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19 mai 2006 5 19 /05 /mai /2006 13:24
Parmi les films en compétition au festival de Cannes figure Marie-Antoinette, de Sofia Coppola. Il retrace la vie de la femme de Louis XVI, incarnée par Kirsten Dunst. L’occasion pour nous de nous intéresser à cette reine.
                    
Les 16 et 17 mai 1770, de grandioses journées sont organisées afin de célébrer les noces du petit-fils de Louis XV, le futur Louis XVI, avec l’archiduchesse d’Autriche Marie-Antoinette, la fille de l’impératrice Marie-Thérèse et de François Ier. Le 19 avril précédent, à Vienne, un mariage par procuration a déjà été célébré avant le départ de Marie-Antoinette pour la France.
 
 
Une princesse populaire
 
 
Ce mariage doit consolider l’alliance entre la France et l’Autriche. Marie-Antoinette reçoit d’ailleurs vite le surnom d’« Autrichienne », surnom qui se chargera progressivement d’une connotation péjorative. Car la future reine de France, qui n’a que quatorze ans, va faire l’objet de la haine du peuple français.
 
Marie-Antoinette est née à Vienne en 1755. À son arrivée en France, cette jolie princesse n’hésite pas à sourire et à saluer : elle manifeste ainsi son désir de plaire. Visiblement, elle a le sens du contact. Et très vite, elle gagne une grande popularité. En même temps, elle reste très proche de sa famille : elle entretient ainsi une correspondance très active avec Marie-Thérèse, puis, après la mort de celle-ci en 1780, avec l’empereur Joseph II.
 
Louis XV meurt le 10 mai 1774 : Marie-Antoinette devient reine de France à dix-neuf ans. L’avènement du nouveau couple royal est perçu par les Français comme la promesse d’un âge d’or.
 
 
Elle aspire à une vie privée qui ne correspond pas à son rôle de reine
 
 
Cependant, un certain nombre de facteurs participe à la dégradation des rapports entre la nouvelle reine et les Français.
 
D’abord, Marie-Antoinette n’a jamais réfléchi au rôle de reine. Dans une société très hiérarchisée où elle se trouve au sommet de la pyramide sociale, elle ne s’appartient pas à elle-même, mais elle appartient au royaume : chacun de ses gestes est un acte public. La fonction d’une reine est en effet une fonction de représentation, il faut se montrer en public, paraître. Or, Marie-Antoinette cherche au contraire à échapper à la vie de cour, elle bouscule ses anciens usages (la fameuse étiquette), elle se réfugie au Petit Trianon où elle aime jouer de la harpe et organiser des concerts. Son désir d’avoir une vie privée est donc incompatible avec son rôle de reine. Des rumeurs courent : elle se consacrerait à des plaisirs inavouables…
 
Ensuite, la fonction majeure de la reine est de donner un héritier au royaume. Le mariage avec Louis XVI sera consommé seulement au bout de sept ans. Le 19 décembre 1778, Marie-Antoinette donne naissance… à une fille : Madame Royale.
 
De plus, Marie-Antoinette acquiert rapidement la réputation d’être très dépensière, de creuser le déficit de l’Etat. Dans la réalité, elle ne dépense pas plus qu’une autre : ses dépenses sont seulement plus ostentatoires, plus visibles. Toujours est-il que la reine gagne le surnom de « Madame Déficit ».
 
Enfin, on la soupçonne d’être à la solde de la Maison d’Autriche, notamment en raison de sa correspondance, active comme nous l’avons vu.
 
En même temps, si Marie-Antoinette s’adonne à cette vie de plaisirs, de fantaisies et d’insouciance, c’est parce que Louis XVI ne veut pas qu’elle intervienne dans les affaires du royaume. En effet, elle est capable de jouer un rôle politique, et plus en tant que ministre de son frère, l’empereur Joseph II, que comme reine de France. Par exemple, en octobre 1784, l’Autriche tente en vain de forcer le passage sur l’Escaut, aux Provinces-Unies. La guerre semble de plus en plus possible. Mais Vergennes, le ministre de Louis XVI, veut l’éviter. Le 30 novembre, Mercy, l’ambassadeur autrichien, propose d’échanger les possessions des Pays-Bas contre la Bavière et promet à la France, si elle accepte l’échange, Luxembourg et le Namurois. Fin décembre, Marie-Antoinette fait pression sur Vergennes pour qu’il accepte l’accord. Mais le ministre refuse et donne même sa démission. Toutefois, Louis XVI refuse cette dernière : c’est donc un échec pour Marie-Antoinette. Mais on voit à travers cet exemple que cette dernière est tout à fait en mesure d’agir en faveur des intérêts de sa famille.
 
 
L’affaire du collier
 
 
Un événement contribue encore à discréditer la reine : la fameuse affaire du collier. Une comtesse, Jeanne de La Motte, est présentée en 1781 au cardinal de Rohan qui est alors tombé en disgrâce auprès de la Cour. La comtesse décide de réconcilier le cardinal avec la Cour : pour cela, elle organise une rencontre entre lui et une femme qui doit jouer le rôle de la reine, la baronne d’Olivia. La rencontre se déroule dans les jardins de Versailles dans la nuit du 11 août 1784. Rohan est dès lors perdu : en effet, Jeanne de La Motte veut lui extorquer de l’argent.
 
Böhmer et Bassenge, bijoutiers, ont voulu vendre un collier estimé à un million six cents mille livres à la Cour. Mais le roi a refusé l’achat. La comtesse de La Motte rencontre les deux bijoutiers et leur assure que Marie-Antoinette veut leur acheter le collier et qu’elle en fera l’acquisition par un intermédiaire. Par ailleurs, Jeanne de La Motte contacte Rohan en lui affirmant que Marie-Antoinette le charge de faire l’acquisition du collier et qu’elle remboursera par fractions. Rohan achète donc le collier le 24 janvier 1785 grâce à un faux billet prétendument signé de la main de la reine. Le collier tombe dans les mains de Jeanne de La Motte qui le revend en Angleterre.
 
Le 1er août, Böhmer et Bassenge se présentent à Versailles pour toucher leur premier remboursement : c’est à ce moment-là que l’affaire est dévoilée. Le 15 août, le cardinal de Rohan est arrêté. Mais l’affaire est portée au Parlement et devient publique : le scandale rejaillit sur la reine qui devient alors encore plus impopulaire. Ainsi, à l’occasion de la naissance de son second fils, le futur Louis XVII, le 24 mars 1785, elle se rend à Paris… où elle est reçue très froidement, sans aucune acclamation.
 
Entre-temps, en effet, Marie-Antoinette a donné naissance à garçon, le 22 octobre 1781, qui devient donc le Dauphin. En 1786, elle accouche encore d’une fille mais celle-ci ne vit que quelques mois.
 
 
L’influence politique de Marie-Antoinette
 
 
À partir de 1787, le rôle de Marie-Antoinette évolue. Louis XVI a alors perdu la plupart de ses conseillers et se retrouve face à un vide politique. La reine devient alors son véritable conseiller politique. Mais elle est inexpérimentée en politique et n’a pas de culture dans ce domaine. Son seul credo réside dans le maintien de la monarchie absolue coûte que coûte. Donc, à partir de 1787, elle exerce une influence certaine : elle obtient le départ de Calonne, impose Loménie de Brienne et contribue au retour de Necker.
 
Les états généraux s’ouvrent le 5 mai 1789. Dès le début, Marie-Antoinette se montre inflexible : elle refuse tout compromis avec les députés, malgré sa tristesse : en effet, le Dauphin est mort le 4 juin. Elle préconise même le recours à la force face aux députés qui se sont proclamés, le 20 juin, lors de la séance du jeu de paume, Assemblée nationale et qui ont décidé de donner une Constitution à la France. Le 23 juin, Louis XVI prononce son discours dans lequel il ordonne aux états de se séparer. Mais le 29, il cède.
 
Puis vient la journée du 5 octobre 1789 au cours de laquelle les Parisiens, dont de nombreuses femmes, marchent sur Versailles pour ramener la famille royale à Paris. Le lendemain, alors que le château commence à être envahi, des cris fusent : « Il nous faut le cœur de la reine ! » Ils suffisent à mesurer la haine dont « l’Autrichienne » fait l’objet. La famille royale est ramenée à Paris : elle s’installe aux Tuileries.
 
Marie-Antoinette a des contacts avec les révolutionnaires modérés, tels que Mirabeau. Mais elle mène un double jeu. En effet, elle entretient toujours des relations avec l’Autriche. Elle supplie ainsi ses frères (Joseph II puis Léopold II) de lui venir en aide : elle demande la réunion d’un congrès des puissances étrangères afin d’intimider les révolutionnaires. La fuite de Varennes, en juin 1791, est son idée. C’est à cette époque qu’elle exerce la plus forte influence. Son objectif est de sauver la vie des membres de la famille royale et de retrouver sa liberté. La fuite est un échec : la reine, tout comme son mari, perd alors définitivement sa crédibilité auprès des Français.
 
La guerre est déclarée le 20 avril 1792. Marie-Antoinette souhaite la défaite des armées françaises. Elle fournit aux puissances ennemies des renseignements stratégiques. Mais le 10 août, la monarchie tombe. Le 13, la famille royale est incarcérée à la prison du Temple.
 
 
La fin d’une reine
 
 
Louis XVI est jugé par l’Assemblée nationale et exécuté le 21 janvier 1793. Marie-Antoinette, reine haïe, n’a plus aucun espoir. En août, elle est transférée à la prison de la Conciergerie. Dans le cadre de la Terreur, elle passe en jugement.
 
Son procès a lieu devant le Tribunal révolutionnaire et dure deux jours, les 14 et 15 octobre. Le chef d’accusation qui pèse contre elle est celui de haute trahison. Les juges, à l’époque, n’ont aucune preuve même si les historiens d’aujourd’hui connaissent le rôle réel de Marie-Antoinette. Cette dernière se défend pourtant avec courage, habileté et éloquence. Elle révèle ainsi tardivement ses capacités à se battre. Elle risque d’attirer des sympathies. Elle en « appelle à toutes les mères », ébranlant un moment le tribunal. Les pires accusations sont jetées contre elles : elle aurait tenté d’émasculer le Dauphin et aurait pratiqué des actes incestueux avec Louis XVII.
 
Ce procès est celui du symbole féminin – haï – d’un régime lui aussi détesté. Dans ces conditions, le verdict ne surprend pas : l’ancienne reine de France, « l’Autrichienne », est condamnée à mort. Le 16 octobre, c’est en charrette, vêtue d’un caraco, coiffée d’un bonnet et injuriée par la foule qu’elle est conduite place de la Révolution, actuelle place Concorde, où elle est guillotinée. Elle est l’une des premières victimes de la Terreur. Son corps est enterré dans le cimetière de la Madeleine.
 
Marie-Antoinette fut une princesse devenue reine trop jeune, comme son époux d’ailleurs. Louis XVI aurait déclaré à son avènement : « Mon Dieu, protégez-nous, nous régnons trop jeune ! » Mais surtout, Marie-Antoinette n’avait aucune expérience en politique, ne retenant de son éducation que le principe du maintien de la monarchie absolue coûte que coûte et était sûrement trop proche de sa famille dans un contexte si particulier que la fin de l’Ancien Régime et la Révolution. En outre, sa réputation de dépensière ne l’aida pas à se faire aimer du peuple français qui, très vite, la détesta.
 
 
 
 
 
Aller plus loin :
DUPRAT, Annie, Marie-Antoinette, la reine dévoilée, Paris, Perrin, 2006.
LEVER, Évelyne, Marie-Antoinette, Paris, Fayard, 1991.
LEVER, Évelyne, « Le temps des femmes : de madame de Pompadour à Marie-Antoinette », in Les Collections de l’Histoire, juillet 1998, n° 2, pp. 102-106.
LEVER, Évelyne, « Marie-Antoinette », in SIRINELLI, Jean-François et COUTY, Daniel, Dictionnaire de l’histoire de France, Paris, Armand Colin, 1999.
LEVER, Évelyne, « La faute à Marie-Antoinette ? », in L’Histoire, novembre 2005, n° 303, p. 44.
 
 
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7 mai 2006 7 07 /05 /mai /2006 23:00
On commémore cette année le soixante dixième anniversaire du Front populaire. L’occasion nous est donc donnée de nous intéresser à cette expérience politique de gauche. En démontant quelques idées reçues.
 
Le Front populaire est une alliance de diverses formations et organisations de gauche qui s’est constituée en 1934-1935 en réaction aux événements du 6 février 1934. Examinons d’abord le contexte dans lequel il est né.
 
 
L’antifascisme : ciment du Front populaire et mythe
 
 
La crise des années 1930 a touché la France à partir de 1932. Elle se traduit par le chômage, le marasme de l’activité, la déflation. En conséquence, se répand l’inquiétude sociale ainsi que le doute sur la capacité du régime à surmonter les difficultés. Ce contexte favorise le regain d’un courant de droite antiparlementaire et autoritaire à partir de 1933. Cette contestation antiparlementaire se manifeste par la création de ligues qui reprennent certaines caractéristiques des fascistes italiens ou des nazis allemands. Elles organisent des manifestations de rue dont la plus connue est celle du 6 février 1934 au cours de laquelle les ligues se dirigent vers l’Assemblée nationale et tirent sur le service d’ordre qui réplique. Les combats durent jusqu’à une heure du matin et font 17 morts et un millier de blessés.
 
Ces événements font naître la croyance en l’existence d’une menace fasciste pesant sur la France. Mais en réalité, aucune ligue, à part celle de Marcel Bucard, n’est authentiquement fasciste. Cela n’empêche pas que l’antifascisme sera le ciment du Front populaire. Mais cet antifascisme est un mythe. Il s’agit d’un concept idéologique et politique inventé par les communistes afin de servir les intérêts de l’URSS. Selon ce concept, sont fascistes tous ceux qui osent critiquer l’Union soviétique. Les intellectuels deviennent la cible privilégiée du Komintern et de Moscou pour faire leur propagande.
 
Ainsi, dès le 3 mars 1934, est créé le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA) par trois intellectuels de gauche, Paul Langevin, Paul Rivet et le philosophe Alain. Au printemps, Staline pousse le PCF à nouer des relations avec les socialistes puis les radicaux. Le piège a fonctionné : les communistes ont imposé un choix manichéen ; toute critique de l’URSS est interdite, car ce serait une manifestation du fascisme ; le communisme, alors qu’il est un totalitarisme comparable au nazisme, qu’il enferme des millions d’individus dans les goulags, devient le symbole de la lutte pour la démocratie. En définitive, l’antifascisme a été le vecteur le plus efficace de la propagande communiste.
 
 
14 juillet 1935 : naissance du Front populaire
 
 
Cependant, des divergences entre les différentes forces de gauche existent. Le parti radical se divise en deux courants : l’un, dirigé par Édouard Herriot, préconise comme solution l’union des radicaux avec le centre droit et la droite ; l’autre, conduit par Édouard Daladier, souhaite une alliance des gauches. Le PCF est caractérisé par sa haine de la République « bourgeoise » contre laquelle ses militants ont manifeste également le 6 février 1934. Quant à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), elle est marquée par des années de lutte contre le PCF.
 
C’est la pression de la base qui va jouer un rôle important dans le rapprochement des partis de gauche. Déjà, le 12 février 1934, les communistes et les socialistes ont manifesté séparément contre le fascisme mais les deux cortèges se sont rejoints. Surtout, sur la pression de Moscou, le PCF change sa stratégie, en vertu de la lutte contre le fascisme. En effet, en Allemagne, les communistes ont refusé de faire front commun avec les sociaux-démocrates, permettant ainsi la victoire des nazis. Un pacte d’unité d’action est donc signé le 27 juillet 1934 par le PCF et la SFIO. Puis à partir de 1935, ces deux formations se rapprochent du Parti radical.
 
Ce front commun remporte ses premiers succès lors des élections municipales le 12 mai 1935. Le 14 juillet, une grande manifestation pour le travail, la paix et la liberté réunit les militants des trois formations de gauche ainsi que les syndicats, la Ligue des Droits de l’Homme et le CVIA. Les dirigeants de gauche sont acclamés : Léon Blum, chef des socialistes, Maurice Thorez, chef des communistes, et Daladier, chef des radicaux. À l’issue de cette manifestation est créé un Comité de rassemblement populaire : le Front populaire est né.
 
Ce comité publie son programme pour les élections législatives le 11 janvier 1936. Son slogan est « Le pain, la paix, la liberté ». Les buts peuvent se résumer en quatre points : dissolution des ligues, pour faire face au soi-disant péril fasciste, renflouement du pouvoir d’achat populaire, retour à la sécurité collective et création d’un fonds de chômage.
 
Le vote aux élections législatives a lieu les 26 avril et 3 mai 1936. Le taux de participation est de 85 %. Le Front populaire obtient un succès : les socialistes ont 149 élus, les radicaux 111 et les communistes 72. La SFIO devient la première force de gauche, ce qui est nouveau car auparavant, ce fut le Parti radical. Les communistes font quant à eux une entrée massive à la Chambre. C’est donc le chef des socialistes, Blum, qui devient président du Conseil, le 4 juin. Dans son ministère, les radicaux obtiennent la moitié des portefeuilles. Trois femmes deviennent ministres, dont Irène Joliot-Curie. Roger Salengro est ministre de l’Intérieur, Jean Zay ministre de l’Éducation nationale, Daladier est chargé de la Défense nationale et Vincent Auriol des Finances. Les communistes ont reçu l’ordre du Komintern de ne pas participer au gouvernement mais seulement d’apporter son soutien.
 
 
Les congés payés
 
 
Mais le Front populaire va prendre une nouvelle dimension en raison d’un mouvement social d’une ampleur exceptionnelle. En effet, Blum laisse le gouvernement de la législature précédente expédier les affaires courantes pour respecter le délai constitutionnel. À partir du 10 mai a lieu une grève sur le tas, c’est-à-dire que les lieux de travail sont occupés. Les ouvriers attendent beaucoup de la victoire du Front populaire et sont frustrés de l’inactivité politique. Une vague de grève dans l’industrie paralyse donc bientôt le pays. Elle traduit le désir d’affirmer la dignité ouvrière dans un contexte économique difficile et la volonté de peser dans des négociations à venir. Ces occupations se déroulent dans une ambiance de kermesse, ce qui leur donne un aspect festif.
 
Afin de faire cesser la grève, Blum réunit les organisations syndicales et patronales le 7 juin à Matignon à 15 heures. Vers une heure du matin, le 8, le fameux accord Matignon est conclu. Il prévoit l’augmentation des salaires entre 7 et 15 % et le respect par les patrons de l’engagement syndical de leurs salariés. Il institue aussi la semaine de travail de 40 heures, alors que jusqu’alors elle était de 48 heures. Cette mesure a pour but de faire diminuer le chômage en « répartissant judicieusement, sur la collectivité des travailleurs, les disponibilités de travail ». Mais la mesure qui reste associée au Front populaire est la création des congés payés par la loi du 11 juin 1936 grâce auxquels 600 000 ouvriers peuvent partir en vacances à l’été 1936. Pourtant, cette mesure n’a jamais été au programme du Front populaire et les ouvriers n’ont jamais demandé cette mesure. Plusieurs pays avaient adopté cette disposition dans leur législation – l’Allemagne (1905), le Danemark, la Norvège (1910), le Chili, le Pérou, la Grèce, la Roumanie, le Mexique, le Luxembourg (entre 1926 et 1934) – mais les ouvriers français n’y voyaient pas l’intérêt et ne pouvaient pas concevoir le fait d’être rémunéré… à ne rien faire !
 
Toutefois, toutes ces mesures entraînent un alourdissement des charges salariales et beaucoup de petites et moyennes entreprises font faillite.
 
 
Mesures éducatives et culturelles
 
 
L’œuvre sociale du Front populaire est prolongée par des mesures éducatives et culturelles. Jean Zay décide d’entreprendre une réforme de l’enseignement. Le 9 août, le prolongement de la scolarité de 13 à 14 ans est adopté. Zay présente surtout un projet de loi ayant pour but de refonder la structure de l’enseignement pour le démocratiser. L’idée est de créer trois niveaux coordonnés. Ainsi, de 1936 à 1939, des mesures permettent un début d’application de ce projet. Pour la coordination, des passerelles doivent permettre le passage d’une section à l’autre en cours d’études. Un premier degré d’enseignement est destiné à tous les élèves sans distinction sociale. Un deuxième degré constitue un palier pour l’affectation à l’enseignement secondaire, primaire supérieur ou technique. C’est ainsi que naît la future classe de sixième. Des efforts budgétaires sont accomplis en faveur de l’Éducation nationale : ils se traduisent par le dédoublement des classes de plus de 35 élèves, la création de 5 000 postes d’instituteurs et de 225 postes de professeurs et la construction de nouveaux établissements scolaires. Enfin, la pédagogie novatrice consiste en des « loisirs dirigés » qui peuvent prendre la forme de visite d’usines, d’ateliers divers…
 
Zay est aussi responsable des Sports. Un sous-secrétariat aux Sports et aux Loisirs est créé afin de promouvoir le sport populaire. La culture est popularisée grâce à un réseau associatif constitué par les auberges de jeunesse, l’Association populaire des amis des musées et l’Association pour le développement de la lecture publique, entre autres.
 
 
Le chômage ne baisse guère
 
 
Plusieurs mesures économiques sont prises. Le 24 juillet 1936, est créé un conseil nommé par l’Etat pour gérer la Banque de France. En août, l’industrie de guerre est nationalisée et la régulation du marché des céréales décidée. Le Front populaire effectue d’énormes dépenses pour le réarmement, signe qu’il n’a pas été inactif dans le domaine militaire. Les chemins de fer sont nationalisés le 31 août 1937 : c’est la naissance de la Société nationale des chemins de fer (SNCF).
 
En dépit de ces mesures, le chômage ne baisse guère : il reste même plus élevé qu’aux Etats-Unis, en Allemagne, en Belgique ou au Royaume-Uni. De plus, les prix augmentent, la dépréciation monétaire entraîne la fuite des capitaux et le marché du travail est plus rigide que prévu. C’est pourquoi, Blum décide de dévaluer le franc le 1er octobre 1936 puis demande, le 15 juin 1937, les pleins pouvoirs financiers. Mais le Sénat, en majorité radical, les lui refuse.
 
C’est l’une des raisons qui vont pousser Blum à la démission. Car le Front populaire connaît d’autres difficultés. Le Frente popular, le Front populaire espagnol, a appelé le gouvernement français à l’aide après une insurrection militaire et nationaliste en juillet 1936. Mais Blum, face aux réticences des radicaux et des Britanniques qui craignent une guerre générale en Europe, a refusé d’apporter son soutien dès le mois d’août.
 
Ensuite, des campagnes diffamatoires et haineuses ont été lancées par l’extrême droite contre le ministre Roger Salengro qui s’est suicidé le 17 novembre 1937. Mais ces attaques n’ont pas pu déstabiliser le régime.
 
Enfin, l’inquiétude des classes moyennes – fonctionnaires, petits producteurs, rentiers – est grandissante et se traduit dans l’attitude du Parti radical qui cherche à éviter toute dérive révolutionnaire. Car en juin 1936, ce dernier avait adhéré au Front populaire sur la base du programme « pain, liberté, paix », entraînant le vote massif des électeurs des classes moyennes, qui sont la clientèle du Parti radical. Or, la pratique du pouvoir par Blum déçoit cette partie de la population qui se considère oubliée par le gouvernement. S’ajoute à cela la question de l’intervention en Espagne. On comprend alors pourquoi les classes moyennes se sont rapidement détachées de l’extrême gauche. Le Parti radical, sur la pression de ses électeurs, émet donc de plus en plus de réserves sur la politique de Blum.
 
 
Hitler, libre d’annexer les Sudètes
 
 
Et finalement, ce dernier doit donner sa démission le 22 juin 1937. Un nouveau gouvernement, dirigé par le radical Camille Chautemps, est nommé. Il veut revenir sur certains acquis de 1936, en particulier la semaine de 40 heures. Mais il n’accomplit que des demi-mesures. Puis, face à l’hostilité des socialistes et des communistes, il est renversé le 10 mars 1938 après avoir voulu former un ministère exclusivement radical.
 
Blum revient alors au pouvoir mais seulement pour trois semaines. Il a l’idée de former un gouvernement d’union nationale, allant des communistes jusqu’à la droite. Mais sa tentative échoue. Il forme alors un autre ministère mais sa politique financière est rejetée par le Sénat. Blum démissionne le 8 avril.
 
C’est Daladier qui forme un nouveau ministère le 12 avril. Celui-ci ne comprend pas de socialistes mais accueille des modérés. La priorité de Daladier est le redressement militaire et économique du pays. Même les communistes votent leur confiance dans ce gouvernement, toujours en vertu de leur ligne antifasciste.
 
La situation internationale est alors en effet inquiétante : Hitler a procédé à l’Anschluβ, c’est-à-dire le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne au mois de mars. Puis c’est l’affaire des Sudètes qui retient l’attention. Les Sudètes sont une minorité de trois millions d’Allemands vivant en Tchécoslovaquie que Hitler veut rattacher au Reich. Mais le président tchécoslovaque, Benes, refuse. Or, la Tchécoslovaquie est alliée à la France et celle-ci ne peut se permettre d’entrer en guerre. Le 30 septembre 1938 sont conclus les accords de Munich qui laissent Hitler libre de rattacher les Sudètes à l’Allemagne. À son retour, Daladier est accueilli en triomphe. Ces accords ont divisé socialistes et communistes : ces derniers, se caractérisant par leur antifascisme, ont condamné les accords. La SFIO quant à elle est divisée entre anti-munichois et pro-munichois. Ces événements achèvent de déchirer la gauche. Le Parti radical se retire du Comité de rassemblement populaire créé au soir du 14 juillet 1935.
 
En novembre 1938, Daladier s’appuie sur une nouvelle majorité formée par les radicaux, le centre droit et la droite. À la même époque, il met fin à la semaine de 40 heures.
 
Le Front populaire, en tant que rassemblement des diverses formations de gauche, a vécu. Il a éclaté, le ciment de l’antifascisme n’ayant pas tenu.
 
 
 
 
Aller plus loin :
BOURDÉ (G.), La défaite du Front populaire, Paris, Maspero, 1977.
LEFRANC (G.), Histoire du Front populaire, 1934-1938, Paris, Payot, 1965.
RIOUX (J.-P.), Au bonheur la France, Paris, Perrin, 2004.
« Vérités et légendes sur le Front populaire », in L’Histoire, n° 197, mars 1996, pp. 78-87.
 
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22 avril 2006 6 22 /04 /avril /2006 22:42
 
Il y a exactement vingt ans, le 26 avril 1986, la plus grande catastrophe de l’histoire du nucléaire se produisit à Tchernobyl. Retour sur un événement aux conséquences dramatiques.
 
L’origine de l’accident nucléaire vient de la combinaison de deux facteurs terribles : d’une part, la conception même du réacteur qui a explosé, et d’autre part, une série d’erreurs humaines.
 
 
Une expérience qui tourne au drame
 
 
Le réacteur d’abord. De type RBMK – Reaktor bolchoi moschnosti kanalny –, il était malheureusement difficile à contrôler lorsqu’il était soumis à des conditions extrêmes. En effet, il est conçu de telle sorte que sa puissance augmente spontanément et doit donc sans cesse être régulée. De surcroît, le délai de mise en route du système d’arrêt d’urgence est très long : vingt secondes.
 
Des ingénieurs, qui n’avaient aucune connaissance approfondie en physique nucléaire, voulurent tenter une expérience dans la centrale de Tchernobyl. Malgré l’interdiction de l’organisme spécial chargé de la sécurité nucléaire, l’expérience eut lieu, dans la nuit du 25 au 26 avril 1986.
 
Mais les responsables se trompèrent dans leur calcul. La puissance du réacteur baissa à 30 mégawatts alors qu’ils en escomptèrent 800. Pour l’augmenter, ils enlevèrent donc les barres mobiles destinées à stopper le réacteur en cas de problème. La puissance augmenta très rapidement, à tel point que de petites explosions se produisirent et détruisirent les barrières mobiles : désormais, le réacteur devint incontrôlable.
 
Une gigantesque explosion eut lieu : la dalle de béton qui se trouvait au-dessus du bâtiment, et qui pesait mille tonnes, fut projetée en l’air et vint s’écraser sur le réacteur, éventrant celui-ci. Un immense incendie se déclara.
 
 
Quinze jours pour étouffer la réaction nucléaire
 
 
Les pompiers luttèrent contre l’incendie avec un équipement dérisoire, sans protection spéciale. Si au petit matin le feu était maîtrisé, le graphite contenu dans le cœur du réacteur continuait de se consumer, libérant des doses massives de radioactivité. Les pompiers, gravement irradiés, furent évacués vers l’hôpital où la plupart moururent dans des souffrances atroces.
 
Pendant quinze jours, des équipes se relayèrent pour étouffer la réaction nucléaire. Des hélicoptères militaires devaient déverser au-dessus du réacteur des tonnes de sable, d’argile, de plomb, de bore : mais à une hauteur de deux cents mètres, atteindre une cible d’une dizaine de mètres diamètre était très difficile. En outre, en raison de la radiation extrêmement forte dégagée par le réacteur, les hélicoptères ne pouvaient rester sur place que huit secondes ! Les premiers jours, les deux tiers des largages échouèrent.
 
Un autre problème apparut : les fondations de la centrale menaçaient de s’effondrer : le risque était une pénétration massive du combustible nucléaire dans le sol. Des centaines de mineurs furent envoyés à Tchernobyl pour construire un tunnel jusque sous le réacteur et injecter de l’azote liquide afin de refroidir le cœur du réacteur et protéger la nappe phréatique.
Les mineurs et les équipages des hélicoptères furent très fortement irradiés.
 
 
Les médias soviétiques ne disent rien
 
 
L’évacuation ne débuta que le 28 avril : les habitants de Pripiat, située à côté de la centrale, furent les premiers à partir. Mais beaucoup d’entre eux souffraient déjà des fortes irradiations : nausées et diarrhées en étaient les premiers symptômes.
 
Dans les premiers jours de mai, ce sont cent mille personnes résidant dans un rayon de trente kilomètres autour de la centrale qui furent évacuées. L’évacuation dura jusqu’au mois d’août. En trois mois, deux cents cinquante mille personnes furent évacuées.
 
En même temps, les autorités cachèrent puis minimisèrent la catastrophe. Les médias soviétiques ne dirent rien pendant trois jours. L’alerte fut d’ailleurs, le 28 avril, donnée par la Suède, qui avait constaté, dans l’une de ses centrales, au cours d’un contrôle de routine, une augmentation de la radioactivité. L’après-midi, l’AFP informa que « des niveaux de radioactivité inhabituellement élevés ont été apportés vers la Scandinavie par des vents venant d’Union soviétique ».
 
 
« Le peuple soviétique est plus fort que l’atome »
 
 
Le 14 mai 1986 débuta une vaste campagne pour évacuer et décontaminer les zones les plus radioactives. Cette campagne dura deux ans, jusqu’à l’été 1988. Ce sont sept cents mille « liquidateurs » qui participèrent à ces opérations.
 
Leur première mission fut de bâtir un « sarcophage », une immense structure de béton au-dessus du réacteur accidenté. La construction dura six mois. Des grues assemblèrent à distance le sarcophage qui avait la forme d’une pyramide tronquée de soixante-six mètres de haut. Ces travaux furent l’occasion d’activer encore la propagande communiste : une banderole accrochée au sarcophage portait ces mots : « Le peuple soviétique est plus fort que l’atome ! » Et à la fin des travaux, le plus important reste d’accrocher le drapeau rouge au sommet de la cheminée surplombant le réacteur accidenté…
 
L’autre grande mission des liquidateurs était de décontaminer les zones touchées : on raclait la terre radioactive qui était ensuite enterrée. Les arbres et les matériaux contaminés furent enfouis dans de gigantesques fosses-poubelles nucléaires. De nombreuses constructions furent rasées et les gravats furent eux aussi ensevelis. Enfin, les animaux domestiques abandonnés par les personnes évacuées furent abattus.
 
Mais que valaient toutes les mesures qu l’on vient d’exposer lorsque l’on sait que la centrale de Tchernobyl, où travaillèrent dix mille personnes, continua de fonctionner jusqu’en 2000 ? Que valaient ces mesures quand un millier de personnes étaient revenues s’installer dans les zones interdites ?
 
 
« Comme un arbre qui pousse »
 
 
Les conséquences sont d’abord humaines. Des millions de personnes habitant dans les zones touchées sont irradiées par ingestion de produits alimentaires contaminés. En Biélorussie et en Ukraine, les cancers de la thyroïde, du pancréas, de la vessie et les leucémies sont deux à trois fois plus nombreux qu’avant la catastrophe. Des études menées dans la région de Gomel, en Biélorussie, révèlent le rôle du césium dans des maladies cardiaques, rénales ou immunitaires, en particulier chez les enfants.
 
De plus, les conséquences vont durer longtemps. La contamination des territoires par le césium et le strontium se poursuivra sur plusieurs centaines d’années. Les zones touchées par le plutonium quant à elles, seront contaminées pendant plusieurs millénaires. Ce sont l’Ukraine, la Biélorussie et le sud-ouest de la Russie qui furent le plus touchés. Comme les limites temporelles des conséquences n’existent pas, le retour à la normalité n’est pas possible pour les populations concernées. Tchernobyl est une catastrophe sans fin : une villageoise biélorusse dit : « Tchernobyl est comme un arbre qui pousse » (1).
 
La catastrophe a ainsi ouvert un monde nouveau. Aucune référence, aucun repère ne permet de se représenter le « monde de Tchernobyl » devenu étranger à l’homme, dénaturé, méconnaissable.
 
 
L’échec du socialisme
 
 
Enfin, la catastrophe eut une conséquence politique. Mikhaïl Gorbatchev avait lancé dès son arrivée au pouvoir, le 11 mars 1985, la perestroïka (« restructuration »), qui visait à mettre fin à l’économie étatisée, et la glasnost (« transparence »), visant à instaurer la démocratie. Il exploita politiquement l’accident de Tchernobyl pour en faire « un nouvel argument fort en faveur de réformes profondes » comme il l’écrivit dans ses Mémoires, publiées en 1997.
 
Le 14 mai, lors d’une intervention télévisée, il reconnut la catastrophe, ce qui était totalement nouveau par rapport aux habitudes des dirigeants soviétiques : il ne mentait pas, ne cherchait pas à cacher la vérité. Il admit que ce terrible accident était lié au système politico-économique de l’URSS. Dans ses Mémoires il écrivit encore que l’accident de Tchernobyl « constitua la preuve la plus spectaculaire et la plus terrible de l’usure de notre matériel et de notre vieux système ». En effet, la catastrophe de Tchernobyl illustrait l’échec lamentable du socialisme : il était le produit d’un état de délabrement avancé et des faiblesses du système politique et économique communiste.
 
 
 
 
 
Note :
(1) Citée par ALEXIEVITCH, Svetlana, dans La Supplication, Lattès, 1998.
 
 
 
Bibliographie :
« Tchernobyl (Catastrophe de) », in DUPONT (Y.), Dictionnaire des risques, Paris, Colin, 2004.
WERTH (N.) « Tchernobyl : enquête sur une catastrophe annoncée », in L’Histoire, avril 2006, n° 308, pp. 66-75.
 
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4 mars 2006 6 04 /03 /mars /2006 11:55
2006 est l’année Mozart : en effet, on célèbre cette année le 250e anniversaire de sa naissance. L’occasion pour nous de retracer les grandes étapes de la vie de ce génie.
 
Le 27 janvier 1756, à Salzbourg, principauté ecclésiastique allemande, naît Johann Chrysostome Wolfgang Téophile Mozart. Quant à Amadeus, c’est le prénom qu’il choisira pour se faire appeler plus tard en Italie : c’est la traduction latine de Téophile. Il est le septième enfant du couple formé par Léopold Mozart et Anna-Maria Pertl, qui se sont mariés en 1747.
 
 
Une famille de musiciens
 
 
La famille de Mozart baigne dans l’univers de la musique. Léopold est un excellent violoniste : il occupe d’ailleurs le poste de second violon dans l’orchestre de la cour du prince archevêque de Salzbourg. Il est aussi compositeur et l’auteur d’une méthode de violon. En 1751, le premier enfant voit le jour : c’est une fille, elle est baptisée Anna-Maria, en hommage à sa mère. Mais on la surnommera Nannerl. Rapidement, elle va se révéler être une excellente musicienne au clavecin.
 
Ce n’est donc pas un hasard si dès l’âge de trois ans, Wolfgang révèle son talent dans l’art de la musique. À cinq ans, il compose déjà des œuvres, avant même de savoir écrire, et les joue à son père. À partir de 1762, les deux enfants Mozart exhibent leur talent lors d’une tournée de neuf ans, parcourant toute l’Europe et jouant notamment à la cour de Vienne et à Paris.
 
Les Mozart reviennent à Salzbourg le 15 décembre 1771. Le lendemain, leur employeur, le prince archevêque, meurt. Son successeur est élu le 14 mars 1772 : c’est le comte Colloredo. Wolfgang Mozart va entretenir de mauvaises relations avec lui, malgré le bon salaire qu’il perçoit. En effet, Colloredo le traite comme un domestique et ne lui accorde aucun congé. Ce traitement humiliant pousse Wolfgang a démissionné le 1er août 1777. Il quitte Salzbourg avec sa mère pour chercher un nouvel employeur : le 23 septembre, il part en direction de Munich.
 
 
De Munich à Paris
 
 
À Munich, Wolfgang parvient à obtenir une entrevue avec Maximilien III, l’Électeur de Bavière. Mais son assurance est considérée comme de l’arrogance, la conscience de son génie agace. Il déclare ainsi que la cour a besoin d’un compositeur de talent. L’entrevue avec Maximilien III se déroule mal : l’Électeur lui annonce qu’il n’y a pas de place.
 
Toujours accompagné de sa mère, Wolfgang fait ensuite un séjour à Augsbourg, ville natale de son père, puis arrive à Mannheim le 30 octobre. Là, il fait la rencontre d’Aloysia Weber, fille d’un copiste, dotée d’une voix remarquable. Wolfgang en tombe amoureux mais Aloysia ne veut qu’une chose : devenir célèbre. Elle ne montre aucun signe affectif à l’endroit de Mozart. Ce dernier, raisonnablement, part pour Paris.
 
Il s’y installe rue Bourg l’abbé, à quelques centaines de mètres de l’appartement de Jean-Jacques Rousseau. Dans la capitale française, il peut bénéficier de l’appui du baron Grimm, qui a été son protecteur en 1763. Mais son séjour est désastreux : les Parisiens ont oublié le petit génie qui était venu exposer son talent quinze ans plus tôt, certaines commandes son impayées, il ne goûte pas le succès. En outre, sa mère tombe malade. Elle décède le 3 juillet 1778.
 
Cependant, Wolfgang retrouve le moral grâce à sa musique. Il rencontre Jean-Chrétien Bach, fils de Jean-Sébastien. Leur amitié suscite la jalousie du baron Grimm qui se montre odieux avec lui, lui mentant, prétendant que les Français détestent sa musique, le poussant à quitter la France… alors que le succès commence à venir.
 
 
Son génie est reconnu par le plus grand compositeur
 
 
Mozart quitte Paris le 26 septembre 1778. Son père a convaincu le prince archevêque de reprendre, pour un salaire trois fois supérieur. Mais sur le chemin du retour, il cherche tout de même un nouvel employeur. Wolfgang arrive à Salzbourg le 15 janvier 1779. Il y reste deux ans ou cours desquels il étouffe. Il compose cependant un nouvel opéra, Idoménée. Il est en pleine possession de son génie. Lorsqu’il le présente à Munich, il fait un triomphe.
 
En 1781, Colloredo donne l’ordre à Wolfgang de le rejoindre à Vienne. Il redevient simple domestique, joue pour le bon plaisir du prince. Les disputes recommencent. Le 9 mai, Colloredo le renvoie.
 
Wolfgang se retrouve indépendant et apprécie cette liberté. Vienne est à cette époque la capitale mondiale de la musique. Il y donne de nombreux concerts publics et privés à l’issure desquels le public manifeste son enthousiasme par des applaudissements nourris. Il découvre aussi à la même époque la musique de Bach, qui va avoir une influence sur son œuvre.
 
Wolfgang fréquente la sœur d’Aloysia Weber, Constanze. Il l’épouse le 4 août 1782, malgré le désaccord de son père. Le couple aura six enfants mais deux seulement survivront. Le 14 mars 1784, Wolfgang rentre dans la franc-maçonnerie.
 
En février 1785, Léopold rend visite à son fils à Vienne où il constate la réussite de son fils. Joseph Haydn, le compositeur le plus connu d’Europe, est le premier à reconnaître franchement le génie de Mozart.
 
Les années 1784-1785 sont donc des années de grand succès pour Mozart. Avec Lorenzo da Ponte, il travaille à la création d’un nouvel opéra, Les Noces de Figaro, tiré de la pièce de Beaumarchais Le Mariage de Figaro. Il se heurte à quelques difficultés en raison du caractère subversif de la pièce de Beaumarchais. Mais l’opéra peut tout de même être joué. Les premières représentations sont un énorme succès. Au début du mois d’avril 1787, Léopold tombe malade. Il meurt le 28 mai.
 
 
Les plus grandes œuvres de l’histoire de la musique
 
 
Entre 1784 et 1786, Mozart compose en moyenne une œuvre tous les quinze jours. Malgré les soucis d’argent que connaissent Constanze et Wolfgang, ce dernier organise quelques tournées, en particulier à Prague où est donnée la première représentation de Don Giovanni, le 29 octobre 1787. Le public réserve un triomphe à Mozart. Mais le succès n’est pas au rendez-vous à Vienne : la représentation du 7 mai 1788 ne convainc pas.
 
En 1789, Mozart part à Leipzig puis revient à Vienne en 1790. Mais la même année, l’empereur, qui lui apportait sa protection, meurt. Wolfgang devient de moins en moins populaire, il agace, il suscite l’incompréhension. C’est en mars 1791 qu’il donne son dernier concert.
 
Mais le musicien ne cesse pas de travailler. Au printemps, Mozart reçoit une commande de la part de Schikaneder, auteur et directeur de théâtre, et lui aussi franc-maçon. L’opéra qu’il écrit est l’une de ses œuvres les plus célèbres : La Flûte enchantée. Il compose aussi La clémence de Titus, un opéra pour célébrer le couronnement du nouvel empereur, Léopold II. Franz von Walsegg, un homme qui se prétend compositeur et qui payait en fait des « nègres », lui commande une œuvre : ce sera le fameux Requiem. À la fin août, Mozart donne à Prague une représentation de Don Giovanni et dirige en personne la première de La clémence de Titus. Peu après, La Flûte enchantée connaît un succès grandiose. C’est dans la période de la fin de sa vie qu’il a composé les plus grandes œuvres de l’histoire de la musique, que certains, encore aujourd’hui, jugent inégalées.
 
Le 18 novembre cependant, il tombe gravement malade. Le 4 décembre, après avoir repris des forces, il se remet à travailler sur son Requiem qu’il souhaite terminer à tout prix. Il ne pourra le faire et c’est son élève, Süssmayer, qui terminera l’œuvre. En effet, le 5 décembre, Mozart tombe dans le coma. Il meurt le 6 peu avant une heure du matin. Il a alors 35 ans.
 
 
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13 septembre 2005 2 13 /09 /septembre /2005 15:10
 TF1 va diffuser ce mois-ci un téléfilm sur Landru, cet homme qui, durant la Grande Guerre, tuait des femmes pour les voler. L’actualité télévisuelle de ce mois de septembre nous offre donc l’occasion de faire un retour sur cette affaire qui a fasciné les contemporains, mais aussi les cinéastes…  
 
Nous avons tous entendu parler de l’affaire Landru, de cet homme qui promettait le mariage à des femmes d’âge mûr pour les voler et ensuite les tuer. Cette affaire commence durant la Première Guerre mondiale.
 
 
« Monsieur sérieux, désire épouser veuve… »
 
 
La période de la guerre voit de nombreuses femmes seules, des veuves dont le mari a été tué au combat. Beaucoup de ces femmes cherchent à refaire leur vie. Pour Henri Désiré Landru, marié et père de quatre enfants, c’est l’occasion d’exercer ses talents d’escroc.
 
Il passe donc des petites annonces dans les journaux : « Monsieur sérieux, ayant petit capital, désire épouser veuve ou femme incomprise, entre 35 et 45 ans, bien sous tout rapports, situation en rapport. » Ainsi, de 1914 à 1919, il fait la connaissance de 283 femmes. Dont dix seront assassinées. Landru monte une véritable organisation : 90 pseudonymes, sept appartements qu’il loue à Paris, quatre encore en banlieue, ainsi que la location de deux garde-meubles et de deux garages. Il possède aussi deux maisons de campagne à Gambais et à Vernouillet.
 
Landru rédige des dizaines de lettres de réponses et constitue pour chacune de ses « conquêtes » un véritable dossier. Chacun de ces dossiers porte une mention : « A répondre de suite », « Sans suite », « Rien à faire » ou « S.F. » (sans fortune). Les femmes intéressantes – financièrement – pour Landru passent avec lui une journée à la campagne, à Gambais. De cette journée, dix d’entre elles ne reviendront jamais…
 
 
Des crimes qui lui rapportent 30 000 francs
 
 
Qui sont les victimes ? La couturière Jeanne Cuchet, veuve, avait 39 ans. Line Laborde (47 ans) et Berthe-Anne Héon (55 ans), veuves aussi, étaient sans travail. Marie-Angélique Guillin (52 ans) et Anna Collomb (39 ans), respectivement rentière et dactylo, étaient veuves également. Deux autres, Andrée Babelay (19 ans) et Marie-Thérèse Marchadier (39 ans) étaient célibataires : la première était domestique, l’autre une prostituée. Annette Pascal (36 ans), divorcée, était sans travail. Lyane Jaume (36 ans), couturière, était en instance de divorce. Enfin, Célestine Buisson (4 ans), femme de ménage, était veuve aussi.
 
La moyenne d’âge des victimes de Landru atteint donc 40,6 ans. Sur les dix femmes assassinées, 6 sont des veuves, 2 autres célibataires, et deux autres encore divorcées ou presque. L’appât de Landru semble avoir donc bien fonctionné.
 
Intéressons-nous maintenant aux professions des victimes : deux couturières, une dactylo, une domestique, une femme de ménage, une prostituée ainsi que trois femmes sans travail et, enfin, une rentière. Au vu des professions, on peut douter que Landru se soit réellement enrichi. En réalité, il parvenait tout juste à faire vivre sa famille. Car son organisation coûtait cher avec la location des appartements et des autres lieux nécessaires à ses méfaits. Au total, ses crimes lui ont rapporté 30 000 francs, sans compter le mobilier et les bijoux de ses victimes.
 
 
Des restes d’os humains dans une cuisinière
 
 
La terrifiante entreprise de Landru s’arrête en 1919. Dès mars 1918, le maire de Gambais reçoit une lettre d’une femme qui affirme que sa sœur, Anna Collomb, a disparu avec un certain Fremyet. Or, ce Fremyet est inconnu à Gambais. Un peu plus tard, une autre lettre est envoyée au maire, signée cette fois par Mlle Lacoste, la sœur de Célestine Buisson. Le 9 avril 1919, Mlle Lacoste reconnaît Fremyet dans le magasin La Samaritaine et prévient la police. Le 11 avril, la police arrête un dénommé Guillet, alias Fremyet, alias Landru. Ce dernier est arrêté dans un appartement situé rue Rochechouart.
 
La police fait d’étranges découvertes dans cet appartement ainsi que dans la maison de campagne de Gambais : vêtements de femmes, perruques, lingerie, valises, pièces d’identité, un fichier de 283 noms de femmes, un carnet de comptes, une cuisinière dans laquelle on retrouve des restes d’os humains. Et aussi, des billets de chemin de fer Paris-Gambais : toujours deux allers mais un seul retour…
 
Le procès s’ouvre le 7 novembre 1921 à la cour d’assises de Versailles. L’avocat de Landru, Me Moro-Giafferi, se révèle talentueux. L’accusé admet être un escroc mais il nie être un assassin. Ses réponses sont toutes prêtes. Parfois, il s’écrie : « Ma vie privée ne regarde que moi ! » Trois semaines après son ouverture, le procès se termine par une condamnation à mort. Landru est guillotiné le 22 février 1921.
 
 
Un mythe vivant
 
 
Déjà pendant l’instruction, Landru était un véritable vedette, un mythe vivant. Au cours du procès, des personnalités célèbres assistent aux audiences, notamment l’écrivain Colette. Plus tard, Landru devient source d’inspiration pour le théâtre et le cinéma.
 
En 1946, Monsieur Verdoux de Charlie Chaplin raconte l’histoire d’un homme qui, pour faire vivre sa femme infirme et son fils, épouse de riches héritières puis les assassine. En 1962, Claude Chabrol met en scène un Landru incarné par Charles Denner et à qui donnent la réplique, entre autres, Michèle Morgan, Danielle Darrieux et Stéphane Audran.
 
Dans ces deux films, le héros n’est pas montré comme un monstre. Pour Chaplin, les vrais coupables sont les va-t-en-guerre et les profiteurs. Claude Chabrol quant à lui dénonce la société bourgeoise, son ordre bien établi et sa bonne conscience.
 
Quel parti pris aura choisi la fiction de TF1 ? Réponse très prochainement…
 
 
 
 
 
Bibliographie :
LANEYRIE-DAGEN, Nadeije (dir.), Les grands procès, Paris, Larousse, 1995.
LYON-CAEN, Judith, « Landru (affaire) », in SIRINELLI, Jean-François COUTY, Daniel, Dictionnaire de l’Histoire de France, Paris, Armand Colin, 1999.
« Landru, coupable ou non coupable ? », in L’Histoire, septembre 200, n° 301, p. 17.
 
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1 septembre 2005 4 01 /09 /septembre /2005 15:03
 Il y a cent ans, le 5 septembre 1905, le traité de Portsmouth mettait fin à une guerre entre le Japon et la Russie. Quels furent les causes et le déroulement de cette guerre ? Et en quoi constitua-t-elle un bouleversement dans les relations internationales ?
 
Le conflit russo-japonais qui prit fin le 5 septembre 1905 éclata en février 1904. Il était l’aboutissement d’une longue rivalité entre les deux pays. Mais il représenta aussi un retournement dans les relations internationales.
 
 
Russie et Japon
 
 
Cette guerre fut un affrontement entre deux pays qui connaissent des situations très différentes.
 
La Russie était un empire dirigé par le tsar Nicolas II qui se trouvait à la tête d’un vaste territoire, allant de la mer Baltique à l’océan Pacifique et comprenant plus de 130 millions d’individus, et doté d’une armée de plus de deux millions d’hommes. Nicolas II était arrivé au pouvoir en 1894 et poursuivait la politique répressive entamée par son prédécesseur, Alexandre III, dont le père avait été assassiné lors d’un attentat le 1er mars 1881. Ainsi, la police politique, l’Okhrana, créée par Alexandre III resta en place, le pays était moralisé par une idéologie xénophobe et nationaliste, la censure s’exerçait sévèrement.
 
Cet empire connaissait des mutations sociales en raison de l’industrialisation qui faisait apparaître une bourgeoisie d’affaires demandant un régime constitutionnel et parlementaire, et un prolétariat aux conditions de vie misérables. Cette situation engendra des contestations mais malgré cela, Nicolas II restait fidèle au régime autocratique.
 
Le Japon quant à lui était un petit archipel, au territoire restreint, peuplé de 46 millions de personnes et doté d’une armée d’un million d’hommes, c’est-à-dire moitié moins que l’armée russe. Il se trouvait dans l’ère Meiji. Cette ère fut ouverte par l’empereur Mutsuhito (1867-1912) et marquait la volonté de faire du Japon un Etat moderne pour qu’il rattrape son retard sur l’Occident. Les écoles et les universités se multipliaient, des savants et des ingénieurs occidentaux venaient nombreux dans le pays pour donner des conférences et des cours. Les jeunes japonais allaient à l’étranger pour faire leurs études, des machines étaient importées d’Occident, et des chemins de fer et des usines étaient construits. Le Japon, grâce à l’ère Meiji, s’ouvrait donc à l’Occident et devenait une puissance montante.
 
 
La Corée : « première ligne de défense de l’archipel »
 
 
Le Japon voulait alors écarter toute menace pesant sur la Corée. Il considérait en effet celle-ci comme « la première ligne de défense de l’archipel ». Ainsi, la guerre de 1894-1895 lui permit d’écarter la Chine. Mais un nouvel ennemi lui faisait face : la Russie.
 
Car l’empire tsariste avait renforcé son influence en Corée où un gouvernement prorusse était au pouvoir. En 1898, Tokyo et Saint-Pétersbourg conclurent un accord relatif à la Corée : les deux pays promettaient de ne pas intervenir dans les affaires intérieures coréennes et la Russie s’engageait à respecter les intérêts commerciaux japonais.
 
Si la Russie se permit de faire de telles concessions, c’est que la Corée ne revêtait plus pour elle qu’une importance secondaire. En effet, le tsar avait remporté des succès en Mandchourie : il avait obtenu de la Chine la construction d’une voie de chemin de fer dans la péninsule de Liaodong ainsi que deux villes : Dalian et Port-Arthur. Cette dernière était stratégique car elle permettait à la Russie d’avoir un accès permanent sur le Pacifique car ses eaux ne gelaient pas en hiver. Mais le Japon se trouvait humilié dans la mesure où il perdait définitivement le Liaodong et où l’avancée russe constituait toujours une menace pour la Corée à plus long terme. De plus, en 1900, la révolte des Boxers (1) en Chine fut l’occasion pour la Russie d’envoyer 80 000 soldats en Mandchourie.
 
De 1900 à 1903, la Russie et le Japon tentèrent de régler leurs désaccords de manière pacifique. Une intense activité diplomatique se déploya mais les différentes solutions proposées n’aboutirent pas.
 
Entre-temps, le Japon s’était en effet rapproché de la Grande-Bretagne. Celle-ci, inquiète des ambitions régionales de l’empire russe, n’avait pas les moyens militaires dans cette région pour faire face. Elle trouva donc un allié dans le Japon. Quant à ce dernier, il avait l’occasion de conclure sa première alliance avec une grande puissance occidentale.
 
Le traité de Londres de janvier 1902 faisait des deux signataires des pays neutres si l’un des deux était impliqué dans un conflit régional. En revanche, si un pays était attaqué par deux États ou plus, l’autre devait lui porter assistance. Cet accord n’est qu’un aspect de l’ouverture du Japon à l’Occident qui caractérise l’ère Meiji.
 
 
Début de l’expansionnisme japonais
 
 
Tokyo hésitait toujours à se lancer dans la lutte armée. Mais l’opinion publique japonaise, marquée par une éducation patriotique, poussait à la guerre. Le 6 février 1904, 55 vaisseaux japonais quittèrent leur base située sur l’île de Kyushu. Dans la nuit du 8 au 9 février, Port-Arthur et le port coréen de Chemulpo subirent les premières attaques nipponnes. Le 10 février, le Japon et la Russie entrèrent officiellement en guerre.
 
La Russie mèna une guerre d’usure avec le Japon. Il fallut huit mois et 15 000 morts à celui-ci pour prendre Port-Arthur. En mars 1905, la bataille de Mukden fut remportée par les Japonais mais au prix d’un coût humain très élevé. Le tsar utilisa sa flotte stationnée en Baltique. Lorsque celle-ci arriva sur les lieux de l’affrontement, elle fut vaincue par l’amiral Togo en mai 1905 dans le détroit de Tsushima.
 
Épuisés par la guerre, les deux pays décidèrent d’entamer des négociations. Le président des Etats-Unis Théodore Roosevelt proposa ses services. Le traité de paix fut signé le 5 septembre 1905 à Porstmouth. Le tsar donnait au Japon les privilèges qu’il avait gagnés en Mandchourie et reconnaissait des intérêts japonais en Corée.
 
Mais le nationalisme japonais était blessé car le coût de la guerre fut énorme. Un million trois cent mille hommes avaient été mobilisés, 80 000 avaient été tués, 450 000 autres blessés. En outre, le coût de la guerre représentait l’équivalent de six années du budget national. Des émeutes éclatèrent dès le jour de la signature du traité de Portsmouth. L’ordre fut rétabli quelques semaines plus tard.
 
Cette guerre marqua un bouleversement dans les relations internationales car un vaste empire, la Russie, avait été battu par un petit pays. Cela suscitait l’espoir pour les populations soumises. Mais il alimentait aussi les nationalismes. Et surtout, ce fut le début de l’expansionnisme japonais. En effet, dès novembre 1905, la Corée devint un protectorat japonais puis fut annexée en 1910.
 
 
 
 
 
Notes
(1) Les Boxers étaient les membres d’une société secrète chinoise. À partir de 1895, ils lancèrent un mouvement xénophobe qui culmina en 1900 avec une émeute qui menaça les légations européennes.
 
 
 
D’après BABICZ, Lionel, « 1904 : le Japon attaque la Russie », in L’Histoire, n° 284, février 2004, pp. 18-19.
 
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14 mars 2005 1 14 /03 /mars /2005 22:58
Depuis le 3 mars dernier se tient à Lyon, au Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation une exposition consacrée au génocide qui eut lieu au Cambodge entre 1975 et 1979*. L’occasion nous est donc donnée de faire un retour sur un massacre qui a fait deux millions de victimes.
 
Un nom est associé à ce génocide : Pol Pot. Il est difficile d’avoir une connaissance précise de cet homme étant donné qu’il a fait assassiner la plupart de ceux qu’il a fréquenté. La source la plus importante dont nous disposons sur Pol Pot est la biographie écrite par l’historien David Chandler intitulée Pol Pot frère numéro un (1).
 
 
La prise du pouvoir par Pol Pot
 
 
Comment Pol Pot est-il arrivé au pouvoir au Cambodge ? Le véritable nom du dictateur est Saloth Sar. Issu d’une famille aisée, il est étudiant en France de 1949 à 1952, il s’oriente vers le communisme en fréquentant un cercle cambodgien d’études marxistes. En 1953, Saloth Sar revient au Cambodge, dirigé par un roi, Norodom Sinahouk, sans avoir terminé ses études et sans diplôme. Or, pour les Cambodgiens, la seule manière d’être communiste est de faire partie du Parti communiste indochinois (PCI) : Saloth Sar y adhère donc. Mais au PCI, les Vietnamiens sont majoritaires et les Cambodgiens, peu nombreux sont considérés comme de simples auxiliaires. Au fil du temps, cette autorité vietnamienne apparaît de plus en plus pesante pour Saloth Sar.
 
En 1960 est fondé le PCK, le parti communiste khmer, après six années de péripéties. Pol Pot en devient le dirigeant en 1963. Saloth Sar se fait appeler Pol Pot car c’est un nom très répandu dans la campagne cambodgienne : c’est sa manière à lui de se démarquer de ses origines « bourgeoises ».
 
C’est alors qu’un événement va permettre à Pol Pot de prendre le pouvoir. En mars 1970, le Cambodge est plongé dans la guerre civile. Grâce à cet événement, les Khmers rouges prennent la capitale du Cambodge, Phnom Penh, le 17 avril 1975 : la ville est vidée de ses habitants (deux millions sur 7,9 millions de Cambodgiens). Hommes, femmes, enfants, vieillards, malades sont expulsés. C’est le début de la dictature communiste.
 
 
Des distinctions sur des critères ethniques
 
 
Les communistes au pouvoir établissent plusieurs distinctions dans la population qui vont se révéler meurtrières. D’abord, sont opposés le « peuple ancien », composé de ceux qui vivaient dans les territoires contrôlés par les Khmers rouges de 1970 à 1975, et le « peuple nouveau », dont les membres vont subir des mauvais traitements, souvent fatals.
 
Mais d’autres distinctions sont opérées parmi les habitants du Cambodge. Elles se font sur des critères ethniques et religieux. Ainsi, les citadins sont considérés comme les exploiteurs du peuple, les 600 000 Vietnamiens du Cambodge sont expulsés du pays. Les Chinois, au nombre de 300 000 ou 400 000, sont eux aussi maltraités. Enfin, les 250 000 musulmans cambodgiens font l’objet de persécutions et de massacres.
 
La surveillance est renforcée, la délation encouragée : il faut supprimer tout élément « contre-révolutionnaire » du pays. La population est soumise au travail avec de grands chantiers (construction de canaux, de barrages…)
 
Enfin, les familles sont éclatées. Le but recherché est de casser les anciennes solidarités en séparant les enfants de leurs parents. L’objectif final est de recréer une nouvelle société fondée sur l’idéologie égalitariste et communautaire et méprisant l’individu.
 
Tous les pays communistes ont commis des massacres de masse. Mais un seul, le Cambodge, perpétra un génocide. Pourquoi, dans l’univers communiste, un génocide eut-il lieu ? Pour Ben Kiernan (2), il faut penser à la fois l’entreprise de mise en place du totalitarisme et le projet d’extermination raciale. Ce n’est pas le racisme qui démarque le régime de Pol Pot des autres régimes communistes mais il est la « variable qui, se conjuguant avec le credo [communiste], explique le génocide » (3).
 
Deux facteurs agirent donc ensemble pour la réalisation de ce génocide : le premier réside dans la mise en place de l’utopie communiste égalitariste par la force ; le second est la haine de Pol Pot vis-à-vis du voisin vietnamien. D’ailleurs, le génocide perpétré par les communistes cambodgiens se fonde à la fois sur des critères raciaux et idéologiques.
 
 
Un quart de la population du Cambodge victime du génocide
 
 
Le bilan du génocide – qu’on a parfois aussi qualifié d’« autogénocide » – est difficile à évaluer avec précision. Il y a eu entre 400 000 et 900 000 exécutions. À ces crimes s’ajoutent les 700 000 à 1,2 millions de victimes de traitements inhumains. Au total, les estimations peuvent faire état d’environ deux millions de victimes. C’est le quart de la population du Cambodge qui a été décimé.
 
En janvier 1979, la prise de Phnom Penh par les troupes vietnamiennes entraîne la fuite du gouvernement khmer rouge. Pol Pot connaît une fin lamentable : réfugié dans la forêt, il est arrêté en 1997 et meurt le 15 avril 1998.
 
C’est donc un génocide sans précédent dans le monde communiste qui a été perpétré au Cambodge entre 1975 et 1979. Certes, Staline et Mao étaient xénophobes, mais Pol Pot a manifesté une véritable obsession raciale qu’il a combinée avec l’idéologie marxiste.
 
 
 
 
 
Notes
* Exposition Chronique d’un génocide : Cambodge, 1975-1979, du 3 mars au 28 août 2005 au Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation, 14, avenue Berthelot, 69007 Lyon.
 
(1) CHANDLER (David), Pol Pot, frère numéro un, Paris, Plon, 1993.
 
(2) KIERNAN (Ben), Le Génocide au Cambodge, 1975-1979, Paris, Gallimard, 1998.
 
(3) KIERNAN (Ben), « Le génocide cambodgien : la part du racisme », in L’Histoire, novembre 2000, n° 248, p. 4.
 
 
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1 janvier 2005 6 01 /01 /janvier /2005 14:56
Il y a cent ans avait lieu en Russie le « Dimanche rouge » : des manifestants réclamant des réformes étaient dispersés dans le sang. La révolution de 1905 commençait. Mais elle n’allait pas aboutir et le régime tsariste révélerait son incapacité à se réformer.
 
La Russie du début du XXe siècle est une autocratie : le tsar détient tous les pouvoirs et est un monarque absolu. Mais Alexandre II, qui régna de 1855 à 1881, affranchit tous les serfs et institua, en 1864, les zemstvos, des assemblées élues en Russie centrale qui devaient se charger de la collecte des impôts et du gouvernement local.
 
 
UNE MANIFESTATION PACIFIQUE RÉPRIMÉE DANS LE SANG
 
 
Mais ces réformes ne satisfirent pas l’intelligentsia révolutionnaire qui se lança dans la voie du nihilisme et du populisme. C’est-à-dire qu’elle jugeait ces réformes insuffisantes et prônait la subversion. En 1881, Alexandre II fut assassiné. Alexandre III limita les réformes que son prédécesseur avait décidées. Par exemple, il prit des mesures visant à limiter les activités des zemstvos.
 
En 1894, Nicolas II devient le nouveau tsar de la Russie. En 1898 est fondé le parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). Le parti socialiste-révolutionnaire (SR), issu du courant populiste des révolutionnaires, est créé quant à lui en 1901. Ainsi, on assiste à une sorte de bouillonnement politique en Russie avant la révolution de 1905. Nicolas II subit aussi des revers en politique étrangère : la guerre menée contre le Japon en 1904-1905 se révèle en effet être un désastre (1).
 
Le 16 janvier 1905, les ouvriers de l’usine Poutilov située à Saint-Pétersbourg se mettent en grève. Le dimanche 22 janvier, les ouvriers grévistes, accompagnés d’étudiants et de paysans, forment un cortège de 150 000 personnes conduit par le pope (2) Gheorgi Gapone. Ils veulent adresser au tsar une pétition portant 135 000 signatures. Celle-ci contient plusieurs revendications : elle expose les souffrances et les besoins du peuple russe, elle dénonce le système bureaucratique, demande des réformes, la tolérance religieuse et l’élection d’une assemblée constituante au suffrage universel.
 
Le cortège se dirige en direction du palais d’Hiver. Mais le tsar est absent. La manifestation se veut pacifique. Néanmoins, le palais impérial est gardé par des troupes appuyées par des cosaques. Un coup de feu retentit. Alors, le grand-duc Serge qui commande les troupes, ordonne à ses hommes de tirer. Les manifestants sont dispersés dans le sang. Puis les cosaques chargent sabre au clair. On relève près de 1 000 morts, hommes, femmes et enfants.
 
Le gouvernement publie un communiqué présentant les événements en ces termes : « Les discours fanatiques du pope Gapone […] ont à ce point déchaîné les manifestants qu’ils ont occupé en masse la résidence. »
 
 
LA DOUMA EST DISSOUTE À DEUX REPRISES
 
 
Ce « Dimanche rouge » entraîne des troubles dans toute la Russie. Au printemps 1905, les universités se mettent en grève. En juin, les marins du cuirassier Potemkine se mutinent. Une grève générale a lieu du 20 au 30 octobre.
 
Ces troubles obligent Nicolas II à faire des concessions. Le 18 août, il accepte la formation d’une assemblée, la Douma. Pour le tsar, cette assemblée doit aussi lui permettre de se réconcilier avec le peuple après le désastre de la guerre contre le Japon. Cette assemblée sera élue au suffrage indirect afin d’obtenir une majorité rurale et conservatrice : la peur des villes et des classes éclairées expliquent cette décision. En outre, cette Douma aura plus un rôle consultatif que législatif. Puis, le 30 octobre, le ministre Witte adresse un projet dans lequel il promet certaines libertés. Mais ces promesses ne seront pas tenues.
 
La première Douma est inaugurée le 27 avril 1906 par Nicolas II dans la salle du trône du palais d’Hiver et dans un faste grandiose. Mais l’assemblée est dissoute dès le 9 juillet pour avoir « outrepassé » ses compétences. Une seconde Douma est installée mais elle sera dissoute en 1907. Quant aux libertés promises, elles restent très limitées. La répression ne tarde pas à frapper les opposants et les mouvements révolutionnaires sont dispersés.
 
Ainsi, le régime tsariste est retombé dans l’autocratie : il s’est montré incapable de se réformer. C’est la guerre de 1914-1918 qui va précipiter sa chute.
 
 
 
 
 
Notes
(1) La guerre russo-japonaise de 1904-1905 a éclaté en raison de l’influence croissante de la Russie en Chine. Or, le Japon considérait la Corée comme un point de défense et pensait que cette influence russe constituerait une menace à long terme pour la Corée.
 
(2) Prêtre de l’Église orthodoxe.
 
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22 décembre 2004 3 22 /12 /décembre /2004 20:27
Le 16 décembre dernier, suite à de nouveaux combats, la Commission et le Parlement européens demandaient au Rwanda de retirer ses troupes du Kivu, région située dans la République démocratique du Congo (RDC). Ces événements s’inscrivent dans le cadre d’un affrontement qui dure depuis près de dix ans et qui résulte du génocide du Rwanda de 1994. Explications.
 
Le génocide de 1994 commença avec l’assassinat, le 6 avril, du président hutu du Rwanda Juvénal Habyarimana. Cet attentat déclencha des tueries qui visaient à exterminer les Tutsi. Mais de nombreux Hutu dits « modérés » furent également assassinés.
 
 
LA GUERRE AU RWANDA
 
 
Dès le 11 avril, le FPR, l’organisation fondée par les Tutsi qui avaient fui le Rwanda dans les pays voisins depuis les années 1960 (1), lança une offensive sur le pays et perpétra lui aussi des crimes. Effrayées, les populations hutu fuirent en masse au fur et à mesure de la progression du FPR. Les responsables du régime hutu ainsi que ses cardes administratifs firent de même. Au mois de juillet, un nouveau gouvernement fut établi : le FPR était au pouvoir et les Tutsi gouvernaient de nouveau.
 
Un gigantesque flot de réfugiés s’installa notamment au Zaïre, dirigé par Mobutu, dans la région du lac Kivu. Si la majorité d’entre eux étaient des civils, une partie était en revanche composée par les anciens membres des FAR (Forces armées rwandaises) et des anciennes milices qui avaient participé au génocide, ainsi que par les responsables des autorités locales qui avaient eux aussi contribué au massacre. Ces personnes-là utilisèrent les réfugiés comme boucliers pour pouvoir s’enfuir.
 
 
LES ONG ONT AIDÉ LES GÉNOCIDAIRES À LEUR INSU
 
 
Les camps de réfugiés se trouvèrent vite encadrés par les anciens cadres du régime hutu, c’est-à-dire ceux qui avaient participé au génocide. Or, ces personnes voulaient continuer la guerre contre le FPR et reconquérir le Rwanda. Ils firent donc tout pour faire perdurer le phénomène des réfugiés. Dans cette optique, les ONG, à leur insu, ont joué un grand rôle.
 
En effet, les organisations humanitaires, dans leur volonté de porter assistance aux victimes des guerres et autres catastrophes, se portèrent naturellement au secours des réfugiés du Kivu. Mais ces ONG méconnaissaient totalement les réalités de la région et, dans leur ignorance des faits, elles s’en remirent totalement à ceux qui dirigeaient les camps… c’est-à-dire aux anciennes FAR qui voulaient continuer la guerre. C’est ainsi qu’une partie des vivres destinés aux réfugiés servit en réalité aux autorités autoproclamées des camps pour acheter des armes. Dès lors, les camps de réfugiés devinrent des bases de départ pour des opérations commandos qui se mirent à semer la terreur dans l’ouest du Rwanda.
 
 
LE PROBLÈME HUTU-TUTSI TRANSPOSÉ AU ZAÏRE
 
 
La création de ces camps ne fit que transposer l’opposition Hutu-Tutsi au Zaïre. En effet, sur les hautes terres de la région du Kivu, vivaient les Tutsi banyamulenge. Ces derniers firent l’objet d’attaques de la part des Hutu zaïrois qui composaient les FAZ (Forces armées zaïroises), alliés aux anciennes FAR. En outre, pour compliquer encore la situation, dans la même région du Kivu, Mobutu abritait des maquis en lutte contre le régime tutsi d’Ouganda. Et la présence de ces Hutu armés inquiétait aussi le Burundi dont le pouvoir était lui aussi aux mains de Tutsi.
 
Le Kivu est donc une région où les tensions sont multiples. Le Rwanda forma les Banyamulenge qui purent se défendre. Ainsi, dans la nuit du 12 au 13 septembre 1996, alors qu’une colonne de FAZ et d’anciennes FAR progresse afin d’aller commettre de nouvelles exactions dans la région, elle est attaquée par les Banyamulenge qui prennent rapidement l’avantage. Les Hutu refluent dans le nord du Kivu. Les troupes du Rwanda, dans le même temps, avancent en direction des camps de réfugiés. Ceux-ci sont alors évacués par les anciens cadres du régime hutu tandis que les autres, qui n’ont rien à se reprocher, peuvent rentrer dans leur pays. Le Rwanda ne partira plus de la région.
 
 
LA LUTTE CONTRE LES HUTU : UN PRÉTEXTE
 
 
La guerre reprit en 1998. Le Zaïre était devenu la République démocratique du Congo (RDC) avec un pouvoir tutsi. Mais suite à des tensions entre ce pays et ses alliés tutsi, un conflit à l’échelle régionale éclata : il opposa d’un côté les trois pays tutsi que sont le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, et de l’autre la RDC et ses alliés. L’Afrique centrale se trouva totalement déstabilisée.
 
Un accord fut signé à Lusaka en 1999. Un autre, qui fut conclu le 30 juillet 2002, prévoyait que le Rwanda évacue la région du Kivu. Mais en 2004, ce dernier est toujours dans la région. D’où la montée de nouvelles tensions depuis quelques jours.
 
Paul Kagame, le président du Rwanda, justifie la présence de ses troupes dans le Kivu par le fait que les ex-FAR et les génocidaires hutu font planer une menace sur son régime. Cette explication ne tient pas la route puisque cela fait presque dix ans que l’armée rwandaise est dans la région. Or, elle constitue la meilleure armée d’Afrique : qui pourrait alors croire que d’excellents soldats puissent mettre autant de temps à se débarrasser des dernières poches de résistances hutu ? La pseudo menace hutu est un prétexte. En réalité, le Rwanda revendique la région du Kivu pour pouvoir s’étendre. Au-delà du fait que le Kivu est une zone riche, cette extension du Rwanda a surtout pour objectif de solutionner le problème de sa surpopulation.
 
Ainsi, les récents événements qui se sont déroulés dans le Kivu s’inscrivent dans la continuité de deux guerres qui, dans une certaine mesure, résultent du génocide du Rwanda.
 
 
 
 
 
Note
(1) C’est dans les années 1960 que les Hutu arrivèrent au pouvoir au Rwanda. Mais dès 1959, des massacres visant les Tutsi avaient obligé ces derniers à s’exiler. De nombreux tutsi quittèrent le Rwanda jusqu’en 1973.
 
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15 octobre 2004 5 15 /10 /octobre /2004 21:28
Il y a soixante ans, en octobre 1944, un officier japonais invente, pour faire face à une situation militaire de plus en plus défavorable, les missions-suicides. Les kamikazes peuvent apparaître comme une sorte de samouraïs des temps modernes. Mais leur mort sera inutile.
 
En octobre 1944, cela fait trois ans que la guerre du Pacifique fait rage. Les Japonais ont dominé pendant longtemps. Après leur attaque surprise sur la base américaine de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, ils ont, en quelques mois, conquis Hong-Kong, Singapour, et les Philippines.
 
Mais depuis 1942 et leur première défaite navale, ils perdent du terrain. Les Américains reprennent les îles perdues. En octobre 1944, le commandant des forces aéronavales japonaises, l’amiral Onishi, sait que le Japon va perdre la guerre.
 
 
LE VENT DIVIN CONTRE L’INVASION AMÉRICAINE
 
 
Onishi veut retarder la défaite, et pour cela, il faut une nouvelle arme. Il invente alors les missions-suicides : des pilotes s’écraseront volontairement sur les navires ennemis. Ils piqueront sur leur cible avec leur avion chargé d’une bombe de 250 kg et à une vitesse d’environ 900 km/h.
 
L’amiral fait part de son idée aux pilotes japonais basés aux Philippines qui l’approuvent. Dès le lendemain, les « Unités spéciales d’attaque par choc corporel » sont créées. On surnommera les pilotes « kamikazes », ce qui signifie « vent divin ». C’est le nom donné par les Japonais au typhon qui, en 1281, détruisit la flotte mongole qui voulait débarquer au Japon.
 
En 1944, le rôle des kamikazes, comme ce typhon, est d’empêcher l’invasion américaine. Mais c’est aussi un moyen de mobiliser les Japonais contre l’ennemi. En effet, des membres du gouvernement sont prêts à négocier la paix avec les Etats-Unis. C’est inconcevable pour Onishi qui a trouvé un bon moyen de continuer la guerre.
 
 
LES NOUVEAUX SAMOURAÏS
 
 
Les kamikazes poursuivent une vieille tradition de mort volontaire, celle des guerriers japonais du Moyen Age, les samouraïs : pour eux, mourir pour leur maître est un honneur. Ainsi, dès l’annonce de la création des « Unités spéciales », les candidatures affluent. À tel point que le nombre de volontaires est supérieur à celui des avions disponibles. La plupart de ces candidats au suicide n’a pas vingt ans.
 
Avant d’embarquer, les pilotes, en compagnie de leur commandant, boivent une dernière coupe de saké, le vin de riz. Les consignes sont très claires : « Il n’est absolument pas question pour vous de rentrer vivants. Votre mission, c’est une mort certaine. Choisissez une mort qui donne le maximum de résultat. » La quantité d’essence dans l’avion des kamikazes ne permet qu’un simple aller en direction de la cible : ils ne peuvent pas rentrer. Avant de piquer sur son objectif, le pilote annonce par radio : « Je plonge… » Ce sont ses derniers mots.
 
 
EFFET DE SURPRISE POUR LES AMÉRICAINS
 
 
Dans un premier temps, les kamikazes sont très efficaces en raison de l’effet de surprise qui joue en leur faveur. En effet, les Américains, lorsqu’ils voient un appareil foncer au ras des flots ou piquer au-dessus d’eux, sont pris au dépourvus : ils ne savent pas comment réagir.
 
Mais rapidement, ils s’habituent à cette nouvelle forme d’attaque et parviennent à se défendre. Si bien que bientôt, une mission sur huit seulement réussit. Néanmoins, les escadrilles-suicides se multiplient. En dix mois, cinq mille kamikazes sont envoyés à la mort.
 
En vain. Les 6 et 9 août 1945, les Etats-Unis larguent la bombe atomique respectivement sur les villes d’Hiroshima et de Nagasaki. Le 15 août, le Japon renonce à continuer à se battre. L’acte de capitulation est signé le 2 septembre 1945 : la Seconde Guerre mondiale est terminée. Le « vent divin » n’a pas stoppé les Américains.
 
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