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4 novembre 2006 6 04 /11 /novembre /2006 19:16

Avec l’erreur judiciaire d’Outreau, la nécessité de réformer la justice en France se fait sentir. Mais ce n’est pas la première fois que le problème se pose. En 1789 déjà, les révolutionnaires ont voulu mettre fin au système judiciaire d’Ancien Régime et élaborer ainsi « une autre justice »*. Enquête sur une rupture qui se fit progressivement.

 

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29 septembre 2006 5 29 /09 /septembre /2006 11:44
Il y a 60 ans, le 1er octobre 1946, s’achevait le procès de Nuremberg, qui avait jugé les principaux criminels nazis.
 
 
L’idée d’un tribunal qui jugerait les responsables nazis germa pendant la guerre. Cette idée, sans précédent dans l’histoire, de juger les vaincus, s’expliquait par le caractère passionnel et total du conflit. En octobre 1942, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis se déclarèrent prêts à fonder une commission d’enquête sur les crimes de guerre. Puis, réunis en juin 1945 à San Fransisco pour la fondation de l’ONU, les pays vainqueurs décidèrent que les grands criminels de guerre devaient être traduits devant un tribunal international. Après quatre mois de débats, les juristes américains, français, britanniques et soviétiques signèrent, le 8 août, les accords de Londres. Ceux-ci définirent d’abord les crimes dont les accusés allaient être inculpés.
 
 
Une nouveauté : le crime contre l’humanité
 
 
Trois chefs d’accusation furent retenus contre les accusés : crimes contre la paix – auquel s’ajoutera le « complot contre la paix » –, crimes de guerre et, nouveauté, crime contre l’humanité. Le premier fut défini comme étant « la direction, la préparation, le déclenchement ou la poursuite d’une guerre d’agression ou d’une guerre de violation des traités, assurances ou accords internationaux ».
 
Le deuxième consistait en des « violations des lois et coutumes de la guerre. Ces violations comprennent, sans y être limitées, l’assassinat, les mauvais traitements ou la déportation pour des travaux forcés, ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés, l’assassinat ou les mauvais traitements de prisonniers de guerre ou des personnes en mer, l’exécution des otages, le pillage des biens publics ou privés, la destruction sans motif des villes et des villages ou la dévastation que ne justifient pas les exigences militaires ».
 
Enfin, le crime contre l’humanité était une nouvelle catégorie juridique internationale. Les juristes le définirent ainsi : « C’est-à-dire l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout acte inhumain commis contre toutes les populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, lorsque ces actes ou persécutions, qu’ils aient constitué ou non une violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime entrant dans la compétence du tribunal ou en liaison avec ce crime. »
 
Les accords de Londres stipulaient aussi, et il s’agissait d’une autre nouveauté, que des organisations pouvaient elles aussi, au même titre qu’un individu, être accusées. Six furent inculpées : la Gestapo, la SA, la SS, le Cabinet du Reich, le corps des chefs politiques du parti nazi et le haut commandement des forces armées allemandes.
 
Le tribunal se tint à Nuremberg, la ville symbole du nazisme, où se déroulait le congrès annuel du parti nazi, et où furent votées aussi les lois antisémites de septembre 1935. Mais c’est aussi, tout simplement, parce que, au milieu des ruines, le palais de justice, la prison et le Grand hôtel étaient restés intacts. Mais dans l’organisation du procès pointait déjà la guerre froide. En effet, les Soviétiques voulaient que le procès ait lieu à Berlin, dans leur zone d’occupation. Mais Nuremberg se trouvait en zone américaine. Un compromis fut trouvé : la séance inaugurale et le siège permanent du tribunal se tiendraient à Berlin ; le procès proprement dit, à Nuremberg.
 
L’organisation était complexe. Car, en plus des magistrats et des avocats, avec leurs collaborateurs, il fallait aussi loger les secrétaires ainsi que les traducteurs. Deux cents kilomètres de fil téléphonique furent installés et tout le monde prendrait ses repas à la cafétéria.
 
 
Vingt et un accusés qui plaident non coupable
 
 
Le tribunal était composé de huit magistrats représentant les quatre pays vainqueurs : les Etats-Unis, l’URSS, la Grande-Bretagne et la France. Chaque pays avait envoyé un juge et son suppléant. Les Français Donnedieu de Vabres et Robert Falco, les Anglais Lord Justice Lawrence et Birkett, les Américains Francis Biddle et John J. Parker, et les Soviétiques Nikitchenko et Volchkov étaient les huit magistrats. Quatre procureurs représentaient aussi les quatre pays : Robert H. Jackson (Etats-Unis), Rudenko (URSS), Shawcross (Grande-Bretagne) et François de Menthon (France).
 
Le procès s’ouvrit le 20 novembre 1945, deux jours après sa séance inaugurale. Il était présidé par le juge anglais Lawrence. Les quatre procureurs se relayèrent pendant cinq heures pour lire l’acte d’accusation. Jackson présenta le premier chef d’accusation : tous les accusés avaient participé à un plan visant à une conjuration criminelle pour commettre des crimes contre la paix, contre l’humanité et des crimes de guerre. Shawcross présenta le deuxième chef d’accusation selon lequel les accusés avaient commis des crimes contre la paix et participé à des guerres d’agression. Rudenko fit la lecture des troisième et quatrième chefs d’accusation : tous les accusés s’étaient rendus coupables de crimes de guerre en Allemagne et dans les pays occupés. Enfin, de Menthon présenta le dernier chef d’accusation, celui de crimes contre l’humanité.
 
Le lendemain, les accusés plaidèrent tous non coupable. Qui étaient-ils ? Le maréchal Hermann Gœring avait fondé, en Prusse, la Gestapo et pris le contrôle de la télévision en août 1935. C’est lui qui avait été chargé par Hitler en 1936 de préparer la guerre et d’exploiter, à partir de 1941, l’économie soviétique. Le maréchal Wilhelm Keitel avait signé le décret Nuit et Brouillard, préconisant la disparition clandestine des résistants. Le général Alfred Jodl avait été le chef des opérations de l’armée allemande. Joachim von Ribbentrop était l’ancien ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich. Alfred Rosenberg avait été, depuis 1941, ministre des territoires de l’Est. Hjalmar Schacht avait été ministre des Finances d’Hitler jusqu’en 1937. Wilhelm Frick était l’ancien ministre de l’Intérieur du Reich. Arthur Seyss-Inquart avait été ministre de l’Intérieur du Reich et conseiller d’Etat. Fritz Sauckel avait été commissaire aux Travailleurs étrangers. Julius Streicher avait été le Gauleiter [1] de Nuremberg. Ernst Kaltenbrunner avait succédé à Heydrich à la tête du RSHA, l’Office central de sécurité du Reich. Hans Franck, l’ancien gouverneur de la Pologne occupée, Rudolf Hess, l’adjoint d’Hitler, l’amiral Erich Raeder, l’ancien commandant en chef de la Marine, Albert Speer, ministre de l’Armement, Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitlériennes, l’amiral Karl Dönitz, successeur désigné d’Hitler, Franz von Papen, vice-chancelier du Führer jusqu’en 1934 étaient les autres principaux accusés. Comparaissaient aussi Walter Funk, qui avait pris la tête de la Banque centrale du Reich en 1939, Constantin von Neurath et Hans Fritsch. Aux vingt et un accusés présents, il fallait ajouter Martin Bormann, principal collaborateur d’Hitler, disparu à Berlin en mai 1945 et jugé par contumace.
 
 
Projections de films
 
 
Les quatre premiers mois du procès consistèrent en l’audition des témoins à charge. Ils permirent de retracer l’histoire du nazisme. Mais ils furent peu nombreux : l’accusation n’en avait que 33. Parmi les témoins figurait Marie-Claude Vaillant-Couturier, une militante communiste entrée en résistance dès 1939, arrêtée en février 1942 et déportée à Auschwitz puis à Ravensbrück. Après son témoignage, elle eut le loisir de passer devant le banc des accusés pour les forcer à la regarder droit dans les yeux. Un autre témoin, Otto Ohlendorf, qui avait été commandant de l’Einsatzgruppe D, décrivit les massacres organisés par les « groupes spéciaux » sur le front russe, dans le sillage de l’armée allemande. Dieter Wisliceny, autre témoin à charge, évoqua le programme d’extermination.
 
Lors de la préparation du procès, Jackson avait créé une équipe chargée de rassembler un fonds archivistique correspondant aux principaux chefs d’accusation. Face à la possible fragilité des témoins, il fallait des documents « indiscutables ». Parmi les documents utilisés se trouvait l’un des exemplaires du procès-verbal de la conférence de Wannsee, tenue le 20 janvier 1942, au cours de laquelle fut décidée l’extermination de tous les Juifs d’Europe. On fit aussi lecture d’extraits de Mein Kampf, du programme du parti nazi, des lois antisémites…
 
Mais les écrits n’étaient pas les seules preuves du procès. Le 11 décembre 1945, un film de quatre heures qui consistait en un montage des Actualités allemandes, fut projeté. Ainsi, on put entendre les paroles prononcées par les accusés lorsqu’ils avaient été au pouvoir.
 
Mais surtout, le 29 novembre, un film d’une heure fut projeté dans la salle d’audience. Il s’agissait des images filmées par les Alliés lors de l’ouverture des camps. Jackson annonça en ces termes la projection du film : « Nous vous montrerons des films sur les camps de concentration, tels que les armées alliées les ont trouvés à leur arrivée […]. Nos preuves sont répugnantes et vous direz que j’ai troublé votre sommeil. Mais ce sont des choses qui ont soulevé le cœur du monde entier et dressé tout être civilisé contre l’Allemagne nazie. » Les images qui furent projetées sont aujourd’hui bien connues du grand public et reflètent bien la barbarie nationale-socialiste. Le but était, selon Joseph Kessel, « de mettre tout à coup les criminels face à face avec leur forfait immense, de jeter pour ainsi dire les assassins, les bouchers de l’Europe, au milieu des charniers qu’ils avaient organisés, et de surprendre les mouvements auxquels les forcerait ce spectacle, ce choc ».
 
Pendant la projection, la salle d’audience fut plongée dans le noir, à l’exception du box des accusés. On pouvait ainsi examiner la réaction des responsables nazis. Le capitaine Gilbert, le psychologue chargé de les suivre, écrivit : « On voit des piles de morts dans un camp de travail forcé. Von Schirach regarde très attentivement, il halète, parle bas à Sauckel… Funk pleure maintenant… Göring a l’air triste, appuyé sur le coude… Dœnitz se tient la tête penchée, il ne regarde plus… Sauckel frémit à la vue du four crématoire de Buchenwald. »
 
À l’issue de la projection, Fritsch s’écria : « Aucune puissance céleste ou terrestre n’effacera cette honte de mon pays ! Pas au cours des générations, pas même au cours des siècles ! » Et Sauckel : « C’est une honte ! Une honte pour nous et nos enfants ! »
 
Les Soviétiques présentèrent aussi, en février 1946, un film sur les camps, principalement consacré à Auschwitz et à Maïdanek.
 
En mars 1946, la défense commença. Elle appela plus de témoins que l’accusation – 61 –, parmi lesquels, Hœss, commandant d’Auschwitz. Gœring sut tirer profit de ces occasions pour se lancer dans de longs développements en sa faveur. Surtout, en fin connaisseur des rouages du régime nazi, il put à plusieurs reprises contrer Jackson et le pousser dans ses derniers retranchements.
 
Pourtant, lors d’un contre-interrogatoire, il déclara, à propos de l’extermination des Juifs, qu’il ne savait pas à quel degré cela s’était déroulé et qu’il ne savait pas qu’il existait une politique visant à la liquidation des Juifs.
 
Les autres accusés, dans leurs contre-interrogatoires, nièrent également. Ainsi, Kaltenbrunner nia avoir visité le camp de Mathausen et inspecté des chambres à gaz alors que celles-ci fonctionnaient. Streicher nia que sa propagande dans la presse ait eu un rôle quelconque dans les massacres puisque, déclara-t-il, Mein Kampf existait déjà à l’époque et avait été la cause de tout. Quant à Rosenberg, à propos des personnes déportées dans les camps de concentration, il se contenta de déclarer que « de terribles abus [avaient] été commis ».
 
Par contre, la défense marqua un point en raison de la volonté des Soviétiques d’attribuer la responsabilité du massacre de Katyn [2] aux accusés. Rudenko en fit d’ailleurs mention dès son réquisitoire. L’avocat de Gœring présenta alors une requête à la Cour. Le 1er juillet 1946, six témoins donnèrent leur version des faits : la vérité, cette fois, était dans le camp nazi. Cet événement souleva le problème de la réciprocité de certains crimes inculpés aux accusés. Ainsi, l’agression contre la Pologne en septembre 1939 ne fut pas seulement le fait des nazis, mais aussi des Soviétiques… L’affaire de Katyn fut finalement retirée du dossier.
 
 
« Je me sens terriblement coupable » (H. Franck)
 
 
Après plusieurs mois d’auditions, certains accusés firent des déclarations. Ainsi, Franck : « Exprimant ici mes sentiments les plus profonds, et suite à une expérience de cinq mois de procès, je voudrais dire ceci : maintenant que j’ai une vue globale de tout ce qui a été commis d’une façon atroce et effrayante, je me sens terriblement coupable. » Ce même Franck, lorsqu’il était gouverneur de Pologne, se livrait avec ses invités, en sortant de table, à ce qu’ils appelaient la « chasse au rat » : les « rats » étaient les enfants juifs du ghetto de Varsovie qui s’en échappaient pour essayer de trouver de la nourriture pour leur famille, et que Franck et ses invités jouaient à abattre.
 
Keitel quant à lui déclara : « J’ai entendu dire que je n’ai pas été capable d’éviter ce qui aurait du être évité. Voilà de quoi je suis coupable. » Et Fritsch : « Vous tous qui nous accusez n’attendiez rien de bon d’Hitler et vous êtes effondrés par l’horreur de ce qui s’est passé vraiment. Mais alors essayez de comprendre l’indignation de ceux qui attendaient quelque chose de bon d’Hitler et qui furent trahis. Je suis l’un d’entre eux. »
 
Jackson résuma ainsi les débats : « Selon le témoignage de chacun des accusés, ces hommes n’ont rien vu, n’ont rien dit et rien n’a été dévoilé en leur présence. Si nous mettons bout à bout toutes les déclarations des accusés, il en ressort un portrait ridicule du gouvernement d’Hitler. Ce gouvernement était composé d’un homme, le numéro deux du Parti, qui n’a jamais rien suspecté du programme d’extermination des juifs bien qu’il ait signé de nombreux décrets antisémites ; d’un numéro trois qui n’était tout simplement qu’un Allemand moyen innocent, se bornant à transmettre les ordres d’Hitler sans jamais les lire, comme un facteur ou un coursier ; d’un ministre des Affaires étrangères ignorant des dossiers et très peu au courant des décisions de politique étrangère ; d’un maréchal qui donnait des ordres aux forces armées mais qui n’avait absolument aucune idée de leurs résultats en pratique ; d’un chef de la sécurité qui s’imaginait que les fonctions de police de sa Gestapo et des SD se bornaient à diriger la circulation ; d’un idéologue du Parti qui n’avait aucune idée de la violence que sa philosophie pouvait engendrer en plein XXe siècle ; d’un ministre de l’Intérieur qui ne savait même pas ce qui se passait dans son propre bureau, encore moins à l’intérieur de son propre ministère, et rien du tout à l’intérieur de l’Allemagne ; d’un président de la Banque du Reich qui fut totalement ignorant de ce qui rentrait et sortait des coffres de sa banque. »
 
La lecture du jugement fut donnée le 30 septembre 1946. Le lendemain, les sentences furent prononcées. Onze accusés furent condamnées à la peine de mort par pendaison : Gœring, Keitel, Ribbentrop, Jodl, Streicher, Frick, Kaltenbrunner, Rosenberg, Sauckel, Franck et Seyss-Inquart. Bormann fut lui aussi condamné à mort. Hess, Funk et Raeder furent condamnés à l’emprisonnement à perpétuité. Speer et Schirach furent condamnés à vingt ans de prison, von Neurath à quinze ans et Dönitz à dix ans. Trois des accusés furent enfin acquittés : Schacht, Fritsch et von Papen. Si Gœring échappa à la peine de mort en se suicidant, les autres furent pendus dans la salle de gymnastique de la prison dans la nuit du 15 au 16 octobre 1946.
 
Aujourd’hui, la jurisprudence de Nuremberg a abouti a la création de deux tribunaux internationaux pour juger les crimes de guerre et contre l’humanité commis en ex-Yougoslavie en 1993 et au Rwanda en 1994 : le TPIY (Tribunal pénal international pour la Yougoslavie) et le TPIR (pour le Rwanda). Enfin, elle a permis aussi la mise sur pied, en 2002, d’une Cour pénale internationale (CPI) permanente, siégeant à La Haye.
 
 
 
 
Notes
[1] Les Gauleiter étaient les dirigeants des Gaue, des districts administratifs qui composaient le Reich.
 
[2] En avril 1943, les Allemands avaient annoncé la découverte, dans la forêt de Smolensk, de fosses communes contenant les restes de 4 500 officiers polonais. Ces derniers avaient été massacrés par les Soviétiques au printemps 1940. Mais 21 000 autres officiers et 15 000 soldats furent aussi exterminés en d’autres lieux.
 
 
 
 
Sources :
DELAGE (Christian), « Nuremberg : le premier procès filmé », in L’Histoire, novembre 2005, n° 303, pp. 77-84.
MASSON (Philippe), « 20 novembre 1945 : ouverture du procès de Nuremberg », in Historia (hors série), décembre 1985, n° 468, pp. 6-13.
WIEVIORKA (Annette), « Nuremberg : les nazis devant leurs juges », in Les Collections de l’Histoire, octobre 1998, n° 3, pp. 90-95.
Le film de Frédéric ROSSIF, De Nuremberg à Nuremberg, 2ème partie, « La défaite et le jugement ».
 
 
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15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 08:51
Hitler, arrivé légalement au pouvoir, transforme le régime en une dictature. Une dictature de nature totalitaire. Caractérisée par l’existence d’un parti et d’une idéologie uniques, par l’extension de la puissance étatique à tous les domaines (vie privée, professionnelle, économique et culturelle) et par l’existence d’un appareil de terreur pour exercer la domination totale sur les individus.
 
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1 septembre 2006 5 01 /09 /septembre /2006 12:00
Le 11 septembre prochain, il y aura cinq ans que les attentats les plus meurtriers de l’histoire ont eu lieu. Le 4 septembre, France 2 diffuse à cette occasion un film sur le sujet. Retour sur cet événement qui relève de la guerre de religion. Et qu’on hésite encore à qualifier d’historique.
 
Le mardi 11 septembre 2001, un quadruple attentat frappa les Etats-Unis en plein cœur, à New-York et Washington. Quatre avions de ligne furent détournés par des terroristes islamistes juste après leur décollage. Leurs réservoirs de carburant étaient donc pleins, chacun contenant 91 000 litres de kérosène. L’idée des pirates de l’air était d’utiliser ces avions comme bombes incendiaires volantes contre les cibles qu’ils avaient choisies.
 
 
«"Allah Akbar !", mots qui saisissent d’effroi ceux qui ne croient pas »
 
 
Les deux premiers avions détournés – deux Boeing 767 – furent projetés contre le World Trade Center, à New-York. Le premier frappa la Tour Nord à 8 h 46 heure locale et le second fut précipité dans la Tour Sud à 9 h 03. Le troisième appareil fut lancé contre le Pentagone à 9 h 37. Le quatrième n’atteignit pas sa cible : les passagers du vol 93 d’United Airlines se révoltèrent contre les terroristes et parvinrent à faire s’écraser l’avion dans un champ en Pennsylvanie alors que les pirates visaient probablement le Capitole ou la Maison Blanche à Washington. À New-York, ce sont au total vingt cinq bâtiments, dont le World Trade Center, qui furent détruits. Les attentats provoquèrent la mort de 2 986 personnes.
 
En cherchant à comprendre les causes de cet événement, on a souvent évoqué l’inefficacité des autorités. Mais cette inefficacité n’est peut-être pas le plus important. Après des attentats commis contre des ambassades américaines en Afrique, une Commission nationale sur le terrorisme (NCT) fut mise en place. Elle avait été chargée de redéfinir la politique antiterroriste des Etats-Unis. Le rapport remis par cette Commission, dont la couverture – hasard incroyable ! – était illustrée par les deux tours du World Trade Center, affirmait que « la menace d’attaques entraînant des pertes humaines massives sur notre territoire ne cesse de croître ».
 
Ce rapport devait en toute logique aboutir à une loi qui aurait redéfini les pouvoirs du gouvernement face à la menace terroriste. Mais de multiples associations, à la suite de ce rapport, évoquèrent le danger de mesures « liberticides », l’Institut représentatif des Arabo-Américains évoqua « un retour aux jours les plus noirs de l’époque maccarthyste ». Un responsable des droits du citoyen affirma que les Américains d’origine arabe étaient particulièrement visés par le rapport… alors que ce dernier n’en dit pas un mot ! Les levées de bouclier furent si bruyantes et efficaces qu’aucune mesure ne fut prise [1].
 
Ainsi, furent mises en cause les autorités américaines. Mais la réalité est que, de toute façon, les pouvoirs spéciaux leur ayant été refusés par les ennemis du rapport de la NCT, les autorités n’auraient rien pu faire.
 
De toute façon, la cause essentielle, et finalement la seule, de ces attentats vient de l’islamisme. Les attaques furent commanditées par le milliardaire saoudien Oussama Ben Laden, celui qui finance le réseau terroriste Al-Qaïda. L’islamisme éprouve une haine sacrée pour l’Occident, et en particulier pour son plus prépondérant représentant dans le monde, les Etats-Unis, rejette la mondialisation et la démocratie, et souhaite islamiser le monde entier.
 
Ainsi, l’un des pirates de l’air, Mohammed Atta, avait tenu ces propos avant sa « mission » : « Quand l’affrontement commencera, frappe comme les combattants qui ne veulent pas retourner en ce monde-ci. Crie "Allah Akbar !", car ces mots saisissent d’effroi le cœur de ceux qui ne croient pas. Dieu a dit : "Frappe au-dessus du cou et à toutes les extrémités." Sache que les jardins du paradis t’attendent dans toute leur beauté, et que les femmes du paradis t’attendent. » C’est bien l’acte d’une guerre de religion qui fut mené ce jour-là aux Etats-Unis : massacrer des milliers d’innocents au nom d’Allah.
 
D’ailleurs, les cibles choisies révèlent cette haine de l’Occident éprouvée par les islamistes. Le World Trade Center était le centre mondial des échanges, autrement dit pas seulement le symbole de la puissance financière américaine mais celui de la mondialisation. Ce qui s’est passé le 11 septembre 2001 relevait du fanatisme religieux qui menace le monde entier. Car l’islam a vocation à convertir le monde entier. Les intégristes musulmans veulent transformer le monde en un califat [2]. À propos des attentats du 11 Septembre, Robert Redeker, professeur de philosophie, déclarait : « Aucune idéologie n’est plus rétrograde que l’islam, et, par rapport au capitalisme dont les Twin Towers, dans leur majestueuse beauté, figuraient le symbole, la religion musulmane est une régression rebarbarisante. Le destin des bouddhas géants d’Afghanistan et celui des Twin Towers de New York s’est révélé semblable : statues et tours étaient les icônes de l’altérité, insupportables à l’islam. » [3] On ne peut douter que c’est bien une guerre de religion qui est menée par Oussama Ben Laden.
 
 
11 septembre 2001 : un événement historique ?
 
 
Le 11 Septembre est-il un événement historique ? À quoi reconnaît-on un événement ? Peut-être à quatre grandes caractéristiques : son intensité, sa prévisibilité, son retentissement et ses conséquences [4].
 
Les lieux choisis conférèrent à l’événement une grande intensité : la capitale mondiale du capitalisme et le symbole de la puissance militaire du pays le mieux armé du monde expliquent l’intensité qu’ont eue les attentats de 2001.
 
Même si le 11 septembre 2001 constitua la quatrième attaque armée contre les Etats-Unis sur leur propre sol, après les deux guerres d’indépendance à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, et la guerre de Sécession, cet événement était imprévisible – en plus du fait qu’un attentat est, par définition, imprévisible. Personne n’aurait pu imaginer une telle audace de la part d’islamistes fanatisés à l’extrême et capables de se donner la mort pour une cause qu’ils jugeaient bonne. La croyance selon laquelle le territoire américain était inviolable était admise par tous le monde, et pas seulement par les Américains eux-mêmes.
 
Ensuite, le retentissement fut évident en raison de la diffusion, dans le monde entier, devant des millions de téléspectateurs, de la collision du deuxième avion sur la deuxième tour du World Trade Center.
 
Pour ces trois raisons, les attentats du 11 septembre 2001 peuvent être considérés comme un événement historique. En revanche, en ce qui concerne les conséquences à plus long terme, on ne peut être aussi catégorique.
 
Un événement historique est toujours à la fois destructeur et créateur. Pour de la destruction, il n’y a aucun doute sur la nature du 11 Septembre. En revanche, la portée historique, à plus long terme, de cet événement est encore inconnue. Et c’est cela qui empêche de faire de ces attentats un événement historique au sens plein. Nous en sommes réduits aux hypothèses, même cinq ans après.
 
Pour certains, c’est le début de la Troisième Guerre mondiale, guerre idéologique opposant des civilisations. Si on admet qu’elle n’a pas déjà commencé avant. Pour d’autres, les attentats marqueraient un nouveau triomphe, à venir, du libéralisme, un sursaut de la démocratie face à ses ennemis.
 
Mais on peut aussi replacer les attentats dans le cycle déjà bien rempli des attentats commis par les islamistes, partout dans le monde : en 1995, en France, une série d’attentats a lieu ; le 11 avril 2002, la synagogue de Djerba est victime d’un attentat ; le 12 octobre, Bali est le théâtre d’un double attentat ; le 16 mai 2003, des attentats frappent Casablanca ; le 11 mars 2004, en Espagne, une série d’attentats ensanglante Madrid ; en juillet 2005, Londres est victime à son tour d’une série d’attentats… Ainsi, le 11 septembre aurait sa place dans une sombre chronologie parmi d’autres attentats islamistes. Il figurerait dans la liste macabre de cette nouvelle guerre de religion qui est imposée au monde entier.
 
 
 
 
 
Notes
[1] FOER, Franklin, « Sin of Commission, how an antiterrorist rapport got ignored », The New Republic, 8 octobre 2001.
 
[2] BARNAVI, Élie (entretien), « Toute religion peut devenir criminelle », in Les collections de l’histoire, n° 17, octobre 2002, pp. 6-11.
 
[3] Le Monde, 22 novembre 2001.
 
[4] WINOCK, Michel, « Qu’est-ce qu’un événement ? », in L’Histoire, n° 268, septembre 2002, pp. 32-37.
 
 
 
 
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31 juillet 2006 1 31 /07 /juillet /2006 11:55
L’historien français Pierre Vidal-Naquet est mort dans la nuit de vendredi à samedi. Grand spécialiste de la Grèce antique, il était aussi un intellectuel engagé. Il avait 76 ans.
 
Pierre Vidal-Naquet naquit le 23 juillet 1930 à Paris dans une famille juive. Il a neuf ans quand la Seconde Guerre mondiale éclata. Il raconta comment il vint à l’histoire : « Toute ma vie a été marquée par le récit que m'a fait mon père à la fin de 1941 ou au début de 1942 de l'affaire Dreyfus [...] C'est aussi à travers l'Affaire que j'ai été formé non seulement à la politique mais à la morale et à l'histoire. » En mais 1944, ses parents furent arrêtés à Marseille puis déportés à Auschwitz où ils furent exterminés. Cette expérience l’incita plus tard à s’engager dans la vie de la cité, en tant qu’historien.
 
 
Spécialiste de la Grèce antique
 
 
Après la guerre, il étudia l’histoire et passa l’agrégation d’histoire et se spécialisa dans l’étude de la Grèce antique. Lycéen déjà, il était passionné par la lecture des tragédies grecques et classiques. Son étude de la Grèce ancienne lui fait étudier tous les aspects historiques de son sujet, comme en témoigne ses nombreux ouvrages, consacrés à l’économie, à la société, à la religion, à l’art ou à la politique. Il publia ainsi en deux volumes Mythe et tragédie en Grèce ancienne (en 1972 et 1986, avec Jean-Pierre Vernant, autre grand spécialiste français de la Grèce antique), Œdipe et ses mythes (en 2001, avec Vernant également), La démocratie grecque vue d’ailleurs (en 2001), Travail et esclavage en Grèce ancienne (en 2002), Fragments sur l’art antique (en 2002), Économies et sociétés en Grèce ancienne (en 1972) ou encore L’Atlantide. Petite histoire d’un mythe platonicien (en 2005). Il revendiquait pour maîtres les grands spécialistes de l’antiquité que sont Jean-Pierre Vernant, Moses Finley et Arnaldo Momigliano.
 
Dans La démocratie grecque vue d’ailleurs, l’auteur se livrait à une réflexion sur le système démocratique. Il soulignait d’abord les catégories de populations exclues par la démocratie athénienne : femmes, esclaves, étrangers… Il s’intéressait aussi aux autres formes politiques qui avaient cohabité en Grèce avec Athènes, et notamment Sparte, qui était son exact opposé. Enfin, il évoquait la représentation de la démocratie grecque au fil du temps, depuis les critiques faites contre la démocratie à l’époque même d’Athènes aux valeurs démocratiques redécouvertes avec la Révolution.
 
Vidal-Naquet devint un historien de réputation internationale et, de 1969 à 1990, il fut directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) : il succéda à Jean-Pierre Vernant à la tête du laboratoire Centre Louis Gernet de recherches comparées sur les sociétés anciennes.
 
 
« L’historien doit prendre part à la vie de la cité »
 
 
Mais Pierre Vidal-Naquet fut aussi un historien engagé. Dans Le Patriote résistant, en avril 2003, il avait ainsi déclaré : « L'historien doit prendre part à la vie de la cité. Vous savez, avant d'être déporté, mon père a été torturé par la Gestapo à Marseille. L'idée que les mêmes tortures puissent être infligées d'abord en Indochine et à Madagascar puis en Algérie par des officiers ou des policiers français m'a fait horreur. Mon action n'a pas d'autres sources que cette horreur absolue. En un sens, il s'agit de patriotisme. »
 
En effet, son premier engagement en faveur des droits de l’homme fut la lutte contre la torture en Algérie. Il signa aussi le Manifeste des 121, publiée en septembre 1960, contre la guerre d’Algérie pour le « droit à l’insoumission ». Sa signature se trouvait aux côtés d’autres noms prestigieux tels ceux de Jean-François Revel, Nathalie Sarraute, Jean-Paul Sartre, François Maspero, Jean-Pierre Vernant, Marguerite Duras…
 
Son engagement au sujet de la guerre d’Algérie se traduisit aussi par la publication de trois livres : L’Affaire Audin (en 1989), La torture dans la République (en 1954-1962) et Les crimes de l’armée française en Algérie, 1954-1962 (en 2001). Maurice Audin, mathématicien à la faculté des sciences d’Alger, fut arrêté par des parachutistes français le 11 juin 1957. Le 21 juin, l’armée prétendit qu’il s’était évadé et on ne le revit plus jamais. Dès 1958, Vidal-Naquet affirmait au contraire qu’il avait été tué au cours d’une séance de torture. Dans son ouvrage de 1989, Vidal-Naquet put, grâce aux archives de la Justice et aux dossiers des enquêtes successives écrire l’histoire de cette affaire.
 
Pierre Vidal-Naquet fut un historien engagé tout au long de sa vie. Il milita contre la guerre du Vietnam et celle d’Irak. Il signa le 8 février 1971 le manifeste du Groupe d’information sur les prisons et était membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non violence. En juillet 2003, il participa à l’appel « Une autre voix juive » qui regroupait des personnalités juives solidaires du peuple palestinien.
 
 
Lutte contre le négationnisme
 
 
Un autre de ses grands combats, auquel il consacra plusieurs livres, fut celui contre le négationnisme. Il publia en 1995 Les Assassins de la mémoire et Les Juifs, la mémoire et le présent, et, en 2002, La Solution finale dans l’histoire (avec Arno Mayer). Il fut l’un des premiers à établir la distinction entre révisionnisme – attitude normale en histoire – et négationnisme – qui est un mensonge. Il livrera aussi un combat contre ceux qui, comme le linguiste américain Noam Chomsky, défendaient la liberté d’expression pour tous les individus, y compris les négationnistes. Chomsky avait par exemple préfacé un livre du négationniste Robert Faurisson dans lequel il s’expliquait sur les raisons pour lesquelles il avait signé une pétition en faveur de la liberté d’expression de l’auteur de l’ouvrage qu’il préfaçait.
 
Et pourtant, l’un de ses derniers engagements fut de signer la pétition Liberté pour l’histoire qui demandait l’abrogation des lois relatives à l’histoire, notamment celle concernant le rôle positif de la colonisation. Mais parmi les autres lois concernées se trouvait aussi la loi Gayssot, qui faisait du négationnisme un délit d’opinion. Lui qui dénonçait la défense de la liberté d’expression des négationnistes, le voilà qu’il militait, finalement, en faveur de cette liberté… En historien, il avait compris que l’Etat n’avait pas à intervenir dans le domaine de la science historique, il avait compris que la vérité historique ne se décrétait pas au Parlement et que le législateur n’était pas un historien.
 
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10 juillet 2006 1 10 /07 /juillet /2006 11:46
Il y a cent ans, le 12 juillet 1906, Alfred Dreyfus était réhabilité. Ainsi s’achevait une affaire qui avait divisé la France en deux. Une affaire qui a dépassé de loin le cadre militaire et national dans lequel elle était née.
 
Ce qui n’était au départ qu’une affaire militaire est devenue l’Affaire, avec une majuscule. Cette erreur judiciaire est l’une des plus graves crises que la IIIe République a connu. Elle marque vraiment un tournant dans l’histoire de France.
 
 
Une affaire militaire
 
 
Au départ, l’affaire Dreyfus est une simple affaire militaire qui démarre par la découverte d’un bordereau. Ce document est ainsi rédigé :
 
« Sans nouvelle m’indiquant que vous désirez me voir, je vous adresse cependant, Monsieur, quelques renseignements intéressants :
1) une note sur le frein hydraulique du 120 et la manière dont s’est conduite cette pièce ;
2) une note sur les troupes de couverture […] ;
3) une note sur une modification aux formations de l’artillerie ;
4) une note relative à Madagascar ;
5) le projet de manuel de tir de l’artillerie de campagne (14 mars 1894) […] »
 
Le bordereau, adressé à Maximilien von Schwartzkoppen, attaché militaire à l’ambassade d’Allemagne, prouve que l’espionnage allemand a trouvé des appuis au sein même de l’armée française. Il a été récupéré par la « voie ordinaire » : une femme de ménage de l’ambassade allemande était chargée par les services secrets français de récupérer le contenu des corbeilles à papier et de le transmettre discrètement à l’église Sainte-Clotilde.
 
Le 26 septembre 1894, ce bordereau est porté à la connaissance du ministre de la Guerre, le général Mercier. Dans un contexte où la France prépare sa revanche après la défaite de 1870 et où son armée doit prouver l’efficacité de ses services de renseignements qui avaient révélé leurs faiblesses lors de cette défaite, la nécessité de trouver un coupable rapidement s’impose.
 
Mais les investigations, entamées dès le 27 septembre ne donnent aucun résultat. Un officier émet alors l’hyptohèse que l’auteur du bordereau peut être un officier stagiaire qui, ayant la possibilité de passer de bureaux en bureaux, a pu collecter des informations. La liste des coupables potentiels se réduit alors à quatre ou cinq. Parmi eux, le capitaine Alfred Dreyfus.
 
Parce qu’il est juif et que son patriotisme paraît suspect, et parce que des journaux comme La Libre parole prétendent que les juifs pullulent dans l’armée et que l’Armée veut les couvrir, Dreyfus fait figure de coupable idéal.
 
Le 13 octobre, Dreyfus est arrêté et incarcéré à la prison du Cherche-Midi. L’enquête se poursuit mais au bout de deux semaines, les choses n’ont pas progressé. À ce moment, l’affaire aurait pu s’arrêter : le général Mercier pourrait faire libérer Dreyfus sans perdre la face en raison de la discrétion des protagonistes. Seulement, le 29 octobre, le journal La Libre parole annonce l’arrestation d’un espion. Puis, le 1er novembre, il révèle son nom : « Haute trahison. Arrestation de l’officier juif A. Dreyfus. » Il est désormais presque impossible de faire retour en arrière.
 
 
Un dossier secret transmis dans la plus totale illégalité
 
 
La presse nationaliste se déchaîne. Le général Mercier tente d’apaiser cette campagne de haine mais en vain. Alors, il va plus loin en déclarant que la culpabilité de Dreyfus est « absolue, certaine ». Dès lors, le conseil de guerre devant lequel l’accusé est renvoyé le 4 décembre sait qu’il ne peut pas acquitter Dreyfus sous peine de désavouer Mercier.
 
Des documents sont collectés afin d’étoffer le dossier de l’accusation. L’un d’eux, un billet intercepté à l’ambassade allemande et qui est passé à la postérité sous le nom de « Ce canaille de D. », contient notamment ces mots : « Ci-joint douze plans que ce canaille de D… m’a remis pour vous. »
 
Le procès devant le conseil de guerre se déroule du 19 au 22 décembre à huis-clos. Lorsque les jurés se retirent pour délibérer, le dossier secret, qui rassemble tous les documents collectés pendant quinze jours, leur est transmis dans la plus totale illégalité. Dreyfus est reconnu coupable de trahison et condamné à la dégradation militaire et à la déportation à perpétuité.
 
Le 5 janvier 1895 a lieu dans la cour de l’École militaire. Derrière les grilles, une foule haineuse crie « Mort aux juifs ! » C’est l’adjudant Bouxin qui procède à la dégradation : sa haute taille renforce le caractère humiliant de la cérémonie. Il arrache les insignes et brise le sabre en deux sur son genou. Une nouvelle fois, Dreyfus crie son innocence et lance « Vive la France ! »
 
Dreyfus est déporté en Guyane le 22 février, d’abord sur les îles du Salut puis sur l’île du Diable. Toute la presse, à ce moment-là, est unanime pour dire qu’un traître a été châtié. Y compris à gauche. Jaurès dénonce dans la Dépêche de Toulouse du 26 décembre 1894 « l’énorme pression juive » qui aurait sauvé Dreyfus du peloton d’exécution. Ce n’est qu’à partir de l’intervention de Zola et de son fameux « J’accuse » que cette affaire militaire deviendra l’Affaire.
 
 
Juillet 1896, premier rebondissement
 
 
Au moment de la condamnation de Dreyfus en effet, l’ensemble des Français est persuadé de la culpabilité du capitaine. Les hommes qui plus tard allaient être de fervents dreyfusards, n’avaient aucun doute : ni Sheurer-Kestner, ni Jean Jaurès, pour ne citer qu’eux.
 
Seul Bernard Lazare, avec qui Mathieu Dreyfus, le frère du condamné, est entré en contact, se rallie à la cause.
 
En juillet 1895, le colonel Sandherr est remplacé à la tête du service des renseignements par le lieutenant-colonel Picquart, qui avait suivi le procès de Dreyfus au conseil de guerre. Il n’avait à cette époque, lui non plus, aucun doute sur la culpabilité du capitaine. Mais en mars 1896, un télégramme adressé par Schwartzkoppen à Esterhazy est intercepté et porté à la connaissance de Picquart. Ce document est connu sous le nom de « petit bleu ». Esterhazy avait intégré le service des renseignements avec le grade de capitaine. Il a mêlé plusieurs intrigues pour se procurer de l’argent par tous les moyens. En 1894, à court d’idées et de ressources, il a décidé de vendre à l’Allemagne des renseignements concernant l’armement français. Désormais, le commandant Esterhazy est soumis à une étroite surveillance.
 
Or, en juillet, Picquart rouvre le « dossier secret » utilisé lors du procès de Dreyfus et constate non seulement que des faux documents ont été fabriqués, mais en plus que les écritures du bordereau et du « petit bleu » sont identiques. C’est durant l’été que Picquart acquiert la conviction de l’innocence de Dreyfus. Il informe alors en septembre le chef d’état-major, le général de Boisdeffre, qui lui demande de rester discret. Mais Picquart s’entête et est finalement écarté en octobre. En novembre, il est envoyé en Tunisie. Entre-temps, en octobre, le commandant Henry forge un faux destiné à accabler encore Dreyfus, document qui passera à la postérité sous le nom de « faux Henry ».
 
 
Les premiers soutiens
 
 
En juin 1897, Picquart révèle à son ami d’enfance, l’avocat Louis Leblois, l’innocence de Dreyfus et la culpabilité d’Esterhazy. À son tour, le 13 juillet, Leblois révèle le secret de Picquart au vice-président du Sénat, Sheurer-Kestner. Ce dernier décide alors de mener une campagne en faveur de la révision du procès de Dreyfus. Henry fait prévenir Esterhazy de ces intentions par des lettres qu’il signe « Espérance » ainsi que par des rendez-vous secrets.
 
Un parti dreyfusard commence à se former. Bernard Lazare envoie, en novembre 1897, deux mémoires à 3 500 personnalités – parlementaires, écrivains, universitaires – : La vérité sur l’affaire Dreyfus, le 6 ; et Une erreur judiciaire. L’Affaire Dreyfus, le 12. Quelques personnalités, convaincues par l’argumentation de Lazare, se joignent à la cause dreyfusarde : l’historien Gabriel Monod, le bibliothécaire de l’École normale supérieure Lucien Herr entre autres.
 
Le 13 novembre, le journal Le Temps publie une lettre de Sheurer-Kestner affirmant l’innocence de Dreyfus et disant que le nom du vrai coupable est connu. Le 15, Mathieu Dreyfus dénonce publiquement Esterhazy.  Le 17 novembre, le général de Pellieux se voit confier une enquête sur Esterhazy. Le 20, il conclut ainsi son rapport : « En mon âme et conscience, Esterhazy me semble hors de cause. »
 
Cinq jours plus tard, Emile Zola publie dans Le Figaro un article intitulé « M. Sheurer-Kestner » et qui se termine par ces mots : « La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. » Le parti dreyfusard qui se forme comprend des écrivains, des artistes, des personnalités de la haute administration et des milieux universitaires. Jaurès est devenu dreyfusard grâce à la persuasion de Lucien Herr. Ce parti dreyfusard est désigné par leurs adversaires, nationalistes et antisémites, sous le nom de « syndicat ». Leurs réseaux s’organisent autour de journaux comme L’Aurore et Le Siècle, de pétitions, de grandes écoles telles l’École normale supérieure et l’École des chartes.
 
Une première victoire est remportée par les dreyfusards lorsqu’ils parviennent à faire traduire Esterhazy devant un conseil de guerre. Le procès a lieu les 10 et 11 janvier 1898 mais s’achève par un acquittement.
 
 
« J’accuse… ! »
 
 
Le 13 janvier, dans L’Aurore, est publiée une « Lettre au président de la République » de Zola, que Clemenceau, le directeur du journal, intitule « J’accuse… ! » En seulement quelques heures, 200 000 exemplaires sont vendus. Mais le 18 janvier, le Conseil des ministres décide de déposer plainte contre Zola pour diffamation. Le procès de l’écrivain s’ouvre le 7 février. Le 23, Zola est condamné à un an d’emprisonnement et trois mille francs d’amende. Mais l’arrêt est cassé par la Cour de Cassation pour vice de forme.
 
Entre-temps, les dreyfusards se sont rassemblés le 20 février au sein de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen fondée par l’avocat Ludovic Trarieux. Et malgré leur échec, de nouveaux événements rendent progressivement inéluctable la révision du procès Dreyfus.
 
Ainsi, la falsification faite par le colonel Henry est découverte le 13 août. Les aveux d’Henry le 30, puis son suicide le lendemain, font encore avancer la cause dreyfusarde. Le 27 septembre, la Cour de Cassation est officiellement saisie.
 
Pourtant, les antidreyfusards ne désarment pas. Par exemple, le journal antisémite d’Édouard Drumont, La libre parole, lance, le 8 décembre, une souscription pour venir en aide à la veuve du colonel Henry et pour édifier un monument à la mémoire de l’officier. Cette souscription est connue sous l’expression de « Monument Henry ». Mais surtout, le 10 février 1899, les députés nationalistes et des députés radicaux et modérés votent le dessaisissement de la chambre criminelle de la Cour de Cassation.
 
 
Victoire des dreyfusards
 
 
Toutefois, le camp dreyfusard reprend l’avantage. D’abord parce que les nationalistes font peser une menace sur les institutions de la République. En effet, le 23 février, lors des obsèques du président de la République Félix Faure, qui s’était toujours montré hostile à la révision du procès Dreyfus, Paul Déroulède tente en vain un coup d’Etat. Ensuite, la Cour de Cassation rend un arrêt de révision le 3 juin.
 
Le 30 juin, Alfred Dreyfus rentre en France pour être jugé devant un conseil de guerre réuni à Rennes. Le procès s’ouvre le 7 août. Le 9 septembre, Dreyfus est de nouveau reconnu coupable, avec circonstances atténuantes. Il est condamné à dix ans de prison et à une nouvelle dégradation. Un dreyfusard de la première heure, Joseph Reinach, demande au président du Conseil, le libéral Waldeck-Rousseau, d’obtenir la grâce présidentielle. Le président de la République, Émile Loubet, accorde celle-ci.
 
Toutefois, pour les dreyfusards, le combat n’est pas achevé. Gracier Dreyfus n’est pas le reconnaître innocent et encore moins le réhabiliter. En avril 1903, Jaurès prononce un discours à la Chambre qui contraint le gouvernement à rouvrir une enquête. La Cour de Cassation est de nouveau saisie. Une longue procédure a lieu, à l’issue de laquelle, le 12 juillet 1906, la Cour casse sans renvoi le jugement rendu à Rennes et réhabilite l’officier. Dreyfus est réintégré dans l’armée comme chef d’escadron et élevé au rang d’officier de la Légion d’honneur le 13 juillet.
 
 
Un clivage complexe
 
 
Cette affaire fut un tournant dans l’histoire de la France et a eu des conséquences importantes. D’abord, elle a coupé la France en deux. Elle fut ainsi l’occasion de violentes manifestations antisémites, en particulier après le 13 janvier 1898. Mais le clivage dreyfusards/antidreyfusards n’était pas aussi simple. Des antisémites furent dreyfusards, comme Georges Sorel (1847-1922). Et à l’inverse, par exemple, l’armée comptait de nombreux dreyfusards, comme Picquart.
 
Considérons l’exemple de l’armée justement. Pour les plus hauts responsables, la culpabilité ne faisait aucun doute. Et il ne semble pas que l’antisémitisme ait joué un rôle puisque dans les années 1890, c’est-à-dire en pleine affaire Dreyfus, la proportion d’officiers juifs n’a jamais cessé d’augmenter. Toutefois, à la fin du XIXe siècle, chez les officiers, l’antisémitisme s’affiche ouvertement. En fait, en ce qui concerne l’armée, on peut dire que l’antisémitisme a brisé la solidarité interne de l’armée.
 
Une idée reçue veut que les catholiques aient tous été antidreyfusards. Examinons les signataires du « Monument Henry ». On compte 300 signatures d’ecclésiastiques alors que le nombre total de prêtres en France s’élevait à 50 000, sans compter le clergé régulier. Le pape Léon XIII ne crut jamais en la culpabilité de l’officier français. Il déclara même au Figaro du 15 mars 1899 : « Heureuse la victime que Dieu reconnaît assez juste pour assimiler sa cause à celle de son propre fils sacrifié ! » Si les évêques ne se sont jamais exprimés publiquement sur le sujet, des prêtres furent dreyfusards. Quant aux fidèles, il est certain que bon nombre partageaient la cause du capitaine injustement condamné : ainsi, le père de Charles de Gaulle, professeur dans l’enseignement catholique, fut dreyfusard. Enfin, un Comité catholique pour la défense du droit voulut examiner le cas Dreyfus avec rigueur et était très attaché au droit.
 
Toutefois, l’agressivité d’une presse confessionnelle fit des catholiques dans leur ensemble des antisémites. Il faut dire que le pouvoir de la presse était énorme. Le journal antisémite La Croix, comptait parmi ses lecteurs 15 000 curés, c’est-à-dire un tiers du clergé paroissial. Les raisons qui ont poussé une bonne partie des catholiques à être antisémite sont multiples. La première est que les juifs représentent le peuple déicide. Ensuite, les circonstances politiques avec le processus de laïcisation ont pu donner le sentiment aux catholiques d’être persécutés, victimes d’un projet visant à les exclure de la nation. Le troisième facteur que l’on peut invoquer réside dans la correspondance que faisaient les catholiques entre le national et le religieux : on ne pouvait être français si on n’était pas catholique. Enfin, l’anticapitalisme est une autre explication : le juif était la figure du capitaliste, le symbole de l’argent-roi, du commerce, de la banque, de tout ce que rejetait l’Eglise.
 
La droite conservatrice suivait l’opinion publique, majoritairement antidreyfusarde. Cependant, certaines de ses figures s’engagèrent dans la cause dreyfusarde, comme Raymond Poincaré. La gauche quant à elle était divisée. Le Parti socialiste lui-même refusa de s’engager dans le débat. Ainsi, le 19 janvier 1898, il publia un manifeste dans lequel il mettait en garde les travailleurs contre toute prise de position : « Prolétaires, ne vous enrôlez dans aucun des clans de cette guerre civile bourgeoise ! » En effet, bon nombre de dreyfusards n’étaient-ils pas des capitalistes juifs ? Et Jaurès, malgré son engagement dreyfusard, signa tout de même ce manifeste.
 
 
Une affaire franco-française
 
 
L’Affaire Dreyfus vit aussi la naissance des « intellectuels ». Le mot apparut à cette occasion. En effet, le 15 janvier 1898 fut publiée une liste de savants, d’écrivains et d’universitaires favorables à la révision du procès de Dreyfus. Le 23, Clemenceau écrira à cette occasion : « N’est-ce pas un signe, tous ces intellectuels, venus de tous les coins de l’horizon, qui se groupent sur une idée et s’y tiennent inébranlables ? » L’émergence des intellectuels n’est qu’un aspect de la nouvelle France qui naît à cette occasion. Les moyens de mobilisation et du militantisme se mirent en place à cette époque avec les coups de presse, les meetings et les pétitions massives. En ce sens, l’Affaire est vraiment un tournant. Et elle affecta même le domaine du sport puisqu’elle précipita la naissance du Tour de France.
 
Mais sur le plan international, la France est sortie affaiblie. En Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Suisse, les opinions publiques condamnent la patrie des droits de l’homme pour cette injustice. Aux Pays-Bas, un membre de « la plus haute aristocratie » demande à l’ambassadeur français « de sauver des mains des brigands le pauvre capitaine Dreyfus ». Et à Amsterdam, une pièce de théâtre remporte un très grand succès, et pas seulement aux Pays-Bas. Son titre est éloquent : Dreyfus, le martyr de l’île du Diable.
 
Les Italiens quant à eux prennent fait et cause pour Zola, originaire de leur pays. Le barreau de Naples adresse une lettre de félicitation à l’écrivain à la suite de la publication de « J’accuse… ! » En Grande-Bretagne, l’Affaire donne lieu à une « folie furieuse ». Un meeting de protestation est organisé pour dénoncer le verdict du procès de Rennes.
 
En Russie, les positions sont un peu plus complexes. Durant l’été 1898, à Odessa, les journaux prennent parti pour Zola. Mais les autorités sont moins sévères et ce qui les inquiète n’est pas le sort de Dreyfus mais c’est l’alliance avec la France. Car la campagne dreyfusarde est menée, selon elles, par les juifs, et s’ils parviennent à leurs fins, c’est-à-dire à gouverner la France, dans quelles conditions l’accord entre les deux pays pourrait continuer de fonctionner, puisqu’en Russie, les juifs sont peu appréciés ?
 
Même aux Etats-Unis, l’Affaire fait grand bruit. Des rumeurs selon lesquelles on tenterait de faire évader Dreyfus de l’île du Diable circulent. Des meetings de protestations sont organisés, les journaux ridiculisent les militaires français. On brûle même le drapeau tricolore. Les réclamations des autorités françaises demandant aux gouvernements étrangers l’interdiction des pièces de théâtre ou des articles de presse désobligeants font, outre-atlantique, le plus mauvais effet. Au Canada, au Brésil et en Australie, les réactions ne sont pas meilleures.
 
En somme, la France comparaissait devant un tribunal moral improvisé. Et son prestige fut sapé. Une situation qui ne fut pas améliorée par l’attitude du gouvernement français. Ce dernier en effet, ne tenait pas compte des réactions étrangères. Pour lui, l’Affaire Dreyfus était surtout une affaire franco-française.
 
 
 
 
 
Aller plus loin :
Les écrivains et l’affaire Dreyfus, Paris, Presses universitaires de France, 1983.
BREDIN (J.-D.), L’Affaire, Paris, Fayard, 1993.
DREYFUS (A.), Cinq années de ma vie, 1901, rééd. 1982, Maspéro.
PAGÈS (A.), Émile Zola. Un intellectuel dans l’affaire Dreyfus, Paris, Séguier, 1991.
« L’affaire Dreyfus. Vérités et mensonges » (numéro spécial), L’Histoire, janvier 1994, n° 173.
 
 
 
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12 juin 2006 1 12 /06 /juin /2006 20:30
Le football aussi a une histoire ! Et la Coupe du Monde qui se déroule en Allemagne en ce moment depuis quelques jours est l’occasion pour nous de s’y intéresser. En soulignant le lien entre le développement de ce sport et son contexte historique. Et aussi les rapports entre football et politique.
 
Le succès mondial du football s’explique par la simplicité de ses règles et par le contexte spécifique dans lequel il est né. Car le football est le reflet de son temps et des courants qui traversent la société. Il a recherché les émotions, participé à la construction d’identités nationales et a pu être le support de l’expression d’une puissance à l’échelle internationale.
 
 
Un rôle de pacification
 
 
Le football fut d’abord un sport aristocratique et bourgeois. Il avait un rôle de pacification en détournant les fils de l’élite britannique des excès de la boisson et de la violence et en leur faisant intégrer les valeurs du fair-play, la libre concurrence et la l’initiative individuelle.
 
Mais dès les années 1880, ce sport gagna les classes populaires à Londres puis dans le nord de l’Angleterre et en Écosse. Le contexte était celui de la révolution industrielle puisque les chemins de fer permettaient de faire voyager les équipes rapidement et d’unifier les différentes associations de football. De plus, le développement du professionnalisme offrait l’occasion d’échapper à l’usine. Enfin, le football était aussi encouragé par des industriels paternalistes qui voulaient fournir à leurs ouvriers une saine occupation.
 
Rapidement, le ballon rond gagna l’Europe continentale. Dès 1872 fut créé au Havre le premier club de football par les employés britanniques de la société de communication et de transport du port. Au début du XXe siècle, ce sport se pratiquait surtout au sein de la bourgeoisie. Mais le public s’élargit rapidement et le football devint alors la mise en scène de l’affrontement des nationalismes. La première rencontre internationale de l’équipe de France se déroula contre la Belgique le 1er mai 1904. La même année fut créée la FIFA (Fédération internationale de Football Association). Elle était chargée d’organiser des matches « inter-nations », décida de lancer un championnat international et s’attachait à contrôler le mouvement des joueurs.
 
 
Le football dans la guerre
 
 
Durant la Première Guerre mondiale, le football était largement pratiqué pour occuper les troupes au repos et le front devint un lieu de démocratisation de ce sport, en particulier pour les ruraux. Les journaux L’Auto ou Gazzetta dello Sport présentaient le conflit sous la forme métaphorique d’un grand match à remporter. Les Anglais gardèrent quant à eux le souvenir du capitaine Neill qui aurait, dit-on, jeté un ballon par-dessus les tranchées afin d’encourager ses soldats à monter à l’assaut lors de la bataille de la Somme en 1916.
 
Au lendemain de la guerre, le football devint un grand sport populaire. Son seul concurrent était alors le Tour de France. Ainsi, en 1930, la première Coupe du Monde, disputée en Uruguay, fut peu couverte par la presse française car au même moment avait lieu la Grande Boucle. L’intérêt pour le football était aussi stimulé et entretenu par les riches mécènes, de grands industriels ou des financiers qui cherchaient à recruter les meilleurs joueurs dans les clubs qu’ils patronnaient. Ainsi, Edoardo Agnelli, fils du fondateur de Fiat, prit en 1923 la direction de la Juventus de Turin qui devint la meilleure équipe d’Italie dans les années 1930. En France, Jean-Pierre Peugeot, patron des usines automobiles, transforma à la fin des années 1920 l’équipe de Valentigney en FC Sochaux.
 
 
Récupération du ballon rond par les régimes dictatoriaux
 
 
Les rapports entre football et politique s’accentuèrent dans l’entre-deux-guerres parce que le ballond rond était instrumentalisé par les dictatures mises en place à cette époque. Ainsi, en 1934 et 1938 la Coupe du Monde fut remportée par l’Italie, donnant ainsi aux fascistes de quoi alimenter leur propagande. Les médias célébraient le footballeur pour valoriser « l’homme nouveau » et viril voulu par Mussolini. En 1938, à l’occasion de la deuxième victoire des Italiens en Coupe du Monde, Emilio de Martino écrivit : « C’est toute la jeunesse d’une nation qui triomphe ».
 
Le régime nazi interdit le professionnalisme afin de permettre aux meilleurs joueurs allemands de disputer les Jeux olympiques de 1936. L’équipe allemande disputa de nombreux matches internationaux qui visaient, pour l’Allemagne, à faire croire à ses desseins pacifiques.
 
L’URSS quant à elle organisa des rencontres avec la Pologne, la Roumanie, l’Iran… Et après 1945, le football devint même une arme de la guerre froide. Ainsi, l’équipe de Hongrie devait prouver la supériorité du régime communiste. En 1953, elle disputa deux matches contre l’Angleterre à laquelle elle infligea à chaque fois une défaite sévère. Le premier, joué à Wembley, vit la victoire des Hongrois par 7 buts à 3. Lors du second, à Budapest, les Anglais se firent écraser par 7 buts à 1. Mais en 1954, lors de la finale de la Coupe du Monde, le 4 juillet, la Hongrie ne connut pas le même scénario face à l’Allemagne de l’Ouest. Pourtant, au premier tour, elle battit celle-ci 8 à 3. Mais ce 4 juillet, les Allemands, ayant encaissé deux buts, revinrent au score avant, à quelques minutes de la fin, de marquer un troisième but. Dans un pays en train de reconstruire son identité nationale, cette victoire eut un impact psychologique certain. Beaucoup d’Allemands de RDA se sentirent de RFA. Ainsi, par le truchement du ballon rond, l’unification allemande avait pu, même temporairement, existé.
 
Les rapports entre football et politique se révélèrent même tragiques. Ainsi, en juillet et août 1942, plusieurs matches furent organisés à l’initiative de la Wehrmacht. Des joueurs allemands devaient s’affronter à des joueurs ukrainiens. En dépit de la faim et des menaces de mort, les Ukrainiens remportèrent tous les matches devant des généraux allemands furieux. On leur opposa alors une sélection hongroise mais avec le même résultat. À l’issue de la rencontre, plusieurs joueurs ukrainiens furent exécutés, les autres déportés dans le camp d’extermination de Babij Jar.
 
 
La mondialisation du football
 
 
En Amérique latine, le football devint un constituant de l’identité nationale. La passion pour le ballon rond y fut ramenée par des étudiants qui avaient fait leurs études en Europe. Ainsi, la première Coupe du Monde, en 1930, fut organisée en Uruguay et remportée par le pays organisateur. Le même pays la remporta de nouveau en 1950. Le Brésil gagna le Mondial en 1958 et 1962. Le football est une passion telle dans ces pays que lorsque le Brésil perdit la finale de la Coupe du Monde en 1950, une vague de suicides se produisit dans le pays.
 
La décolonisation contribua à diffuser le football. En effet, les pays nouvellement indépendants adhérèrent presque en même temps à l’ONU et à la FIFA. Et dans les pays encore colonisés, le football permettait de diffuser les revendications nationalistes. Ainsi, en avril 1958, les meilleurs joueurs algériens évoluant dans le championnat de France quittèrent leur club sans l’autorisation des dirigeants et formèrent une équipe du FLN.
 
Les pays en voie de développement se firent peu à peu leur place dans ce sport. Ainsi, en 1982, seuls deux pays africains purent participer à la Coupe du Monde ; en 2002, ils étaient cinq.
 
Le football a aussi la capacité de faire taire les divisions au sein d’un pays. L’équipe nationale entretient en effet l’illusion de l’unité. Un exemple significatif est celui de la Côte d’Ivoire qui cette année participe pour la première fois à la Coupe du Monde. L’aventure de son équipe va permettre aux Ivoiriens d’oublier la guerre qui déchire le pays.
 
Aujourd’hui, le football traduit une autre grande tendance de notre époque, celui de la mondialisation. Né en Angleterre, il a réussi à conquérir le monde entier, manifestant ainsi une occidentalisation du monde. Et en même temps, il met en avant les particularismes locaux s’exprimant dans le style des joueurs de différentes nationalités : hier on découvrait le style uruguayen, argentin et brésilien, aujourd’hui le style africain et asiatique.
 
 
 
 
 
D’après :
DIETSCHY (Paul) « le siècle du football », in L’Histoire, n° 266, juin 2002, pp. 77-83.
GASTAUT (Yvan) et MOURLANE (Stéphane) (entretien), « La RFA tacle Moscou, et l’Elysée récupère le ballon ! », in Télérama, n° 2942, 31 mai 2006, pp. 76-81.
 
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25 mai 2006 4 25 /05 /mai /2006 18:21
Nous consacrons aujourd'hui un article de réflexion à l’histoire de la civlisation égyptienne.
 
Ramsès II, Rê, Akhenaton, Osiris, la Vallée des Rois, Cléopâtre, Isis, Thèbes, Néfertiti, Amon, Toutankhamon… Autant de noms de divinités, de souverains et de lieux évoquant l’Égypte antique qui sont devenus célèbres. Aujourd’hui, les cours de hiéroglyphes pour amateurs, les multiples expositions, l’obélisque se dressant place de la Concorde à Paris sont autant de manifestations de la fascination que l’Égypte ancienne exerce sur nous, Occidentaux.
 
D’où vient cette fascination ? D’abord de l’attrait visuel que les vestiges de la civilisation égyptienne exercent. Son art et son écriture sont beaux. Et l’on comprend que beaucoup d’enfants, qui découvrent cette civilisation en classe de sixième, soient captivés par les hiéroglyphes, les pyramides et les temples de l’Égypte antique.
 
L’écriture hiéroglyphique à elle seule peut expliquer la fascination pour l’Égypte ancienne. Elle a longtemps en effet possédé un caractère mystérieux, ésotérique, c’est-à-dire qu’on a cru qu’elle était un langage réservé à quelques initiés. Pour les amateurs d’égyptologie, comprendre les hiéroglyphes s’assimile d’ailleurs à un jeu, comme s’il y avait un côté mystérieux – alors que les égyptologues lisent les hiéroglyphes comme un helléniste lit le grec ancien. En outre, l’aspect même des hiéroglyphes exerce une séduction esthétique certaine sur beaucoup de personnes.
 
Un autre élément qui peut expliquer cette fascination pour l’Égypte ancienne est l’expédition menée par Bonaparte en 1798, qui fut l’occasion pour l’Occident de (re)découvrir l’Égypte ancienne. C’est au cours de cette expédition que fut découverte la pierre de Rosette qui permit à Champollion, en 1822, de percer le secret des hiéroglyphes.
 
C’est de ce moment que date ce courant qu’on appelle « égyptomanie ». C’est une mode qui consiste à introduire dans l’art des formes, des motifs inspirés de l’art pharaonique. Ainsi, se logent un peu partout, des sphinx ou des têtes d’Isis.
 
En novembre 1922, la découverte la plus importante de l’histoire de l’égyptologie a lieu : l’archéologue anglais Howard Carter met au jour, dans la Vallée des Rois, la sépulture restée inviolée d’un pharaon de la XVIIIe dynastie jusqu’alors inconnu : celle de Toutankhamon. On y découvre un fabuleux trésor, en particulier les différents sarcophages protégeant la momie, le dernier étant en or massif, ainsi que le masque funéraire du défunt, en or aussi, qui illustre cet éditorial. Cet événement a passionné l’opinion publique et a ravivé l’égyptomanie.
 
L’Égypte des pharaons exerce donc une fascination toute particulière. Au-delà de cette fascination, l’historien doit aborder scientifiquement cette civilisation. C’est pourquoi nous avons voulu suivre les origines et l’histoire d’un peuple et d’un pays, qui s’est étendu sur trois millénaires. Dans de prochains articles, nous nous attacherons à éclairer quelques uns des aspects de la civilisation égyptienne (l’art, les techniques, la religion).
 
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19 mai 2006 5 19 /05 /mai /2006 13:24
Parmi les films en compétition au festival de Cannes figure Marie-Antoinette, de Sofia Coppola. Il retrace la vie de la femme de Louis XVI, incarnée par Kirsten Dunst. L’occasion pour nous de nous intéresser à cette reine.
                    
Les 16 et 17 mai 1770, de grandioses journées sont organisées afin de célébrer les noces du petit-fils de Louis XV, le futur Louis XVI, avec l’archiduchesse d’Autriche Marie-Antoinette, la fille de l’impératrice Marie-Thérèse et de François Ier. Le 19 avril précédent, à Vienne, un mariage par procuration a déjà été célébré avant le départ de Marie-Antoinette pour la France.
 
 
Une princesse populaire
 
 
Ce mariage doit consolider l’alliance entre la France et l’Autriche. Marie-Antoinette reçoit d’ailleurs vite le surnom d’« Autrichienne », surnom qui se chargera progressivement d’une connotation péjorative. Car la future reine de France, qui n’a que quatorze ans, va faire l’objet de la haine du peuple français.
 
Marie-Antoinette est née à Vienne en 1755. À son arrivée en France, cette jolie princesse n’hésite pas à sourire et à saluer : elle manifeste ainsi son désir de plaire. Visiblement, elle a le sens du contact. Et très vite, elle gagne une grande popularité. En même temps, elle reste très proche de sa famille : elle entretient ainsi une correspondance très active avec Marie-Thérèse, puis, après la mort de celle-ci en 1780, avec l’empereur Joseph II.
 
Louis XV meurt le 10 mai 1774 : Marie-Antoinette devient reine de France à dix-neuf ans. L’avènement du nouveau couple royal est perçu par les Français comme la promesse d’un âge d’or.
 
 
Elle aspire à une vie privée qui ne correspond pas à son rôle de reine
 
 
Cependant, un certain nombre de facteurs participe à la dégradation des rapports entre la nouvelle reine et les Français.
 
D’abord, Marie-Antoinette n’a jamais réfléchi au rôle de reine. Dans une société très hiérarchisée où elle se trouve au sommet de la pyramide sociale, elle ne s’appartient pas à elle-même, mais elle appartient au royaume : chacun de ses gestes est un acte public. La fonction d’une reine est en effet une fonction de représentation, il faut se montrer en public, paraître. Or, Marie-Antoinette cherche au contraire à échapper à la vie de cour, elle bouscule ses anciens usages (la fameuse étiquette), elle se réfugie au Petit Trianon où elle aime jouer de la harpe et organiser des concerts. Son désir d’avoir une vie privée est donc incompatible avec son rôle de reine. Des rumeurs courent : elle se consacrerait à des plaisirs inavouables…
 
Ensuite, la fonction majeure de la reine est de donner un héritier au royaume. Le mariage avec Louis XVI sera consommé seulement au bout de sept ans. Le 19 décembre 1778, Marie-Antoinette donne naissance… à une fille : Madame Royale.
 
De plus, Marie-Antoinette acquiert rapidement la réputation d’être très dépensière, de creuser le déficit de l’Etat. Dans la réalité, elle ne dépense pas plus qu’une autre : ses dépenses sont seulement plus ostentatoires, plus visibles. Toujours est-il que la reine gagne le surnom de « Madame Déficit ».
 
Enfin, on la soupçonne d’être à la solde de la Maison d’Autriche, notamment en raison de sa correspondance, active comme nous l’avons vu.
 
En même temps, si Marie-Antoinette s’adonne à cette vie de plaisirs, de fantaisies et d’insouciance, c’est parce que Louis XVI ne veut pas qu’elle intervienne dans les affaires du royaume. En effet, elle est capable de jouer un rôle politique, et plus en tant que ministre de son frère, l’empereur Joseph II, que comme reine de France. Par exemple, en octobre 1784, l’Autriche tente en vain de forcer le passage sur l’Escaut, aux Provinces-Unies. La guerre semble de plus en plus possible. Mais Vergennes, le ministre de Louis XVI, veut l’éviter. Le 30 novembre, Mercy, l’ambassadeur autrichien, propose d’échanger les possessions des Pays-Bas contre la Bavière et promet à la France, si elle accepte l’échange, Luxembourg et le Namurois. Fin décembre, Marie-Antoinette fait pression sur Vergennes pour qu’il accepte l’accord. Mais le ministre refuse et donne même sa démission. Toutefois, Louis XVI refuse cette dernière : c’est donc un échec pour Marie-Antoinette. Mais on voit à travers cet exemple que cette dernière est tout à fait en mesure d’agir en faveur des intérêts de sa famille.
 
 
L’affaire du collier
 
 
Un événement contribue encore à discréditer la reine : la fameuse affaire du collier. Une comtesse, Jeanne de La Motte, est présentée en 1781 au cardinal de Rohan qui est alors tombé en disgrâce auprès de la Cour. La comtesse décide de réconcilier le cardinal avec la Cour : pour cela, elle organise une rencontre entre lui et une femme qui doit jouer le rôle de la reine, la baronne d’Olivia. La rencontre se déroule dans les jardins de Versailles dans la nuit du 11 août 1784. Rohan est dès lors perdu : en effet, Jeanne de La Motte veut lui extorquer de l’argent.
 
Böhmer et Bassenge, bijoutiers, ont voulu vendre un collier estimé à un million six cents mille livres à la Cour. Mais le roi a refusé l’achat. La comtesse de La Motte rencontre les deux bijoutiers et leur assure que Marie-Antoinette veut leur acheter le collier et qu’elle en fera l’acquisition par un intermédiaire. Par ailleurs, Jeanne de La Motte contacte Rohan en lui affirmant que Marie-Antoinette le charge de faire l’acquisition du collier et qu’elle remboursera par fractions. Rohan achète donc le collier le 24 janvier 1785 grâce à un faux billet prétendument signé de la main de la reine. Le collier tombe dans les mains de Jeanne de La Motte qui le revend en Angleterre.
 
Le 1er août, Böhmer et Bassenge se présentent à Versailles pour toucher leur premier remboursement : c’est à ce moment-là que l’affaire est dévoilée. Le 15 août, le cardinal de Rohan est arrêté. Mais l’affaire est portée au Parlement et devient publique : le scandale rejaillit sur la reine qui devient alors encore plus impopulaire. Ainsi, à l’occasion de la naissance de son second fils, le futur Louis XVII, le 24 mars 1785, elle se rend à Paris… où elle est reçue très froidement, sans aucune acclamation.
 
Entre-temps, en effet, Marie-Antoinette a donné naissance à garçon, le 22 octobre 1781, qui devient donc le Dauphin. En 1786, elle accouche encore d’une fille mais celle-ci ne vit que quelques mois.
 
 
L’influence politique de Marie-Antoinette
 
 
À partir de 1787, le rôle de Marie-Antoinette évolue. Louis XVI a alors perdu la plupart de ses conseillers et se retrouve face à un vide politique. La reine devient alors son véritable conseiller politique. Mais elle est inexpérimentée en politique et n’a pas de culture dans ce domaine. Son seul credo réside dans le maintien de la monarchie absolue coûte que coûte. Donc, à partir de 1787, elle exerce une influence certaine : elle obtient le départ de Calonne, impose Loménie de Brienne et contribue au retour de Necker.
 
Les états généraux s’ouvrent le 5 mai 1789. Dès le début, Marie-Antoinette se montre inflexible : elle refuse tout compromis avec les députés, malgré sa tristesse : en effet, le Dauphin est mort le 4 juin. Elle préconise même le recours à la force face aux députés qui se sont proclamés, le 20 juin, lors de la séance du jeu de paume, Assemblée nationale et qui ont décidé de donner une Constitution à la France. Le 23 juin, Louis XVI prononce son discours dans lequel il ordonne aux états de se séparer. Mais le 29, il cède.
 
Puis vient la journée du 5 octobre 1789 au cours de laquelle les Parisiens, dont de nombreuses femmes, marchent sur Versailles pour ramener la famille royale à Paris. Le lendemain, alors que le château commence à être envahi, des cris fusent : « Il nous faut le cœur de la reine ! » Ils suffisent à mesurer la haine dont « l’Autrichienne » fait l’objet. La famille royale est ramenée à Paris : elle s’installe aux Tuileries.
 
Marie-Antoinette a des contacts avec les révolutionnaires modérés, tels que Mirabeau. Mais elle mène un double jeu. En effet, elle entretient toujours des relations avec l’Autriche. Elle supplie ainsi ses frères (Joseph II puis Léopold II) de lui venir en aide : elle demande la réunion d’un congrès des puissances étrangères afin d’intimider les révolutionnaires. La fuite de Varennes, en juin 1791, est son idée. C’est à cette époque qu’elle exerce la plus forte influence. Son objectif est de sauver la vie des membres de la famille royale et de retrouver sa liberté. La fuite est un échec : la reine, tout comme son mari, perd alors définitivement sa crédibilité auprès des Français.
 
La guerre est déclarée le 20 avril 1792. Marie-Antoinette souhaite la défaite des armées françaises. Elle fournit aux puissances ennemies des renseignements stratégiques. Mais le 10 août, la monarchie tombe. Le 13, la famille royale est incarcérée à la prison du Temple.
 
 
La fin d’une reine
 
 
Louis XVI est jugé par l’Assemblée nationale et exécuté le 21 janvier 1793. Marie-Antoinette, reine haïe, n’a plus aucun espoir. En août, elle est transférée à la prison de la Conciergerie. Dans le cadre de la Terreur, elle passe en jugement.
 
Son procès a lieu devant le Tribunal révolutionnaire et dure deux jours, les 14 et 15 octobre. Le chef d’accusation qui pèse contre elle est celui de haute trahison. Les juges, à l’époque, n’ont aucune preuve même si les historiens d’aujourd’hui connaissent le rôle réel de Marie-Antoinette. Cette dernière se défend pourtant avec courage, habileté et éloquence. Elle révèle ainsi tardivement ses capacités à se battre. Elle risque d’attirer des sympathies. Elle en « appelle à toutes les mères », ébranlant un moment le tribunal. Les pires accusations sont jetées contre elles : elle aurait tenté d’émasculer le Dauphin et aurait pratiqué des actes incestueux avec Louis XVII.
 
Ce procès est celui du symbole féminin – haï – d’un régime lui aussi détesté. Dans ces conditions, le verdict ne surprend pas : l’ancienne reine de France, « l’Autrichienne », est condamnée à mort. Le 16 octobre, c’est en charrette, vêtue d’un caraco, coiffée d’un bonnet et injuriée par la foule qu’elle est conduite place de la Révolution, actuelle place Concorde, où elle est guillotinée. Elle est l’une des premières victimes de la Terreur. Son corps est enterré dans le cimetière de la Madeleine.
 
Marie-Antoinette fut une princesse devenue reine trop jeune, comme son époux d’ailleurs. Louis XVI aurait déclaré à son avènement : « Mon Dieu, protégez-nous, nous régnons trop jeune ! » Mais surtout, Marie-Antoinette n’avait aucune expérience en politique, ne retenant de son éducation que le principe du maintien de la monarchie absolue coûte que coûte et était sûrement trop proche de sa famille dans un contexte si particulier que la fin de l’Ancien Régime et la Révolution. En outre, sa réputation de dépensière ne l’aida pas à se faire aimer du peuple français qui, très vite, la détesta.
 
 
 
 
 
Aller plus loin :
DUPRAT, Annie, Marie-Antoinette, la reine dévoilée, Paris, Perrin, 2006.
LEVER, Évelyne, Marie-Antoinette, Paris, Fayard, 1991.
LEVER, Évelyne, « Le temps des femmes : de madame de Pompadour à Marie-Antoinette », in Les Collections de l’Histoire, juillet 1998, n° 2, pp. 102-106.
LEVER, Évelyne, « Marie-Antoinette », in SIRINELLI, Jean-François et COUTY, Daniel, Dictionnaire de l’histoire de France, Paris, Armand Colin, 1999.
LEVER, Évelyne, « La faute à Marie-Antoinette ? », in L’Histoire, novembre 2005, n° 303, p. 44.
 
 
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7 mai 2006 7 07 /05 /mai /2006 23:00
On commémore cette année le soixante dixième anniversaire du Front populaire. L’occasion nous est donc donnée de nous intéresser à cette expérience politique de gauche. En démontant quelques idées reçues.
 
Le Front populaire est une alliance de diverses formations et organisations de gauche qui s’est constituée en 1934-1935 en réaction aux événements du 6 février 1934. Examinons d’abord le contexte dans lequel il est né.
 
 
L’antifascisme : ciment du Front populaire et mythe
 
 
La crise des années 1930 a touché la France à partir de 1932. Elle se traduit par le chômage, le marasme de l’activité, la déflation. En conséquence, se répand l’inquiétude sociale ainsi que le doute sur la capacité du régime à surmonter les difficultés. Ce contexte favorise le regain d’un courant de droite antiparlementaire et autoritaire à partir de 1933. Cette contestation antiparlementaire se manifeste par la création de ligues qui reprennent certaines caractéristiques des fascistes italiens ou des nazis allemands. Elles organisent des manifestations de rue dont la plus connue est celle du 6 février 1934 au cours de laquelle les ligues se dirigent vers l’Assemblée nationale et tirent sur le service d’ordre qui réplique. Les combats durent jusqu’à une heure du matin et font 17 morts et un millier de blessés.
 
Ces événements font naître la croyance en l’existence d’une menace fasciste pesant sur la France. Mais en réalité, aucune ligue, à part celle de Marcel Bucard, n’est authentiquement fasciste. Cela n’empêche pas que l’antifascisme sera le ciment du Front populaire. Mais cet antifascisme est un mythe. Il s’agit d’un concept idéologique et politique inventé par les communistes afin de servir les intérêts de l’URSS. Selon ce concept, sont fascistes tous ceux qui osent critiquer l’Union soviétique. Les intellectuels deviennent la cible privilégiée du Komintern et de Moscou pour faire leur propagande.
 
Ainsi, dès le 3 mars 1934, est créé le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA) par trois intellectuels de gauche, Paul Langevin, Paul Rivet et le philosophe Alain. Au printemps, Staline pousse le PCF à nouer des relations avec les socialistes puis les radicaux. Le piège a fonctionné : les communistes ont imposé un choix manichéen ; toute critique de l’URSS est interdite, car ce serait une manifestation du fascisme ; le communisme, alors qu’il est un totalitarisme comparable au nazisme, qu’il enferme des millions d’individus dans les goulags, devient le symbole de la lutte pour la démocratie. En définitive, l’antifascisme a été le vecteur le plus efficace de la propagande communiste.
 
 
14 juillet 1935 : naissance du Front populaire
 
 
Cependant, des divergences entre les différentes forces de gauche existent. Le parti radical se divise en deux courants : l’un, dirigé par Édouard Herriot, préconise comme solution l’union des radicaux avec le centre droit et la droite ; l’autre, conduit par Édouard Daladier, souhaite une alliance des gauches. Le PCF est caractérisé par sa haine de la République « bourgeoise » contre laquelle ses militants ont manifeste également le 6 février 1934. Quant à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), elle est marquée par des années de lutte contre le PCF.
 
C’est la pression de la base qui va jouer un rôle important dans le rapprochement des partis de gauche. Déjà, le 12 février 1934, les communistes et les socialistes ont manifesté séparément contre le fascisme mais les deux cortèges se sont rejoints. Surtout, sur la pression de Moscou, le PCF change sa stratégie, en vertu de la lutte contre le fascisme. En effet, en Allemagne, les communistes ont refusé de faire front commun avec les sociaux-démocrates, permettant ainsi la victoire des nazis. Un pacte d’unité d’action est donc signé le 27 juillet 1934 par le PCF et la SFIO. Puis à partir de 1935, ces deux formations se rapprochent du Parti radical.
 
Ce front commun remporte ses premiers succès lors des élections municipales le 12 mai 1935. Le 14 juillet, une grande manifestation pour le travail, la paix et la liberté réunit les militants des trois formations de gauche ainsi que les syndicats, la Ligue des Droits de l’Homme et le CVIA. Les dirigeants de gauche sont acclamés : Léon Blum, chef des socialistes, Maurice Thorez, chef des communistes, et Daladier, chef des radicaux. À l’issue de cette manifestation est créé un Comité de rassemblement populaire : le Front populaire est né.
 
Ce comité publie son programme pour les élections législatives le 11 janvier 1936. Son slogan est « Le pain, la paix, la liberté ». Les buts peuvent se résumer en quatre points : dissolution des ligues, pour faire face au soi-disant péril fasciste, renflouement du pouvoir d’achat populaire, retour à la sécurité collective et création d’un fonds de chômage.
 
Le vote aux élections législatives a lieu les 26 avril et 3 mai 1936. Le taux de participation est de 85 %. Le Front populaire obtient un succès : les socialistes ont 149 élus, les radicaux 111 et les communistes 72. La SFIO devient la première force de gauche, ce qui est nouveau car auparavant, ce fut le Parti radical. Les communistes font quant à eux une entrée massive à la Chambre. C’est donc le chef des socialistes, Blum, qui devient président du Conseil, le 4 juin. Dans son ministère, les radicaux obtiennent la moitié des portefeuilles. Trois femmes deviennent ministres, dont Irène Joliot-Curie. Roger Salengro est ministre de l’Intérieur, Jean Zay ministre de l’Éducation nationale, Daladier est chargé de la Défense nationale et Vincent Auriol des Finances. Les communistes ont reçu l’ordre du Komintern de ne pas participer au gouvernement mais seulement d’apporter son soutien.
 
 
Les congés payés
 
 
Mais le Front populaire va prendre une nouvelle dimension en raison d’un mouvement social d’une ampleur exceptionnelle. En effet, Blum laisse le gouvernement de la législature précédente expédier les affaires courantes pour respecter le délai constitutionnel. À partir du 10 mai a lieu une grève sur le tas, c’est-à-dire que les lieux de travail sont occupés. Les ouvriers attendent beaucoup de la victoire du Front populaire et sont frustrés de l’inactivité politique. Une vague de grève dans l’industrie paralyse donc bientôt le pays. Elle traduit le désir d’affirmer la dignité ouvrière dans un contexte économique difficile et la volonté de peser dans des négociations à venir. Ces occupations se déroulent dans une ambiance de kermesse, ce qui leur donne un aspect festif.
 
Afin de faire cesser la grève, Blum réunit les organisations syndicales et patronales le 7 juin à Matignon à 15 heures. Vers une heure du matin, le 8, le fameux accord Matignon est conclu. Il prévoit l’augmentation des salaires entre 7 et 15 % et le respect par les patrons de l’engagement syndical de leurs salariés. Il institue aussi la semaine de travail de 40 heures, alors que jusqu’alors elle était de 48 heures. Cette mesure a pour but de faire diminuer le chômage en « répartissant judicieusement, sur la collectivité des travailleurs, les disponibilités de travail ». Mais la mesure qui reste associée au Front populaire est la création des congés payés par la loi du 11 juin 1936 grâce auxquels 600 000 ouvriers peuvent partir en vacances à l’été 1936. Pourtant, cette mesure n’a jamais été au programme du Front populaire et les ouvriers n’ont jamais demandé cette mesure. Plusieurs pays avaient adopté cette disposition dans leur législation – l’Allemagne (1905), le Danemark, la Norvège (1910), le Chili, le Pérou, la Grèce, la Roumanie, le Mexique, le Luxembourg (entre 1926 et 1934) – mais les ouvriers français n’y voyaient pas l’intérêt et ne pouvaient pas concevoir le fait d’être rémunéré… à ne rien faire !
 
Toutefois, toutes ces mesures entraînent un alourdissement des charges salariales et beaucoup de petites et moyennes entreprises font faillite.
 
 
Mesures éducatives et culturelles
 
 
L’œuvre sociale du Front populaire est prolongée par des mesures éducatives et culturelles. Jean Zay décide d’entreprendre une réforme de l’enseignement. Le 9 août, le prolongement de la scolarité de 13 à 14 ans est adopté. Zay présente surtout un projet de loi ayant pour but de refonder la structure de l’enseignement pour le démocratiser. L’idée est de créer trois niveaux coordonnés. Ainsi, de 1936 à 1939, des mesures permettent un début d’application de ce projet. Pour la coordination, des passerelles doivent permettre le passage d’une section à l’autre en cours d’études. Un premier degré d’enseignement est destiné à tous les élèves sans distinction sociale. Un deuxième degré constitue un palier pour l’affectation à l’enseignement secondaire, primaire supérieur ou technique. C’est ainsi que naît la future classe de sixième. Des efforts budgétaires sont accomplis en faveur de l’Éducation nationale : ils se traduisent par le dédoublement des classes de plus de 35 élèves, la création de 5 000 postes d’instituteurs et de 225 postes de professeurs et la construction de nouveaux établissements scolaires. Enfin, la pédagogie novatrice consiste en des « loisirs dirigés » qui peuvent prendre la forme de visite d’usines, d’ateliers divers…
 
Zay est aussi responsable des Sports. Un sous-secrétariat aux Sports et aux Loisirs est créé afin de promouvoir le sport populaire. La culture est popularisée grâce à un réseau associatif constitué par les auberges de jeunesse, l’Association populaire des amis des musées et l’Association pour le développement de la lecture publique, entre autres.
 
 
Le chômage ne baisse guère
 
 
Plusieurs mesures économiques sont prises. Le 24 juillet 1936, est créé un conseil nommé par l’Etat pour gérer la Banque de France. En août, l’industrie de guerre est nationalisée et la régulation du marché des céréales décidée. Le Front populaire effectue d’énormes dépenses pour le réarmement, signe qu’il n’a pas été inactif dans le domaine militaire. Les chemins de fer sont nationalisés le 31 août 1937 : c’est la naissance de la Société nationale des chemins de fer (SNCF).
 
En dépit de ces mesures, le chômage ne baisse guère : il reste même plus élevé qu’aux Etats-Unis, en Allemagne, en Belgique ou au Royaume-Uni. De plus, les prix augmentent, la dépréciation monétaire entraîne la fuite des capitaux et le marché du travail est plus rigide que prévu. C’est pourquoi, Blum décide de dévaluer le franc le 1er octobre 1936 puis demande, le 15 juin 1937, les pleins pouvoirs financiers. Mais le Sénat, en majorité radical, les lui refuse.
 
C’est l’une des raisons qui vont pousser Blum à la démission. Car le Front populaire connaît d’autres difficultés. Le Frente popular, le Front populaire espagnol, a appelé le gouvernement français à l’aide après une insurrection militaire et nationaliste en juillet 1936. Mais Blum, face aux réticences des radicaux et des Britanniques qui craignent une guerre générale en Europe, a refusé d’apporter son soutien dès le mois d’août.
 
Ensuite, des campagnes diffamatoires et haineuses ont été lancées par l’extrême droite contre le ministre Roger Salengro qui s’est suicidé le 17 novembre 1937. Mais ces attaques n’ont pas pu déstabiliser le régime.
 
Enfin, l’inquiétude des classes moyennes – fonctionnaires, petits producteurs, rentiers – est grandissante et se traduit dans l’attitude du Parti radical qui cherche à éviter toute dérive révolutionnaire. Car en juin 1936, ce dernier avait adhéré au Front populaire sur la base du programme « pain, liberté, paix », entraînant le vote massif des électeurs des classes moyennes, qui sont la clientèle du Parti radical. Or, la pratique du pouvoir par Blum déçoit cette partie de la population qui se considère oubliée par le gouvernement. S’ajoute à cela la question de l’intervention en Espagne. On comprend alors pourquoi les classes moyennes se sont rapidement détachées de l’extrême gauche. Le Parti radical, sur la pression de ses électeurs, émet donc de plus en plus de réserves sur la politique de Blum.
 
 
Hitler, libre d’annexer les Sudètes
 
 
Et finalement, ce dernier doit donner sa démission le 22 juin 1937. Un nouveau gouvernement, dirigé par le radical Camille Chautemps, est nommé. Il veut revenir sur certains acquis de 1936, en particulier la semaine de 40 heures. Mais il n’accomplit que des demi-mesures. Puis, face à l’hostilité des socialistes et des communistes, il est renversé le 10 mars 1938 après avoir voulu former un ministère exclusivement radical.
 
Blum revient alors au pouvoir mais seulement pour trois semaines. Il a l’idée de former un gouvernement d’union nationale, allant des communistes jusqu’à la droite. Mais sa tentative échoue. Il forme alors un autre ministère mais sa politique financière est rejetée par le Sénat. Blum démissionne le 8 avril.
 
C’est Daladier qui forme un nouveau ministère le 12 avril. Celui-ci ne comprend pas de socialistes mais accueille des modérés. La priorité de Daladier est le redressement militaire et économique du pays. Même les communistes votent leur confiance dans ce gouvernement, toujours en vertu de leur ligne antifasciste.
 
La situation internationale est alors en effet inquiétante : Hitler a procédé à l’Anschluβ, c’est-à-dire le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne au mois de mars. Puis c’est l’affaire des Sudètes qui retient l’attention. Les Sudètes sont une minorité de trois millions d’Allemands vivant en Tchécoslovaquie que Hitler veut rattacher au Reich. Mais le président tchécoslovaque, Benes, refuse. Or, la Tchécoslovaquie est alliée à la France et celle-ci ne peut se permettre d’entrer en guerre. Le 30 septembre 1938 sont conclus les accords de Munich qui laissent Hitler libre de rattacher les Sudètes à l’Allemagne. À son retour, Daladier est accueilli en triomphe. Ces accords ont divisé socialistes et communistes : ces derniers, se caractérisant par leur antifascisme, ont condamné les accords. La SFIO quant à elle est divisée entre anti-munichois et pro-munichois. Ces événements achèvent de déchirer la gauche. Le Parti radical se retire du Comité de rassemblement populaire créé au soir du 14 juillet 1935.
 
En novembre 1938, Daladier s’appuie sur une nouvelle majorité formée par les radicaux, le centre droit et la droite. À la même époque, il met fin à la semaine de 40 heures.
 
Le Front populaire, en tant que rassemblement des diverses formations de gauche, a vécu. Il a éclaté, le ciment de l’antifascisme n’ayant pas tenu.
 
 
 
 
Aller plus loin :
BOURDÉ (G.), La défaite du Front populaire, Paris, Maspero, 1977.
LEFRANC (G.), Histoire du Front populaire, 1934-1938, Paris, Payot, 1965.
RIOUX (J.-P.), Au bonheur la France, Paris, Perrin, 2004.
« Vérités et légendes sur le Front populaire », in L’Histoire, n° 197, mars 1996, pp. 78-87.
 
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Published by Léon Cahlinel - dans Actu
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