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22 avril 2006 6 22 /04 /avril /2006 22:42
 
Il y a exactement vingt ans, le 26 avril 1986, la plus grande catastrophe de l’histoire du nucléaire se produisit à Tchernobyl. Retour sur un événement aux conséquences dramatiques.
 
L’origine de l’accident nucléaire vient de la combinaison de deux facteurs terribles : d’une part, la conception même du réacteur qui a explosé, et d’autre part, une série d’erreurs humaines.
 
 
Une expérience qui tourne au drame
 
 
Le réacteur d’abord. De type RBMK – Reaktor bolchoi moschnosti kanalny –, il était malheureusement difficile à contrôler lorsqu’il était soumis à des conditions extrêmes. En effet, il est conçu de telle sorte que sa puissance augmente spontanément et doit donc sans cesse être régulée. De surcroît, le délai de mise en route du système d’arrêt d’urgence est très long : vingt secondes.
 
Des ingénieurs, qui n’avaient aucune connaissance approfondie en physique nucléaire, voulurent tenter une expérience dans la centrale de Tchernobyl. Malgré l’interdiction de l’organisme spécial chargé de la sécurité nucléaire, l’expérience eut lieu, dans la nuit du 25 au 26 avril 1986.
 
Mais les responsables se trompèrent dans leur calcul. La puissance du réacteur baissa à 30 mégawatts alors qu’ils en escomptèrent 800. Pour l’augmenter, ils enlevèrent donc les barres mobiles destinées à stopper le réacteur en cas de problème. La puissance augmenta très rapidement, à tel point que de petites explosions se produisirent et détruisirent les barrières mobiles : désormais, le réacteur devint incontrôlable.
 
Une gigantesque explosion eut lieu : la dalle de béton qui se trouvait au-dessus du bâtiment, et qui pesait mille tonnes, fut projetée en l’air et vint s’écraser sur le réacteur, éventrant celui-ci. Un immense incendie se déclara.
 
 
Quinze jours pour étouffer la réaction nucléaire
 
 
Les pompiers luttèrent contre l’incendie avec un équipement dérisoire, sans protection spéciale. Si au petit matin le feu était maîtrisé, le graphite contenu dans le cœur du réacteur continuait de se consumer, libérant des doses massives de radioactivité. Les pompiers, gravement irradiés, furent évacués vers l’hôpital où la plupart moururent dans des souffrances atroces.
 
Pendant quinze jours, des équipes se relayèrent pour étouffer la réaction nucléaire. Des hélicoptères militaires devaient déverser au-dessus du réacteur des tonnes de sable, d’argile, de plomb, de bore : mais à une hauteur de deux cents mètres, atteindre une cible d’une dizaine de mètres diamètre était très difficile. En outre, en raison de la radiation extrêmement forte dégagée par le réacteur, les hélicoptères ne pouvaient rester sur place que huit secondes ! Les premiers jours, les deux tiers des largages échouèrent.
 
Un autre problème apparut : les fondations de la centrale menaçaient de s’effondrer : le risque était une pénétration massive du combustible nucléaire dans le sol. Des centaines de mineurs furent envoyés à Tchernobyl pour construire un tunnel jusque sous le réacteur et injecter de l’azote liquide afin de refroidir le cœur du réacteur et protéger la nappe phréatique.
Les mineurs et les équipages des hélicoptères furent très fortement irradiés.
 
 
Les médias soviétiques ne disent rien
 
 
L’évacuation ne débuta que le 28 avril : les habitants de Pripiat, située à côté de la centrale, furent les premiers à partir. Mais beaucoup d’entre eux souffraient déjà des fortes irradiations : nausées et diarrhées en étaient les premiers symptômes.
 
Dans les premiers jours de mai, ce sont cent mille personnes résidant dans un rayon de trente kilomètres autour de la centrale qui furent évacuées. L’évacuation dura jusqu’au mois d’août. En trois mois, deux cents cinquante mille personnes furent évacuées.
 
En même temps, les autorités cachèrent puis minimisèrent la catastrophe. Les médias soviétiques ne dirent rien pendant trois jours. L’alerte fut d’ailleurs, le 28 avril, donnée par la Suède, qui avait constaté, dans l’une de ses centrales, au cours d’un contrôle de routine, une augmentation de la radioactivité. L’après-midi, l’AFP informa que « des niveaux de radioactivité inhabituellement élevés ont été apportés vers la Scandinavie par des vents venant d’Union soviétique ».
 
 
« Le peuple soviétique est plus fort que l’atome »
 
 
Le 14 mai 1986 débuta une vaste campagne pour évacuer et décontaminer les zones les plus radioactives. Cette campagne dura deux ans, jusqu’à l’été 1988. Ce sont sept cents mille « liquidateurs » qui participèrent à ces opérations.
 
Leur première mission fut de bâtir un « sarcophage », une immense structure de béton au-dessus du réacteur accidenté. La construction dura six mois. Des grues assemblèrent à distance le sarcophage qui avait la forme d’une pyramide tronquée de soixante-six mètres de haut. Ces travaux furent l’occasion d’activer encore la propagande communiste : une banderole accrochée au sarcophage portait ces mots : « Le peuple soviétique est plus fort que l’atome ! » Et à la fin des travaux, le plus important reste d’accrocher le drapeau rouge au sommet de la cheminée surplombant le réacteur accidenté…
 
L’autre grande mission des liquidateurs était de décontaminer les zones touchées : on raclait la terre radioactive qui était ensuite enterrée. Les arbres et les matériaux contaminés furent enfouis dans de gigantesques fosses-poubelles nucléaires. De nombreuses constructions furent rasées et les gravats furent eux aussi ensevelis. Enfin, les animaux domestiques abandonnés par les personnes évacuées furent abattus.
 
Mais que valaient toutes les mesures qu l’on vient d’exposer lorsque l’on sait que la centrale de Tchernobyl, où travaillèrent dix mille personnes, continua de fonctionner jusqu’en 2000 ? Que valaient ces mesures quand un millier de personnes étaient revenues s’installer dans les zones interdites ?
 
 
« Comme un arbre qui pousse »
 
 
Les conséquences sont d’abord humaines. Des millions de personnes habitant dans les zones touchées sont irradiées par ingestion de produits alimentaires contaminés. En Biélorussie et en Ukraine, les cancers de la thyroïde, du pancréas, de la vessie et les leucémies sont deux à trois fois plus nombreux qu’avant la catastrophe. Des études menées dans la région de Gomel, en Biélorussie, révèlent le rôle du césium dans des maladies cardiaques, rénales ou immunitaires, en particulier chez les enfants.
 
De plus, les conséquences vont durer longtemps. La contamination des territoires par le césium et le strontium se poursuivra sur plusieurs centaines d’années. Les zones touchées par le plutonium quant à elles, seront contaminées pendant plusieurs millénaires. Ce sont l’Ukraine, la Biélorussie et le sud-ouest de la Russie qui furent le plus touchés. Comme les limites temporelles des conséquences n’existent pas, le retour à la normalité n’est pas possible pour les populations concernées. Tchernobyl est une catastrophe sans fin : une villageoise biélorusse dit : « Tchernobyl est comme un arbre qui pousse » (1).
 
La catastrophe a ainsi ouvert un monde nouveau. Aucune référence, aucun repère ne permet de se représenter le « monde de Tchernobyl » devenu étranger à l’homme, dénaturé, méconnaissable.
 
 
L’échec du socialisme
 
 
Enfin, la catastrophe eut une conséquence politique. Mikhaïl Gorbatchev avait lancé dès son arrivée au pouvoir, le 11 mars 1985, la perestroïka (« restructuration »), qui visait à mettre fin à l’économie étatisée, et la glasnost (« transparence »), visant à instaurer la démocratie. Il exploita politiquement l’accident de Tchernobyl pour en faire « un nouvel argument fort en faveur de réformes profondes » comme il l’écrivit dans ses Mémoires, publiées en 1997.
 
Le 14 mai, lors d’une intervention télévisée, il reconnut la catastrophe, ce qui était totalement nouveau par rapport aux habitudes des dirigeants soviétiques : il ne mentait pas, ne cherchait pas à cacher la vérité. Il admit que ce terrible accident était lié au système politico-économique de l’URSS. Dans ses Mémoires il écrivit encore que l’accident de Tchernobyl « constitua la preuve la plus spectaculaire et la plus terrible de l’usure de notre matériel et de notre vieux système ». En effet, la catastrophe de Tchernobyl illustrait l’échec lamentable du socialisme : il était le produit d’un état de délabrement avancé et des faiblesses du système politique et économique communiste.
 
 
 
 
 
Note :
(1) Citée par ALEXIEVITCH, Svetlana, dans La Supplication, Lattès, 1998.
 
 
 
Bibliographie :
« Tchernobyl (Catastrophe de) », in DUPONT (Y.), Dictionnaire des risques, Paris, Colin, 2004.
WERTH (N.) « Tchernobyl : enquête sur une catastrophe annoncée », in L’Histoire, avril 2006, n° 308, pp. 66-75.
 
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Published by Léon Cahlinel - dans Actu
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14 avril 2006 5 14 /04 /avril /2006 20:31
Les risques : un thème commun à la géographie et à l’histoire. C’est que les deux disciplines sont intimement liées. D’où l’importance de réfléchir aux rapports entre les deux. Jusqu’à en faire des sœurs jumelles ?
 
La question des risques est inscrite à l’une des questions de géographie des concours de l’enseignement de 2005-2006. La livraison du mois de décembre dernier de la revue L’Histoire comprenait un dossier consacré aux catastrophes naturelles, dont le premier article était un entretien accordé par René Favier, spécialiste de l’histoire des risques naturels (1).
 
Le thème des risques traduit le lien existant entre l’histoire et la géographie. La France est le seul pays à associer, dans l’enseignement, ces deux disciplines. Si cette association a été faite, c’est qu’il existe des rapports étroits entre l’histoire et la géographie. Et il n’est pas inutile de le rappeler lorsque un certain nombre des étudiants qui s’engagent dans des études d’histoire ou de géographie se destinent à être professeurs d’histoire et de géographie.
 
C’est une lapalissade mais encore faut-il le rappeler : tout événement historique se déroule dans un espace. L’historien doit donc, au préalable, se comporter en géographe en délimitant l’espace qui correspond à l’objet de son étude. Songeons seulement à l’existence des atlas historiques : leur matière première est constituée de cartes qui sont l’outil, par excellence, du géographe. Ernest Lavisse demanda au géographe Vidal de la Blache son Tableau géographique de la France, préface à son histoire du pays : il faut d’abord planter le décor du théâtre des hommes.
 
Des exemples illustrent le rôle de la géographie dans l’explication de certains événements historiques. Si Gênes, au Moyen Age, est devenue une grande puissance maritime, c’est principalement en raison de sa situation. En effet, des reliefs importants encadrent la ville, l’empêchant de se constituer un arrière-pays et rendant difficile les communications avec le reste de la péninsule italienne. Elle se trouve de ce fait « jetée à la mer » : elle s’orienta donc naturellement vers la mer. L’exemple de la Tchétchénie est aussi très parlant : les Russes ont toujours eu du mal à contrôler intégralement cette région dans la mesure où de hautes montagnes constituèrent des refuges idéaux pour les rebelles de toutes les époques.
 
À l’inverse, un territoire a une histoire et sa structure est – en partie au moins – le fruit d’un passé plus ou moins lointain. Pour « le mettre en accusation », selon la belle expression de Pierre Gourou, le géographe doit donc prendre en compte l’histoire. Ainsi, le Sudeste du Brésil a connu un peuplement important entre 1850 et 1930, durant le cycle du café : les habitants s’enfonçaient de plus en plus loin à l’intérieur des terres pour trouver des zones où cultiver le café. Cette progression s’est faite par le chemin de fer : des « gares-terminus » étaient placées à des distances relativement courtes entre elles, le long des différents chemins de fer, lesquels étaient parallèles entre eux. Autour de ces gares se développèrent de petites villes. Puis certaines de ces villes connurent un net essor tandis que d’autres marquèrent le pas. Ceci explique qu’aujourd’hui, dans cette partie du Brésil, il existe un réseau de villes bien hiérarchisées. L’histoire peut donc bien jouer un rôle dans l’explication des phénomènes géographiques.
 
L’histoire peut même se révéler utile aux géographes. Elle est en effet un instrument précieux dans la gestion du risque par exemple. En localisant des lieux de catastrophes naturelles et en datant ces catastrophes, elle peut contribuer à la mise en place de statistiques ou, au moins, à situer des zones plus exposées que d’autres à tel ou tel risque.
 
Des géographes se sont lancés dans l’histoire. Citons par exemple Roger Dion et Jean-Robert Pitte. Le premier publia, en 1959, une Histoire de la vigne et du vin dans laquelle il soulignait que les vignobles de qualité étaient moins nés de conditions physiques exceptionnelles que de la proximité d’évêchés et d’abbayes – qui ont besoin du vin pour le culte –, de châteaux mais aussi de routes, de fleuves et de ports. La localisation s’explique donc par l’accès au vin d’une clientèle fortunée. Le second a publié, entre autres, la célèbre Histoire du paysage français de la préhistoire à nos jours en 1983, réédité deux fois, et, plus récemment, en 2005, Bordeaux, Bourgogne. Les passions rivales.
 
H. C. Darby est l’un des meilleurs représentants de la géographie historique en Angleterre. Il étudia le Domesday book, un recensement de la population de l’Angleterre en 1086 : il en fit une lecture qui lui permit de dresser un tableau géographique du pays à cette date-là. En étudiant un espace du passé, Darby mariait parfaitement les deux disciplines.
 
À l’inverse, de grands historiens se sont révélés être de vrais géographes. Et cela dès le XVIe siècle. André Thevet n’était-il pas à la fois le cosmographe et l’historiographe du roi de France ? L’historien allemand Sébastien Münster (1489-1552) publia en 1544 une Cosmographie, première forme de géographie universelle : il se livrait à des descriptions des volcans, des glaciers, il proposait des vues cavalières de différents pays, révélait sa capacité à percevoir les qualités propres à chaque région et associait, pour l’Allemagne, les observations géographiques et les renseignements historiques. Quant à Jean Bodin, il publia en 1566 une Méthode pour une connaissance aisée de l’histoire. Dans son œuvre, il considérait la géographie comme une mémoire artificielle de l’histoire car il faut greffer les souvenirs et les informations sur des lieux. Il se révéla être un « géographistorien » car il a su très bien marier les deux disciplines.
 
Fernand Braudel est l’auteur de La Méditerranée. C’est lui qui inventa le concept de géohistoire. La première partie de son ouvrage, intitulée « La part du milieu », pourrait être qualifiée de géographie historique. Voici en effet ce qu’écrit Braudel : « La première [partie] met en cause une histoire quasi-immobile, celle de l’homme dans ses rapports avec le milieu qui l’entoure. » Pour Braudel, la géographie était au cœur de l’histoire.
 
La géopolitique est une discipline qui marie très bien l’histoire et la géographie. Dans l’introduction à l’atlas de géopolitique du Dessous des cartes (2), l’émission d’Arte, le lien entre les deux disciplines est ainsi exprimé : « Faire les liens, dans le temps et dans l’espace ». La géographie est utile car « tout événement se trouve influencé par le lieu où il se déroule, et influence à son tour l’action individuelle ou collective ». Quant à l’histoire, elle rend service parce que « l’effort d’explication comme l’effort de prospective exigent de replacer le fait dans sa continuité historique afin de repérer les tendances longues ». C’est clairement affirmer l’usage des deux disciplines pour la compréhension du monde contemporain.
 
L’histoire entretient donc des rapports privilégiés avec la géographie. Il existe une réelle interaction entre les deux disciplines. À tel point que certains en font presque des sœurs jumelles en posant la question suivante : l’objet de l’histoire et de la géographie ne serait-il pas le même, mais appréhendé par deux démarches différentes ? Toute la difficulté résiderait alors dans la définition de cet objet…
 
 
 
Notes :
(1) « Les catastrophes naturelles » (dossier), L’Histoire, décembre 2005, n° 304, pp. 33-57.
 
(2) RAISSON, Virginie, TÉTART, Franck et VICTOR, Jean-Christophe, Le Dessous des cartes. Atlas géopolitique, Paris, Tallandier/Arte éditions, 2005.
 
 
 
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14 avril 2006 5 14 /04 /avril /2006 16:28
La Moldavie est un petit pays peu connu. Pourtant, après l’adhésion de la Roumanie à la communauté européenne en janvier prochain, elle représentera un enjeu géopolitique certain. En effet, c’est un territoire enclavé qui a du mal à s’affirmer. Pour comprendre sa situation actuelle, un retour en arrière est nécessaire.
 
La Moldavie est un pays dont la superficie est à peu près équivalente à celle de la Belgique et dont le territoire est très enclavé : situé entre deux puissants voisins, l’Ukraine et la Roumanie, elle ne bénéficie que d’un accès très limité à la mer Noire. Pour comprendre cette situation, il faut retracer l’histoire de ce territoire.
 
 
La Moldavie, un État-tampon
 
 
La Moldavie est une principauté fondée par Bogdan Ier entre la mer Noire, les montagnes des Carpates et le fleuve Dniestr en 1359. Bogdan Ier voulait ainsi s’émanciper de la tutelle hongroise. Il règne jusqu’en 1365. La principauté reste indépendante jusqu’au début du XVIe siècle.
 
En effet, à partir du règne d’Étienne IV le Grand (1457-1504), la Moldavie doit faire face à une nouvelle menace, celle exercée par l’Empire ottoman. Étienne IV parvient à résister héroïquement aux Turcs. Mais son successeur, Bogdan III, qui règne jusqu’en 1517, ne parvient pas à sauvegarder l’indépendance : c’est sous son règne que la Moldavie devient vassale des Ottomans. Au XVIIIe siècle, la principauté moldave joue le rôle d’État-tampon entre l’Empire ottoman et une nouvelle puissance qui prend pied au bord de la mer Noire, la Russie.
 
Au XIXe siècle, le territoire moldave subit une première modification. En effet, en 1859, au traité de San Stefano, la Moldavie s’unit à la Valachie pour donner naissance à la Roumanie. Mais en 1878, alors que cette dernière devient indépendante de l’Empire ottoman, la Moldavie est divisée en deux, entre la Roumanie et la Russie.
 
 
Perte de l’accès à la mer en 1944
 
 
La Première Guerre mondiale bouleverse la carte de l’Europe car les empires allemand, austro-hongrois, tsariste et ottoman s’effondrent. La conséquence en est le rattachement de la Bessarabie – la partie russe de la Moldavie – à la Roumanie lors des traités de paix. Ainsi est réunifiée l’ancienne principauté moldave. Dès 1924 cependant, une république autonome de Moldavie, séparée de la Bessarabie, est créée au sein de l’Ukraine.
 
La Seconde Guerre mondiale provoque de nouveaux bouleversements. Staline, conformément au pacte germano-soviétique du 23 août 1939, réoccupe la Bessarabie en 1940, reformant ainsi la Moldavie. Mais quand Hitler attaque l’URSS en juin 1941, Staline devient son ennemi. La Roumanie, alliée de Hitler, occupe alors, avec l’armée allemande, la Moldavie. En 1944, cette dernière repasse sous domination soviétique. Une république socialiste soviétique de Moldavie est créée : elle se compose de la Bessarabie et de la Transnistrie, une région située à l’est du Dniestr. Mais cette nouvelle république de Moldavie voit la partie sud de la Bessarabie donnée à l’Ukraine : dès lors, la Moldavie n’a plus d’accès à la mer Noire. Au traité de Paris de 1947, la Roumanie renonce à la Moldavie.
 
Jusqu’à la chute du bloc communiste au début des années 1990, c’est ce territoire qui constitue la République socialiste soviétique de Moldavie. Et c’est ce territoire qui devient la Moldavie, État qui proclame son indépendance le 27 août 1991.
 
 
Le problème de la Transnistrie
 
 
La Moldavie actuelle n’a donc pas le même territoire qu’au XIVe siècle, lorsque Bogdan Ier s’émancipa de la tutelle hongroise. Il a nettement diminué, pour mesurer aujourd’hui 33 700 kilomètres carrés. Les frontières de la Moldavie ont donc été très fluctuantes. Ces fluctuations expliquent la présence d’une population diverse sur le territoire moldave. Les Moldaves, roumanophones, sont des chrétiens orthodoxes et sont majoritaires puisqu’ils représentent 65 % de la population. Ensuite, les russophones, composés d’Ukrainiens et de Russes, constituent 27 % de la population et sont majoritaires en Transnistrie. Il existe aussi une minorité turcophone, de religion orthodoxe, installée principalement dans le sud-ouest du pays, les Gagaouzes. Enfin, il faut aussi mentionner la présence d’une minorité bulgare et d’une communauté juive.
 
Cette diversité de la population entraîne des tensions. Et lorsque le 27 août 1991 la Moldavie gagne son indépendance, elle ne peut se montrer capable d’éviter un morcellement de son territoire. En effet, les populations russophones et gagaouzes veulent leur indépendance.
 
Les russophones craignent que la Moldavie, pays majoritairement roumanophone, ne décide un jour de son rattachement à la Roumanie : dans ce cas, ils se retrouveraient très minoritaires dans une Moldavie sous souveraineté roumaine. De plus, ils souhaitent conserver les avantages acquis lors de la période soviétique. C’est pourquoi ils proclament en 1991 l’indépendance de la Transnistrie, région où ils sont majoritaires. Le problème est que, pour la Moldavie, la Transnistrie est une région stratégique car elle concentre 40 % de sa production et car elle constitue la principale voie de sortie de ses exportations. En outre, la proclamation de l’indépendance de la Transnistrie ne fait qu’accentuer l’enclavement de la Moldavie.
 
Dès 1992, le contentieux dégénère en guerre ouverte. La XIVe armée russe, basée en Transnistrie, à Tiraspol, fournit des armes aux russophones. En juillet de la même année, un accord est conclu : d’une part, la Transnistrie est maintenue en Moldavie mais avec un statut d’autonomie ; d’autre part, la possibilité est donnée aux russophones de décider de leur avenir si la Moldavie décidait de se rattacher à la Roumanie ; en outre, les troupes russes devront évacuer la Transnistrie d’ici à 2002.
 
Mais en 2006, les militaires russes stationnent encore dans la région. Cette présence militaire s’explique par le fait que la Russie veut garder une influence dans la région. De plus, dans les faits, la Transnistrie est comme un État indépendant, avec son drapeau, sa monnaie, son hymne, son président, son parlement et son armée.
 
 
Tentative de désenclavement
 
 
Le pays est confronté à un autre problème : celui des Gagaouzes. En 1991, à l’indépendance, ceux-ci s’inquiètent de la montée en puissance du nationalisme moldave. Ils proclament alors l’autonomie de la région sud-ouest de la Moldavie, la Gagaouzie. En 1994, le parlement moldave est contraint de reconnaître cette autonomie.
 
Quinze années après son indépendance, la Moldavie a du mal à s’affirmer dans la mesure où l’État n’exerce pas sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. De plus, elle est très enclavée. D’abord, elle dépend de l’Ukraine par où transite l’essentiel de son commerce, de la Russie pour son approvisionnement en hydrocarbures et pour la moitié de ses exportations, et de la Roumanie, vers laquelle elle est historiquement tournée. De surcroît, la Moldavie sera bientôt située entre les deux grands ensembles géopolitiques que sont l’Union européenne et la Communauté des États indépendants (CEI) dominée par la Russie lorsque la Roumanie aura adhéré à la première, en janvier prochain.
 
Toutefois, des faits révèlent une tentative de désenclavement. D’abord, en 2001, la Moldavie a obtenu de l’Ukraine une bande de terres large de 430 mètres le long du Danube afin d’avoir accès à la mer Noire. Et surtout, avec l’adhésion normalement prévue en janvier 2007 de la Roumanie à l’U.E., les Moldaves aspirent, un jour, à rejoindre la communauté européenne.
 
 
 
 
 
Bibliographie :
RAISSON, Virginie, TÉTART, Franck et VICTOR, Jean-Christophe, Le Dessous des cartes. Atlas géopolitique, Paris, Tallandier/Arte éditions, 2005.
SELLIER, André et Sellier, Jean, Atlas des peuples d’Europe centrale, Paris, La Découverte, 1995.
 
 
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14 avril 2006 5 14 /04 /avril /2006 16:15
En 1879 fut découverte une inscription qui demeure le dossier le plus complet concernant un conflit social dans l’empire romain. Ce conflit, qui éclata dans la seconde moitié du IIe siècle, vit l’affrontement entre des paysans qui défendaient leurs droits et des administrateurs peu scrupuleux. Et fit l’objet d’interprétations contradictoires par les historiens.
 
En 1879, à Souk el Khemis, en Tunisie, sur les abords de la Medjerda, fut découverte une inscription tout à fait intéressante. Datée de 181 de notre ère, elle consistait en une pierre sur laquelle était gravés quatre textes. Ces textes constituaient un dossier relatif à un conflit social qui s’était déroulé sous les règnes des empereurs Marc-Aurèle (161-180) et Commode (180-192). L’intérêt de cette inscription réside dans le fait que c’est le dossier le plus complet sur un conflit social dans l’empire romain.
 
 
Un domaine organisé selon le système du colonat
 
 
Ce conflit du travail concerne les colons qui cultivaient un domaine agricole impérial, le domaine de Buruni. Il faut, pour comprendre la spécificité de cet affrontement, savoir comment s’organisait le domaine, qui étaient les parties en présence et comment il s’est déroulé.
 
Les provinces d’Afrique, dans l’empire romain, revêtaient une importance particulière car elles étaient chargées de ravitailler Rome en blé en fournissant les deux tiers de sa production. En outre, lorsque l’empire doit faire face aux invasions des Quades et des Marcomans, à partir de 168, l’Afrique doit fournir encore un gros effort économique pour subvenir aux besoins de l’armée. C’est dans ce contexte qu’a éclaté le conflit mentionné par l’inscription.
 
Le domaine était géré par un procurateur qui jouait le rôle d’agent d’exécution. Ce procurateur dépendait lui-même d’un autre procurateur se trouvant à la tête d’un ensemble de plusieurs domaines. Au-dessus de lui se trouvait encore un procurateur, qui siégeait à Carthage, la capitale de la province africaine de Proconsulaire. Enfin, au sommet de cette hiérarchie trônait aussi un procurateur, siégeant à Rome. Tous ces hommes devaient veiller à la bonne application des règlements.
 
Ceux-ci régissaient en effet le système du colonat. Concrètement, le domaine était pris à ferme par un fermier, ou conductor : cet entrepreneur devait le faire cultiver et verser ensuite les redevances. Il se remboursait sur le domaine. Son but était donc de rentabiliser au maximum l’exploitation. Dans le domaine de Buruni, à l’époque qui nous intéresse, ce fermier s’appelait Allius Maximus. Le fermier cultivait une partie du domaine en faire-valoir direct, grâce à des esclaves, et sous-louait le reste à des Africains libres, qui devenaient ainsi métayers : ce sont eux qu’on appelle les colons.
 
Pourtant, malgré la volonté du fermier d’être le plus rentable possible, les colons n’étaient pas soumis à son arbitraire. Une loi, la Lex Manciana, promulguée sous l’empereur Vespasien (69-79), fut reprise par la lex Hadriana. Ces textes définissaient les droits et les devoirs des colons. Ceux-ci pouvaient garder les deux tiers des récoltes, avaient un droit d’usage et la possibilité de transmettre ce droit à leurs enfants. En échange, ils devaient donc fournir un tiers de leur récolte et six jours de corvée par an, mais pas plus. Les circulaires des procurateurs, appelées sermones, visaient aussi à réglementer le travail des colons. Gilbert-Charles Picard a évoqué, dans son livre intitulé La civilisation de l’Afrique romaine, de « l’humanité de ce système » pour les colons : il est vrai que ce système était nettement avantageux.
 
Toutefois, les règles définies par ces différents textes n’ont pas été respectées par Allius Maximus.
 
 
Un conflit du travail moderne
 
 
En effet, vers 165 le fermier voulut augmenter le nombre de jours de corvée du par les colons. Or, pour cela, il obtint l’accord du procurateur du domaine. Ce dernier aurait du au contraire défendre les colons dans la mesure où son rôle était, on l’a vu, de veiller à la bonne application des règlements. Les colons, déçus, adressèrent donc une pétition à Rome et obtinrent un rescrit impérial en leur faveur : un rescrit était une réponse de l’empereur sur une question de droit et formait un genre particulier de lois. Ce rescrit fut soit rendu par Marc-Aurèle et Lucius Verus (161-169), soit par Marc-Aurèle et Commode (177-180). Mais Allius Maximus et le procurateur ne tinrent pas compte de ce rescrit.
 
Les colons envoyèrent donc une nouvelle protestation sous forme d’une lettre dans laquelle ils accusaient le procurateur de prévarication. Ce dernier, mécontent, envoya des soldats contre les colons, qui furent traités comme des rebelles : certains d’entre eux furent mis en prison.
Cependant, les colons refusèrent de s’avouer vaincus et adressèrent une seconde pétition à l’empereur Commode (photo), en 180 ou 181 : c’est le premier texte de l’inscription. Commode trancha personnellement le contentieux par un rescrit favorable aux colons : ce rescrit est le deuxième texte de l’inscription. Adressé à Lurius Lucullus, probablement l’un des procurateurs, il rappelait le respect des règles définies dans les différents textes que nous avons vu.
 
Ce conflit du travail comporte les caractéristiques d’un conflit « moderne » : il commence d’abord par des revendications, se poursuit par une répression – gratuite – et s’achève par l’arbitrage du pouvoir central.
 
 
Des paysans qui connaissent parfaitement leurs droits
 
 
Beaucoup d’historiens comme André Piganiol, ont considéré que la situation des colons de ce domaine de Buruni annonçait celle du Bas Empire au cours duquel les cultivateurs voyaient leur liberté restreinte et étaient presque réduits à l’état de serfs. Ils s’appuient pour cela sur deux éléments : l’intervention des troupes contre les colons ; le vocabulaire employé par les colons dans leur pétition adressée à Commode : ils évoquent leur « faiblesse », se disent « misérables », « pauvres paysans […] incapables de rivaliser avec le fermier » et « tourmentés ». Pour ces historiens, la victoire des colons est un fait exceptionnel.
 
Mais une autre lecture a été faite, contredisant cette première interprétation. D’abord, le vocabulaire utilisé visait surtout à convaincre l’empereur : il avait une fonction persuasive. De plus, les colons étaient loin d’être désarmés : ils connaissaient parfaitement leurs droits puisqu’ils mentionnent dans leur pétition la lex Hadriana et les circulaires procuratoriennes. On a vu leur acharnement à les défendre : même une intervention militaire n’a pas eu raison de leur détermination, signe que leur condition matérielle n’était pas si précaire que l’on veut bien le croire.
 
Ces paysans étaient organisés en une association avec un bureau composé, notamment, d’un défenseur : c’est lui qui, après de multiples démarches, a pu obtenir gain de cause. Cette association était en somme un véritable syndicat. Et c’est elle qui a demandé la gravure l’inscription découverte en 1879 : les deux autres textes gravés étaient une lettre d’accompagnement du rescrit et un accusé de réception des colons. Finalement, les colons n’étaient donc pas les pauvres rustres qu’ils prétendaient être dans leur pétition. Certes, on objectera le recours à la force mais le système pénal romain n’était pas toujours appliqué avec rigueur.
 
Toujours est-il qu’il est sans doute exagéré de parler d’une dégradation de la situation des colons en se basant sur l’inscription de Souk el Khemis.
 
 
 
 
 
Pour aller plus loin
KOLENDO (J.), Le colonat en Afrique sous le Haut Empire, Les Belles Lettres, 1991.
LEVEAU (Ph.), SILLIERES (P.) et VALLAT (J.-P.), Campagnes de la Méditerranée romaine, Paris, Hachette, 1993.
 
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4 mars 2006 6 04 /03 /mars /2006 11:55
2006 est l’année Mozart : en effet, on célèbre cette année le 250e anniversaire de sa naissance. L’occasion pour nous de retracer les grandes étapes de la vie de ce génie.
 
Le 27 janvier 1756, à Salzbourg, principauté ecclésiastique allemande, naît Johann Chrysostome Wolfgang Téophile Mozart. Quant à Amadeus, c’est le prénom qu’il choisira pour se faire appeler plus tard en Italie : c’est la traduction latine de Téophile. Il est le septième enfant du couple formé par Léopold Mozart et Anna-Maria Pertl, qui se sont mariés en 1747.
 
 
Une famille de musiciens
 
 
La famille de Mozart baigne dans l’univers de la musique. Léopold est un excellent violoniste : il occupe d’ailleurs le poste de second violon dans l’orchestre de la cour du prince archevêque de Salzbourg. Il est aussi compositeur et l’auteur d’une méthode de violon. En 1751, le premier enfant voit le jour : c’est une fille, elle est baptisée Anna-Maria, en hommage à sa mère. Mais on la surnommera Nannerl. Rapidement, elle va se révéler être une excellente musicienne au clavecin.
 
Ce n’est donc pas un hasard si dès l’âge de trois ans, Wolfgang révèle son talent dans l’art de la musique. À cinq ans, il compose déjà des œuvres, avant même de savoir écrire, et les joue à son père. À partir de 1762, les deux enfants Mozart exhibent leur talent lors d’une tournée de neuf ans, parcourant toute l’Europe et jouant notamment à la cour de Vienne et à Paris.
 
Les Mozart reviennent à Salzbourg le 15 décembre 1771. Le lendemain, leur employeur, le prince archevêque, meurt. Son successeur est élu le 14 mars 1772 : c’est le comte Colloredo. Wolfgang Mozart va entretenir de mauvaises relations avec lui, malgré le bon salaire qu’il perçoit. En effet, Colloredo le traite comme un domestique et ne lui accorde aucun congé. Ce traitement humiliant pousse Wolfgang a démissionné le 1er août 1777. Il quitte Salzbourg avec sa mère pour chercher un nouvel employeur : le 23 septembre, il part en direction de Munich.
 
 
De Munich à Paris
 
 
À Munich, Wolfgang parvient à obtenir une entrevue avec Maximilien III, l’Électeur de Bavière. Mais son assurance est considérée comme de l’arrogance, la conscience de son génie agace. Il déclare ainsi que la cour a besoin d’un compositeur de talent. L’entrevue avec Maximilien III se déroule mal : l’Électeur lui annonce qu’il n’y a pas de place.
 
Toujours accompagné de sa mère, Wolfgang fait ensuite un séjour à Augsbourg, ville natale de son père, puis arrive à Mannheim le 30 octobre. Là, il fait la rencontre d’Aloysia Weber, fille d’un copiste, dotée d’une voix remarquable. Wolfgang en tombe amoureux mais Aloysia ne veut qu’une chose : devenir célèbre. Elle ne montre aucun signe affectif à l’endroit de Mozart. Ce dernier, raisonnablement, part pour Paris.
 
Il s’y installe rue Bourg l’abbé, à quelques centaines de mètres de l’appartement de Jean-Jacques Rousseau. Dans la capitale française, il peut bénéficier de l’appui du baron Grimm, qui a été son protecteur en 1763. Mais son séjour est désastreux : les Parisiens ont oublié le petit génie qui était venu exposer son talent quinze ans plus tôt, certaines commandes son impayées, il ne goûte pas le succès. En outre, sa mère tombe malade. Elle décède le 3 juillet 1778.
 
Cependant, Wolfgang retrouve le moral grâce à sa musique. Il rencontre Jean-Chrétien Bach, fils de Jean-Sébastien. Leur amitié suscite la jalousie du baron Grimm qui se montre odieux avec lui, lui mentant, prétendant que les Français détestent sa musique, le poussant à quitter la France… alors que le succès commence à venir.
 
 
Son génie est reconnu par le plus grand compositeur
 
 
Mozart quitte Paris le 26 septembre 1778. Son père a convaincu le prince archevêque de reprendre, pour un salaire trois fois supérieur. Mais sur le chemin du retour, il cherche tout de même un nouvel employeur. Wolfgang arrive à Salzbourg le 15 janvier 1779. Il y reste deux ans ou cours desquels il étouffe. Il compose cependant un nouvel opéra, Idoménée. Il est en pleine possession de son génie. Lorsqu’il le présente à Munich, il fait un triomphe.
 
En 1781, Colloredo donne l’ordre à Wolfgang de le rejoindre à Vienne. Il redevient simple domestique, joue pour le bon plaisir du prince. Les disputes recommencent. Le 9 mai, Colloredo le renvoie.
 
Wolfgang se retrouve indépendant et apprécie cette liberté. Vienne est à cette époque la capitale mondiale de la musique. Il y donne de nombreux concerts publics et privés à l’issure desquels le public manifeste son enthousiasme par des applaudissements nourris. Il découvre aussi à la même époque la musique de Bach, qui va avoir une influence sur son œuvre.
 
Wolfgang fréquente la sœur d’Aloysia Weber, Constanze. Il l’épouse le 4 août 1782, malgré le désaccord de son père. Le couple aura six enfants mais deux seulement survivront. Le 14 mars 1784, Wolfgang rentre dans la franc-maçonnerie.
 
En février 1785, Léopold rend visite à son fils à Vienne où il constate la réussite de son fils. Joseph Haydn, le compositeur le plus connu d’Europe, est le premier à reconnaître franchement le génie de Mozart.
 
Les années 1784-1785 sont donc des années de grand succès pour Mozart. Avec Lorenzo da Ponte, il travaille à la création d’un nouvel opéra, Les Noces de Figaro, tiré de la pièce de Beaumarchais Le Mariage de Figaro. Il se heurte à quelques difficultés en raison du caractère subversif de la pièce de Beaumarchais. Mais l’opéra peut tout de même être joué. Les premières représentations sont un énorme succès. Au début du mois d’avril 1787, Léopold tombe malade. Il meurt le 28 mai.
 
 
Les plus grandes œuvres de l’histoire de la musique
 
 
Entre 1784 et 1786, Mozart compose en moyenne une œuvre tous les quinze jours. Malgré les soucis d’argent que connaissent Constanze et Wolfgang, ce dernier organise quelques tournées, en particulier à Prague où est donnée la première représentation de Don Giovanni, le 29 octobre 1787. Le public réserve un triomphe à Mozart. Mais le succès n’est pas au rendez-vous à Vienne : la représentation du 7 mai 1788 ne convainc pas.
 
En 1789, Mozart part à Leipzig puis revient à Vienne en 1790. Mais la même année, l’empereur, qui lui apportait sa protection, meurt. Wolfgang devient de moins en moins populaire, il agace, il suscite l’incompréhension. C’est en mars 1791 qu’il donne son dernier concert.
 
Mais le musicien ne cesse pas de travailler. Au printemps, Mozart reçoit une commande de la part de Schikaneder, auteur et directeur de théâtre, et lui aussi franc-maçon. L’opéra qu’il écrit est l’une de ses œuvres les plus célèbres : La Flûte enchantée. Il compose aussi La clémence de Titus, un opéra pour célébrer le couronnement du nouvel empereur, Léopold II. Franz von Walsegg, un homme qui se prétend compositeur et qui payait en fait des « nègres », lui commande une œuvre : ce sera le fameux Requiem. À la fin août, Mozart donne à Prague une représentation de Don Giovanni et dirige en personne la première de La clémence de Titus. Peu après, La Flûte enchantée connaît un succès grandiose. C’est dans la période de la fin de sa vie qu’il a composé les plus grandes œuvres de l’histoire de la musique, que certains, encore aujourd’hui, jugent inégalées.
 
Le 18 novembre cependant, il tombe gravement malade. Le 4 décembre, après avoir repris des forces, il se remet à travailler sur son Requiem qu’il souhaite terminer à tout prix. Il ne pourra le faire et c’est son élève, Süssmayer, qui terminera l’œuvre. En effet, le 5 décembre, Mozart tombe dans le coma. Il meurt le 6 peu avant une heure du matin. Il a alors 35 ans.
 
 
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23 décembre 2005 5 23 /12 /décembre /2005 15:34

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13 septembre 2005 2 13 /09 /septembre /2005 15:30
Pendant près d’un an, d’octobre 1773 à septembre 1774, une jacquerie conduite par un chef cosaque, Pougatchëv, agite la Russie de Catherine II. Cette révolte regroupe serfs, ouvriers et nomades. Ces trois catégories sociales en effet, connaissent chacune au XVIIIe siècle une situation bien particulière.  
 

 

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13 septembre 2005 2 13 /09 /septembre /2005 15:10
 TF1 va diffuser ce mois-ci un téléfilm sur Landru, cet homme qui, durant la Grande Guerre, tuait des femmes pour les voler. L’actualité télévisuelle de ce mois de septembre nous offre donc l’occasion de faire un retour sur cette affaire qui a fasciné les contemporains, mais aussi les cinéastes…  
 
Nous avons tous entendu parler de l’affaire Landru, de cet homme qui promettait le mariage à des femmes d’âge mûr pour les voler et ensuite les tuer. Cette affaire commence durant la Première Guerre mondiale.
 
 
« Monsieur sérieux, désire épouser veuve… »
 
 
La période de la guerre voit de nombreuses femmes seules, des veuves dont le mari a été tué au combat. Beaucoup de ces femmes cherchent à refaire leur vie. Pour Henri Désiré Landru, marié et père de quatre enfants, c’est l’occasion d’exercer ses talents d’escroc.
 
Il passe donc des petites annonces dans les journaux : « Monsieur sérieux, ayant petit capital, désire épouser veuve ou femme incomprise, entre 35 et 45 ans, bien sous tout rapports, situation en rapport. » Ainsi, de 1914 à 1919, il fait la connaissance de 283 femmes. Dont dix seront assassinées. Landru monte une véritable organisation : 90 pseudonymes, sept appartements qu’il loue à Paris, quatre encore en banlieue, ainsi que la location de deux garde-meubles et de deux garages. Il possède aussi deux maisons de campagne à Gambais et à Vernouillet.
 
Landru rédige des dizaines de lettres de réponses et constitue pour chacune de ses « conquêtes » un véritable dossier. Chacun de ces dossiers porte une mention : « A répondre de suite », « Sans suite », « Rien à faire » ou « S.F. » (sans fortune). Les femmes intéressantes – financièrement – pour Landru passent avec lui une journée à la campagne, à Gambais. De cette journée, dix d’entre elles ne reviendront jamais…
 
 
Des crimes qui lui rapportent 30 000 francs
 
 
Qui sont les victimes ? La couturière Jeanne Cuchet, veuve, avait 39 ans. Line Laborde (47 ans) et Berthe-Anne Héon (55 ans), veuves aussi, étaient sans travail. Marie-Angélique Guillin (52 ans) et Anna Collomb (39 ans), respectivement rentière et dactylo, étaient veuves également. Deux autres, Andrée Babelay (19 ans) et Marie-Thérèse Marchadier (39 ans) étaient célibataires : la première était domestique, l’autre une prostituée. Annette Pascal (36 ans), divorcée, était sans travail. Lyane Jaume (36 ans), couturière, était en instance de divorce. Enfin, Célestine Buisson (4 ans), femme de ménage, était veuve aussi.
 
La moyenne d’âge des victimes de Landru atteint donc 40,6 ans. Sur les dix femmes assassinées, 6 sont des veuves, 2 autres célibataires, et deux autres encore divorcées ou presque. L’appât de Landru semble avoir donc bien fonctionné.
 
Intéressons-nous maintenant aux professions des victimes : deux couturières, une dactylo, une domestique, une femme de ménage, une prostituée ainsi que trois femmes sans travail et, enfin, une rentière. Au vu des professions, on peut douter que Landru se soit réellement enrichi. En réalité, il parvenait tout juste à faire vivre sa famille. Car son organisation coûtait cher avec la location des appartements et des autres lieux nécessaires à ses méfaits. Au total, ses crimes lui ont rapporté 30 000 francs, sans compter le mobilier et les bijoux de ses victimes.
 
 
Des restes d’os humains dans une cuisinière
 
 
La terrifiante entreprise de Landru s’arrête en 1919. Dès mars 1918, le maire de Gambais reçoit une lettre d’une femme qui affirme que sa sœur, Anna Collomb, a disparu avec un certain Fremyet. Or, ce Fremyet est inconnu à Gambais. Un peu plus tard, une autre lettre est envoyée au maire, signée cette fois par Mlle Lacoste, la sœur de Célestine Buisson. Le 9 avril 1919, Mlle Lacoste reconnaît Fremyet dans le magasin La Samaritaine et prévient la police. Le 11 avril, la police arrête un dénommé Guillet, alias Fremyet, alias Landru. Ce dernier est arrêté dans un appartement situé rue Rochechouart.
 
La police fait d’étranges découvertes dans cet appartement ainsi que dans la maison de campagne de Gambais : vêtements de femmes, perruques, lingerie, valises, pièces d’identité, un fichier de 283 noms de femmes, un carnet de comptes, une cuisinière dans laquelle on retrouve des restes d’os humains. Et aussi, des billets de chemin de fer Paris-Gambais : toujours deux allers mais un seul retour…
 
Le procès s’ouvre le 7 novembre 1921 à la cour d’assises de Versailles. L’avocat de Landru, Me Moro-Giafferi, se révèle talentueux. L’accusé admet être un escroc mais il nie être un assassin. Ses réponses sont toutes prêtes. Parfois, il s’écrie : « Ma vie privée ne regarde que moi ! » Trois semaines après son ouverture, le procès se termine par une condamnation à mort. Landru est guillotiné le 22 février 1921.
 
 
Un mythe vivant
 
 
Déjà pendant l’instruction, Landru était un véritable vedette, un mythe vivant. Au cours du procès, des personnalités célèbres assistent aux audiences, notamment l’écrivain Colette. Plus tard, Landru devient source d’inspiration pour le théâtre et le cinéma.
 
En 1946, Monsieur Verdoux de Charlie Chaplin raconte l’histoire d’un homme qui, pour faire vivre sa femme infirme et son fils, épouse de riches héritières puis les assassine. En 1962, Claude Chabrol met en scène un Landru incarné par Charles Denner et à qui donnent la réplique, entre autres, Michèle Morgan, Danielle Darrieux et Stéphane Audran.
 
Dans ces deux films, le héros n’est pas montré comme un monstre. Pour Chaplin, les vrais coupables sont les va-t-en-guerre et les profiteurs. Claude Chabrol quant à lui dénonce la société bourgeoise, son ordre bien établi et sa bonne conscience.
 
Quel parti pris aura choisi la fiction de TF1 ? Réponse très prochainement…
 
 
 
 
 
Bibliographie :
LANEYRIE-DAGEN, Nadeije (dir.), Les grands procès, Paris, Larousse, 1995.
LYON-CAEN, Judith, « Landru (affaire) », in SIRINELLI, Jean-François COUTY, Daniel, Dictionnaire de l’Histoire de France, Paris, Armand Colin, 1999.
« Landru, coupable ou non coupable ? », in L’Histoire, septembre 200, n° 301, p. 17.
 
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1 septembre 2005 4 01 /09 /septembre /2005 15:03
 Il y a cent ans, le 5 septembre 1905, le traité de Portsmouth mettait fin à une guerre entre le Japon et la Russie. Quels furent les causes et le déroulement de cette guerre ? Et en quoi constitua-t-elle un bouleversement dans les relations internationales ?
 
Le conflit russo-japonais qui prit fin le 5 septembre 1905 éclata en février 1904. Il était l’aboutissement d’une longue rivalité entre les deux pays. Mais il représenta aussi un retournement dans les relations internationales.
 
 
Russie et Japon
 
 
Cette guerre fut un affrontement entre deux pays qui connaissent des situations très différentes.
 
La Russie était un empire dirigé par le tsar Nicolas II qui se trouvait à la tête d’un vaste territoire, allant de la mer Baltique à l’océan Pacifique et comprenant plus de 130 millions d’individus, et doté d’une armée de plus de deux millions d’hommes. Nicolas II était arrivé au pouvoir en 1894 et poursuivait la politique répressive entamée par son prédécesseur, Alexandre III, dont le père avait été assassiné lors d’un attentat le 1er mars 1881. Ainsi, la police politique, l’Okhrana, créée par Alexandre III resta en place, le pays était moralisé par une idéologie xénophobe et nationaliste, la censure s’exerçait sévèrement.
 
Cet empire connaissait des mutations sociales en raison de l’industrialisation qui faisait apparaître une bourgeoisie d’affaires demandant un régime constitutionnel et parlementaire, et un prolétariat aux conditions de vie misérables. Cette situation engendra des contestations mais malgré cela, Nicolas II restait fidèle au régime autocratique.
 
Le Japon quant à lui était un petit archipel, au territoire restreint, peuplé de 46 millions de personnes et doté d’une armée d’un million d’hommes, c’est-à-dire moitié moins que l’armée russe. Il se trouvait dans l’ère Meiji. Cette ère fut ouverte par l’empereur Mutsuhito (1867-1912) et marquait la volonté de faire du Japon un Etat moderne pour qu’il rattrape son retard sur l’Occident. Les écoles et les universités se multipliaient, des savants et des ingénieurs occidentaux venaient nombreux dans le pays pour donner des conférences et des cours. Les jeunes japonais allaient à l’étranger pour faire leurs études, des machines étaient importées d’Occident, et des chemins de fer et des usines étaient construits. Le Japon, grâce à l’ère Meiji, s’ouvrait donc à l’Occident et devenait une puissance montante.
 
 
La Corée : « première ligne de défense de l’archipel »
 
 
Le Japon voulait alors écarter toute menace pesant sur la Corée. Il considérait en effet celle-ci comme « la première ligne de défense de l’archipel ». Ainsi, la guerre de 1894-1895 lui permit d’écarter la Chine. Mais un nouvel ennemi lui faisait face : la Russie.
 
Car l’empire tsariste avait renforcé son influence en Corée où un gouvernement prorusse était au pouvoir. En 1898, Tokyo et Saint-Pétersbourg conclurent un accord relatif à la Corée : les deux pays promettaient de ne pas intervenir dans les affaires intérieures coréennes et la Russie s’engageait à respecter les intérêts commerciaux japonais.
 
Si la Russie se permit de faire de telles concessions, c’est que la Corée ne revêtait plus pour elle qu’une importance secondaire. En effet, le tsar avait remporté des succès en Mandchourie : il avait obtenu de la Chine la construction d’une voie de chemin de fer dans la péninsule de Liaodong ainsi que deux villes : Dalian et Port-Arthur. Cette dernière était stratégique car elle permettait à la Russie d’avoir un accès permanent sur le Pacifique car ses eaux ne gelaient pas en hiver. Mais le Japon se trouvait humilié dans la mesure où il perdait définitivement le Liaodong et où l’avancée russe constituait toujours une menace pour la Corée à plus long terme. De plus, en 1900, la révolte des Boxers (1) en Chine fut l’occasion pour la Russie d’envoyer 80 000 soldats en Mandchourie.
 
De 1900 à 1903, la Russie et le Japon tentèrent de régler leurs désaccords de manière pacifique. Une intense activité diplomatique se déploya mais les différentes solutions proposées n’aboutirent pas.
 
Entre-temps, le Japon s’était en effet rapproché de la Grande-Bretagne. Celle-ci, inquiète des ambitions régionales de l’empire russe, n’avait pas les moyens militaires dans cette région pour faire face. Elle trouva donc un allié dans le Japon. Quant à ce dernier, il avait l’occasion de conclure sa première alliance avec une grande puissance occidentale.
 
Le traité de Londres de janvier 1902 faisait des deux signataires des pays neutres si l’un des deux était impliqué dans un conflit régional. En revanche, si un pays était attaqué par deux États ou plus, l’autre devait lui porter assistance. Cet accord n’est qu’un aspect de l’ouverture du Japon à l’Occident qui caractérise l’ère Meiji.
 
 
Début de l’expansionnisme japonais
 
 
Tokyo hésitait toujours à se lancer dans la lutte armée. Mais l’opinion publique japonaise, marquée par une éducation patriotique, poussait à la guerre. Le 6 février 1904, 55 vaisseaux japonais quittèrent leur base située sur l’île de Kyushu. Dans la nuit du 8 au 9 février, Port-Arthur et le port coréen de Chemulpo subirent les premières attaques nipponnes. Le 10 février, le Japon et la Russie entrèrent officiellement en guerre.
 
La Russie mèna une guerre d’usure avec le Japon. Il fallut huit mois et 15 000 morts à celui-ci pour prendre Port-Arthur. En mars 1905, la bataille de Mukden fut remportée par les Japonais mais au prix d’un coût humain très élevé. Le tsar utilisa sa flotte stationnée en Baltique. Lorsque celle-ci arriva sur les lieux de l’affrontement, elle fut vaincue par l’amiral Togo en mai 1905 dans le détroit de Tsushima.
 
Épuisés par la guerre, les deux pays décidèrent d’entamer des négociations. Le président des Etats-Unis Théodore Roosevelt proposa ses services. Le traité de paix fut signé le 5 septembre 1905 à Porstmouth. Le tsar donnait au Japon les privilèges qu’il avait gagnés en Mandchourie et reconnaissait des intérêts japonais en Corée.
 
Mais le nationalisme japonais était blessé car le coût de la guerre fut énorme. Un million trois cent mille hommes avaient été mobilisés, 80 000 avaient été tués, 450 000 autres blessés. En outre, le coût de la guerre représentait l’équivalent de six années du budget national. Des émeutes éclatèrent dès le jour de la signature du traité de Portsmouth. L’ordre fut rétabli quelques semaines plus tard.
 
Cette guerre marqua un bouleversement dans les relations internationales car un vaste empire, la Russie, avait été battu par un petit pays. Cela suscitait l’espoir pour les populations soumises. Mais il alimentait aussi les nationalismes. Et surtout, ce fut le début de l’expansionnisme japonais. En effet, dès novembre 1905, la Corée devint un protectorat japonais puis fut annexée en 1910.
 
 
 
 
 
Notes
(1) Les Boxers étaient les membres d’une société secrète chinoise. À partir de 1895, ils lancèrent un mouvement xénophobe qui culmina en 1900 avec une émeute qui menaça les légations européennes.
 
 
 
D’après BABICZ, Lionel, « 1904 : le Japon attaque la Russie », in L’Histoire, n° 284, février 2004, pp. 18-19.
 
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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 14:19

L’ultragauche, en France, resurgit sous de multiples formes : depuis les trotskistes jusqu’aux antimondialistes, ses différentes composantes s’en prennent tous au même ennemi : le capitalisme. Ce courant politique date de la Révolution : son histoire permet de voir ce qui unit au fil du temps tous les gauchistes.
 
L’expression « extrême gauche » évoque simplement au départ un positionnement politique à partir de la IIIe République : elle désigne d’abord les radicaux puis les socialistes et enfin les communistes. « Extrême gauche » sera donc à prendre dans le sens de « gauchisme », terme qui est plus convenable. Le gauchisme fut défini par Lénine comme « la maladie infantile du communisme ». Il correspondait en fait aux partisans des solutions extrêmes de gauche. Le terme a été repris dans les années 1965-1968 pour désigner les idéologies à la gauche du Parti communiste. Au sens où nous l’employons, « extrême gauche » est synonyme de « gauchisme ». L’extrême gauche n’est pas homogène, il existe de nombreux courants et une multitude d’organisations en son sein. Néanmoins, les facteurs d’unité existent bel et bien. Ils peuvent être considérés au nombre de deux : l’antidémocratisme et la société utopique. Le premier consiste à rejeter les principes démocratiques de la société « bourgeoise » : le slogan en vogue en mai 1968 l’illustre bien : « Élections, piège à cons ». Quant à la société utopique, il s’agit pour les gauchistes d’instaurer une société sans classes, égalitaire, débarrassée du fléau capitaliste.
 
 
Rejet de la démocratie et société égalitaire
 
 
L’extrême gauche, comme toutes les familles politiques en France, naît durant la Révolution. Ses membres ne veulent pas se contenter de l’égalité des droits proclamée dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789. Ils souhaitent l’égalité dans les faits, c’est-à-dire une société où il n’existe ni pauvres, ni riches. Cette extrême gauche s’incarne d’abord chez les « Enragés » de Jacques Roux, qui exigent la taxation des denrées et aussi une taxe sur les riches. Leurs revendications sont ensuite reprises, après leur élimination, par les hébertistes, du nom de leur chef Hébert.
 
Mais la meilleure expression d’égalitarisme se trouve chez Babeuf. Ce dernier est le premier à associer les idées communistes avec un projet révolutionnaire. Il organise une conspiration visant à instaurer une République égalitaire mais il échoue. Il est exécuté en 1797.
 
Après Babeuf, la nouvelle figure de l’extrême gauche est Louis Auguste Blanqui (1805-1881). Il a passé plus de trente-trois ans en prison, c’est-à-dire plus de la moitié de sa vie : c’est pour cette raison qu’il fut surnommé « l’Enfermé ». À partir des années 1830, il fréquente Buonarroti qui n’est autre que l’ancien lieutenant de Babeuf. Il mène des activités révolutionnaires dans des sociétés secrètes.
 
Blanqui dirige le 12 mai 1839 une insurrection au cours de laquelle il tente d’occuper l’Hôtel de Ville de Paris et de soulever les ouvriers. Arrêté, il est condamné à mort mais sa peine est commuée en prison à vie. Il est cependant libéré en 1848. Il prend alors part à de nouvelles émeutes en mars de la même année. Il participe encore à des manifestations révolutionnaires le 31 octobre 1870 et le 22 janvier 1871.
 
On le voit, dès ses débuts, l’extrême gauche est marquée par l’antidémocratisme, l’antiparlementarisme.
 
Au début des années 1880 se forme une nouvelle extrême gauche. En effet, c’est à cette époque que se constitue le mouvement anarchiste dont le maître mot pourrait être : « la propagande par le fait ». Autrement dit, les anarchistes utilisent le terrorisme pour parvenir à leurs fins, l’établissement d’une société sans classes. C’est à partir de 1892 que la France est frappée par une vague d’attentats anarchistes. En 1894, on assiste à une véritable « épidémie » d’attentats qui oblige à voter des lois répressives. Les socialistes n’hésitent pas à qualifier ces dernières de « scélérates ». L’idée majeure de ces gauchistes réside, par exemple, dans le cri de Vaillant, auteur d’un attentat le 9 décembre 1893 : « Mort à la société bourgeoise et vive l’anarchie ! ».
 
 
La révolution : oui… mais comment ?
 
 
Au début du XXe siècle, l’idée révolutionnaire s’implante dans l’extrême gauche grâce à Lénine et à la révolution d’octobre 1917 en Russie. Elle va se développer avec le trotskisme qui défend les concepts de parti révolutionnaire et de révolution mondiale. Trotski a effectué quatre séjours en France, ce qui peut expliquer le succès du trotskisme. Le trotskisme connaît un premier temps fort en 1934-1935 lorsque ses adeptes pratiquent l’entrisme (1) au sein de la SFIO. Ensuite, au lendemain de la guerre, en 1945-1947, ils exercent une influence certaine lors des grèves ou dans certaines entreprises. Puis dans les années 1960-1970, ils parviennent à donner une couleur marxiste aux revendications des étudiants.
 
Dans les années 1950, un courant d’extrême gauche développe l’idée que la révolution doit se faire non par un parti – comme pour le trotskisme – mais par les masses. Ainsi, Cornelius Castoriadis et Claude Lefort défendent, dans leur revue intitulée Socialisme ou barbarie, l’idée du conseillisme, un communisme des conseils, différent de la dictature d’un parti. Après mai 1968, les idées d’« autogestion » sont en vogue.
 
Les années 1960 voient la naissance d’un autre courant gauchiste encore, le maoïsme. Ce dernier consiste en la doctrine de Mao Zedong. En 1967 un parti maoïste est fondé, le PCMLF, le parti communiste marxiste-léniniste de France. L’idée est de faire la révolution par le truchement d’un parti. Mais son influence est très limitée. Les maoïstes les plus nombreux choisissent l’idée de la révolution par les masses. Leur objectif réside alors dans l’établissement d’un lien avec la base ouvrière. On dénonce les cadences inhumaines, les accidents du travail… L’antidémocratisme se retrouve dans ce courant puisque ces maoïstes se lancent dans des actions illégales : distribution de produits de luxe volés, opérations commandos, séquestrations…
 
Enfin, dans les années 1970, le groupuscule Action directe prend la voie du terrorisme : cette méthode violente d’instaurer la société égalitaire réapparaît donc, avec pour corollaire la volonté de mettre à nu le caractère fasciste de la démocratie libérale.
 
Ainsi, dans les années 1960 et 1970, l’extrême gauche s’est caractérisée par une grande diversité dans les moyens à mettre en œuvre la société parfaite.
 
 
Les antimondialistes : « Prophètes d’un âge d’or jamais au rendez-vous » (M. Winock)
 
 
Depuis les années 1990, l’extrême gauche connaît un regain de dynamisme. Le trotskisme retrouve une certaine audience car il réussit à capter les revendications d’un mécontentement social qui ne se satisfait pas des organisations traditionnelles. Le capitalisme est donc toujours l’éternel ennemi mais sous un nouveau nom : on dénonce « l’ultralibéralisme », « l’impérialisme », le « néolibéralisme », toutes ces expressions renvoyant à la mondialisation.
 
À ce titre, les antimondialistes, notamment à travers le groupuscule ATTAC, s’apparentent à l’extrême gauche en raison de leurs méthodes antidémocratiques. Ils rejoignent les associations telles que Droit au logement (DAL), Action contre le chômage (AC) ou certains syndicats comme SUD qui entretiennent la contre-culture révolutionnaire.
 
Mais le problème est justement là : les gauchistes d’aujourd’hui se contentent d’un discours « anti- », sans projet positif, sans alternative. Pour quelles raisons ?
 
D’abord, la société française d’aujourd’hui est post-industrielle, marquée par la désindustrialisation. Or, le marxisme avait élaboré son projet révolutionnaire en lien avec la montée en force du prolétariat (la fameuse idée selon laquelle les riches deviendraient de plus en plus riches et de moins en moins nombreux et les pauvres de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux). Par conséquent, le projet révolutionnaire peut difficilement exister.
 
Ensuite la faillite complète et désastreuse du socialisme a privé l’extrême gauche d’une alternative crédible.
 
Ainsi les gauchistes constituent des groupes très divers. Mais l’unité de l’extrême gauche, qui se retrouve à toutes les périodes, est opérée par l’antidémocratisme et la volonté d’instaurer la société sans classes. On pourrait ajouter à ces éléments le manichéisme : opposition riches/pauvres, capitalisme/travail voire pays du Nord/pays du Sud pour les antimondialistes.
 
Pour conclure ce panorama historique de l’extrême gauche en France, citons Michel Winock qui définit les gauchistes comme d’« inlassables prophètes d’un âge d’or futur jamais au rendez-vous » (2).
 
 
 
 
 
Notes
(1) L’entrisme consiste à infiltrer des associations (partis, syndicats…) pour y implanter les idées trotskistes.
 
(2) WINOCK, Michel, « La passion de l’égalité », in L’Histoire, n° 263, mars 2002.
 
 
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Published by Léon Cahlinel - dans Analyse
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