentiments homosexuels.
 
Cette relative tolérance vis-à-vis des homosexuels s’explique. Pour les théologiens, le sexe et la chair sont à mépriser car ils symbolisent la chute, la disgrâce. Dans le jardin d’Eden, la différence entre Adam et Ève n’existait pas vraiment dans la mesure où leur corps évoquait l’androgynie des anges. C’est pourquoi d’ailleurs il n’est pas rare de découvrir des représentations étranges : Jésus avec des mamelles, des hommes allaitant… On comprend aussi d’où vient l’invocation à « Jésus notre mère ». Toute une réflexion se développe et aboutit ainsi à l’idée que dans chaque créature cohabitent un principe féminin et un principe masculin.
 
Par conséquent, dans ce contexte, une largeur d’esprit envers un efféminé est possible. De plus, l’idée selon laquelle la nature est exigeante – et donc que tout ce qui peut aller contre est mauvais – n’est pas encore en vogue dans les esprits. Cela explique aussi la tolérance envers les homosexuels.
 
Cette tolérance a des limites qui sont difficiles à cerner. Certes, en Orient, eurent lieu des rituels d’union entre deux hommes dès les premiers siècles du christianisme. Des saints comme Philippe et Barthélémy ont exprimé des sentiments mutuels à la manière d’un couple. Mais on ne peut pas conclure quoi que ce soit sur l’Occident : aucune trace de ce type de rites n’y a été trouvée. En outre, ces unions entre personnes de même sexe officialisaient en fait souvent des alliances ou une fraternité.
 
De même, la littérature médiévale fournit des exemples de l’indulgence envers les homosexuels. Dans « Tristan et Iseult », le roi Marc dit à Tristan : « Pour l’amour de toi, je veux rester toute ma vie sans femme épousée. Si […] tu m’aimes comme je t’aime, nous vivrons heureusement notre vie ensemble ». Mais là encore, ce genre d’exemple est très isolé et il ne suggère pas forcément une union charnelle. La prudence s’impose donc.
 
 
LES CONDAMNATIONS VONT DE L’AMENDE AU BÛCHER
 
 
À la fin de ce premier Moyen Age de tolérance, un tournant se produit entre les années 1150 et les années 1250. Trois dynamiques contribuent à ce tournant qui va faire de l’homosexualité un crime.
 
La première dynamique réside dans la lutte contre les hérétiques qui refusent la chair et le monde. Ils rejettent aussi le mariage et la procréation. C’est alors que l’amalgame entre les hérétiques et les pratiques homosexuelles se fait. Ainsi, des hérétiques sont qualifiés de sodomites et des homosexuels accusés d’hérésie.
 
La deuxième dynamique émerge en réaction précisément aux hérésies. Les intellectuels catholiques travaillent à revaloriser la nature. La « Dame nature » devient une force supérieure contre laquelle lutter représente un crime. De cette façon se met en place l’antagonisme entre nature et contre-nature. Et les pratiques homosexuelles sont taxées de contre-nature.
 
Enfin, les échecs des croisés en Orient dans leur lutte contre les infidèles alimentent la troisième dynamique. Ils sont expliqués par le relâchement des mœurs. Celui-ci est lui-même causé, dit-on, par le contexte géographique : les musulmans sont présentés, à partir de la fin du XIIe siècle, comme des hommes à la sexualité débridée. Les homosexuels peuvent alors être considérés comme des « ennemis de l’intérieur ».
 
Le discours des théologiens sur les sodomites évoque le « vice innommable » se répandant « comme une lèpre immonde », corrompant l’air, entraînant la fuite des anges et aussi des démons. Le premier concile condamnant les sodomites a lieu à Naplouse, en Terre Sainte, en 1120. Le concile de Latran III en 1179 condamne la sodomie et prononce l’excommunication contre ceux qui se livrent à des actes contre-nature.
 
Les autorités civiles interviennent aussi. Les coutumes, qui sont alors en voie de rédaction, comportent toutes un article relatif aux sodomites. Dans de nombreuses villes, des statuts sont élaborés : ils entraînent des condamnations allant de l’amende au bûcher, en passant par la confiscation de biens, la flagellation ou la mutilation. La gradation des sanctions se fait en fonction de l’âge et du rôle – actif ou passif – de l’accusé. Néanmoins, jusqu’au XIVe siècle, le nombre de condamnations est peu élevé.
 
 
AU XIVe SIÈCLE, AGGRAVATION DE LA RÉPRESSION
 
 
À partir de cette date en revanche, on assiste à un contrôle beaucoup plus strict de la sodomie. Cette nouvelle inflexion dans la répression s’explique par le contexte. Le XIVe siècle voit la poussée des Turcs en Occident, la guerre de Cent Ans et la peste notamment. Face à ces difficultés, la société devient plus fragile et se révèle donc plus sensible aux déviances. Les clercs développent alors toute une réflexion ayant pour but d’enrayer le mal et se tournent donc vers tout ce qui peut être considéré comme tel. Jean Gerson déclare au début du XVe siècle : « Par ce péché qui crie à Dieu vengeance, viennent famines, guerres, mortalités et perditions de rois, royaumes et autres pestilences selon l’Écriture. »
 
La sodomie et la masturbation sont de plus en plus sévèrement condamnées. Des offices sont créés afin de surveiller les mœurs et de réprimer les actes sodomitiques. Ainsi, à Florence, sont institués en 1403 les Offices de l’honnêteté pour surveiller l’homosexualité des hommes. Des « tambours » apparaissent : ils consistent en des troncs où des lettres anonymes de dénonciation peuvent être déposées.
 
L’homosexualité féminine a suivi la même évolution que celle des hommes, d’une tolérance relative à une condamnation de plus en plus sévère. Les préjugés étaient les mêmes.
 
Cependant, l’intensification de la répression ne nous permet pas de savoir si l’homosexualité était un phénomène de grande ampleur. Si dans les archives judiciaires les cas de pratiques déviantes sont peu élevés, cela ne veut pas pour autant dire que l’homosexualité n’était pas répandue. Là encore, l’historien doit rester prudent.
 
 
 
 
 
Note
* LE GOFF, Jacques (entretien), « Les homosexuels hors la loi », in Les Collections de L’Histoire, n° 5, juin 1999.
 
 
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Published by Lionel Chanel - dans Actu
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21 mai 2004 5 21 /05 /mai /2004 14:41
 Il y a 60 ans, le 6 juin 1944, la plus grande armada de tous les temps s’engageait dans l’opération Overlord.
 
En URSS, les troupes allemandes sont durement touchées par le terrible hiver 1941-1942. En Extrême-Orient, les Etats-Unis sont entrés en guerre après l’attaque des Japonais sur la base américaine de Pearl Harbor le 7 décembre 1941.
 
 
LE COSSAC ET LA CONFÉRENCE DE QUÉBEC
 
 
À la conférence de Washington qui se tient en janvier 1942, les Alliés doivent coordonner leur politique militaire. La nécessité d’ouvrir un second front à l’ouest pour soulager les troupes soviétiques est impérative. Cela obligerait les Allemands à prélever des troupes sur le front de l’est et donc à soulager les Soviétiques. Mais aucun accord précis n’est trouvé à la fin de la conférence. Cependant, les Américains pensent à un rassemblement de troupes en Grande-Bretagne baptisé Round-up (« rassemblement ») en vue d’une invasion de grande envergure de la France au début de 1943.
 
Le transport d’hommes d’Amérique vers l’Angleterre étant impossible – les sous-marins allemands contrôlent l’Atlantique –, Churchill propose un rassemblement des troupes alliées pour occuper les possessions françaises d’Afrique du Nord. L’opération est baptisée Torch.
 
Le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent à trois endroits : Alger, Oran et Casablanca. Les troupes de Vichy n’opposent qu’une faible résistance. L’opération est un succès total. Toujours est-il que les Alliés ont désormais un tremplin pour mener des assauts en Méditerranée contre les Allemands.
 
En janvier 1943, à la conférence de Casablanca, Eisenhower décide de préparer un assaut contre la Sicile. En outre, est créé un organisme qui est chargé d’examiner toutes les possibilités de débarquement en France. Cet organisme est placé sous le commandement du général major Frederick Morgan qui reçoit le titre de chef d’état-major du commandant en chef allié, ou COSSAC (« Chief of Staff to the Supreme Allied Commander »). Le COSSAC doit élaborer des plans pour une invasion de l’Europe baptisée Overlord (« Suzerain »).
 
Il faut déterminer le lieu du débarquement. Le Pas-de-Calais représente la route la plus courte. Mais les Allemands l’ont bien compris et ont renforcé le dispositif de défense. Après réflexion, c’est une zone entre Orne et la Vire, dans le Cotentin, qui est choisie. Le plan est approuvé en août 1943 à la conférence de Québec. Lors de cette même conférence, des discussions eurent lieu sur la stratégie à adopter en Méditerranée. L’idée d’un débarquement dans le Midi de la France fut également approuvée : l’opération qui reçoit le nom de code Anvil (« Enclume ») avait pour objectif de contraindre les Allemands à dégarnir leurs positions en Normandie.
 
 
LES TANKS FUNNY
 
 
Pour l’opération Overlord, sont mis au point des caissons en béton, baptisés Phœnix. Ils doivent, une fois assemblés, formés des quais. Le problème du ravitaillement en carburant est résolu par le projet Pluto : le nom signifie « pipe line under the ocean ». Un prototype de ce projet consiste en d’énormes tambours qui doivent dérouler la canalisation au fond de la mer pendant leur remorquage vers la France. En outre, des stations de pompage sont construites sur la côte sud de l’île de Wight.
 
Des chars spéciaux sont ainsi conçus pour faire face aux champs de mines, aux fossés anti-chars ou aux bunkers. Pour cela, Churchill fait appel à l’un des pionniers des blindés du génie, le général Percy Hobart. Ce dernier conçoit des engins spéciaux regroupés dans la 79e division blindée en 1943.
 
Les tanks Funny sont très variés. Le « Crocodile » par exemple est un char Churchill équipé d’un lance-flamme. Le « Crab » est un Sherman disposant d’un tambour rotatif auquel sont reliées des chaînes qui, en frappant le sol, doivent faire exploser les mines. Le « Robbin » a pour mission de dérouler un tapis de toile sur le sable mou. Le « Fascine » quant à lui est conçu pour combler les fossés anti-chars avec d’énormes fagots de bois.
 
En décembre 1943, Eisenhower est nommé commandant suprême de la force expéditionnaire, le SHAEF (« Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force »). Il a des adjoints : le maréchal de l’Air britannique Tedder est responsable de l’aviation alliée pour Overlord ; l’amiral Ramsay, qui a dirigé l’opération Torch, est chargé de la marine ; Montgomery est commandant en chef des forces terrestres. Bien que ce dernier soit un nerveux et un arrogant, il a une volonté infaillible de détruire l’ennemi.
 
Bolero est le nom de code de l’opération consistant au transport des troupes américaines en Angleterre. Il fait référence au Bolero de Ravel, morceau de musique basé sur un crescendo.
 
 
L’OPÉRATION FORTITUDE
 
 
L’opération d’intoxication qui vise à faire croire aux Allemands que le débarquement aura lieu dans le Pas-de-Calais est baptisée Fortitude.
 
La Luftwaffe, l’armée de l’air allemande, n’a pu effectué des vols qu’au-dessus du Kent. Dans cette région, les pilotes ont pu observer des engins de débarquement, des chars, des avions… en toile, en contre-plaqué ou en caoutchouc. Ces leurres ont été mis au point par des décorateurs de théâtre à qui on avait fait appel.
Une autre diversion consiste en la création d’un quartier général imaginaire confié à Patton. Le choix de ce général n’est pas un hasard : les Allemands savent qu’il est très combatif. Un faux trafic radio est instauré.
 
Le jour J sont prévus des convois de petits bateaux équipés de leurres radars qui permettront de simuler une puissante armada faisant route vers Dieppe.
 
L’opération Fortitude a aussi consisté en la collecte de renseignements sur la nature des obstacles installés sur les plages et sur la composition du sable. Une unité est mise en place, baptisée COPP (« Combined Operations Pilotage Parties »). Elle est formée d’hommes-grenouilles qui doivent débarquer silencieusement de petits sous-marins ou de canoës. Ces hommes-grenouilles effectuent un grand nombre de missions à partir de janvier 1944. Fin février, ces missions sont interrompues afin de ne pas éveiller l’attention sur cette zone en cas d’incident.
 
Dès janvier 1944, les comtés du sud de l’Angleterre sont transformés en un véritable camp militaire. Les grands paquebots Queen Mary et Queen Elisabeth, repeints en gris, transportent des milliers de GI’s. Déjà un million d’hommes se trouvent dans les camps de Devon, Dorset et Somerset. Les troupes anglaises se trouvent dans les comtés du sud et du sud-est avec les Canadiens.
 
Les hôtels et les écoles sont réquisitionnés. Les petits ports se voient encombrés d’innombrables engins de débarquement. Tout cela suppose une organisation très complexe et donc la mise en place d’une logistique préalable à l’invasion.
 
Un réseau de camps près des côtes forme des « zones de triage » qui doivent permettre d’embarquer chaque homme sur le bon navire et dans le bon port. Ces camps sont entourés de barbelés afin d’isoler les troupes d’assaut au moment des dernières consignes. D’énormes entrepôts sont construits, les ponts sont renforcés pour supporter le poids des blindés, et des centaines de kilomètres de rails sont posées. Des plans de chargement du matériel et des hommes sont élaborés dans la mesure où tout doit débarquer au moment et à l’endroit prévus.
 
 
L’ACTION DE LA RÉSISTANCE
 
 
En Normandie, deux forces sont en présence : les Allemands et la Résistance. Celle-ci doit prélever un maximum de renseignements. Certains font des croquis des plages où est prévu le débarquement, d’autres envoient des cartes postales de vacances des lieux concernés.
 
C’est le SOE anglais (« Special Operations Executive ») qui permet l’approvisionnement des maquis. Peu avant le jour J, le général Kœnig est nommé commandant des Forces françaises de l’intérieur (FFI) : son rôle est de coordonner les différentes factions de la Résistance. Les Alliés craignent qu’elles se battent entre elles plutôt que contre les Allemands.
 
La mission de la Résistance est de freiner par tous les moyens les mouvements de divisions blindées allemandes vers la zone de combat. C’est ce que prévoit le plan « Bibendum » adopté le 19 mai 1944. Des équipes appelées « Jedburgh » sont parachutées sur le sol français. Elles doivent armer les résistants et sont composées de deux instructeurs (anglais ou américains) et d’un opérateur radio ainsi que de plusieurs formations du SAS (« Special Air Service).
 
L’action des résistants se traduit par des sabotages de lignes de chemin de fer ou la démolition de ponts à l’explosif. Les lignes de téléphone sont coupées et parfois, des officiers allemands assassinés.
 
Les réseaux de résistants sont informés par des messages personnels diffusés sur les ondes de la BBC. Ces messages sont constitués de deux vers extraits d’un célèbre poème de Verlaine : « Les sanglots longs des violons de l’automne / Bercent mon cœur d’une langueur monotone ». Le premier vers signifie que l’invasion est imminente ; le second est le signal pour les résistants de passer à l’attaque.
 
 
DERNIERS PRÉPARATIFS
 
 
Dans les derniers jours du moi de mai, tous les véhicules reçoivent leur équipement d’insubmersibilité. Les armes subissent des essais de tirs, les denrées sont entreposées aux endroits prévus et les divisions de deuxième ligne sont prêtes à faire mouvement vers le sud. En revanche, un moment d’affolement se produit concernant les caissons Phœnix. En effet, ceux-ci ont été immergés dans l’eau afin que les Allemands ne les repèrent pas au cours de leurs reconnaissances. Or, au moment de les remonter à la surface, les pompes ne s’avèrent pas assez puissantes. C’est en faisant appel à des spécialistes que le désastre est évité.
 
Le 3 juin, deux sous-marins de classe X quittent le port de Portsmouh et se dirigent vers la côte normande. Ils vont se poser au fond de la mer et le jour de l’arrivée de l’armada, ils feront surface et actionneront leurs balises pour guider la flotte sur les zones de débarquement.
 
Le nom de code de l’opération navale est Neptune. Il est prévu que les premiers navires doivent appareiller le 1er juin. La flotte de Ramsay est composée de 137 vaisseaux de guerre, de 4 000 engins et péniches de débarquement, de 700 navires de soutien et de 900 cargos. Cinq formations d’assaut sont formées, une par plage. Cinq plages sont en effet prévues pour le débarquement : Utah Beach, Omaha Beach, Juno Beach, Gold Beach et Sword Beach. Chaque formation d’assaut est escortée par 6 cuirassés et 23 croiseurs de bataille.
 
Eisenhower exige plusieurs conditions pour l’opération Overlord : la traversée de la Manche doit se faire de nuit pour que l’obscurité cache l’importance de l’armada et sa destination ; la lune doit permettre les parachutages ; il faut quarante minutes de jour avant l’heure H pour parachever les bombardements préparatoires ; enfin, il faut attaquer à marée basse pour éliminer les obstacles avant que la mer ne les recouvre. Dans ces circonstances, le débarquement ne peut avoir lieu qu’entre le 5 et le 7 juin.
 
 
« OK, LET’S GO ! »
 
 
L’embarquement commence le 2 juin. Mais le 4, un ouragan s’abat sur les côtes sud de l’Angleterre. Au matin du 4, Eisenhower reporte donc l’opération de vingt-quatre heures. Dans la journée, Stagg, le chef des services météorologiques de la RAF, annonce une accalmie pour le 6. La dernière conférence météorologique a lieu le 5 juin à 3h30 et à son issue, Eisenhower lance son fameux « OK, let’s go ! »
 
Le 5 juin, les unités de la flotte d’assaut font mouvement. Chaque navire doit gagner le sud de l’île de Wight, dans un lieu baptisé Picadilly Circus. C’est à partir de cet endroit-là que les divers convois feront route vers la France. À bord des navires, les commandants ouvrent les enveloppes scellées qui contiennent les plans et les cartes avec leurs véritables objectifs. Mais le commando des FFL qui doit débarquer sur Sword Beach a déjà deviné sa destination. À la tombée du jour, les troupes aéroportées se dirigent vers les avions et les planeurs qui sont prêts à décoller.
 
Enfin, la dernière phase de l’opération Fortitude est enclenchée. Une flotille de vedettes remonte la Manche vers le nord en émettant des signaux radars pour simuler une puissante armada faisant route vers les plages de Dieppe et Boulogne.
 
L’opération Overlord commence par le parachutage de soldats qui ont des missions bien précises à remplir. Les parachutistes américains doivent isoler le Cotentin. Afin d’éviter la DCA allemande située près de Cherbourg, l’escadre aéroportée se dirige vers les îles anglo-normandes. Mais de nombreux pilotes sont perturbés par le feu des canons anti-aériens.
 
 
LES PARACHUTISTES PASSENT À L’ACTION
 
 
La 82e division aéroportée est parachutée à proximité de Sainte-Mère-Église. La 101e quant à elle a pour mission d’occuper le terrain au-delà des secteurs en retrait de Utah Beach pour prendre le contrôle des routes qui mènent à l’intérieur des terres et des ponts de Carentan. Mais beaucoup d’hommes, parachutés dans l’eau, se noient, entraînés par le poids de leur équipement. D’autres se retrouvent perdus dans la campagne.
 
Mais en même temps, la dispersion des troupes alliées provoque la confusion dans les états-majors allemands. De plus, les lignes de téléphone sont coupées par les résistants, ce qui empêche les Allemands d’avoir une image cohérente de la situation.
 
La 6e division britannique est parachutée à l’est de Caen. L’une des principales formations, composée de six planeurs, est engagée dans l’opération Pegasus Bridge : l’objectif est de prendre deux ponts situés sur l’Orne et le canal de Benouville. Les parachutistes parviennent à se disperser malgré une opposition sporadique. Les hommes du génie enlèvent les « asperges » de Rommel et les planeurs peuvent atterrir. Ceux-ci contiennent tout le matériel indispensable : jeeps, artillerie légère et armes lourdes d’infanterie.
 
La 21e division Panzer ne reçoit aucun ordre d’attaque à cause de la confusion semée dans les états-majors allemands. Mais le plus grand risque est constitué par les batteries d’artillerie côtière. L’une d’elles, celle de Merville, est l’objectif du bataillon anglais du lieutenant-colonel Otway. Les hommes sont parachutés à l’aveuglette, trop loin du bunker. Néanmoins, Otway, qui n’a pu rassembler autour de lui que cent cinquante hommes, décide de passer à l’attaque. Le bunker est investi mais au prix de lourdes pertes.
 
 
SUCCÈS À UTAH BEACH
 
 
À 5h du matin, les radars allemands détectent l’armada mais aucune alerte générale n’est donnée. Les cuirassés alliés prennent position et font feu sur leurs cibles : les batteries côtières ou les places fortes.
 
Au large, les cargos, qui transportaient le gros de l’infanterie, se positionnent pour permettre aux soldats d’embarquer sur les LSC (« Landing support crafts »). En tête, progressent les LCM (« landing crafts mechanized ») sur lesquels se trouvent des observateurs d’artillerie qui doivent diriger les tirs sur les défenses allemandes. Puis viennent les chars DD (duplex drive) qui sont des Sherman dotés d’une double hélice à l’arrière et d’une « jupe » en caoutchouc pour pouvoir flotter. Ensuite viennent les LCT (landing crafts tank) qui transportent les blindés spéciaux.
 
À Utah Beach, zone de débarquement américaine, 30 000 hommes et 3 500 véhicules doivent débarquer. Ils sont précédés par deux escadrons de chars DD qui ouvrent le feu sur les Allemands. Derrière, les premières vagues de la 4e division d’infanterie parviennent jusqu’aux dunes et ne rencontrent qu’une faible résistance de la part des Allemands.
 
Tout de suite, le génie s’active à débarrasser la plage de ses obstacles. La tête de pont est vite renforcée par l’arrivée de tanks, d’artillerie et d’un régiment d’infanterie. Vers 13h, la liaison est réalisée avec les éléments de la 101e division aéroportée. La tête de pont est consolidée à la tombée de la nuit.
 
 
« OMAHA LA SANGLANTE »
 
 
En ce qui concerne Omaha Beach, les nouvelles sont plus inquiétantes. La plage, longue d’environ cinq kilomètres, s’étend au pied de hautes falaises. Devant, un mur de béton de trois mètres de haut est renforcé par des blockhaus abritant des canons de 88 millimètres. En outre, les tires d’artillerie marine étant gênés par la fumée des explosions et par les nuages bas, les défenses allemandes restent intactes.
 
Les régiments d’assaut de la 1re division d’infanterie américaine sont contraints de passer à l’attaque sans l’appui des blindés. Deux escadrons de chars DD sont mis à l’eau à six kilomètres du rivage mais l’un d’eux, jugeant la situation trop risquée, décide d’abandonner. Deux tanks seulement sur les vingt-neuf qui composent l’autre escadron parviennent sur le rivage. Les autres chars ont coulé ou se sont échoués sur un banc de sable trop éloigné d’Omaha.
 
Des petits groupes d’hommes réussissent à gagner le mur de béton mais beaucoup d’officiers sont hors de combat. Quant aux vagues successives de matériel et d’hommes, elles abordent une plage obstruée de véhicules, ce qui les empêche de continuer.
 
La situation est tellement grave sur Bloody Omaha (« Omaha la Sanglante »), que le général Bradley, qui commande la Ire armée américaine, envisage le repli. Mais le courage et l’instinct de survie des soldats américains permettent à ceux-ci de renverser la situation. À la fin de la journée, après beaucoup de difficultés, la Big Red One (surnom de la 1re division) s’engage dans les routes intérieures.
 
En marge de la bataille livrée sur la plage d’Omaha, les rangers américains attaquent la pointe du Hoc avec mission d’éliminer la batterie d’artillerie se trouvant au sommet d’une falaise de trente mètre de haut. Malgré un feu nourri des Allemands, les soldats, à l’aide de grappins, escaladent la falaise et parviennent au sommet. Là, ils découvrent des casemates vides. En réalité, les canons n’ont jamais été montés et gisent en pièces détachées dans un champ. L’attaque contre la pointe du Hoc a retardé l’élargissement de la tête de pont d’Omaha, ce qui oblige les soldats à tenir la position pendant deux jours avant d’être relevés.
 
 
LES ANGLAIS SUR LES PLAGES DE SWORD ET GOLD
 
 
À Gold Beach, la 50e division Northumberland et la 8e brigade blindée ont pour mission de prendre Arromanches où doit être assemblé un port artificiel. Les chars DD ne peuvent pas être mis à l’eau à cause de la tempête et ils sont débarqués tout de suite derrière l’infanterie d’assaut. De plus, un vent violent pousse la marée montante qui recouvre les obstacles plus tôt que prévu et de nombreux engins de débarquement sont endommagés. Néanmoins, la bataille est gagnée avec l’aide des blindés spéciaux.
 
Sur la plage de Sword Beach, ce sont la 3e division anglaise et plusieurs unités dont un commando de FFL commandés par Kieffer qui débarquent. Leur mission : ouvrir la voie sur Ouistreham et porter secours à la 6e division aéroportée qui est en difficulté sur le pont de l’Orne. L’infanterie ainsi que les blindés spéciaux et les tanks DD attaquent les villas fortifiées et les neutralisent. C’es Kieffer qui, avec ses hommes, envahit le casino fortifié avec deux chars et en chasse les défenseurs. Des soldats progressent sur les ponts de l’Orne où ils se retrouvent engagés dans la bataille contre la 21e division Panzer.
 
 
JUNO BEACH : PLAGE CANADIENNE
 
 
La 3e division canadienne débarque à Juno Beach. Un problème non négligeable est posé sur cette plage par la présence de récifs. L’assaut ne peut être donné que lorsque la marée sera haute et qu’elle recouvrira donc la plupart des obstacles. Ainsi, de nombreux engins de débarquement sautent sur les mines.
 
De plus, l’infanterie débarque sans l’appui des chars DD qui n’ont pas pu être mis à l’eau à cause de la mer déchaînée. Les Allemands arrosent les soldats d’un feu nourri. Enfin, la plage est encombrée par les engins de débarquement.
 
Mais des unités parviennent à progresser à l’intérieur et dans la soirée, elles établissent une solide tête de pont après avoir fait leur jonction avec le 30e corps venu de Gold Beach.
 
 
LE MUR DE L’ATLANTIQUE EST ENFONCÉ MAIS TOUS LES OBJECTIFS NE SONT PAS ATTEINTS
 
 
Vers midi, le mur de l’Atlantique a été enfoncé, même si la situation est précaire au niveau de certains points d’appui, en particulier à Omaha Beach. Mais le calendrier de débarquement des unités suivantes est perturbé par le mauvais temps et le retard pris pour dégager des sorties.
 
L’armée allemande n’a pas su résister pour plusieurs raisons. D’abord, la complexité des communications a empêché la prise de décision au moment crucial. Ensuite, elle a perdu beaucoup de temps à lancer des contre-attaques contre l’armada fantôme au nord. Von Rundstedt, comme le Haut commandement de la Wehrmacht, pensait que le débarquement en Normandie n’était qu’une diversion. Deux divisions blindées étaient stationnées en Normandie mais elles ne pouvaient faire mouvement que sur l’ordre personnel de Hitler. Or, celui-ci dormait à Berchtesgaden. Enfin, la 21e Panzer, qui n’a reçu aucun ordre dans un premier temps, s’est vue ensuite donner des ordres contradictoires.
 
L’état-major allié peut se féliciter d’avoir subi des pertes bien inférieures à ce qu’il avait prévu. Au soir du 6 juin 1944, sur les cinq plages, ont été débarqués 130 000 hommes en plus des 22 000 parachutistes. Seulement 9 500 hommes sont été perdus.
 
Cependant, tous les objectifs n’ont pas été atteints. En particulier à Caen, qui est toujours aux Allemands. De même, l’aérodrome de Carpiquet situé à l’ouest de la ville, est farouchement défendu par la 716e division d’infanterie allemande renforcée par les éléments de tête de la 21e Panzer. Les Canadiens mettront un mois pour le prendre. Enfin, la situation à Omaha Beach est précaire : le point d’appui qui est large de moins d’un kilomètre provoque de graves soucis.
 
 
 
 
 
Pour en savoir plus :
Livres :
KEMP, Anthony, 6 juin 1944. Le débarquement en Normandie, Paris, Gallimard, 1994.
« 6 juin 1944 : opération Overlord », in L’Histoire, n° 287, mai 2004.
 
 
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27 mars 2004 6 27 /03 /mars /2004 12:36
Nouveau chantier à Versailles 1Au mois d’octobre 2003 a été lancé un chantier de restauration du château de Versailles. Le coût total s’élève à 390 millions d’euros. Le chantier devrait durer dix-sept ans. Mais sous Louis XIV, Versailles était un chantier permanent : il a fallu plus de cinquante ans pour édifier la demeure du Roi-Soleil.
 
Le site du château de Versailles n’est pas propice, à première vue, à un édifice qui doit refléter la gloire d’un Roi-Soleil. Ce sont des marécages qui se situent dans un lieu venté. Et pourtant, en 1624, Louis XIII achète un ensemble de terrains pour y construire un relais de chasse dans les années 1630. Car Versailles est aussi un endroit où le gibier est abondant.
 
 
TROIS CAMPAGNES DE CONSTRUCTION
 
 
Ce relais de chasse a une forme en U. Il est constitué d’un corps de logis central, de deux ailes et est flanqué de pavillons à ses angles. Il est construit en brique, pierre et ardoise.
 
En 1661, Louis XIV décide de réaménager Versailles. Il fait appel à Le Vau, Hardouin-Mansart, Le Nôtre et Le Brun. Trois campagnes de construction ont lieu : de 1661 à 1668 ; de 1668 à 1678 ; de 1678 à 1688.
 
Dans la première campagne, Le Vau fait édifier deux ailes, l’une pour les domestiques, l’autre pour les écuries. Mais elles ne sont pas raccordées au Château-Vieux (le Château-Vieux désigne le relais de chasse construit par Louis XIII).
 
Lors de la deuxième campagne, des bâtiments formant une enveloppe autour du Château-Vieux sont édifiés : pour Louis XIV, le fait de conserver le relais de chasse de son père doit marquer la continuité dynastique.
 
Enfin, lors de la troisième campagne, où Jules Hardouin-Mansart remplace Le Vau, Versailles est transformé en véritable siège du pouvoir royal. La Galerie des Glaces est créée à cette époque. Deux ailes, les ailes des ministres, sont construites aussi.
 
 
LE PROTOTYPE DU CLASSICISME À LA FRANÇAISE
 
 
Versailles est le prototype du classicisme à la française. La grande innovation réside dans la disparition des toitures : les bâtiments ont des toits plats. Sur les façades, les lignes horizontales dominent : côté jardin par exemple, les deux niveaux sont bien distincts. Le premier a ses murs en refends et percés d’arcades. Le second est composé de travées bien soulignées par des pilastres. Au-dessus se trouve un étage d’attique, lui-même surmonté d’une balustrade scandée par des statues. Cette domination des lignes horizontales contribue à simplifier l’architecture et donc à rendre celle-ci plus magistrale.
 Nouveau chantier à Versailles 2
Néanmoins, la façade est animée par des avant-corps se trouvant au milieu et aux extrémités des bâtiments. Mais les avant-corps situés aux extrémités sont plus avancés que celui du centre : cela donne un effet ondulatoire à la façade.
 
 
LES JARDINS
 
 
Les jardins sont visibles de la Galerie des Glaces. Des bassins y sont aménagés : le bassin de Latone et le bassin d’Apollon notamment. Le bassin de Latone montre la mère d’Apollon et de Diane protégeant ses enfants des paysans lygures qu’elle transforme en crapauds. Il symbolise peut-être la reine-mère protégeant ses enfants durant la Fronde de leurs adversaires.
 
Les jardins suivent un axe est-ouest qui est le parcours du soleil. Le thème du soleil est donc lié au jardin. Le Roi-Soleil, caractérisé par la fermeté, l’équité et la justice, est à l’image du soleil dont le parcours est invariable, toujours le même dans le ciel.
 
 
LE DECOR INTERIEUR
 
 
On observe une gradation des décors à l’intérieur. L’entrée se fait par un escalier magistral, l’escalier des Ambassadeurs. Puis vient une série de salons : le salon de l’Abondance a un décor simple, celui du salon de Vénus est un peu plus chargé. Viennent ensuite le salon de Diane, le salon de Mars, le salon de Mercure et le salon de la Guerre.
 
Nouveau chantier à Versailles 3Après ce salon, on entre dans la Galerie des Glaces. Elle mesure soixante-seize mètres de long. L’idée de Jules Hardouin-Mansart était de démultiplier l’espace : en face de chaque fenêtre est ainsi placée une glace, ce qui contribue à augmenter la luminosité.
 
À ces glaces s’ajoutent les boiseries, le marbre et les lustres qui décorent la Galerie. Quant au programme iconographique, il est conçu pour célébrer la gloire de Louis XIV.
 
Prenons un seul exemple : « Le Roi gouverne par lui-même » est une des grandes peintures de la voûte de la Galerie. Elle a été exécutée par Charles Le Brun. Louis XIV est représenté entouré de figures allégoriques et mythologiques. Il est revêtu d’une cuirasse à l’antique. Il a sa main posée sur le timon d’un navire : il est le seul maître du vaisseau de l’Etat. Il se détourne des déesses et des amours qui se trouvent à ses côtés et tend son autre main vers une femme assise sur un nuage, qui symbolise la Gloire et qui lui tend une couronne d’étoiles.
 
 
LA CHAPELLE
 
 
Nouveau chantier à Versailles 4La chapelle du château de Versailles a été construite à partir de 1698. Elle a été consacrée en 1710. Elle compte trois niveaux. Au rez-de-chaussée se trouvent des ouvertures petites aux arcs surbaissés. Au premier étage de grandes baies surmontées d’arcs en plein cintre sont encadrées par des pilastres corinthiens. Enfin, la toiture – le troisième niveau –, rappelle l’art gothique : elle est pentue et appuyée par des contreforts.
 
L’élévation à l’intérieur de la chapelle est à deux niveaux : des arcades supportent une colonnade. Ces deux niveaux reflètent la hiérarchie sociale puisque les nobles assistent à la messe dans le niveau inférieur tandis que le roi et la reine se trouvent au niveau supérieur.

Le roi, lorsqu’il assiste à la messe se trouve juste en face d’une voûte en cul-de-four sur laquelle est représentée une Résurrection, œuvre du peintre La Fosse. Louis XIV apparaît ainsi comme un nouveau messie.
 
 
 
 
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