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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 10:14

Jusqu’au 2 mai prochain, le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD), à Lyon, organise une exposition sur Rose Valland, « La dame du Jeu de Paume »*. Cette historienne de l’art a réussi à sauver des milliers d’œuvres d’art que les nazis avaient volé pendant la guerre. Elle incarne une forme peu connue de la Résistance.


 

Rose VallandLire la suite.

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 08:58



2010, année de la Russie

 

 


2010 est l’année de la Russie en France. Elle sera caractérisée par de multiples événements culturels. C’est l’occasion de découvrir ou de redécouvrir des moments forts du passé russe. Nous consacrerons donc plusieurs articles dans le courant de cette année à la Russie. Pour commencer, nous avons choisi de nous intéresser à la constitution progressive de ce vaste territoire.


 

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 08:36

Nous publions ce mois-ci un article de réflexion sur la traite négrière atlantique*. Notre démarche a été de comprendre un phénomène historique sans aucun jugement de valeur. Une démarche à l’exact opposé de la loi Taubira, qui viole le droit, l’histoire et la liberté. En outre, cette loi possède une dimension raciste et contribue à l’éclatement du corps social. Enfin, elle révèle la mauvaise santé de la démocratie française.



La loi Taubira inconstitutionnelle, négationniste et liberLire la suite

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 08:34

Du XVIe au XIXe siècles, onze millions d’Africains furent déportés en Amérique dans le cadre du commerce triangulaire. Cette traite atlantique, comme toutes les traites négrières, revêt cinq critères que nous avons détaillés dans cet article : existence d’un réseau organisé et d’un fondement idéologique justifiant la traite, différenciation entre lieu de production et lieu d’utilisation des esclaves, persistance de la traite, échange marchand et approbation des entités politiques concernées. Enfin, nous verrons qu’il est n’est pas possible d’attribuer à cette traite tous les malheurs de l'Afrique.


 

La traite négrière atlantique 1 Lire la suite

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 11:04

En février 1848, le peuple de Paris renverse la Monarchie de Juillet. La IIe République est ainsi née d’une révolution. Pourtant, quatre ans plus tard, une nouvelle Constitution instaure un régime autoritaire qui deviendra le Second Empire. Comment expliquer cet échec ?

 

Le 24 février 1848, la France entre en République. Trois ans plus tard, un coup d’Etat renverse les institutions de cette éphémère IIe République qui meurt officiellement le 2 décembre 1852 quand l’Empire est proclamé. La IIe République a donc échoué à s’installer durablement en France.

 

 

La révolution et la stabilisation du régime

 

 

La IIe République est née à la faveur de plusieurs crises. En 1847, de mauvaises récoltes provoquent une flambée des prix et des émeutes de la faim. Cette crise se diffuse ensuite dans la manufacture et se traduit par une augmentation du chômage. À cela s’ajoute une crise du crédit qui met en difficultés de grandes entreprises, en particulier les compagnies ferroviaires. Une troisième crise, morale, affecte directement la monarchie de juillet parce qu’elle s’exprime par des affaires concernant le personnel politique, à l’image des anciens ministres Teste et Cubières, accusés de concussion.

 

Le régime est remis en cause par la petite et moyenne bourgeoisie qui est exclue du jeu politique en raison de l’existence d’un cens électoral, et par un mouvement ouvrier qui fait de plus en plus entendre ses revendications. Les différentes tendances de l’opposition, des monarchistes aux républicains – légitimistes exclus –, défendent alors l’idée d’un abaissement du cens électoral. Or, comme le régime interdit les réunions, les leaders politiques organisent des banquets qui offrent, grâce aux toasts, l’occasion d’exprimer des opinions politiques. Cette campagne des banquets débute à l’été 1847. Mais elle n’est pas suffisante et le gouvernement interdit le banquet qui doit se tenir à Paris le 22 février 1848.

 

Or, le 22 février, une poignée d’étudiants et de meneurs manifestent contre l’interdiction du banquet. En soirée, des troubles ont lieu et commencent à s’étendre. Le lendemain, les troupes se montrent peu enthousiastes à rétablir l’ordre. Le roi fait appel à la Garde nationale mais celle-ci, composée de boutiquiers, d’artisans, de membres de la bourgeoisie, est hostile à la Monarchie de Juillet. Au soir du 23, des manifestants conspuent Guizot. Les soldats présents tirent dans la foule et tuent 13 personnes. Paris se couvre alors de barricades. Les troupes sont mises en échec par les insurgés et le roi Louis-Philippe abdique le 24 février : le même jour, la République est proclamée à l’Hôtel de Ville. Un gouvernement provisoire est formé, essentiellement composé de républicains modérés et de bourgeois. Mais le socialiste Louis Blanc et l’ouvrier Albert en font partie.

 

Les premières mesures du gouvernement provisoire traduisent la volonté de s’inscrire dans la lignée de la Révolution française tout en en rejetant les épisodes les plus sombres, comme la Terreur. Le 26 février, la peine de mort est abolie et une déclaration de paix au monde est faite. L’esclavage est aboli. La République se veut humaniste et fraternelle. Le suffrage universel masculin est instauré : de 250 000, on passe à neuf millions d’électeurs. Des mesures d’ordre social sont prises : ainsi sont créés les ateliers nationaux qui doivent occuper à des travaux publics les personnes sans travail qui sont rémunérées à un niveau presque aussi élevé que celui du marché. La journée de travail est limitée à dix heures à Paris et onze heures en province. Une Commission, présidée par Louis Blanc et qui réunit à la fois des représentants des ouvriers et des patrons parisiens, doit arbitrer les conflits et améliorer le sort des salariés. Elle siège au palais du Luxembourg, et pour cette raison on l’appelle parfois Commission du Luxembourg.

 

Paris a, comme en 1789, comme en 1830, entraîné la France entière avec elle. La province aussi s’installe en République avec le remplacement des préfets de la monarchie par des « commissaires de la République ».

 

Dès le mois de février, des mouvements de grève ont lieu pour demander une amélioration des conditions de travail notamment. Mais la crise perdure et même s’aggrave avec un déséquilibre du budget, l’effondrement de la bourse. La petite bourgeoisie attribue cette crise à la République ouvrière.

 

Face à la gravité de la crise et à la pression du mouvement ouvrier, le gouvernement cherche une solution dans les élections de l’Assemblée constituante. Le 17 mars, cent mille ouvriers manifestent à Paris pour demander le report des élections car ils craignent que le verdict des urnes n’aille pas dans leur sens. L’extrême gauche craint le suffrage universel « ignorant » qui risque de porter au pouvoir une majorité hostile à la République sociale. Les élections sont reportées du 9 au 23 avril. Mais ce n’est pas suffisant. Le 16 avril, de nouvelles manifestations demandent l’ajournement des élections mais cette fois, la revendication n’est pas satisfaite.

 

Les élections se déroulent donc comme prévu, les 23 et 24 avril 1848. Le taux de participation s’élève à 84 %. Une majorité de notables bourgeois est élue. L’assemblée élue se réunit le 4 mai. Elle proclame une nouvelle fois, de manière symbolique, la République, et désigne une nouvelle Commission exécutive amputée de son aile socialiste. Le suffrage universel s’est orienté vers le conservatisme.

 

À partir de ce moment, un clivage important s’est créé entre, d’une part, le conservatisme et la prudence de l’Assemblée et, d’autre part, les aspirations sociales et révolutionnaires du peuple parisien. Le 15 mai, une manifestation organisée par des clubs tente de renverser le gouvernement. Des leaders socialistes comme Albert, Blanc ou Raspail sont arrêtés. La Commission du Luxembourg est supprimée, les clubs dissous.

 

Par ailleurs, les ateliers nationaux sont peu utiles car ils n’effectuent que des travaux de terrassement, et très coûteux pour un gouvernement en proie aux difficultés financières. En outre, pour les patrons, ils constituent une concurrence rude pour les salaires en baisse. Aussi, le 21 juin, l’Assemblée demande à la Commission exécutive la suppression de ces ateliers et la dispersion des ouvriers sur les chantiers de province. Pour ceux-ci, les ateliers sont leur dernière chance dans un contexte économique et social difficile. Aussi, l’annonce de cette décision provoque une insurrection des ouvriers, soutenus par la Garde nationale. Comme en février, Paris se couvre de barricades. Le général Cavaignac, le nouveau ministre de la Guerre, entreprend, à la tête de 5 000 soldats, la reconquête de la capitale. Une bataille de rue s’engage, du 23 au 26 juin. Le bilan est terrible : plusieurs milliers d’insurgés sont tués, 1 500 sont exécutés sommairement et 11 000 jetés en prison.

 

Jusqu’à la fin de 1848, Cavaignac se voit confier le pouvoir exécutif. C’est un républicain modéré. La gauche et le reste des socialistes s’organisent autour de Ledru-Rollin dans une « solidarité républicaine ». Des lois répressives contre la presse, les réunions et les clubs sont votées. Par ailleurs, sont poursuivies les réformes visant à doter la République d’institutions solides. Le principe de la séparation des pouvoirs est bien ancré : le pouvoir législatif doit être détenu par une Assemblée législative unique élue au suffrage universel, l’Exécutif sera aux mains d’un président, lui aussi élu au suffrage universel, qui sera à la fois chef d’Etat et de gouvernement. Il ne pourra pas dissoudre l’Assemblée et ne pourra pas être réélu après son mandat qui doit durer quatre ans. La Constitution est votée est votée le 4 novembre 1848.

 

À la fin de l’année 1848, la France peut croire que son régime est stabilisé : les institutions sont prêtes à fonctionner et la menace socialiste a été écartée. Pourtant, trois ans plus tard, elle sera assassinée par le président lui-même… Pourquoi ?

 

 

La présidence de Louis-Napoléon Bonaparte et le parti de l’Ordre

 

 

Les élections présidentielles doivent avoir lieu en décembre. Cavaignac, Ledru-Rollin, Raspail et Lamartine se présentent leur candidature. Mais un puissant courant conservateur, le parti de l’Ordre, composé des monarchistes et des républicains modérés, apporte son soutien au neveu de Napoléon Ier, Louis-Napoléon Bonaparte, connu pour ses idées sociales. Les chefs de la droite pensent pouvoir le manipuler à leur guise. Ce en quoi ils se trompent lourdement. Le 10 décembre, Bonaparte recueille 74,2 % des suffrages. Ce triomphe s’explique par l’appui qu’il a reçu des notables et par le ralliement massif de la paysannerie qui voit la crise empirer dans les campagnes et la République incapable de la combattre.

 

Viennent ensuite les élections législatives, le 13 mai 1849. Deux camps s’affrontent : à droite, légitimistes, orléanistes et républicains modérés ont pour objectif la défense de la propriété, de l’ordre et de la religion ; à gauche, les républicains forment le courant démocratique, seul à tenir. Le résultat voit une victoire du parti de l’Ordre (53 % des suffrages) mais une poussée du courant démocratique (35 %). D’ailleurs, dans les semaines qui suivent, les idées « démoc-soc » progressent en province.

 

Cela n’empêche pas le parti de l’Ordre d’appliquer son programme qui souhaite un retour à l’ordre et améliorer le sort des classes souffrantes. Ainsi, plusieurs lois sociales sont votées : le 18 juin 1850, la loi qui crée une Caisse nationale des retraites ; le 15 juillet 1850, la loi qui fait des sociétés de secours mutuel des « établissements d’utilité publique » ; la loi du 7 août 1851 qui oblige les hôpitaux urbains à accueillir les ruraux.

 

Dans le domaine éducatif, la loi Falloux du 15 mars 1850 s’explique par la volonté de réformer un enseignement qui, selon la droite, est responsable de la persistance de l’esprit révolutionnaire. La loi Falloux donne la possibilité d’ouvrir librement une école. Rapidement se développent les écoles de l’Église.

 

Néanmoins, l’esprit contestataire existe toujours comme en témoigne les progrès de la gauche lors des élections complémentaires. Ainsi, le 10 mars 1850, 21 nouveaux députés de la gauche sont élus à l’Assemblée. Le pouvoir est tenté alors de remettre en cause le suffrage universel. Le 31 mai 1850, une loi stipule que tout électeur doit être domicilié depuis trois ans au moins dans le canton, ce qui revient à écarter les citoyens les plus pauvres qui sont des migrants temporaires et constituent un tiers de l’électorat.

 

La gauche s’est profondément réorganisée depuis l’automne 1848, et elle essaie de rallier les paysans à ses idées. Son programme en mai 1849 mêlait déjà la défense du suffrage universel, des grandes libertés, l’abolition des dettes et des droits sur les boissons, la promotion de l’enseignement gratuit et obligatoire, une fiscalité progressive et la nationalisation des grands services publics. Des journaux sont diffusés, comme Le Bien du peuple, La Feuille du village, mais aussi des almanachs et des chansons politiques… Deux gauches apparaissent, l’une qui privilégie l’action légaliste, l’autre qui aspire à une action violente dans la clandestinité.

 

 

La fin de la République

 

 

Louis-Napoléon Bonaparte ne s’est jamais confondu avec la majorité conservatrice. Ses idées sociales, le lustre de l’héritage napoléonien le distinguent du parti de l’Ordre. Il trouve alors l’occasion de jouer son propre jeu par les divisions des deux camps : la gauche est agitée par le débat sur l’opportunité ou non d’une insurrection, et la droite est composée des deux branches irréconciliables du royalisme, l’orléanisme et le légitimisme.

 

Un courant en faveur du prince-président émerge alors, qui se veut à la fois l’avocat du peuple et qui préconise un pouvoir fort. Un « parti de l’Élysée » se constitue avec, notamment, les principaux chefs de l’armée. Au printemps 1851, une campagne révisionniste est lancée afin de modifier la Constitution, laquelle empêche Louis-Napoléon de briguer un second mandat.  Cette campagne est soutenue par de nombreux notables qui craignent le vide politique à la fin du mandat du président en 1852, voire le renversement de la République par un pouvoir populaire et violent. Mais en juillet, la majorité requise pour la modification de la Constitution ne peut être obtenue en raison de la résistance des orléanistes et des légitimistes qui souhaitent, eux, un retour à la monarchie, et non la République.

 

C’est dans ce contexte que les classes dirigeantes sont décidées à écarter l’échéance inquiétante de 1852. Louis-Napoléon Bonaparte s’appuie sur un petit groupe de fidèles dont Morny est la clef de voûte avec Saint-Arnaud, commandant de la région militaire de Paris, Rouher et Maupas, préfet de police. L’action doit avoir lieu le 2 décembre 1851, jour anniversaire du sacre de Napoléon Ier et de la victoire d’Austerlitz.

 

Ce jour-là, le Palais-Bourbon, où siège l’Assemblée, est occupé par la troupe. Les chefs républicains et les chefs orléanistes susceptibles de contester sont mis en état d’arrestation. Un décret dissout l’Assemblée et le plein suffrage universel est rétabli. Le peuple est convoqué pour le 21 décembre afin d’approuver les décisions prises et de donner au président les pouvoirs de modifier la Constitution.

 

Quelques députés font appel aux ouvriers pour contrer le coup d’Etat mais seulement un millier d’entre eux répondent. Dans leur esprit, la République est morte en juin 1848. Cela n’empêche pas qu’il y ait des affrontements sur les barricades. La résistance vient donc surtout de la province qui a acquis un poids politique nouveau depuis 1848. Une vingtaine de départements ruraux se mobilisent dans le Centre et le Sud-Ouest en particulier. Des colonnes se forment, de violents et sanglants incidents ont lieu. Des villes passent aux mains des insurgés et sont à reconquérir.

 

Mais la majorité des républicains n’a pas bougé. Par ailleurs, l’armée reprend le contrôle de la situation. La répression est très dure, des milliers de républicains sont condamnés à la prison ou à la déportation. Les 21 et 22 décembre, plus de 7 millions de Français votent « oui » au maintien de Louis-Napoléon Bonaparte et à l’établissement d’une nouvelle Constitution qui doit assurer la pérennité du coup de force.

 

Cette dernière est promulguée le 14 janvier 1852. En novembre de la même année, un référendum est organisé pour savoir si les Français approuvent « le rétablissement de la dignité impériale ». Sept millions de « oui » sortent des urnes. La France entre pour dix-huit ans dans le Second Empire. Il faudra encore l’épreuve de la guerre contre l’Allemagne, la Commune et la menace très réelle d’une restauration de la monarchie avant que la France ne s’enracine durablement dans une nouvelle République, la IIIe.

 

 

 

 

 

Aller plus loin :

AGULHON, Maurice, Les Quarante-Huitards, Paris, Gallimard-Julliard, 1975.

AGULHON, Maurice, 1848 ou l’Apprentissage de la République (1848-1852), Paris, Le Seuil, « Points histoire », 1992.

APRILE, Sylvie, HUARD, Raymond et MOLLIER, Jean-Yves, La révolution de 1848 en France et en Europe, Paris, Éditions sociales, 1998.

DAUTRY, Jean, 1848 et la Seconde République, Paris, Éditions d’Hier et d’Aujourd’hui, 1948.

DÉMIER, Francis, La France du XIXe siècle. 1814-1914, Paris, Le Seuil, « Points histoire », 2000.

GIRARD, Louis, La Deuxième République (1848-1851), Paris, Calmann-Lévy, 1968.

GIRARD, Louis, La Deuxième République et le Second Empire, 1848-1870, Paris, Hachette, « Nouvelle histoire de Paris », 1981.

VIGIER, Philippe, La Seconde République, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1988.

VIGIER, Philippe, 1848. Les Français et la République, Paris, Hachette, 1998.

 

 

 

Illustration de l’article.

 

 

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 11:03

Publié en 1964, La Civilisation de l’Occident médiéval, écrit par Jacques Le Goff, s’inscrivait dans le courant des Annales par cette étude d’un vaste espace géographique sur une longue période. Cette histoire globale rendait compte aussi bien des événements politiques que des phénomènes économiques et sociaux, des techniques, des mentalités, de l’art, des loisirs, etc. … Cet ouvrage, traduit en une vingtaine de langues, est aussi une excellente introduction à l’histoire médiévale de l’Europe occidentale.

 

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 17:40

Il y a vingt ans, le mur de Berlin s’écroulait : l’Allemagne de l’Est se débarrassait du communisme. Moins d’un an plus tard, l’Allemagne était réunifiée. Cet événement marquait la fin de la Guerre froide. Il représentait aussi la faillite complète du socialisme.

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, les Berlinois de l’Est mettaient à bas le mur qui les emprisonnait depuis presque trente ans. Cet événement fut une surprise dans le monde entier, pourtant, il n’était que l’aboutissement d’un long processus.


1961, la construction du mur ou l’échec du socialisme


En juillet-août 1945, à la conférence de Potsdam se retrouvent les Soviétiques, les Américains et les Britanniques. Ils décident notamment de la division de l’Allemagne en quatre zones d’occupation, chacune revenant à l’une des puissances occupantes : Etats-Unis, Union soviétique, Grande-Bretagne et France. Berlin elle-même est divisée en quatre zones d’occupation. La particularité de sa situation provient du fait qu’elle est située en plein cœur de la zone d’occupation soviétique. Mais à aucun moment le principe de l’unité allemande – et celle de Berlin, bien sûr – n’est remis en cause.

Cependant, l’Allemagne, et Berlin en particulier, va être le symbole et le théâtre de la Guerre froide. Les Alliés ne parviennent pas à trouver un accord sur l’avenir de l’Allemagne, et donc sur celui de Berlin. Les communistes se sont emparés de tous les postes de commande en Allemagne de l’est, ce qui contraste fortement avec les trois autres zones d’occupation. En juin 1948, les Occidentaux prennent la décision d’introduire à Berlin la réforme monétaire qu’ils ont réalisée en Allemagne de l’ouest, avec la création notamment du Deutsche Mark. Mais l’URSS, qui veut s’emparer de la totalité de Berlin, réagit par un blocus de la ville : toutes les voies d’accès terrestres (chemins de fer, fleuves, routes) sont coupées. Berlin-ouest est sauvée par la mise en place d’un pont aérien qui ravitaille les habitants jusqu’au 12 mai 1949, lorsque le blocus est finalement levé. Mais la coupure entre les deux villes est consommée : à Berlin-Est, la dictature communiste est en place, avec un parti unique au pouvoir, le SED, Parti socialiste unifié ; à Berlin-Ouest, les sociaux-démocrates, très anticommunistes, ont été élus démocratiquement en décembre 1948.

Cette coupure se renforce encore par la création, en mai 1949, de la République fédérale d’Allemagne (RFA), qui fait de Berlin-Ouest un de ses Land, c’est-à-dire l’un de ses Etats fédérés, et de la République démocratique allemande (RDA), en zone d’occupation soviétique. De surcroît, les évolutions respectives dans chacune des deux parties de la ville sont radicalement différentes : là où à l’Ouest la pénurie prend fin, la reconstruction est très rapide et l’économie prospère, à l’Est, en revanche, la ville souffre de pénurie et les traces de la guerre restent toujours visibles. La situation est telle à Berlin-Est que la population se révolte les 16 et 17 juin 1953. Le mouvement est réprimé dans le sang par Khrouchtchev qui a envoyé les chars.

Les conditions de vie sont tellement déplorables à l’Est et les possibilités de s’exprimer étant nulles pour les Berlinois de l’Est, que ceux-ci choisissent la seule solution qui leur reste : la fuite à l’Ouest. De 1945 à 1961, trois millions cinq cent mille personnes quittent la RDA socialiste pour rejoindre la RFA capitaliste : ces personnes sont des médecins, des ingénieurs, des techniciens, des cadres, des membres des professions libérales et beaucoup de jeunes. La RDA connaît ainsi un appauvrissement à la fois quantitatif et qualitatif de sa population. Sur ce rythme, la RDA aurait été vidée de ses habitants en moins d’un siècle. C’est une véritable hémorragie qui affecte l’Etat communiste. Pour Khrouchtchev, Berlin-Ouest représente « une tumeur cancéreuse » pour la RDA : il faut dire que l’opulence et le haut niveau de vie de Berlin-Ouest contraste fortement avec la pénurie de la RDA. Face à cette hémorragie – dans les six premiers mois de 1961, 500 000 personnes émigrent –, Khrouchtchev, dans un premier temps, demande le retrait des troupes occidentales de Berlin-Ouest.

Aussi, pour stopper ce mouvement d’émigration, l’URSS fait construire, dans la nuit du 12 au 13 août 1961, un mur de béton de 165,7 kilomètres qui entoure complètement Berlin-Ouest, complété par des miradors, des installations de tirs automatiques et un no man’s land truffé de mines, large de 30 à 50 mètres du côté est. Ainsi, les Berlinois de l’Est étaient prisonniers du système communiste. Cette date est marquante car elle est la preuve la plus éclatante de l’échec du socialisme : les dirigeants politiques ont été contraints d’empêcher par la force et la violence les individus d’exercer leur droit fondamental à se déplacer où ils le veulent pour quitter la vie misérable de la RDA et rejoindre la RFA. Berlin-Ouest était un scandale aux yeux des Soviétiques, un bastion capitaliste qui osait défier le socialisme – et qui attirait les Allemands de l’Est. Dans les années qui suivent, des centaines de personnes sont tuées alors qu’elles tentent de passer de l’Est à l’Ouest.


« Nous voulons partir »


La conséquence de la construction du mur en Allemagne de l’Est est la stabilisation du régime. En effet, celui-ci était confronté en permanence à la fuite de ses habitants. L’édification du mur a « eu un effet apaisant ». [
1] Et la répression est toujours féroce. Deux villes radicalement différentes se font face à Berlin : à l’Ouest, la société de consommation, l’abondance, les tenues vestimentaires très variées, le grand nombre de voitures constituent la vitrine du bloc occidental ; à l’Est, la couleur dominante est le gris : celui des immeubles délabrés, mais aussi des uniformes, omniprésents, constitutifs de la société communiste totalitaire et militarisée.

Dans les années 1970, le chancelier ouest-allemand Willy Brandt lance l’Ostpolitik, c’est-à-dire une politique d’ouverture vers les pays de l’Est. Elle permet d’assouplir les conditions de circulation entre l’Est et l’Ouest par plusieurs traités signés en septembre et décembre 1971, en décembre 1972. Ces accords permettent par exemple aux Berlinois de l’Ouest de circuler sans être gênés par les Soviétiques et ils peuvent bénéficier d’un laissez-passer qui leur offre la possibilité, pour une journée, de retrouver des proches à l’Est. Dès les années 1970, le mur n’est donc déjà plus une frontière hermétique.

En 1985, Gorbatchev arrive au pouvoir. Il lance un programme de réformes important qui tiennent en deux mots, glasnost et perestroïka. Ces réformes consistent à introduire des mécanismes de marché dans le système économique et à supprimer le contrôle de l’information, la langue de bois et les mensonges. L’idée – fausse – de Gorbatchev est de réformer le communisme. Or, ce dernier étant incompatible avec la liberté, il va s’effondrer. Comme le mur de Berlin.

Car l’un des aspects des réformes de Gorbatchev est l’abandon de la doctrine Brejnev, qui défendait l’idée que l’URSS pouvait intervenir dans n’importe lequel de ses satellites si elle estimait que le socialisme y était menacé. En abandonnant cette doctrine, les Etats satellisés retrouvent ainsi une vraie souveraineté. Ainsi, la Hongrie, ouvre le rideau de fer en mai 1989. Profitant de l’occasion, plus de 65 000 Est-Allemands – des ouvriers, des jeunes, des cadres – franchissent la frontière entre Hongrie et Autriche pour rejoindre la RFA.

Dans le même temps, en RDA, Erich Honecker, le secrétaire général du SED qui dirige le pays depuis 1971, réagit dans une direction totalement opposée à celle prise à Moscou : en témoigne la déclaration qu’il fait le 19 janvier 1989 : « Dans cinquante ou cent ans, le Mur sera toujours là. »

Il accentue la répression. Les films, revues et livres favorables à la perestroïka sont interdits, la répression communiste de la place Tiananmen en Chine, en juin, est bruyamment approuvée. Mais les autorités est-allemandes sont submergées de demandes d’émigration. Elles décident de les accorder, pensant mettre dehors des « éléments antisocialistes » ou « contre-révolutionnaires ». De plus, le mouvement de sortie du communisme prend un essor considérable en Pologne et en Hongrie. Le peuple est-allemand prend alors le courage d’oser manifester, ce qu’il n’avait pas fait depuis juin 1953. Dès la fin septembre, des manifestations ont lieu, avec pour slogan ce mot terrible qui veut tout dire des conditions de vie en Allemagne de l’Est : « Nous voulons partir. » À Leipzig, ils sont 5 000 le 5 septembre, puis 120 000 le 16 octobre pour réclamer la possibilité de partir et la tenue d’élections libres. Le 2 septembre, une lettre de la Conférence des Eglises évangéliques est adressée à Honecker pour lui demander des réformes et des autorisations de voyage pour ceux qui en feraient la demande. Le 9 septembre, des groupes d’opposition s’organisent. Le 8 octobre, le parti social-démocrate allemand se reconstitue en RDA.

Face à la pression de la rue, Honecker est contraint de démissionner le 18 octobre. Il sera arrêté plus tard pour répondre de ses crimes. Il est remplacé par Egon Krenz. Mais le mouvement populaire prend toujours plus d’ampleur. Le 4 novembre, un million de Berlinois descendent dans la rue. Egon Krenz fait annoncer, par erreur, le 9 novembre, que le Mur de Berlin est ouvert. Les habitants de l’Est, à cette annonce, se précipitent sur l’édifice. Ils y ouvrent des brèches, avant de le détruire totalement. Les Allemands de l’Est se libèrent enfin du cauchemar communiste.

Dans les jours qui suivent, 130 000 Est-Allemands rejoignent la RFA. Pour mettre un terme à l’exode, le gouvernement de Hans Modrow tente, à partir du 18 novembre, d’instaurer un autre socialisme, un socialisme différent. En vain : en deux mois, le SED perd 2,5 millions de membres !

Le 1er décembre, la Chambre révise la Constitution : le SED perd le monopole du pouvoir. Le 7, est créée une commission chargée d’enquêter sur les crimes commis par la Stasi, la police politique du régime est-allemand. Un gouvernement provisoire se met en place le 5 février 1990, en attente d’élections législatives qui doivent avoir lien en mars. En parallèle, l’exode se poursuit : en moyenne, 2 000 personnes partent chaque jour en RFA.

Face à cet exode massif, le chancelier ouest-allemand, Helmut Kohl, doit réagir. Il fait alors une déclaration, le 28 novembre 1989 : il propose la mise en place d’un processus en trois étapes : 1/ une « communauté contractuelle » entre la RDA et la RFA ; 2/ une « confédération » ; 3/ enfin, une Allemagne unie dans un Etat fédéral. Le mur tombé, se pose en effet la question de la réunification. Le 18 mars 1990, les premières élections libres en RDA donnent la majorité à la coalition « Alliance pour l’Allemagne » qui est favorable à une réunification allemande rapide et qui obtient 47 % des voix.

Le 1er juillet, l’union monétaire est réalisée : le Deutsche Mark est adopté à l’Est, ce qui va coûter très cher à l’Ouest. Le 16 juillet, la RDA entre à l’OTAN. En effet, Kohl souhaite une Allemagne unie dans l’OTAN sans aucune troupe étrangère sur son sol, autres que celles de l’Alliance. Les troupes soviétiques doivent quitter la RDA dans un délai de quatre ou cinq ans. Le 31 août, la RDA, sur le point de mourir, et la RFA signent le traité d’unification, lequel est ratifié par les deux parlements le 20 septembre. Le 3 octobre, il entre en vigueur : l’Allemagne est réunifiée. Helmut Kohl en est le premier chancelier. Cette unification va coûter très cher à l’Allemagne de l’Ouest : elle va investir des milliards dans l’ex-RDA socialiste pour combler les déficits budgétaires, financer des équipements publics, mettre en place une sécurité sociale et des mesures pour entrer dans les mécanismes du marché et de la concurrence.


Marx réfuté sur tous les points


La chute du mur de Berlin ne s’inscrit pas seulement dans l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre. Elle est aussi à replacer dans un contexte européen, celui des bouleversements profonds qui se déroulèrent dans les démocraties populaires et qui allaient contribuer à faire disparaître le communisme en Europe. En Pologne, dès 1980, un syndicat libre, indépendant du pouvoir communiste, réussit à se créer. Présidé par Lech Walesa, il entendait promouvoir la démocratie. Il organisa de nombreuses grèves entre 1982 et 1989. Grâce à la perestroïka, tous ses candidats furent élus aux élections de juin 1989 et pour la première fois, un non communiste devint chef du gouvernement polonais. Walesa devint, l’année suivante, président de la Pologne. En 1991, aux premières élections libres, le communisme fut écrasé.

Ce sont des changements comme ceux survenus en Pologne pendant la décennie 1980 qui eurent lieu dans les autres satellites de l’URSS : Hongrie, Tchécoslovaquie, Roumanie, Bulgarie et Yougoslavie. Les peuples, ne supportant plus le totalitarisme et à la faveur des réformes lancées par Gorbatchev, se débarrassèrent du communisme et retrouvèrent la liberté. L’effondrement du mur de Berlin est le symbole, matériel, de la chute du rideau de fer qui maintenait prisonniers les personnes des pays de l’est. En 1989, une véritable révolution géopolitique s’opéra : la partition de l’Europe, coupée par le rideau de fer communiste depuis quarante ans, disparut et le continent put retrouver son unité. Sur le plan international, la Guerre froide se terminait et le monde, qui avait été bipolaire pendant quarante ans, connaissait une vraie révolution géopolitique lui aussi.

L’année 1989 représenta aussi l’effondrement du communisme, à la fois comme système politique et comme doctrine. L’échec politique était évident puisque l’URSS ne survécut pas à l’introduction de la liberté dans le système : elle se désagrégea en 1991.

L’échec économique était tout aussi évident. Les statistiques soviétiques n’étaient que le résultat d’un processus de propagande, la pollution, dont Tchernobyl n’est qu’un exemple, faisait des ravages, l’écart dans le domaine industriel entre l’URSS et l’Occident constituait un gouffre. En résumé, le bloc soviétique, malgré quelques rares réussites, dans le domaine spatial notamment, avait l’économie d’un pays sous-développé. La propriété d’Etat des facteurs de production et d’échange facilitait grandement la pollution et l’exploitation catastrophique de toutes les ressources naturelles. En effet, dans un tel système, rien n’appartient à personne, donc personne n’est responsable car personne n’est propriétaire. Tout était permis. L’économie de pénurie qui caractérisait les pays socialistes s’explique par la suppression du marché. C’est parce que les prix étaient strictement encadrés et maintenus très bas que la demande augmentait alors que l’offre était, dans le même temps, contrariée en raison même de cet encadrement. Le résultat était donc la pénurie. Par ailleurs, le chômage, tare des pays capitalistes, était inconnu – en théorie – dans les paradis socialistes parce que tout le monde avait un emploi. C’est oublier que le pouvoir d’achat était très faible. On connaît la fameuse blague qui courait à l’époque soviétique : « Ils font semblant de nous payer, on fait semblant de travailler. » En outre, le goulag était un système commode pour résorber le chômage et mettait à disposition une main d’œuvre gratuite, preuve que le socialisme ne pouvait fonctionner sans réduire en esclavage une partie de la population.

Enfin, le socialisme dit scientifique de Marx avait reçu, tout au long du XXe siècle, une implacable réfutation de la part de l’expérience historique. La chute du mur symbolisait ainsi l’écroulement d’une théorie erronée. Tous les points de la doctrine avaient été démentis. Ni la paupérisation du prolétariat, ni le dépérissement de l’Etat soviétique n’eurent lieu. La fin de l’histoire prophétisée par Marx et Engels n’était que pure imagination. Quant à la lutte des classes – en admettant qu’elle existe vraiment –, rien n’a prouvé qu’elle est le moteur de l’histoire.

Ainsi, la chute du mur de Berlin était aussi celle du socialisme, pas seulement « réel ». La leçon majeure de cet événement résidait dans la condamnation du principe même du socialisme, et en particulier du marxisme. Martin Malia a bien exprimé cette idée : « il n’y a pas de troisième voie entre le capitalisme et le socialisme réel. En fait, il n’y a même pas de deuxième voie durable. […] Le socialisme, au sens marxiste du terme, cela n’existe pas. » [
2]

La chute du Mur de Berlin en 1989, au-delà de toutes ses significations politiques, géopolitiques, idéologiques, fut d’abord et avant tout le fruit d’un attrait irrésistible pour la liberté. L’on redécouvrait ainsi – et ce ne fut pas sans douleur pour bon nombre d’intellectuels et de militants – les composantes inséparables du libéralisme : la démocratie et l’économie de marché. Le grand historien François Furet, dans un article intitulé « Les feuilles mortes de l’utopie » [
3], l’a bien rappelé :

« Le capitalisme et la démocratie sont les deux destins de l’individu moderne, déchiré à l’intérieur de lui-même. L’idée communiste, que Marx avait cru fonder sur la science de l’histoire, avait pour objet de séparer ces deux destins, et de réaliser la vraie démocratie par l’abolition du capitalisme. Ce que nous redécouvrons, en cette fin de siècle, c’est que les deux destins noués par la modernité sont inséparables, que la liberté n’existe pas sans le marché, puisque ceux qui avaient prétendu échapper à cette dure loi ont couru à la catastrophe politique et économique. »






Aller plus loin :
BUFFET, Cyril, Histoire de Berlin des origines à nos jours, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1994.
BUFFET, Cyril, Le jour où le Mur est tombé, Paris, Larousse, 2009.
DROIT, Emmanuel, L'Homme nouveau ?, Rennes, PUR, 2009.
FEJTÖ, François, Histoire des démocraties populaires, 2 volumes, Paris, Le Seuil, « Points histoire », 1969.
GONIN, Jean-Marc et GUEZ, Olivier, La Chute du Mur, Paris, Fayard, 2009.
LE GLOANNEC, Anne-Marie, 1961. Un mur à Berlin, Bruxelles, Complexe, 1985.
Novembre 1989. Le Mur de Berlin s’effondre, Paris, Le Seuil, 1999.
« La chute du mur de Berlin » (dossier spécial), in L'Histoire, octobre 1999, n° 236, pp. 31-73.
« 1989 : Liberté à l’est » (hors série), Le Monde, septembre 2009, n° 16.
« Le mur de Berlin. Quarante ans de frontière de fer » (dossier spécial), in L'Histoire, octobre 2009, n° 346, pp. 52-101.
L’exposition du CHRD de Lyon intitulée « Nous sommes le peuple », du 22 octobre au 28 février 2010.






[1] FRANÇOIS, Étienne, « Berlin-Est, Berlin-Ouest : la ville coupée en deux », in L’Histoire, octobre 1999, n° 236, p. 49.

[2] MALIA, Martin (entretien), « L’énigme Gorbatchev », in L’Histoire, octobre 1999, n° 236, p. 53.

[3] FURET, François, « Les feuilles mortes de l’utopie », in Le Nouvel observateur, 26 avril 1990.


Source de l’illustration.

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 17:10

Alors que nous célébrons les vingt ans de la chute du mur de Berlin*, barrière étatique emprisonnant les Allemands de l’est, nous sommes plongés dans une crise qui a offert l’occasion, dit-on, d’un « retour » de l’Etat dans la vie économique. S’agit-il vraiment d’un retour ? Et ce « retour » est-il souhaitable ? L’Etat peut-il prétendre augmenter son champ d’intervention dans la société civile sans danger pour cette dernière, et donc pour la démocratie ?

 

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 17:51

Les 9 et 10 novembre 1799, Bonaparte prenait le pouvoir par un coup de force. S’il était le résultat de l’ambition personnelle d’un chef militaire, il était surtout, et d’abord, l’aboutissement de l'évolution d’un régime instable, corrompu et incapable de fonctionner sans pratiques illégales.


« Dans les temps de troubles et de factions, les chefs des armées deviennent les arbitres du sort de leur pays et font pencher la balance en faveur du parti qu’ils ont embrassé. Si ce sont des César ou des Cromwell ils s’emparent eux-mêmes de l’autorité. »


Ainsi s’exprimait Robespierre au club des Jacobins en 1792 pour s’opposer, presque seul contre tous, à ce que la France entre en guerre contre les têtes couronnées européennes. Il mettait en garde contre le danger de la prise du pouvoir par un militaire à la faveur de ses victoires et de son prestige personnel, tant que la Révolution n’aurait pas été consolidée. Son analyse s’est révélée juste. Le coup d’Etat de novembre 1799 a offert le pouvoir à un jeune général ambitieux, Napoléon Bonaparte. Il a eu lieu parce que le régime qu’il a détruit, le Directoire, était dans l’incapacité de se stabiliser et de se réformer.


Le Directoire : un régime instable et discrédité


À la chute de Robespierre, en juillet 1794, la France sort de la Terreur. L’objectif des thermidoriens est alors d’arrêter la Révolution. La décision est alors prise d’élaborer une nouvelle Constitution qui est proclamée le 23 septembre 1795 (1er vendémiaire an III). Cette Constitution instaure le régime du Directoire. C’est ce régime qui a existé en France jusqu’en 1799 et qu’a détruit le coup d’Etat de Bonaparte. La nouvelle Constitution instaure d’abord le suffrage censitaire indirect. C’est par ce suffrage que sont désignées les deux chambres du Corps législatif : le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens. Ces deux Conseils sont élus pour trois ans et renouvelés par tiers chaque année. Le pouvoir exécutif appartient à un Directoire de la République – d’où le nom du régime – composé de cinq membres nommés par les Anciens à partir d’une liste dressée par les Cinq-Cents. Ce Directoire est renouvelé tous les ans par cinquième. Ce sont les Directeurs qui nomment aussi les sept ministres du gouvernement. Ces dispositions visent ainsi non seulement à se protéger de l’éventuelle dictature d’une Assemblée toute-puissante mais aussi de celle d’une seule personne. Par ailleurs, l’article 375 stipule : « Aucun des pouvoirs institué par la Constitution n’a le pouvoir de la changer dans son ensemble ni dans aucune de ses parties. » Certes, le titre XIII donnait la possibilité d’une révision mais la mise en pratique de la procédure était tellement stricte que cela revenait à rendre impossible toute modification. Enfin, deux décrets pris les 23 et 31 août 1795, les décrets des deux tiers, stipulent que les deux tiers des futurs membres des deux Conseils devront être choisis parmi les députés de la Convention. C’était une façon de les maintenir au pouvoir et d’écarter la possibilité d’une arrivée d’une majorité de royalistes ou de jacobins.

Mais cette précaution ne sera pas utile. Car aux élections d’avril 1797 les royalistes obtiennent la majorité dans les deux Conseils. C’est par un coup d’Etat que la menace est écartée, avec l’aide de l’armée. En mai 1798, l’élection de jacobins est invalidée par les autorités. Autrement dit, le Directoire est incapable d’assurer son existence sans recours à des pratiques illégales et, dans le cas d’avril 1797, sans recours à la force armée, laquelle devient ainsi une partenaire du pouvoir civil. Rien n’est prévu en cas de conflit entre le Législatif et l’Exécutif. Ces coups de force illustrent bien l’échec constitutionnel du Directoire et la faiblesse de l’assise du régime dans le pays.

À ces difficultés structurelles du Directoire s’ajoutent les problèmes financiers, économiques et militaires. Le déficit de l’Etat est réglé par la banqueroute des deux tiers, qui achève de discréditer le régime dans l’opinion, les difficultés économiques s’expliquent par la crise monétaire, la réquisition des campagnes pour les besoins de l’armée, la rationnement dans les villes, ce qui cause un appauvrissement généralisé et une augmentation du chômage et de la délinquance. Les désertions augmentent en nombre et les hommes appelés à rejoindre l’armée répondent peu présents : par exemple, à l’automne 1798, lors de la levée de 200 000 hommes, moins de la moitié seulement rejoint son corps d’affectation. Les difficultés militaires, à l’extérieur, grandissent, comme en témoigne l’échec de l’expédition d’Égypte menée par Napoléon Bonaparte. En outre, l’opposition royaliste se réveille en 1799 : une révolte dans le sud-ouest a lieu et la guérilla en Vendée et en Normandie connaissent un nouveau regain. Enfin, la participation électorale aux élections est faible, les personnes se détournent des fêtes civiques organisées par le Directoire et il est difficile de trouver des administrateurs. Le Directoire, rejeté par l’opinion, marqué par la corruption et aux prises avec d’importantes difficultés, est l’objet de tous les doutes sur sa capacité à survivre. C’est la situation idéale pour un coup d’Etat : dans une conjoncture aussi dégradée, l’arrivée au pouvoir d’un homme fort pour sauvegarder les conquêtes de la Révolution s’impose.

Sieyès, l’homme fort du Directoire, devenu directeur en mai 1799, parvient à créer, dans les deux Conseils, un courant qui soit favorable à ses vues, c’est-à-dire à un changement de régime. Or, nous l’avons vu, il est impossible de réviser la Constitution. Il ne reste donc à Sieyès qu’une solution : le coup d’Etat. Il se met alors à la « recherche d’un sabre », c’est-à-dire un appui militaire. Ce « sabre », ce sera Napoléon Bonaparte.

Celui-ci a conquis la gloire lors de la campagne d’Italie de 1796. En effet, ses succès militaire offrent un contraste saisissant avec l’incapacité des hommes du Directoire. Dès cette époque, il pense conquérir le pouvoir. Il écrit :

« Ce que j’ai fait jusqu’ici n’est rien encore. Je ne suis qu’au début de la carrière que je dois parcourir. Croyez-vous que ce soit pour faire la grandeur des avocats du Directoire […] que je triomphe en Italie ? Quelle idée ? Une république de trente millions d’hommes ! » [1]


Dès cette époque donc, Bonaparte songe à un changement de régime. Quand Sieyès se met à chercher son « sabre », Napoléon Bonaparte est justement revenu d’Égypte, le 9 octobre 1799. Il est toujours auréolé de son prestige, malgré l’échec de sa campagne. Il pense comme Sieyès que la France court à sa perte. Les instructions données par Bonaparte au général Menou juste avant son départ d’Égypte sont claires :

« Le Directoire a tout perdu, tout compromis. La France est ballottée entre la guerre étrangère et la guerre civile ; elle est vaincue, humiliée, près de périr. Bonaparte se dévoue, court la chance de la mer pour aller la sauver. S’il arrive, malheur au bavardage de tribune, au tripotage de coterie. Il fera justice de tout. » [2]


Bonaparte pense, comme Sieyès, qu’un coup d’Etat est inévitable. Deux conjurations se préparent : celle de Sieyès et celle de Bonaparte. Les deux vont se fondre par le truchement du frère du général, Lucien Bonaparte, un élu du Conseil des Cinq-Cents. C’est lui qui donne à Sieyès l’idée de faire appel à Napoléon. Chacun y voit son intérêt : Sieyès a trouvé son « sabre » et Bonaparte entend participer au renversement du Directoire pour prendre le pouvoir.


Bonaparte impose ses conditions


Les deux hommes se rencontrent le 30 octobre. Une autre entrevue entre les deux hommes se déroule chez Lucien Bonaparte dans la nuit du 1er au 2 novembre. À cette occasion, des divergences apparaissent entre le directeur et le général, et une mise au point a lieu, en faveur du second. L’idée de Sieyès était de cantonner Bonaparte au rang de simple appui militaire et de lui exposer lors de cet entretien son plan de nouvelle Constitution. Or, le jeune officier ne l’entend pas ainsi : il dit à Sieyès :

« Vous ne pensez sans doute pas présenter à la France une nouvelle Constitution toute faite sans qu’elle ait été discutée posément et article par article. […] Il nous faut donc un gouvernement provisoire qui prenne l’autorité le jour même de la translation [c’est-à-dire du déplacement des Conseils hors de Paris] et une commission législative pour préparer une constitution raisonnable et la proposer à la votation du peuple. […] J’approuve que ce gouvernement soit réduit à trois personnes ; et puisqu’on le juge nécessaire, je consens à être l’un des trois consuls provisoires avec vous et votre collègue Roger Ducos. Quant au gouvernement définitif, c’est autre chose […]. J’appuierai vos décisions ; mais je me réserve de faire partie du pouvoir exécutif ou de préférer le commandement d’une armée. Cela dépendra de ce que vous réglerez. […] Est-ce que vous croyez pouvoir rien faire sans un consulat provisoire ? Quant à moi, sans aller plus loin, je vous déclare qu’en ce cas vous ne devez plus compter sur moi. » [3]


En clair : Sieyès, dont la déception est visible sur son visage, comprend que le général ne compte pas du tout être un simple sabre. Bonaparte impose ses conditions : c’est à prendre ou à laisser. Sieyès cède.

Bonaparte obtient l’appui de Réal, le chef de l’administration et de la police de Paris, des généraux Murat, Sébastiani, Moreau et Lefebvre, ce dernier étant chef de la division militaire de Paris, celui de Fouché, ministre de la Police, et celui de Roger Ducos, l’un des directeurs. En outre, une majorité de députés au Conseil des Anciens est dans le secret. Enfin, Lucien Bonaparte a été élu, le 23 octobre, président des Cinq-Cents.

Le plan retenu est le suivant. Dans un premier temps, provoquer le vide au sein de l’Exécutif, et rendre ainsi la Constitution de l’an III caduque, par la démission d’au moins trois des cinq directeurs : Sieyès, Roger Ducos et Barras. On n’espérait rien des deux autres, Gohier et Moulin, qui étaient farouchement légalistes. Dans un second temps, les Conseils seraient convoqués en dehors de Paris afin d’éviter tout appel des députés au peuple de Paris. Le Corps législatif ainsi réuni devrait entériner la carence de l’Exécutif et organiser la réunion d’une commission chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Le rôle de Bonaparte consiste seulement à intimider les Conseils, à faire une démonstration de force. À aucun moment l’armée ne doit intervenir. Le coup d’Etat est prévu pour le 16 brumaire (7 novembre). Mais des retards dans les préparatifs le reportent au 18 (9 novembre).


Brumaire : un autre coup d’Etat


Le 18 brumaire, le Conseil des Anciens est convoqué pour sept heures du matin aux Tuileries. Le président du Conseil donne immédiatement la parole à Cornet, qui annonce aux autres députés qu’un complot jacobin se prépare contre le Directoire et que la situation est critique :

« car, dès que les représentants d’une nation sont menacés dans leurs personnes, dès qu’ils ne jouissent pas dans les délibérations de l’indépendance la plus absolue, dès que les actes qui peuvent émaner d’eux n’en ont pas l’empreinte, il n’y a plus de corps représentatif, il n’y a plus de liberté, il n’y a plus de république. » [4]


Il évoque des « symptômes alarmants », ainsi qu’un risque d’« embrasement général ». Un autre député, Regnier, ajoute que « les brigands audacieux et les scélérats désespérés » se préparent à attaquer la République. Dans leurs propos il ne les évoquent jamais mais leurs allusions sont claires : ce sont les jacobins qui sont visés. En octobre, le journal L’Ami des Lois avait lancé la nouvelle selon laquelle un complot jacobin se tramait dans Paris. La justification du coup d’Etat était ainsi toute trouvée.

Car c’est en prenant prétexte de cette menace jacobine que Regnier propose de transférer le Corps législatif hors de Paris, dans une commune proche, Saint-Cloud, pour le mettre à l’abri. Il argumente :

« Mis à l’abri des surprises et des coups de main, vous pourrez, dans le calme et la sécurité, aviser aux moyens de faire disparaître les périls actuels et d’en détruire encore les causes pour l’avenir. » [5]


La majorité des Anciens vote le décret qui autorise un transfert du Corps législatif à Saint-Cloud. Là, les Conseils seront protégés par les troupes placées sous le commandement de Bonaparte qui devra ainsi veiller à la sécurité des Assemblées. Celui-ci se rend alors aux Tuileries où il fait un discours devant les Anciens :

« Citoyens représentants, la République périssait ; vous l’avez su, et votre décret vient de la sauver. Malheur à ceux qui voudraient le trouble et le désordre ! Je les arrêterai, aidé du général Lefebvre, du général Berthier et de tous mes compagnons d’armes.
[…]
Votre sagesse a rendu ce décret ; nos bras sauront l’exécuter. Nous voulons une République fondée sur la vraie liberté, sur la liberté civile, sur la représentation nationale ; nous l’aurons… je le jure ; je le jure en mon nom et en celui de mes compagnons d’armes. » [
6]


Le Conseil se sépare peu après, rendez-vous est pris pour le lendemain, à Saint-Cloud. Mais le décret devait être validé par le président du Directoire, Gohier. Ce souci de la légalité, qui a irrité Bonaparte, s’explique par le fait que la Constitution de l’an III n’était pas encore morte et que l’action devait garder toutes les apparences de la légalité. Gohier est convoqué aux Tuileries par Sieyès et Ducos. Il signe le décret mais refuse de démissionner, comme le lui demandent les deux autres directeurs. Finalement, Barras, le cinquième directeur, donne sa démission – une démission accordée en échange d’une coquette somme d’argent. Trois directeurs ayant démissionné, le premier acte du coup de force a été réussi : le vide a été fait dans l’Exécutif.

Mais les événements ne vont pas se dérouler tout à fait comme prévu le lendemain, 19 brumaire. Bonaparte arrive à Saint-Cloud en fin de matinée. Six mille hommes placés sous le commandement de Murat font face aux six cents composant la Garde du Corps législatif. Depuis la veille, les députés ont eu le temps de s’interroger, de s’étonner, et s’inquiètent devant le déploiement des forces à Saint-Cloud.

Le Conseil des Anciens se réunit à partir de quatorze heures. Mais, au lieu de constater la carence de l’Exécutif et de convoquer un gouvernement provisoire, comme prévu selon les plans des conjurés, les députés se perdent en discussions et en interrogations. Alors, Bonaparte commet une erreur. Perdant patience, il se rend dans la galerie d’Apollon où siègent les Anciens pour y accélérer les débats. Il s’adresse ainsi aux députés :

« Représentants du peuple, vous n’êtes point dans des circonstances ordinaires ; vous êtes sur un volcan. Permettez-moi de vous parler avec la franchise d’un soldat, avec celle d’un citoyen zélé pour le bien de son pays […]. J’étais tranquille à Paris lorsque je reçus le décret du Conseil des Anciens qui me parla de ses dangers, de ceux de la République. À l’instant j’appelai, je retrouvai mes frères d’armes, et nous vînmes vous donner notre appui […]. Nos intentions furent pures, désintéressées ; et, pour prix du dévouement que nous vous avons montré hier, aujourd’hui on nous abreuve de calomnies. On parle d’un nouveau César, d’un nouveau Cromwell [7] ; on répand que je veux établir un gouvernement militaire.
[…]
Je vous le jure, représentants du peuple, la patrie n’a pas de plus zélé défenseur que moi : je me dévoue tout entier pour faire exécuter vos ordres. » [
8]


Mais un député, Lenglet, interrompt le général en lui demandant : « Et la Constitution ? » Bonaparte perd alors son sang-froid, et réplique, en bafouillant : « La Constitution ? Vous l’avez violée au 18 Fructidor, vous l’avez violée au 22 Floréal, vous l’avez violée au 30 Prairial. » Et il insiste sur la nécessité de changer la Constitution. Mais de nombreux députés font entendre leurs voix, crient. Bonaparte sort de la salle dans le vacarme et sous les huées.

Il se porte alors dans la salle de l’Orangerie où s’est installé le Conseil des Cinq-Cents. Là, les députés complices du coup d’Etat réclament déjà la formation d’une commission chargée de dresser une nouvelle Constitution. Mais la majorité des députés résiste. Des cris se font entendre : « Point de dictature, à bas les dictateurs ! », « Vive la Constitution ! », « La Constitution ou la mort ! » C’est alors que Bonaparte fait son entrée, suivi par quatre grenadier : tous les regards se portent sur lui. L’indignation se manifeste aussitôt : des hommes armés, ici ? En effet, leur présence était illégale. Des députés se dirigent vers le général, l’entourent, le menacent, l’injurient. Bonaparte est emmené par ses hommes à l’extérieur. Il est pâle.

Alors que la présence des troupes aurait du, selon le scénario prévu, intimider les députés, c’est tout le contraire qui s’est passé : elle a exaspéré les membres du Conseil qui sont alors à deux doigts de mettre Bonaparte hors la loi.

Ce dernier, reprenant ses esprits, est bien décidé à mener le coup d’Etat jusqu’à son terme. Il entend faire appel à la troupe. Le problème tient seulement dans la Garde du Corps législatif : même s’ils sont largement inférieurs en nombre aux hommes de Bonaparte, le général veut éviter un affrontement. Alors, Lucien appelle les six cents grenadiers du Corps législatif : il leur ordonne de mater la minorité de « furieux » qui s’est emparé du Conseil et de « délivrer la majorité des représentants du peuple ». Les députés sont évacués manu militari.

Les Anciens, de leur côté, sont redevenus dociles et votent le remplacement du Directoire par une commission exécutive de trois membres composée de Sieyès, Ducos et Bonaparte. Mais pour donner un aspect de légalité au coup de force, Lucien fait réunir, le soir, une centaine de députés des deux Conseils : la décision de fin d’après-midi prise par les Anciens est d’abord annulée pour qu’elle leur soit proposée, conformément à la procédure, par les Cinq-Cents. Puis, elle est revotée. Cette manière de procéder ne change pourtant rien : les 18 et 19 Brumaire virent un coup d’Etat parlementaire se transformer en coup d’Etat militaire. Car, rappelons-le : selon le plan, l’armée ne devait pas intervenir. Mais c’est parce qu’il a failli échouer, en raison de l’impatience de Bonaparte, que Lucien a fait appel aux troupes.

Deux commissions législatives sont mises en place. Ce sont elles qui vont rédiger la nouvelle Constitution – la Constitution de l’an VIII – qui instaure le Consulat, un régime dont l’Exécutif est fort et le système représentatif affaibli. Ces deux jours de Brumaire an VIII furent ainsi un autre coup d’Etat, dans les deux sens du terme : un coup de force supplémentaire, un énième après ceux que le Directoire avait déjà connus ; mais aussi un coup de force autre, différent, qui ne visait plus à maintenir le régime mais à le détruire et à le remplacer par un autre.





Aller plus loin :
BAINVILLE, Jacques, Le Dix-Huit Brumaire, Paris, Hachette, 1925.
BESSAND-MASSENET, Pierre, Le 18 Brumaire, Paris, Hachette, 1965.
FURET, François et OZOUF, Mona, Dictionnaire critique de la Révolution française, Flammarion, « Champs », 1992.
JESSENNE, Jean-Pierre, Révolution et Empire. 1783-1815, Paris, Hachette, « Carré histoire », 1993.
LEFEBVRE, Georges, La France sous le Directoire, Paris, Éditions sociales, 1977.
LENTZ, Thierry, Le 18 Brumaire, Paris, Jean Picollec, 1997.
OLLIVIER, Albert, Le 18 Brumaire, 9 novembre 1799, Paris, Gallimard, 1959.
TULARD, Le 18 Brumaire. Comment terminer une révolution, Paris, Perrin, 1999.
WORONOFF, Denis, La République bourgeoise de Thermidor à Brumaire. 1794-1799, Paris, Le Seuil, « Points Histoire », 1972.
« La prise du pouvoir par Bonaparte » (dossier), L’Histoire, novembre 1999, pp. 31-55.





[1] Cité par FURET, François, « Dix-Huit Brumaire », in FURET, François et OZOUF, Mona, Dictionnaire critique de la Révolution française, Flammarion, « Champs », 1992, pp. 106-107.

[2] Cité par TULARD, Le 18 Brumaire. Comment terminer une révolution, Paris, Perrin, 1999, p. 58.

[3] Ibid., pp. 90-91.

[4] Ibid., p. 112.

[5] Ibid., p. 112.

[6] Ibid., p. 116.

[7] Les références à Cromwell et César font écho à celles qu’avaient utilisé Robespierre dans son discours de 1792 et dont nous avons cité un extrait en tête de cet article.

[8] Cité par TULARD, Jean, Le 18 Brumaire. Comment…, pp. 131-132.



Illustration article.


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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 09:12

Il y a quarante ans, des millions de téléspectateurs assistaient en direct aux premiers pas d'un être humain sur la Lune. Et Neil Armstrong prononçait ces mots devenus célèbres : « C'est un petit pas pour l'homme mais un bond de géant pour l'humanité. » Mais derrière la réalisation de ce rêve, c'est la Guerre froide qui se jouait.

 

Ce 21 juillet 1969 s'accomplissait une étape décisive dans la conquête spatiale. Cette dernière était un prolongement de la Guerre froide. Elle a pris son essor après la Seconde Guerre mondiale grâce aux progrès technologiques réalisés à la période précédente, par les Allemands notamment  - pensons aux fusées V1 et V2 d'Hitler qui ont servi à bombarder Londres.

 

 

Un contexte de Guerre froide

 

 

Dans un monde devenu bipolaire avec l'entrée dans la Guerre froide, l'affrontement entre Etats-Unis et Union soviétique s'exprime aussi sur ce terrain. Et à la fin des années 1950, ce sont les Soviétiques qui sont en avance : ils parviennent à envoyer le premier homme dans l'espace, Youri Gagarine, le 4 octobre 1957, étalant ainsi devant les Américains la fiabilité et la puissance de leurs fusées.

 

Face à ce retard, les Etats-Unis réagissent. Dès 1958 est fondée la National Aeronautics and Space Administration, la NASA. L'enseignement scientifique est rénové. En 1959, John Glenn est le premier Américain à voyager dans l'espace. Puis le programme Gemini consiste en des vols en équipage. Rapidement, la Lune devient l'objet de la rivalité entre les deux puissances. Le 25 mai 1961, le président américain John Fitzgerald Kennedy annonce qu'avant la fin de la décennie, l'Amérique enverra un homme sur la Lune.

 

Pour cela, un nouveau programme est lancé, dès 1960 : Apollo. Il connaît des échecs comme la mort tragique des trois astronautes d'Apollo 1 Virgil Grissom, Edward White et Roger Chaffee : lors d'un exercice au sol en janvier 1967, un court-circuit déclencha un incendie dans la capsule qui était entièrement remplie d'oxygène pur. Les trois hommes périrent carbonisés en une dizaine de secondes... Ce terrible accident contraignit les équipes à revoir de fond en comble le programme Apollo.

 

Celui-ci consiste d'abord en un gigantesque lanceur, Saturn V, haut de trente-six étages, qui doit être capable de propulser les astronautes et leurs vaisseaux en dehors de l'atmosphère. Au sommet de cette fusée sont placés le module lunaire - le LEM, Lunar excursion module - qui doit atterrir sur la Lune, le module de commande, qui est l'endroit où doivent séjourner les astronautes, et le module de service qui rassemble les réservoirs d'oxygène, d'eau et les moteurs.

 

Le programme Apollo se poursuit par des succès : en octobre 1968, le premier vol habité Apollo 7 emmène trois astronautes ; en décembre, Apollo 8 se place en orbite autour de la Lune ; en mars 1969, Apollo 9 fait voler autour de la Terre le module lunaire ; Apollo 10 offre l'occasion de faire se déplacer le LEM autour de la Lune. Toutes ces missions ont pour but de diminuer les risques lors du vol Apollo 11.

 

 

« Un pas de géant pour l'humanité » (N. Armstrong)

 

 

Le 16 juillet 1969, le décollage a lieu à Cap Canaveral, en Floride : Saturn V emmène Neil Armstrong, Edwin Buzz Aldrin et Michael Collins, installés tous les trois dans le module de commandes. Une fois dans l'espace, une première étape, cruciale, doit être franchie : le module de commandes doit s'arrimer au LEM : s'il n'y parvient pas, aucune mission sur la Lune n'est possible. L'étape franchie, commencent alors quatre jours de vol en direction du satellite naturel de la Terre...

 

Le 20 juillet au soir, les trois astronautes entrent en orbite autour de la Lune. Armstrong et Aldrin rejoignent le LEM, baptisé Eagle - « Aigle », en anglais -, qui se sépare ensuite du module de commandes, piloté par Collins. Les deux hommes doivent faire extrêmement attention à leurs gestes car les parois d'Eagle, à certains endroits, ne sont pas plus épaisses que deux feuilles d'aluminium superposées.

 

Mais pendant la descente vers la Lune, à deux reprises, l'ordinateur d'Eagle s'interrompt brusquement, avant de redémarrer : ces bugs s'expliquent par le trop grand nombre d'informations qu'il recevait... La descente vers la Lune se termine en mode manuel, grâce au très grand sang-froid d'Armstrong : le site prévu pour l'alunissage étant trop accidenté, les astronautes décident de changer d'endroit. Le LEM se pose finalement sur la Mer de la Tranquillité. La situation est critique cependant : du fait du retard accumulé pour l'alunissage, il ne reste que seize secondes de carburant pour le décollage...

 

Le 21 juillet, vers trois heures du matin et sous les yeux d'un demi-milliard de personnes à travers le monde qui se sont rassemblées devant les télévisions, Neil Armstrong devient le premier être humain à fouler le sol lunaire, en prononçant ces mots devenus célèbres : « It's one small step for man, but a giant leap for mankind. » (« C'est un petit pas pour l'homme mais un pas de géant pour l'humanité »). Aldrin le suit. Le drapeau américain est planté. Pendant deux heures trente, les deux hommes récoltent un peu plus de vingt kilogrammes d'échantillons lunaires et posent des instruments de mesure. Puis ils regagnent Eagle et quittent la Lune.

 

Le LEM revient s'arrimer au module de commandes qui vole de retour vers la Terre. Le 24 juillet, le module de commandes s'étant séparé du LEM et du module de service, pénètre dans l'atmosphère. Cette opération est également très délicate. En effet, si l'angle d'entrée est trop plat, le module risque de rebondir en dehors de l'atmosphère. Au contraire, s'il est trop prononcé, le vaisseau peut se désintégrer en brûlant dans l'atmosphère. Mais le retour se passe bien, les trois parachutes s'ouvrent dans le ciel et la capsule plonge dans l'océan Pacifique. Les trois hommes sont recueillis par le porte-avion Hornet.

 

La mission Apollo 11 est une réussite : les Américains ont devancé les Soviétiques qui n'ont réussi qu'à faire voler une sonde autour de la Lune avant qu'elle ne s'écrase le 21 juillet. L'URSS a donc pris un retard considérable dans la course à la Lune. Et la Guerre froide dans l'espace prend ainsi une nouvelle tournure.

 

Les Etats-Unis sont alors à la pointe du progrès technologique et aéronautique, dans lesquels ils ont effectivement accompli un grand bond en avant. Ce sont les satellites de la NASA qui ont permis de retransmettre, dans le monde entier, les images d'Armstrong et d'Aldrin sur la Lune. Cinq missions sur la Lune vont suivre : Apollo 12, 14, 15, 16 et 17. Au total, ce sont douze hommes qui auront marché sur la Lune.

 

 

 

 

 

Aller plus loin :

CLERC, Jean-Pierre et IORCÈTE, Paul , Le Duel USA-URSS dans l'espace, Paris, Autrement, 1986.

DÉGA, Jean-Louis, La Conquête spatiale, Paris, Presses universitaires de France, 1994.

PORTES, Jacques, « On a marché sur la Lune », in Les Collections de l'Histoire, février 2000, n° 7, pp.72-73.

 

 

 

Illustrations de l'article ici, ici, ici et ici.

 

 

 

 

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Published by Léon Cahlinel - dans Actu
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