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1 janvier 2005 6 01 /01 /janvier /2005 15:04
En plein XVIIIe siècle, un amiral était exécuté parce qu’il avait perdu une bataille : John Byng fut un fusillé pour l’exemple. Ni les témoignages en sa faveur lors de son procès, ni l’intervention de Voltaire n’ont pu changer le cours des événements. Car « il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres ».
 
Le 14 mars 1757, l’amiral Byng est conduit sur le gaillard d’arrière du navire le Monarque, ancré dans la rade de Portsmouth. Un peloton d’exécution fusille l’officier qui n’avait fait que son devoir. L’exécution doit servir d’exemple aux autres marins. Au milieu du XVIIIe siècle, un officier avait été condamné à être fusillé pour l’exemple.
 
 
TROUVER UN BOUC-ÉMISSAIRE
 
 
C’est à l’initiative du ministre Pitt que l’Angleterre déclara la guerre à la France, en mars 1756. Les raisons de cette guerre – il s’agit de la guerre de Sept Ans – résidaient dans la rivalité franco-anglaise dans les colonies d’Amérique et de l’Inde, et l’expansion de la Prusse en Europe qui inquiétait l’Autriche. En dépit des protestations des ministres et de certains officiers qui faisaient remarquer qu’à ce moment là, la marine britannique n’était pas en mesure de repousser les attaques françaises, Pitt choisit d’entrer en guerre. Le commandement des opérations fut confié à l’amiral John Byng.
 
Le 29 juin 1756, les forces navales de Byng essayèrent de repousser les Français. Mais leur tentative échoua. Au bout de quelques heures, les Anglais durent reculer. Dès que la nouvelle atteignit Londres, l’opinion publique chercha un bouc émissaire. Pour éviter d’être la cible de l’opinion publique, le Premier ministre Newcastle fit publier un communiqué faisant état de l’incompétence de John Byng. Celui-ci fut arrêté et emprisonné dès qu’il arriva à Portsmouth le 26 juillet 1756.
 
Mais l’opinion était divisée. Une partie se déchaînait contre Byng : des effigies de l’amiral furent brûlées et sa propriété fut difficilement protégée d’une foule fanatique. Une autre partie de l’opinion en revanche s’attaquait au gouvernement par le biais de caricatures et de chansons. Newcastle, lors d’un passage à Greenwich, fut même victime de jets de pierres.
 
 
BYNG JUGÉ, CONDAMNÉ ET EXÉCUTÉ
 
 
Le procès de l’amiral Byng débuta le 28 décembre 1756, date de la première séance de la cour martiale. Douze officiers avaient pour tâche de déterminer si Byng aurait pu éviter la défaite. Les chefs d’accusation étaient accablants. Mais son glorieux passé militaire plaidait en faveur de l’accusé. De même, des officiers et des hommes politiques, lors de leur déposition, mirent en cause l’efficacité de l’armement naval. Ces témoignages plaidaient aussi en faveur de Byng. Ce dernier affirma en outre qu’il avait hissé le pavillon ordonnant l’offensive mais que le reste de la flotte avait interprété le signal comme un ordre de repli. Avec ces éléments, Byng pouvait espérer que l’issue du procès lui soit favorable.
 
Mais le 27 janvier 1757, le verdict fut rendu. L’amiral fut acquitté des accusations de lâcheté et d’abandon de poste devant l’ennemi. Certes. Mais la cour martiale, unanime, décréta que l’officier n’avait pas fait tout son possible « pour reprendre le fort de Saint-Philippe, pour s’emparer de la flotte française, de la détruire ». En d’autres termes, John Byng était condamné à mort. Il fut exécuté le 14 mars 1757.
 
 
INTERVENTION DE VOLTAIRE
 
 
La Chambre des Communes avait demandé la grâce de l’amiral au roi Georges II. Mais celui-ci avait refusé : il voulait que l’exécution de l’amiral fasse un exemple.
 
En France, un homme a pris le parti de Byng : Voltaire. Le philosophe s’engage déjà dans la lutte contre les erreurs judiciaires. Il se battra plus tard dans l’affaire Calas, l’affaire Sirven, l’affaire Lally-Tollendal, l’affaire du chevalier de La Barre. Voltaire en appelle aux souverains d’Europe. Le ministre français intervient même auprès du gouvernement britannique. Mais le roi d’Angleterre juge très mal cette ingérence dans les affaires intérieures du royaume et le combat de Voltaire se révélera finalement inutile. John Byng n’a pas été réhabilité.
 
En 1759, Voltaire publie Candide. Dans cet ouvrage, il a introduit l’exécution de Byng. Ces lignes dénonçant l’absurdité de la justice peuvent servir de conclusion à notre article :
 
« En causant ainsi ils abordèrent à Portsmouth ; une multitude de peuple couvrait le rivage et regardait attentivement un assez gros homme qui était à genoux, les yeux bandés, sur le tillac d’un des vaisseaux de la flotte ; quatre soldats, postés vis-à-vis de cet homme, lui tirèrent chacun trois balles dans le crâne le plus paisiblement du monde, et toute l’assemblée s’en retourna extrêmement satisfaite. “Qu’est-ce donc tout ceci ? dit Candide, et quel démon exerce partout son empire ?” Il demanda qui était ce gros homme qu’on venait de tuer en cérémonie. “C’était un amiral lui répondit-on. – Et pourquoi tuer cet amiral ? – C’est, lui dit-on, parce qu’il n’a pas fait tuer assez de monde ; il a livré un combat à un amiral français, et on a trouvé qu’il n’était pas assez près de lui. – Mais, dit Candide, l’amiral français était aussi loin de l’amiral anglais que celui-ci l’était de l’autre ! – Cela est incontestable, lui répliqua-t-on ; mais dans ce pays il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres.” » (1)
 
 
 
 
 
Note
(1) Voltaire, Candide, Paris, Larousse, « Classiques Larousse », 1990, édition présentée, annotée et commentée par Jean Goldzink.
 
 
 
D’après :
LANEYRIE-DAGEN, Nadeije (dir.), Les grands procès, Paris, Larousse, 1995.
 
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1 janvier 2005 6 01 /01 /janvier /2005 14:56
Il y a cent ans avait lieu en Russie le « Dimanche rouge » : des manifestants réclamant des réformes étaient dispersés dans le sang. La révolution de 1905 commençait. Mais elle n’allait pas aboutir et le régime tsariste révélerait son incapacité à se réformer.
 
La Russie du début du XXe siècle est une autocratie : le tsar détient tous les pouvoirs et est un monarque absolu. Mais Alexandre II, qui régna de 1855 à 1881, affranchit tous les serfs et institua, en 1864, les zemstvos, des assemblées élues en Russie centrale qui devaient se charger de la collecte des impôts et du gouvernement local.
 
 
UNE MANIFESTATION PACIFIQUE RÉPRIMÉE DANS LE SANG
 
 
Mais ces réformes ne satisfirent pas l’intelligentsia révolutionnaire qui se lança dans la voie du nihilisme et du populisme. C’est-à-dire qu’elle jugeait ces réformes insuffisantes et prônait la subversion. En 1881, Alexandre II fut assassiné. Alexandre III limita les réformes que son prédécesseur avait décidées. Par exemple, il prit des mesures visant à limiter les activités des zemstvos.
 
En 1894, Nicolas II devient le nouveau tsar de la Russie. En 1898 est fondé le parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). Le parti socialiste-révolutionnaire (SR), issu du courant populiste des révolutionnaires, est créé quant à lui en 1901. Ainsi, on assiste à une sorte de bouillonnement politique en Russie avant la révolution de 1905. Nicolas II subit aussi des revers en politique étrangère : la guerre menée contre le Japon en 1904-1905 se révèle en effet être un désastre (1).
 
Le 16 janvier 1905, les ouvriers de l’usine Poutilov située à Saint-Pétersbourg se mettent en grève. Le dimanche 22 janvier, les ouvriers grévistes, accompagnés d’étudiants et de paysans, forment un cortège de 150 000 personnes conduit par le pope (2) Gheorgi Gapone. Ils veulent adresser au tsar une pétition portant 135 000 signatures. Celle-ci contient plusieurs revendications : elle expose les souffrances et les besoins du peuple russe, elle dénonce le système bureaucratique, demande des réformes, la tolérance religieuse et l’élection d’une assemblée constituante au suffrage universel.
 
Le cortège se dirige en direction du palais d’Hiver. Mais le tsar est absent. La manifestation se veut pacifique. Néanmoins, le palais impérial est gardé par des troupes appuyées par des cosaques. Un coup de feu retentit. Alors, le grand-duc Serge qui commande les troupes, ordonne à ses hommes de tirer. Les manifestants sont dispersés dans le sang. Puis les cosaques chargent sabre au clair. On relève près de 1 000 morts, hommes, femmes et enfants.
 
Le gouvernement publie un communiqué présentant les événements en ces termes : « Les discours fanatiques du pope Gapone […] ont à ce point déchaîné les manifestants qu’ils ont occupé en masse la résidence. »
 
 
LA DOUMA EST DISSOUTE À DEUX REPRISES
 
 
Ce « Dimanche rouge » entraîne des troubles dans toute la Russie. Au printemps 1905, les universités se mettent en grève. En juin, les marins du cuirassier Potemkine se mutinent. Une grève générale a lieu du 20 au 30 octobre.
 
Ces troubles obligent Nicolas II à faire des concessions. Le 18 août, il accepte la formation d’une assemblée, la Douma. Pour le tsar, cette assemblée doit aussi lui permettre de se réconcilier avec le peuple après le désastre de la guerre contre le Japon. Cette assemblée sera élue au suffrage indirect afin d’obtenir une majorité rurale et conservatrice : la peur des villes et des classes éclairées expliquent cette décision. En outre, cette Douma aura plus un rôle consultatif que législatif. Puis, le 30 octobre, le ministre Witte adresse un projet dans lequel il promet certaines libertés. Mais ces promesses ne seront pas tenues.
 
La première Douma est inaugurée le 27 avril 1906 par Nicolas II dans la salle du trône du palais d’Hiver et dans un faste grandiose. Mais l’assemblée est dissoute dès le 9 juillet pour avoir « outrepassé » ses compétences. Une seconde Douma est installée mais elle sera dissoute en 1907. Quant aux libertés promises, elles restent très limitées. La répression ne tarde pas à frapper les opposants et les mouvements révolutionnaires sont dispersés.
 
Ainsi, le régime tsariste est retombé dans l’autocratie : il s’est montré incapable de se réformer. C’est la guerre de 1914-1918 qui va précipiter sa chute.
 
 
 
 
 
Notes
(1) La guerre russo-japonaise de 1904-1905 a éclaté en raison de l’influence croissante de la Russie en Chine. Or, le Japon considérait la Corée comme un point de défense et pensait que cette influence russe constituerait une menace à long terme pour la Corée.
 
(2) Prêtre de l’Église orthodoxe.
 
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22 décembre 2004 3 22 /12 /décembre /2004 20:27
Le 16 décembre dernier, suite à de nouveaux combats, la Commission et le Parlement européens demandaient au Rwanda de retirer ses troupes du Kivu, région située dans la République démocratique du Congo (RDC). Ces événements s’inscrivent dans le cadre d’un affrontement qui dure depuis près de dix ans et qui résulte du génocide du Rwanda de 1994. Explications.
 
Le génocide de 1994 commença avec l’assassinat, le 6 avril, du président hutu du Rwanda Juvénal Habyarimana. Cet attentat déclencha des tueries qui visaient à exterminer les Tutsi. Mais de nombreux Hutu dits « modérés » furent également assassinés.
 
 
LA GUERRE AU RWANDA
 
 
Dès le 11 avril, le FPR, l’organisation fondée par les Tutsi qui avaient fui le Rwanda dans les pays voisins depuis les années 1960 (1), lança une offensive sur le pays et perpétra lui aussi des crimes. Effrayées, les populations hutu fuirent en masse au fur et à mesure de la progression du FPR. Les responsables du régime hutu ainsi que ses cardes administratifs firent de même. Au mois de juillet, un nouveau gouvernement fut établi : le FPR était au pouvoir et les Tutsi gouvernaient de nouveau.
 
Un gigantesque flot de réfugiés s’installa notamment au Zaïre, dirigé par Mobutu, dans la région du lac Kivu. Si la majorité d’entre eux étaient des civils, une partie était en revanche composée par les anciens membres des FAR (Forces armées rwandaises) et des anciennes milices qui avaient participé au génocide, ainsi que par les responsables des autorités locales qui avaient eux aussi contribué au massacre. Ces personnes-là utilisèrent les réfugiés comme boucliers pour pouvoir s’enfuir.
 
 
LES ONG ONT AIDÉ LES GÉNOCIDAIRES À LEUR INSU
 
 
Les camps de réfugiés se trouvèrent vite encadrés par les anciens cadres du régime hutu, c’est-à-dire ceux qui avaient participé au génocide. Or, ces personnes voulaient continuer la guerre contre le FPR et reconquérir le Rwanda. Ils firent donc tout pour faire perdurer le phénomène des réfugiés. Dans cette optique, les ONG, à leur insu, ont joué un grand rôle.
 
En effet, les organisations humanitaires, dans leur volonté de porter assistance aux victimes des guerres et autres catastrophes, se portèrent naturellement au secours des réfugiés du Kivu. Mais ces ONG méconnaissaient totalement les réalités de la région et, dans leur ignorance des faits, elles s’en remirent totalement à ceux qui dirigeaient les camps… c’est-à-dire aux anciennes FAR qui voulaient continuer la guerre. C’est ainsi qu’une partie des vivres destinés aux réfugiés servit en réalité aux autorités autoproclamées des camps pour acheter des armes. Dès lors, les camps de réfugiés devinrent des bases de départ pour des opérations commandos qui se mirent à semer la terreur dans l’ouest du Rwanda.
 
 
LE PROBLÈME HUTU-TUTSI TRANSPOSÉ AU ZAÏRE
 
 
La création de ces camps ne fit que transposer l’opposition Hutu-Tutsi au Zaïre. En effet, sur les hautes terres de la région du Kivu, vivaient les Tutsi banyamulenge. Ces derniers firent l’objet d’attaques de la part des Hutu zaïrois qui composaient les FAZ (Forces armées zaïroises), alliés aux anciennes FAR. En outre, pour compliquer encore la situation, dans la même région du Kivu, Mobutu abritait des maquis en lutte contre le régime tutsi d’Ouganda. Et la présence de ces Hutu armés inquiétait aussi le Burundi dont le pouvoir était lui aussi aux mains de Tutsi.
 
Le Kivu est donc une région où les tensions sont multiples. Le Rwanda forma les Banyamulenge qui purent se défendre. Ainsi, dans la nuit du 12 au 13 septembre 1996, alors qu’une colonne de FAZ et d’anciennes FAR progresse afin d’aller commettre de nouvelles exactions dans la région, elle est attaquée par les Banyamulenge qui prennent rapidement l’avantage. Les Hutu refluent dans le nord du Kivu. Les troupes du Rwanda, dans le même temps, avancent en direction des camps de réfugiés. Ceux-ci sont alors évacués par les anciens cadres du régime hutu tandis que les autres, qui n’ont rien à se reprocher, peuvent rentrer dans leur pays. Le Rwanda ne partira plus de la région.
 
 
LA LUTTE CONTRE LES HUTU : UN PRÉTEXTE
 
 
La guerre reprit en 1998. Le Zaïre était devenu la République démocratique du Congo (RDC) avec un pouvoir tutsi. Mais suite à des tensions entre ce pays et ses alliés tutsi, un conflit à l’échelle régionale éclata : il opposa d’un côté les trois pays tutsi que sont le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, et de l’autre la RDC et ses alliés. L’Afrique centrale se trouva totalement déstabilisée.
 
Un accord fut signé à Lusaka en 1999. Un autre, qui fut conclu le 30 juillet 2002, prévoyait que le Rwanda évacue la région du Kivu. Mais en 2004, ce dernier est toujours dans la région. D’où la montée de nouvelles tensions depuis quelques jours.
 
Paul Kagame, le président du Rwanda, justifie la présence de ses troupes dans le Kivu par le fait que les ex-FAR et les génocidaires hutu font planer une menace sur son régime. Cette explication ne tient pas la route puisque cela fait presque dix ans que l’armée rwandaise est dans la région. Or, elle constitue la meilleure armée d’Afrique : qui pourrait alors croire que d’excellents soldats puissent mettre autant de temps à se débarrasser des dernières poches de résistances hutu ? La pseudo menace hutu est un prétexte. En réalité, le Rwanda revendique la région du Kivu pour pouvoir s’étendre. Au-delà du fait que le Kivu est une zone riche, cette extension du Rwanda a surtout pour objectif de solutionner le problème de sa surpopulation.
 
Ainsi, les récents événements qui se sont déroulés dans le Kivu s’inscrivent dans la continuité de deux guerres qui, dans une certaine mesure, résultent du génocide du Rwanda.
 
 
 
 
 
Note
(1) C’est dans les années 1960 que les Hutu arrivèrent au pouvoir au Rwanda. Mais dès 1959, des massacres visant les Tutsi avaient obligé ces derniers à s’exiler. De nombreux tutsi quittèrent le Rwanda jusqu’en 1973.
 
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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 21:34
Lors des dernières élections présidentielles en France en 2002, dix pour cent des électeurs votèrent pour des candidats trotskistes. Pour comprendre ce qu’est le trotskisme, nous vous proposons ici les idées développées par Marc Lazar, spécialiste du communisme, dans un entretien qu’il avait accordé à la revue L’Histoire en mars 2004*.
 
La France s’est révélée très accueillante vis-à-vis du trotskisme. Et de nos jours, environ 10 % des électeurs votent pour des trotskistes. Quelques grandes questions peuvent être soulevées à partir de ce constat : qu’est-ce que le trotskisme ? Pourquoi est-il bien implanté en France ? Quels facteurs de division et d’unité trouve-t-on dans le trotskisme ? Que représente le trotskisme aujourd’hui ? C’est à toutes ces interrogations que nous nous proposons de répondre.
 
 
LA IVe INTERNATIONALE EST FONDÉE EN FRANCE
 
 
Il faut d’abord rappeler brièvement qui est Trotski. Né en 1879, il fut l’un des organisateurs de la révolution d’Octobre en 1917. Il occupa le poste de Commissaire du peuple à la Guerre de 1918 à 1925 et créa l’Armée rouge qu’il dirigea d’ailleurs entre 1918 et 1920, pendant la guerre civile.
 
Cet homme a effectué quatre séjours en France. Cela pourrait constituer un premier élément d’explication au fait que le trotskisme a beaucoup de succès en France. Le premier séjour eut lieu en 1902 mais il fut bref car, échappé de Sibérie, Trotski partit rejoindre Lénine à Londres. Le deuxième séjour s’effectua en 1902-1903. Le troisième fut nettement plus long : il dura de novembre 1914 à octobre 1916. Il revêt une importance particulière dans la mesure où il noue des liens avec des socialistes pacifistes, fermement hostiles à la guerre. Enfin, de juillet 1933 à juin 1935, son quatrième séjour lui offre l’occasion d’établir de nombreux contacts avec des syndicalistes, des intellectuels et ceux que l’on commence à appeler les « trotskistes ». Ainsi, ces voyages en France, surtout les deux derniers, furent déterminants dans l’émergence du trotskisme en France.
 
D’ailleurs, c’est en France que fut fondée la IVe Internationale, le 3 septembre 1938. Il faut savoir en effet que les ouvriers depuis le XIXe siècle essayaient de se regrouper dans des structures dépassant les frontières. La Ire Internationale vit le jour en 1864. La IIe fut fondée en 1889. La IIIe fut créée par Lénine : ce fut le Komintern, ou « Internationale communiste », qui soumettait les partis communistes nationaux à Moscou. Mais à partir des années 1930, en lutte contre Staline, Trotski comprit que pour être efficace il fallait fonder une autre organisation. Ce fut la IVe Internationale.
 
Et c’est de cette manière que l’on peut comprendre ce qu’est le trotskisme : selon Trotski, la « révolution » devait être mondiale et une doctrine devait être suivie, le léninisme. Ainsi, le trotskisme est un retour à un communisme qui aurait été trahi par Staline. Par conséquent, une double dimension caractérise le trotskisme : un projet de destruction du capitalisme et une critique de Staline. La France fut le laboratoire de l’élaboration de cette double ambition.
 
En France, le trotskisme connut quatre temps forts. D’abord dans les années 1930 : à cette époque, un certain nombre de personnes choisirent le trotskisme plutôt que le stalinisme. De plus, en 1934, les trotskistes, à la demande de Trotski, entrèrent à la SFIO avant d’en sortir en 1935, toujours d’après les consignes du « Vieux » (surnom donné à Trotski par ses amis). Ce fut la première période favorable au trotskisme.
 
Vint ensuite l’après-guerre, de 1945 à 1947. Au cours de cette période, les trotskistes exercèrent une influence certaine dans des entreprises ou lors des grèves. Ainsi, lors de la grève de Renault en 1947, le PCF fustigea ceux qu’il appelait « hitléro-trotskistes ».
 
Le troisième temps fort du trotskisme correspondit aux années 1960-1970. Les trotskistes parvinrent à exercer leur influence sur les étudiants et à orienter leurs revendications dans une direction empreinte du marxisme. Ce fut l’époque où Lionel Jospin était membre de l’OCI (Organisation communiste internationaliste).
 
Le dernier moment fort du trotskisme en France, remonte au milieu des années 1990. La participation du PCF au gouvernement de la « gauche plurielle » de 1997 à 2002, la décomposition de ce parti et un mécontentement social qui ne se satisfait plus des organisations syndicales traditionnelles pour exprimer ses revendications ont favorisé la résurgence du trotskisme.
 
 
CLIVAGES ET UNITÉ DU TROTSKISME
 
 
Une particularité du trotskisme est la multitude d’organisations existantes se réclamant de lui et qui se trouvent dans l’incapacité de s’unir. Cela vient d’abord du fait que les trotskistes ont placé et placent toujours les écrits de Trotski au centre de leurs réflexions. Si bien que des débats incessants ont lieu sur l’interprétation de la pensée du maître.
 
Ensuite, étant minoritaires, les trotskistes se trouvent dans une position qui les laisse à l’écart du réel. Par conséquent, ils n’ont de cesse de débattre de tel ou tel passage dans les écrits du « Vieux », ce qui ne favorise pas, une fois de plus, l’unité.
 
De surcroît, deux sujets de discussion n’ont cessé d’animer les trotskistes. Le premier concernait la nature de l’URSS : était-elle un État totalitaire ? Un État ouvrier dégénéré ? Le second grand débat portait sur la révolution mondiale : commençait-elle ? Par exemple, en 1936, Trotski croit qu’elle commence en Espagne. Puis c’est en Yougoslavie en 1947 que l’espoir renaît. Puis à Cuba en 1959. Puis en Algérie en 1962… À chacune de ces occasions, des débats interminables sont lancés pour savoir si ces événements annoncent le début de la révolution mondiale.
 
Les clivages dans le trotskisme se manifestent par exemple dans l’opposition entre la Lutte ouvrière (LO) d’Arlette Laguiller et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) d’Olivier Besancenot. La première revêt un caractère traditionnel, ouvrier, alors que la seconde se veut plus dans l’air du temps en quelque sorte en s’ouvrant au mouvement « altermondialiste » par exemple.
 
Malgré ces clivages, les différents courants trotskistes sont unis par plusieurs facteurs. Le premier facteur d’unité est Trotski lui-même : tous les trotskistes se réfèrent à lui et à ses grandes idées, à savoir la lutte contre le capitalisme et la critique du stalinisme. Tous les trotskistes croient en un idéal communiste.
 
Le deuxième facteur d’unité est bien sûr la révolution. Chaque groupe trotskiste ne prétend pas être le parti révolutionnaire mais cherchent à en former un. Deux stratégies s’offrent aux trotskistes : d’une part, ils travaillent à renforcer leur propre organisation ; d’autre part, lorsque le moment n’est pas favorable à cette première stratégie, ils agissent dans les partis ou à l’intérieur des syndicats : c’est l’« entrisme ». L’« entrisme » consiste pour les trotskistes à s’infiltrer dans des syndicats ou des associations pour y faire pénétrer leurs idées. Certains trotskistes se sont même spécialisés dans cette pratique : ce sont les « lambertistes », du nom de Pierre Lambert, membre d’organisations trotskistes et adhérent à Force ouvrière (FO). D’ailleurs, dans ce syndicat, l’influence du trotskisme sur Marc Blondel est indéniable.
 
Enfin, ce qui peut contribuer à l’unité du trotskisme est le fait qu’il constitue une structure d’accueil pour un certain nombre de personnes. D’abord pour ceux qui avaient rompu avec le PCF, le trotskisme est devenu en quelque sorte une bouée de sauvetage. Ensuite, il a accueilli une jeunesse opulente en révolte contre les inégalités sociales, contre le PCF et l’URSS, grande admiratrice de Che Guevara et adepte de la violence. Enfin, un certain nombre de juifs a adhéré au trotskisme parce que, déçus par Staline qui était antisémite, ils ont pensé que le trotskisme permettrait de régler le sort des juifs grâce à un communisme non trahi. Si des juifs ont adhéré au trotskisme c’est aussi parce que ce dernier leur rappelait leur condition : comme les juifs qui veulent se dissoudre dans le collectif, Trotski souhaitait ne former qu’un simple rouage dans la machine du PCUS.
 
Un communisme « vrai », non trahi par Staline, une révolution mondiale permanente et une structure d’accueil : telles sont les principales marques d’unité du trotskisme.
 
 
LA VICTOIRE DU TROTSKISME : LA DISTINCTION ENTRE COMMUNISME ET STALINISME
 
 
Le trotskisme de nos jours semble prêt à tout pour faire triompher la cause. Ainsi, en vertu du principe « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », les trotskistes entretiennent des liens avec certaines organisations islamistes. Leur complaisance vis-à-vis des islamistes s’explique par le fait que ceux-ci sont utiles à leur combat révolutionnaire. C’est pourquoi la LCR a approuvé la participation de Tariq Ramadan au Forum social européen de Paris à l’automne 2003.
 
Ensuite, les trotskistes répandent quelques préceptes simplistes qui leur permettent d’avoir une certaine audience. D’ailleurs, des enquêtes d’opinion ont montré qu’un certain nombre de personnes sont convaincues par ces théories. Quelles sont ces idées simplistes propagées par les trotskistes ? Il s’agit notamment de l’anticapitalisme, rebaptisé « anti-néolibéralisme », et de l’anti-impérialisme qu’on reconnaît dans l’antimondialisation ou « altermondialisation ».
 
Qui sont les militants et les électeurs trotskistes aujourd’hui ? Pour les premiers, il est difficile de le savoir pour LO. Quant à la LCR, nous savons que plus de la moitié de ses adhérents a moins de quarante ans, que beaucoup de membres sont enseignants ou fonctionnaires, mais qu’un certain nombre est aussi issu des couches populaires de la société. En ce qui concerne les électeurs, ceux de LO sont issus des catégories populaires tandis que ceux de la LCR proviennent d’un milieu plutôt urbain et ont un niveau d’études assez élevé.
 
Un trotskiste a la mémoire sélective : il retient de Trotski le chef de guerre, l’ennemi de Staline, sa victime aussi, la figure de l’intellectuel et le projet de révolution mondiale. Il préfère en revanche oublier que Trotski a aussi réprimé le soulèvement des marins soviétiques de Kronstadt en 1921, a créé l’Armée rouge, a préconisé la terreur rouge, a défendu la Tchéka (la police politique), et a défendu le terrorisme dans son ouvrage intitulé Terrorisme et communisme qui s’appellera ensuite Défense du communisme.
 
En dépit du fait que de nos jours le trotskisme n’a aucun avenir politique, il aura cependant remporté une grande victoire : celle de faire du communisme, en France, un lieu de mémoire positif, bien vu, malgré les crimes perpétrés par les communistes au pouvoir. En effet, les trotskistes, croyant au fait que le communisme est une excellente chose, ont réussi à imposer chez beaucoup de gens la distinction entre le stalinisme et le communisme. Un grand nombre d’intellectuels ont une vision trotskiste du stalinisme : Staline aurait été un parfait crétin qui aurait trahi une théorie bonne mis au point par Lénine et Trotski.
 
 
 
 
 
Note
* LAZAR, Marc (entretien), « Le trotskisme, une passion française », in L’Histoire, n° 285, mars 2004, pp. 75-85.
 
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15 octobre 2004 5 15 /10 /octobre /2004 21:28
Il y a soixante ans, en octobre 1944, un officier japonais invente, pour faire face à une situation militaire de plus en plus défavorable, les missions-suicides. Les kamikazes peuvent apparaître comme une sorte de samouraïs des temps modernes. Mais leur mort sera inutile.
 
En octobre 1944, cela fait trois ans que la guerre du Pacifique fait rage. Les Japonais ont dominé pendant longtemps. Après leur attaque surprise sur la base américaine de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, ils ont, en quelques mois, conquis Hong-Kong, Singapour, et les Philippines.
 
Mais depuis 1942 et leur première défaite navale, ils perdent du terrain. Les Américains reprennent les îles perdues. En octobre 1944, le commandant des forces aéronavales japonaises, l’amiral Onishi, sait que le Japon va perdre la guerre.
 
 
LE VENT DIVIN CONTRE L’INVASION AMÉRICAINE
 
 
Onishi veut retarder la défaite, et pour cela, il faut une nouvelle arme. Il invente alors les missions-suicides : des pilotes s’écraseront volontairement sur les navires ennemis. Ils piqueront sur leur cible avec leur avion chargé d’une bombe de 250 kg et à une vitesse d’environ 900 km/h.
 
L’amiral fait part de son idée aux pilotes japonais basés aux Philippines qui l’approuvent. Dès le lendemain, les « Unités spéciales d’attaque par choc corporel » sont créées. On surnommera les pilotes « kamikazes », ce qui signifie « vent divin ». C’est le nom donné par les Japonais au typhon qui, en 1281, détruisit la flotte mongole qui voulait débarquer au Japon.
 
En 1944, le rôle des kamikazes, comme ce typhon, est d’empêcher l’invasion américaine. Mais c’est aussi un moyen de mobiliser les Japonais contre l’ennemi. En effet, des membres du gouvernement sont prêts à négocier la paix avec les Etats-Unis. C’est inconcevable pour Onishi qui a trouvé un bon moyen de continuer la guerre.
 
 
LES NOUVEAUX SAMOURAÏS
 
 
Les kamikazes poursuivent une vieille tradition de mort volontaire, celle des guerriers japonais du Moyen Age, les samouraïs : pour eux, mourir pour leur maître est un honneur. Ainsi, dès l’annonce de la création des « Unités spéciales », les candidatures affluent. À tel point que le nombre de volontaires est supérieur à celui des avions disponibles. La plupart de ces candidats au suicide n’a pas vingt ans.
 
Avant d’embarquer, les pilotes, en compagnie de leur commandant, boivent une dernière coupe de saké, le vin de riz. Les consignes sont très claires : « Il n’est absolument pas question pour vous de rentrer vivants. Votre mission, c’est une mort certaine. Choisissez une mort qui donne le maximum de résultat. » La quantité d’essence dans l’avion des kamikazes ne permet qu’un simple aller en direction de la cible : ils ne peuvent pas rentrer. Avant de piquer sur son objectif, le pilote annonce par radio : « Je plonge… » Ce sont ses derniers mots.
 
 
EFFET DE SURPRISE POUR LES AMÉRICAINS
 
 
Dans un premier temps, les kamikazes sont très efficaces en raison de l’effet de surprise qui joue en leur faveur. En effet, les Américains, lorsqu’ils voient un appareil foncer au ras des flots ou piquer au-dessus d’eux, sont pris au dépourvus : ils ne savent pas comment réagir.
 
Mais rapidement, ils s’habituent à cette nouvelle forme d’attaque et parviennent à se défendre. Si bien que bientôt, une mission sur huit seulement réussit. Néanmoins, les escadrilles-suicides se multiplient. En dix mois, cinq mille kamikazes sont envoyés à la mort.
 
En vain. Les 6 et 9 août 1945, les Etats-Unis larguent la bombe atomique respectivement sur les villes d’Hiroshima et de Nagasaki. Le 15 août, le Japon renonce à continuer à se battre. L’acte de capitulation est signé le 2 septembre 1945 : la Seconde Guerre mondiale est terminée. Le « vent divin » n’a pas stoppé les Américains.
 
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1 octobre 2004 5 01 /10 /octobre /2004 21:22
Il y a cent ans, le 2 octobre 1904, un ordre écrit ordonnait l’extermination d’une tribu africaine, celle des Herero. Ainsi commençait le premier génocide du XXe siècle. Il annonçait par ses méthodes celui des Juifs par Hitler.
 
Le génocide des Herero par les Allemands n’est pas connu de l’opinion commune. Et pourtant, il est le premier du XXe siècle. En outre, par ses méthodes (camps de concentration) et par ses motivations (racistes), il annonçait le génocide des Juifs lors de la Seconde guerre mondiale. Cet événement a aussi fait l’objet d’une lecture que nous estimons pouvoir qualifier d’ambiguë par Bernard Lugan, professeur d’histoire africaine, dans son ouvrage intitulé Atlas historique de l’Afrique des origines à nos jours.
 
 
LE SOULEVÈMENT DES HERERO : UN PRÉTEXTE
 
 
En effet, à propos de cet épisode sombre de l’histoire coloniale allemande en Afrique, Bernard Lugan parle de la « révolte des Herero » et non de génocide.
 
Des Allemands se sont installés vers 1880 sur les côtes de l’actuelle Namibie. La découverte de diamants en Afrique du Sud a poussé un commerçant de Brême, Adolf Lüderitz, à signer deux contrats avec des chefs locaux en 1883. Bismarck en a alors profité en 1884 pour placer le territoire sous la protection du Reich.
 
Les populations étaient principalement constituées de deux tribus, herero et nama. Pour imposer l’ordre impérial, les Allemands jouent sur les rivalités entre tribus. L’occupation allemande entraîne l’hostilité des tribus africaines. La crainte des Allemands d’être confrontés à un soulèvement général de la population se précise, d’autant plus que le 12 janvier 1904, des Hereros se soulèvent en attaquant le poste d’Okahandja. Le prétexte est dès lors fourni aux Allemands pour éliminer une population gênante.
 
Or, concernant ce soulèvement, Bernard Lugan décrit, dans l’ouvrage cité plus haut, en détail, les actions menées par les Herero qui s’étaient montrés féroces. Et il ajoute : « La dureté de la répression allemande s’explique par ces atrocités » (page 153). On voit déjà dans ce cas que Lugan, insistant sur les atrocités commises par les Herero, tend quelque peu à « victimiser » les Allemands.
 
 
VON TROTHA MÈNE UNE GUERRE D’EXTERMINATION
 
 
Il ne mentionne pas un phénomène qui a son importance. En effet, à l’époque, le nationalisme allemand est à son comble. Or, ce nationalisme est basé sur la communauté de sol et de sang. La guerre contre les Herero devient alors une guerre essentiellement raciale : l’objectif n’est pas de soumettre économiquement l’ennemi pour l’exploiter mais tout simplement de l’éliminer.
 
Le général en chef Lothar von Trotha va mener une véritable guerre d’extermination. Le 11 août 1904, à la bataille de Hamakari, ce ne sont pas seulement entre cinq et six mille combattants herero qui sont exterminés, mais aussi vingt à trente mille civils.
 
Bernard Lugan écrit pour sa part que « l’Allemagne se lance à la reconquête de sa colonie » et que von Trotha « comprend que les Herero seront des adversaires sérieux et qu’ils vont tenter de refuser le combat pour se replier dans l’immensité steppique ». Quant à la bataille du 11 août, il n’évoque pas les massacres de civils.
 
Surtout, le 2 octobre 1904, von Trotha rédige un ordre d’extermination en ces termes : « Moi, le général des troupes allemandes, adresse cette lettre au peuple herero. Les Herero ne sont plus dorénavant des sujets allemands. Ils ont tué, volé, coupé des nez, des oreilles, et d’autres parties de soldats blessés […]. Je dis au peuple : quiconque nous livre un Herero recevra 1 000 marks. Celui qui me livrera Samuel Maherero [le chef de la révolte] recevra 5 000 marks. Tous les Herero doivent quitter le pays. S’ils ne le font pas, je les y forcerai avec mes grands canons. Tout Herero découvert dans les limites du territoire allemand, armé comme désarmé, avec ou sans bétail, sera abattu. Je n’accepte aucune femme ou enfant. Ils doivent partir ou mourir. Telle est ma décision pour le peuple Herero. » Aucun compromis n’est donc possible.
 
Les Herero, décimés, n’ont d’autre choix que de fuir dans le désert du Kalahari. Là, leur chance de survie sont minces car les Allemands ont empoisonné les principaux puits. À la saison des pluies, les patrouilles allemandes découvrent des squelettes autour de trous secs de douze à seize mètres de profondeur que les Hereros avaient creusé en vain pour trouver de l’eau. Trente mille Herero sont morts.
 
Or, Bernard Lugan écrit : « Pour éviter de se voir totalement pris au piège, [les Herero] s’enfuient vers […] le désert du Kalahari ». Il déclare aussi que von Trotha « décide de les maintenir dans le désert où il sait que leur bétail va disparaître ». Sans mentionner l’empoisonnement des puits. En outre, selon lui, l’ordre d’extermination du 2 octobre est destiné à faire comprendre à la tribu qu’elle ne doit attendre aucun « pardon ». Pas une seule fois les expressions « génocide » ou « guerre raciale » ne sont écrits.
 
 
« LE DÉBUT D’UNE GUERRE RACIALE » (VON TROTHA)
 
 
Pourtant, c’est bien d’un génocide qu’il s’agit : le 2 octobre, c’est bien un « ordre d’extermination » qui est rédigé. Surtout, von Trotha adresse le 4 octobre 1904 au chef d’état-major de l’armée allemande un courrier très explicite : « La nation herero devait être soit exterminée ou, dans l’hypothèse d’une impossibilité militaire, expulsée du territoire. […] J’ai donné l’ordre d’exécuter les prisonniers, de renvoyer les femmes et les enfants dans le désert. […] Le soulèvement est et reste le début d’une guerre raciale. »
 
La révolte est matée au début de 1905. L’ordre d’extermination est levé la même année. Mais les malheurs du peuple herero ne sont pas finis pour autant. Et Bernard Lugan ne mentionne pas un autre aspect de la lutte contre la tribu herero : la réduction en esclavage.
 
 
DES CAMPS DE CONCENTRATION
 
 
L’Allemagne s’engage alors en effet dans une politique d’esclavage. Désormais, tout Herero pris ne sera plus abattu mais réduit aux travaux forcés et marqué des lettres G.H. (Gefangene Herero, « Herero pris »).
 
Les survivants sont regroupés dans des camps de concentration. Les camps de concentration en eux-mêmes ne sont pas une nouveauté (les Espagnols et les Anglais en avaient déjà mis au point). Mais c’est la première fois qu’ils sont liés aux travaux forcés. Et c’est aussi la première fois qu’ils n’apparaissent pas dans un contexte militaire.
 
Ces camps de concentration sont caractérisés par une forte mortalité. Ainsi, la première année, le taux de mortalité dépasse les 50 % des Herero internés. C’est-à-dire que 7 862 personnes sont mortes.
 
Les Herero y subissent viols, coups de fouet, insultes. Les prisonniers sont déclarés « aptes » ou « non aptes ». On y pratique des expérimentations médicales. Tous ces éléments poussent à faire le parallèle avec les camps nazis.
 
En août 1906, suite à la pression de l’opposition parlementaire, les camps de concentration sont démantelés. Les survivants sont alors dispersés dans des fermes. Ils doivent porter au cou un disque de métal sur lequel est inscrit leur numéro de matricule.
 
En 1911, un recensement fait état de l’existence de 15 130 Herero. Ainsi, en sept ans, soixante quatre mille Hereros sont morts, ce qui représente près de quatre-vingt pour cent de la population d’origine.
 
Ce mois d’octobre est donc l’occasion de se souvenir du premier génocide du XXe siècle et de faire une mise au point claire de cette page sombre de la colonisation.
 
 
 
 
 
Bibliographie :
KOTEK, Joël, « Afrique : le génocide oublié des Hereros », in L’Histoire, n° 261, janvier 2002, pp. 88-92.
LUGAN, Bernard, Atlas historique de l’Afrique des origines à nos jours, éditions du Rocher, 2001.
 
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7 juillet 2004 3 07 /07 /juillet /2004 18:35
Le 5 juin dernier, le maire de Bègles Noël Mamère célébrait un mariage homosexuel. Le débat sur la place des homosexuels dans nos sociétés est relancé. Et il ne date pas d’hier : déjà au Moyen Age, l’homosexualité posait problème. Jacques le Goff retraçait, pour la revue L’Histoire, l’évolution de la réprobation sociale*.
 
Au Moyen Age, il n’y a pas de termes précis pour désigner l’homosexualité. Les mots « délicat », « efféminé » et « mollesse » sont flous. Quant à l’expression « sodomie », elle signifie à l’époque médiévale toutes les pratiques sexuelles qui ne visent pas à procréer – fellation, masturbation, coït interrompu, coït anal… – et qui ne se situent pas dans le cadre du mariage. C’est donc moins le sexe des partenaires qui importe qu’une série d’actes.
 
 
« LES EFFÉMINÉS N’HÉRITERONT PAS DU ROYAUME DE DIEU »
 
 
Cependant, les pratiques homosexuelles ont fait l’objet de condamnation de la part des théologiens. Dès les débuts du christianisme, l’interdit absolu est affirmé à propos des relations entre hommes et entre femmes.
 
Cette condamnation a trouvé plusieurs justifications. D’abord, l’homosexualité allait contre le dessein divin. Ensuite, elle était le contraire même de la Création. Enfin, elle tendait à remettre en cause les distinctions établies par Dieu, en particulier la distinction entre hommes et femmes.
 
Dans la Bible, plusieurs passages font référence à l’homosexualité. Ainsi, on peut lire dans le Lévitique : « Tu ne partageras pas ta couche avec un homme comme on le fait avec une femme, c’est une abomination » et « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une action abominable. Ils seront punis de mort : leur sang doit retomber sur eux ». Paul, dans son épître aux Corinthiens, déclare : « Ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés […] n’hériteront du royaume de Dieu. »
 
L’efficacité de ces interdits rencontre pourtant des problèmes. D’abord, la morale chrétienne doit s’adapter à des contextes culturels et sociaux et à des traditions précises. Cela conduit à faire la distinction entre le péché et le crime : la masturbation par exemple, est un péché du point de vue moral de l’Église mais elle n’est pas un crime dans la mesure où le droit et la paix publique ne sont pas remis en question. Ensuite, l’enseignement chrétien varie selon les personnes qui l’assurent. On trouve en effet parmi les ecclésiastiques aussi bien des laxistes que des rigoristes.
 
 
DANS CHAQUE CRÉATURE, UN PRINCIPE FÉMININ ET UN PRINCIPE MASCULIN
 
 
La pratique de l’homosexualité connaît, au fil du temps, une variation dans la réprobation sociale. D’abord un péché, elle devient ensuite un crime. L’évolution peut se découper en deux temps : du VIe au XIIe siècle, les autorités civiles interviennent peu dans le domaine des mœurs et des comportements sexuels, et l’Église fait preuve d’une relative tolérance ; à partir du XIIIe siècle, un renversement conduit à une période beaucoup plus intolérante.
 
Du VIe au XIIe siècle on observe une certaine indulgence à l’égard des homosexuels. Un passage de la « Vie du roi Robert » d’Helgaud de Fleury, datant de la première moitié du XIe siècle, reflète le climat mental de la période : le roi Hugues Capet, sur le chemin de la basilique Saint-Denis rencontre deux hommes se livrant à une « honteuse occupation ». Il leur jette son manteau puis, à la basilique, prie pour eux. Bien que le péché soit mortel, le rachat spirituel est donc possible. La vengeance divine n’intervient pas nécessairement immédiatement. Un autre exemple de la relative indulgence envers les homosexuels est à trouver au palais du temps de Charlemagne. La liberté des mœurs y est certaine et les poèmes d’Alcuin font état de sentiments homosexuels.
 
Cette relative tolérance vis-à-vis des homosexuels s’explique. Pour les théologiens, le sexe et la chair sont à mépriser car ils symbolisent la chute, la disgrâce. Dans le jardin d’Eden, la différence entre Adam et Ève n’existait pas vraiment dans la mesure où leur corps évoquait l’androgynie des anges. C’est pourquoi d’ailleurs il n’est pas rare de découvrir des représentations étranges : Jésus avec des mamelles, des hommes allaitant… On comprend aussi d’où vient l’invocation à « Jésus notre mère ». Toute une réflexion se développe et aboutit ainsi à l’idée que dans chaque créature cohabitent un principe féminin et un principe masculin.
 
Par conséquent, dans ce contexte, une largeur d’esprit envers un efféminé est possible. De plus, l’idée selon laquelle la nature est exigeante – et donc que tout ce qui peut aller contre est mauvais – n’est pas encore en vogue dans les esprits. Cela explique aussi la tolérance envers les homosexuels.
 
Cette tolérance a des limites qui sont difficiles à cerner. Certes, en Orient, eurent lieu des rituels d’union entre deux hommes dès les premiers siècles du christianisme. Des saints comme Philippe et Barthélémy ont exprimé des sentiments mutuels à la manière d’un couple. Mais on ne peut pas conclure quoi que ce soit sur l’Occident : aucune trace de ce type de rites n’y a été trouvée. En outre, ces unions entre personnes de même sexe officialisaient en fait souvent des alliances ou une fraternité.
 
De même, la littérature médiévale fournit des exemples de l’indulgence envers les homosexuels. Dans « Tristan et Iseult », le roi Marc dit à Tristan : « Pour l’amour de toi, je veux rester toute ma vie sans femme épousée. Si […] tu m’aimes comme je t’aime, nous vivrons heureusement notre vie ensemble ». Mais là encore, ce genre d’exemple est très isolé et il ne suggère pas forcément une union charnelle. La prudence s’impose donc.
 
 
LES CONDAMNATIONS VONT DE L’AMENDE AU BÛCHER
 
 
À la fin de ce premier Moyen Age de tolérance, un tournant se produit entre les années 1150 et les années 1250. Trois dynamiques contribuent à ce tournant qui va faire de l’homosexualité un crime.
 
La première dynamique réside dans la lutte contre les hérétiques qui refusent la chair et le monde. Ils rejettent aussi le mariage et la procréation. C’est alors que l’amalgame entre les hérétiques et les pratiques homosexuelles se fait. Ainsi, des hérétiques sont qualifiés de sodomites et des homosexuels accusés d’hérésie.
 
La deuxième dynamique émerge en réaction précisément aux hérésies. Les intellectuels catholiques travaillent à revaloriser la nature. La « Dame nature » devient une force supérieure contre laquelle lutter représente un crime. De cette façon se met en place l’antagonisme entre nature et contre-nature. Et les pratiques homosexuelles sont taxées de contre-nature.
 
Enfin, les échecs des croisés en Orient dans leur lutte contre les infidèles alimentent la troisième dynamique. Ils sont expliqués par le relâchement des mœurs. Celui-ci est lui-même causé, dit-on, par le contexte géographique : les musulmans sont présentés, à partir de la fin du XIIe siècle, comme des hommes à la sexualité débridée. Les homosexuels peuvent alors être considérés comme des « ennemis de l’intérieur ».
 
Le discours des théologiens sur les sodomites évoque le « vice innommable » se répandant « comme une lèpre immonde », corrompant l’air, entraînant la fuite des anges et aussi des démons. Le premier concile condamnant les sodomites a lieu à Naplouse, en Terre Sainte, en 1120. Le concile de Latran III en 1179 condamne la sodomie et prononce l’excommunication contre ceux qui se livrent à des actes contre-nature.
 
Les autorités civiles interviennent aussi. Les coutumes, qui sont alors en voie de rédaction, comportent toutes un article relatif aux sodomites. Dans de nombreuses villes, des statuts sont élaborés : ils entraînent des condamnations allant de l’amende au bûcher, en passant par la confiscation de biens, la flagellation ou la mutilation. La gradation des sanctions se fait en fonction de l’âge et du rôle – actif ou passif – de l’accusé. Néanmoins, jusqu’au XIVe siècle, le nombre de condamnations est peu élevé.
 
 
AU XIVe SIÈCLE, AGGRAVATION DE LA RÉPRESSION
 
 
À partir de cette date en revanche, on assiste à un contrôle beaucoup plus strict de la sodomie. Cette nouvelle inflexion dans la répression s’explique par le contexte. Le XIVe siècle voit la poussée des Turcs en Occident, la guerre de Cent Ans et la peste notamment. Face à ces difficultés, la société devient plus fragile et se révèle donc plus sensible aux déviances. Les clercs développent alors toute une réflexion ayant pour but d’enrayer le mal et se tournent donc vers tout ce qui peut être considéré comme tel. Jean Gerson déclare au début du XVe siècle : « Par ce péché qui crie à Dieu vengeance, viennent famines, guerres, mortalités et perditions de rois, royaumes et autres pestilences selon l’Écriture. »
 
La sodomie et la masturbation sont de plus en plus sévèrement condamnées. Des offices sont créés afin de surveiller les mœurs et de réprimer les actes sodomitiques. Ainsi, à Florence, sont institués en 1403 les Offices de l’honnêteté pour surveiller l’homosexualité des hommes. Des « tambours » apparaissent : ils consistent en des troncs où des lettres anonymes de dénonciation peuvent être déposées.
 
L’homosexualité féminine a suivi la même évolution que celle des hommes, d’une tolérance relative à une condamnation de plus en plus sévère. Les préjugés étaient les mêmes.
 
Cependant, l’intensification de la répression ne nous permet pas de savoir si l’homosexualité était un phénomène de grande ampleur. Si dans les archives judiciaires les cas de pratiques déviantes sont peu élevés, cela ne veut pas pour autant dire que l’homosexualité n’était pas répandue. Là encore, l’historien doit rester prudent.
 
 
 
 
 
Note
* LE GOFF, Jacques (entretien), « Les homosexuels hors la loi », in Les Collections de L’Histoire, n° 5, juin 1999.
 
 
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21 mai 2004 5 21 /05 /mai /2004 14:41
 Il y a 60 ans, le 6 juin 1944, la plus grande armada de tous les temps s’engageait dans l’opération Overlord.
 
En URSS, les troupes allemandes sont durement touchées par le terrible hiver 1941-1942. En Extrême-Orient, les Etats-Unis sont entrés en guerre après l’attaque des Japonais sur la base américaine de Pearl Harbor le 7 décembre 1941.
 
 
LE COSSAC ET LA CONFÉRENCE DE QUÉBEC
 
 
À la conférence de Washington qui se tient en janvier 1942, les Alliés doivent coordonner leur politique militaire. La nécessité d’ouvrir un second front à l’ouest pour soulager les troupes soviétiques est impérative. Cela obligerait les Allemands à prélever des troupes sur le front de l’est et donc à soulager les Soviétiques. Mais aucun accord précis n’est trouvé à la fin de la conférence. Cependant, les Américains pensent à un rassemblement de troupes en Grande-Bretagne baptisé Round-up (« rassemblement ») en vue d’une invasion de grande envergure de la France au début de 1943.
 
Le transport d’hommes d’Amérique vers l’Angleterre étant impossible – les sous-marins allemands contrôlent l’Atlantique –, Churchill propose un rassemblement des troupes alliées pour occuper les possessions françaises d’Afrique du Nord. L’opération est baptisée Torch.
 
Le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent à trois endroits : Alger, Oran et Casablanca. Les troupes de Vichy n’opposent qu’une faible résistance. L’opération est un succès total. Toujours est-il que les Alliés ont désormais un tremplin pour mener des assauts en Méditerranée contre les Allemands.
 
En janvier 1943, à la conférence de Casablanca, Eisenhower décide de préparer un assaut contre la Sicile. En outre, est créé un organisme qui est chargé d’examiner toutes les possibilités de débarquement en France. Cet organisme est placé sous le commandement du général major Frederick Morgan qui reçoit le titre de chef d’état-major du commandant en chef allié, ou COSSAC (« Chief of Staff to the Supreme Allied Commander »). Le COSSAC doit élaborer des plans pour une invasion de l’Europe baptisée Overlord (« Suzerain »).
 
Il faut déterminer le lieu du débarquement. Le Pas-de-Calais représente la route la plus courte. Mais les Allemands l’ont bien compris et ont renforcé le dispositif de défense. Après réflexion, c’est une zone entre Orne et la Vire, dans le Cotentin, qui est choisie. Le plan est approuvé en août 1943 à la conférence de Québec. Lors de cette même conférence, des discussions eurent lieu sur la stratégie à adopter en Méditerranée. L’idée d’un débarquement dans le Midi de la France fut également approuvée : l’opération qui reçoit le nom de code Anvil (« Enclume ») avait pour objectif de contraindre les Allemands à dégarnir leurs positions en Normandie.
 
 
LES TANKS FUNNY
 
 
Pour l’opération Overlord, sont mis au point des caissons en béton, baptisés Phœnix. Ils doivent, une fois assemblés, formés des quais. Le problème du ravitaillement en carburant est résolu par le projet Pluto : le nom signifie « pipe line under the ocean ». Un prototype de ce projet consiste en d’énormes tambours qui doivent dérouler la canalisation au fond de la mer pendant leur remorquage vers la France. En outre, des stations de pompage sont construites sur la côte sud de l’île de Wight.
 
Des chars spéciaux sont ainsi conçus pour faire face aux champs de mines, aux fossés anti-chars ou aux bunkers. Pour cela, Churchill fait appel à l’un des pionniers des blindés du génie, le général Percy Hobart. Ce dernier conçoit des engins spéciaux regroupés dans la 79e division blindée en 1943.
 
Les tanks Funny sont très variés. Le « Crocodile » par exemple est un char Churchill équipé d’un lance-flamme. Le « Crab » est un Sherman disposant d’un tambour rotatif auquel sont reliées des chaînes qui, en frappant le sol, doivent faire exploser les mines. Le « Robbin » a pour mission de dérouler un tapis de toile sur le sable mou. Le « Fascine » quant à lui est conçu pour combler les fossés anti-chars avec d’énormes fagots de bois.
 
En décembre 1943, Eisenhower est nommé commandant suprême de la force expéditionnaire, le SHAEF (« Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force »). Il a des adjoints : le maréchal de l’Air britannique Tedder est responsable de l’aviation alliée pour Overlord ; l’amiral Ramsay, qui a dirigé l’opération Torch, est chargé de la marine ; Montgomery est commandant en chef des forces terrestres. Bien que ce dernier soit un nerveux et un arrogant, il a une volonté infaillible de détruire l’ennemi.
 
Bolero est le nom de code de l’opération consistant au transport des troupes américaines en Angleterre. Il fait référence au Bolero de Ravel, morceau de musique basé sur un crescendo.
 
 
L’OPÉRATION FORTITUDE
 
 
L’opération d’intoxication qui vise à faire croire aux Allemands que le débarquement aura lieu dans le Pas-de-Calais est baptisée Fortitude.
 
La Luftwaffe, l’armée de l’air allemande, n’a pu effectué des vols qu’au-dessus du Kent. Dans cette région, les pilotes ont pu observer des engins de débarquement, des chars, des avions… en toile, en contre-plaqué ou en caoutchouc. Ces leurres ont été mis au point par des décorateurs de théâtre à qui on avait fait appel.
Une autre diversion consiste en la création d’un quartier général imaginaire confié à Patton. Le choix de ce général n’est pas un hasard : les Allemands savent qu’il est très combatif. Un faux trafic radio est instauré.
 
Le jour J sont prévus des convois de petits bateaux équipés de leurres radars qui permettront de simuler une puissante armada faisant route vers Dieppe.
 
L’opération Fortitude a aussi consisté en la collecte de renseignements sur la nature des obstacles installés sur les plages et sur la composition du sable. Une unité est mise en place, baptisée COPP (« Combined Operations Pilotage Parties »). Elle est formée d’hommes-grenouilles qui doivent débarquer silencieusement de petits sous-marins ou de canoës. Ces hommes-grenouilles effectuent un grand nombre de missions à partir de janvier 1944. Fin février, ces missions sont interrompues afin de ne pas éveiller l’attention sur cette zone en cas d’incident.
 
Dès janvier 1944, les comtés du sud de l’Angleterre sont transformés en un véritable camp militaire. Les grands paquebots Queen Mary et Queen Elisabeth, repeints en gris, transportent des milliers de GI’s. Déjà un million d’hommes se trouvent dans les camps de Devon, Dorset et Somerset. Les troupes anglaises se trouvent dans les comtés du sud et du sud-est avec les Canadiens.
 
Les hôtels et les écoles sont réquisitionnés. Les petits ports se voient encombrés d’innombrables engins de débarquement. Tout cela suppose une organisation très complexe et donc la mise en place d’une logistique préalable à l’invasion.
 
Un réseau de camps près des côtes forme des « zones de triage » qui doivent permettre d’embarquer chaque homme sur le bon navire et dans le bon port. Ces camps sont entourés de barbelés afin d’isoler les troupes d’assaut au moment des dernières consignes. D’énormes entrepôts sont construits, les ponts sont renforcés pour supporter le poids des blindés, et des centaines de kilomètres de rails sont posées. Des plans de chargement du matériel et des hommes sont élaborés dans la mesure où tout doit débarquer au moment et à l’endroit prévus.
 
 
L’ACTION DE LA RÉSISTANCE
 
 
En Normandie, deux forces sont en présence : les Allemands et la Résistance. Celle-ci doit prélever un maximum de renseignements. Certains font des croquis des plages où est prévu le débarquement, d’autres envoient des cartes postales de vacances des lieux concernés.
 
C’est le SOE anglais (« Special Operations Executive ») qui permet l’approvisionnement des maquis. Peu avant le jour J, le général Kœnig est nommé commandant des Forces françaises de l’intérieur (FFI) : son rôle est de coordonner les différentes factions de la Résistance. Les Alliés craignent qu’elles se battent entre elles plutôt que contre les Allemands.
 
La mission de la Résistance est de freiner par tous les moyens les mouvements de divisions blindées allemandes vers la zone de combat. C’est ce que prévoit le plan « Bibendum » adopté le 19 mai 1944. Des équipes appelées « Jedburgh » sont parachutées sur le sol français. Elles doivent armer les résistants et sont composées de deux instructeurs (anglais ou américains) et d’un opérateur radio ainsi que de plusieurs formations du SAS (« Special Air Service).
 
L’action des résistants se traduit par des sabotages de lignes de chemin de fer ou la démolition de ponts à l’explosif. Les lignes de téléphone sont coupées et parfois, des officiers allemands assassinés.
 
Les réseaux de résistants sont informés par des messages personnels diffusés sur les ondes de la BBC. Ces messages sont constitués de deux vers extraits d’un célèbre poème de Verlaine : « Les sanglots longs des violons de l’automne / Bercent mon cœur d’une langueur monotone ». Le premier vers signifie que l’invasion est imminente ; le second est le signal pour les résistants de passer à l’attaque.
 
 
DERNIERS PRÉPARATIFS
 
 
Dans les derniers jours du moi de mai, tous les véhicules reçoivent leur équipement d’insubmersibilité. Les armes subissent des essais de tirs, les denrées sont entreposées aux endroits prévus et les divisions de deuxième ligne sont prêtes à faire mouvement vers le sud. En revanche, un moment d’affolement se produit concernant les caissons Phœnix. En effet, ceux-ci ont été immergés dans l’eau afin que les Allemands ne les repèrent pas au cours de leurs reconnaissances. Or, au moment de les remonter à la surface, les pompes ne s’avèrent pas assez puissantes. C’est en faisant appel à des spécialistes que le désastre est évité.
 
Le 3 juin, deux sous-marins de classe X quittent le port de Portsmouh et se dirigent vers la côte normande. Ils vont se poser au fond de la mer et le jour de l’arrivée de l’armada, ils feront surface et actionneront leurs balises pour guider la flotte sur les zones de débarquement.
 
Le nom de code de l’opération navale est Neptune. Il est prévu que les premiers navires doivent appareiller le 1er juin. La flotte de Ramsay est composée de 137 vaisseaux de guerre, de 4 000 engins et péniches de débarquement, de 700 navires de soutien et de 900 cargos. Cinq formations d’assaut sont formées, une par plage. Cinq plages sont en effet prévues pour le débarquement : Utah Beach, Omaha Beach, Juno Beach, Gold Beach et Sword Beach. Chaque formation d’assaut est escortée par 6 cuirassés et 23 croiseurs de bataille.
 
Eisenhower exige plusieurs conditions pour l’opération Overlord : la traversée de la Manche doit se faire de nuit pour que l’obscurité cache l’importance de l’armada et sa destination ; la lune doit permettre les parachutages ; il faut quarante minutes de jour avant l’heure H pour parachever les bombardements préparatoires ; enfin, il faut attaquer à marée basse pour éliminer les obstacles avant que la mer ne les recouvre. Dans ces circonstances, le débarquement ne peut avoir lieu qu’entre le 5 et le 7 juin.
 
 
« OK, LET’S GO ! »
 
 
L’embarquement commence le 2 juin. Mais le 4, un ouragan s’abat sur les côtes sud de l’Angleterre. Au matin du 4, Eisenhower reporte donc l’opération de vingt-quatre heures. Dans la journée, Stagg, le chef des services météorologiques de la RAF, annonce une accalmie pour le 6. La dernière conférence météorologique a lieu le 5 juin à 3h30 et à son issue, Eisenhower lance son fameux « OK, let’s go ! »
 
Le 5 juin, les unités de la flotte d’assaut font mouvement. Chaque navire doit gagner le sud de l’île de Wight, dans un lieu baptisé Picadilly Circus. C’est à partir de cet endroit-là que les divers convois feront route vers la France. À bord des navires, les commandants ouvrent les enveloppes scellées qui contiennent les plans et les cartes avec leurs véritables objectifs. Mais le commando des FFL qui doit débarquer sur Sword Beach a déjà deviné sa destination. À la tombée du jour, les troupes aéroportées se dirigent vers les avions et les planeurs qui sont prêts à décoller.
 
Enfin, la dernière phase de l’opération Fortitude est enclenchée. Une flotille de vedettes remonte la Manche vers le nord en émettant des signaux radars pour simuler une puissante armada faisant route vers les plages de Dieppe et Boulogne.
 
L’opération Overlord commence par le parachutage de soldats qui ont des missions bien précises à remplir. Les parachutistes américains doivent isoler le Cotentin. Afin d’éviter la DCA allemande située près de Cherbourg, l’escadre aéroportée se dirige vers les îles anglo-normandes. Mais de nombreux pilotes sont perturbés par le feu des canons anti-aériens.
 
 
LES PARACHUTISTES PASSENT À L’ACTION
 
 
La 82e division aéroportée est parachutée à proximité de Sainte-Mère-Église. La 101e quant à elle a pour mission d’occuper le terrain au-delà des secteurs en retrait de Utah Beach pour prendre le contrôle des routes qui mènent à l’intérieur des terres et des ponts de Carentan. Mais beaucoup d’hommes, parachutés dans l’eau, se noient, entraînés par le poids de leur équipement. D’autres se retrouvent perdus dans la campagne.
 
Mais en même temps, la dispersion des troupes alliées provoque la confusion dans les états-majors allemands. De plus, les lignes de téléphone sont coupées par les résistants, ce qui empêche les Allemands d’avoir une image cohérente de la situation.
 
La 6e division britannique est parachutée à l’est de Caen. L’une des principales formations, composée de six planeurs, est engagée dans l’opération Pegasus Bridge : l’objectif est de prendre deux ponts situés sur l’Orne et le canal de Benouville. Les parachutistes parviennent à se disperser malgré une opposition sporadique. Les hommes du génie enlèvent les « asperges » de Rommel et les planeurs peuvent atterrir. Ceux-ci contiennent tout le matériel indispensable : jeeps, artillerie légère et armes lourdes d’infanterie.
 
La 21e division Panzer ne reçoit aucun ordre d’attaque à cause de la confusion semée dans les états-majors allemands. Mais le plus grand risque est constitué par les batteries d’artillerie côtière. L’une d’elles, celle de Merville, est l’objectif du bataillon anglais du lieutenant-colonel Otway. Les hommes sont parachutés à l’aveuglette, trop loin du bunker. Néanmoins, Otway, qui n’a pu rassembler autour de lui que cent cinquante hommes, décide de passer à l’attaque. Le bunker est investi mais au prix de lourdes pertes.
 
 
SUCCÈS À UTAH BEACH
 
 
À 5h du matin, les radars allemands détectent l’armada mais aucune alerte générale n’est donnée. Les cuirassés alliés prennent position et font feu sur leurs cibles : les batteries côtières ou les places fortes.
 
Au large, les cargos, qui transportaient le gros de l’infanterie, se positionnent pour permettre aux soldats d’embarquer sur les LSC (« Landing support crafts »). En tête, progressent les LCM (« landing crafts mechanized ») sur lesquels se trouvent des observateurs d’artillerie qui doivent diriger les tirs sur les défenses allemandes. Puis viennent les chars DD (duplex drive) qui sont des Sherman dotés d’une double hélice à l’arrière et d’une « jupe » en caoutchouc pour pouvoir flotter. Ensuite viennent les LCT (landing crafts tank) qui transportent les blindés spéciaux.
 
À Utah Beach, zone de débarquement américaine, 30 000 hommes et 3 500 véhicules doivent débarquer. Ils sont précédés par deux escadrons de chars DD qui ouvrent le feu sur les Allemands. Derrière, les premières vagues de la 4e division d’infanterie parviennent jusqu’aux dunes et ne rencontrent qu’une faible résistance de la part des Allemands.
 
Tout de suite, le génie s’active à débarrasser la plage de ses obstacles. La tête de pont est vite renforcée par l’arrivée de tanks, d’artillerie et d’un régiment d’infanterie. Vers 13h, la liaison est réalisée avec les éléments de la 101e division aéroportée. La tête de pont est consolidée à la tombée de la nuit.
 
 
« OMAHA LA SANGLANTE »
 
 
En ce qui concerne Omaha Beach, les nouvelles sont plus inquiétantes. La plage, longue d’environ cinq kilomètres, s’étend au pied de hautes falaises. Devant, un mur de béton de trois mètres de haut est renforcé par des blockhaus abritant des canons de 88 millimètres. En outre, les tires d’artillerie marine étant gênés par la fumée des explosions et par les nuages bas, les défenses allemandes restent intactes.
 
Les régiments d’assaut de la 1re division d’infanterie américaine sont contraints de passer à l’attaque sans l’appui des blindés. Deux escadrons de chars DD sont mis à l’eau à six kilomètres du rivage mais l’un d’eux, jugeant la situation trop risquée, décide d’abandonner. Deux tanks seulement sur les vingt-neuf qui composent l’autre escadron parviennent sur le rivage. Les autres chars ont coulé ou se sont échoués sur un banc de sable trop éloigné d’Omaha.
 
Des petits groupes d’hommes réussissent à gagner le mur de béton mais beaucoup d’officiers sont hors de combat. Quant aux vagues successives de matériel et d’hommes, elles abordent une plage obstruée de véhicules, ce qui les empêche de continuer.
 
La situation est tellement grave sur Bloody Omaha (« Omaha la Sanglante »), que le général Bradley, qui commande la Ire armée américaine, envisage le repli. Mais le courage et l’instinct de survie des soldats américains permettent à ceux-ci de renverser la situation. À la fin de la journée, après beaucoup de difficultés, la Big Red One (surnom de la 1re division) s’engage dans les routes intérieures.
 
En marge de la bataille livrée sur la plage d’Omaha, les rangers américains attaquent la pointe du Hoc avec mission d’éliminer la batterie d’artillerie se trouvant au sommet d’une falaise de trente mètre de haut. Malgré un feu nourri des Allemands, les soldats, à l’aide de grappins, escaladent la falaise et parviennent au sommet. Là, ils découvrent des casemates vides. En réalité, les canons n’ont jamais été montés et gisent en pièces détachées dans un champ. L’attaque contre la pointe du Hoc a retardé l’élargissement de la tête de pont d’Omaha, ce qui oblige les soldats à tenir la position pendant deux jours avant d’être relevés.
 
 
LES ANGLAIS SUR LES PLAGES DE SWORD ET GOLD
 
 
À Gold Beach, la 50e division Northumberland et la 8e brigade blindée ont pour mission de prendre Arromanches où doit être assemblé un port artificiel. Les chars DD ne peuvent pas être mis à l’eau à cause de la tempête et ils sont débarqués tout de suite derrière l’infanterie d’assaut. De plus, un vent violent pousse la marée montante qui recouvre les obstacles plus tôt que prévu et de nombreux engins de débarquement sont endommagés. Néanmoins, la bataille est gagnée avec l’aide des blindés spéciaux.
 
Sur la plage de Sword Beach, ce sont la 3e division anglaise et plusieurs unités dont un commando de FFL commandés par Kieffer qui débarquent. Leur mission : ouvrir la voie sur Ouistreham et porter secours à la 6e division aéroportée qui est en difficulté sur le pont de l’Orne. L’infanterie ainsi que les blindés spéciaux et les tanks DD attaquent les villas fortifiées et les neutralisent. C’es Kieffer qui, avec ses hommes, envahit le casino fortifié avec deux chars et en chasse les défenseurs. Des soldats progressent sur les ponts de l’Orne où ils se retrouvent engagés dans la bataille contre la 21e division Panzer.
 
 
JUNO BEACH : PLAGE CANADIENNE
 
 
La 3e division canadienne débarque à Juno Beach. Un problème non négligeable est posé sur cette plage par la présence de récifs. L’assaut ne peut être donné que lorsque la marée sera haute et qu’elle recouvrira donc la plupart des obstacles. Ainsi, de nombreux engins de débarquement sautent sur les mines.
 
De plus, l’infanterie débarque sans l’appui des chars DD qui n’ont pas pu être mis à l’eau à cause de la mer déchaînée. Les Allemands arrosent les soldats d’un feu nourri. Enfin, la plage est encombrée par les engins de débarquement.
 
Mais des unités parviennent à progresser à l’intérieur et dans la soirée, elles établissent une solide tête de pont après avoir fait leur jonction avec le 30e corps venu de Gold Beach.
 
 
LE MUR DE L’ATLANTIQUE EST ENFONCÉ MAIS TOUS LES OBJECTIFS NE SONT PAS ATTEINTS
 
 
Vers midi, le mur de l’Atlantique a été enfoncé, même si la situation est précaire au niveau de certains points d’appui, en particulier à Omaha Beach. Mais le calendrier de débarquement des unités suivantes est perturbé par le mauvais temps et le retard pris pour dégager des sorties.
 
L’armée allemande n’a pas su résister pour plusieurs raisons. D’abord, la complexité des communications a empêché la prise de décision au moment crucial. Ensuite, elle a perdu beaucoup de temps à lancer des contre-attaques contre l’armada fantôme au nord. Von Rundstedt, comme le Haut commandement de la Wehrmacht, pensait que le débarquement en Normandie n’était qu’une diversion. Deux divisions blindées étaient stationnées en Normandie mais elles ne pouvaient faire mouvement que sur l’ordre personnel de Hitler. Or, celui-ci dormait à Berchtesgaden. Enfin, la 21e Panzer, qui n’a reçu aucun ordre dans un premier temps, s’est vue ensuite donner des ordres contradictoires.
 
L’état-major allié peut se féliciter d’avoir subi des pertes bien inférieures à ce qu’il avait prévu. Au soir du 6 juin 1944, sur les cinq plages, ont été débarqués 130 000 hommes en plus des 22 000 parachutistes. Seulement 9 500 hommes sont été perdus.
 
Cependant, tous les objectifs n’ont pas été atteints. En particulier à Caen, qui est toujours aux Allemands. De même, l’aérodrome de Carpiquet situé à l’ouest de la ville, est farouchement défendu par la 716e division d’infanterie allemande renforcée par les éléments de tête de la 21e Panzer. Les Canadiens mettront un mois pour le prendre. Enfin, la situation à Omaha Beach est précaire : le point d’appui qui est large de moins d’un kilomètre provoque de graves soucis.
 
 
 
 
 
Pour en savoir plus :
Livres :
KEMP, Anthony, 6 juin 1944. Le débarquement en Normandie, Paris, Gallimard, 1994.
« 6 juin 1944 : opération Overlord », in L’Histoire, n° 287, mai 2004.
 
 
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27 mars 2004 6 27 /03 /mars /2004 12:36
Nouveau chantier à Versailles 1Au mois d’octobre 2003 a été lancé un chantier de restauration du château de Versailles. Le coût total s’élève à 390 millions d’euros. Le chantier devrait durer dix-sept ans. Mais sous Louis XIV, Versailles était un chantier permanent : il a fallu plus de cinquante ans pour édifier la demeure du Roi-Soleil.
 
Le site du château de Versailles n’est pas propice, à première vue, à un édifice qui doit refléter la gloire d’un Roi-Soleil. Ce sont des marécages qui se situent dans un lieu venté. Et pourtant, en 1624, Louis XIII achète un ensemble de terrains pour y construire un relais de chasse dans les années 1630. Car Versailles est aussi un endroit où le gibier est abondant.
 
 
TROIS CAMPAGNES DE CONSTRUCTION
 
 
Ce relais de chasse a une forme en U. Il est constitué d’un corps de logis central, de deux ailes et est flanqué de pavillons à ses angles. Il est construit en brique, pierre et ardoise.
 
En 1661, Louis XIV décide de réaménager Versailles. Il fait appel à Le Vau, Hardouin-Mansart, Le Nôtre et Le Brun. Trois campagnes de construction ont lieu : de 1661 à 1668 ; de 1668 à 1678 ; de 1678 à 1688.
 
Dans la première campagne, Le Vau fait édifier deux ailes, l’une pour les domestiques, l’autre pour les écuries. Mais elles ne sont pas raccordées au Château-Vieux (le Château-Vieux désigne le relais de chasse construit par Louis XIII).
 
Lors de la deuxième campagne, des bâtiments formant une enveloppe autour du Château-Vieux sont édifiés : pour Louis XIV, le fait de conserver le relais de chasse de son père doit marquer la continuité dynastique.
 
Enfin, lors de la troisième campagne, où Jules Hardouin-Mansart remplace Le Vau, Versailles est transformé en véritable siège du pouvoir royal. La Galerie des Glaces est créée à cette époque. Deux ailes, les ailes des ministres, sont construites aussi.
 
 
LE PROTOTYPE DU CLASSICISME À LA FRANÇAISE
 
 
Versailles est le prototype du classicisme à la française. La grande innovation réside dans la disparition des toitures : les bâtiments ont des toits plats. Sur les façades, les lignes horizontales dominent : côté jardin par exemple, les deux niveaux sont bien distincts. Le premier a ses murs en refends et percés d’arcades. Le second est composé de travées bien soulignées par des pilastres. Au-dessus se trouve un étage d’attique, lui-même surmonté d’une balustrade scandée par des statues. Cette domination des lignes horizontales contribue à simplifier l’architecture et donc à rendre celle-ci plus magistrale.
 Nouveau chantier à Versailles 2
Néanmoins, la façade est animée par des avant-corps se trouvant au milieu et aux extrémités des bâtiments. Mais les avant-corps situés aux extrémités sont plus avancés que celui du centre : cela donne un effet ondulatoire à la façade.
 
 
LES JARDINS
 
 
Les jardins sont visibles de la Galerie des Glaces. Des bassins y sont aménagés : le bassin de Latone et le bassin d’Apollon notamment. Le bassin de Latone montre la mère d’Apollon et de Diane protégeant ses enfants des paysans lygures qu’elle transforme en crapauds. Il symbolise peut-être la reine-mère protégeant ses enfants durant la Fronde de leurs adversaires.
 
Les jardins suivent un axe est-ouest qui est le parcours du soleil. Le thème du soleil est donc lié au jardin. Le Roi-Soleil, caractérisé par la fermeté, l’équité et la justice, est à l’image du soleil dont le parcours est invariable, toujours le même dans le ciel.
 
 
LE DECOR INTERIEUR
 
 
On observe une gradation des décors à l’intérieur. L’entrée se fait par un escalier magistral, l’escalier des Ambassadeurs. Puis vient une série de salons : le salon de l’Abondance a un décor simple, celui du salon de Vénus est un peu plus chargé. Viennent ensuite le salon de Diane, le salon de Mars, le salon de Mercure et le salon de la Guerre.
 
Nouveau chantier à Versailles 3Après ce salon, on entre dans la Galerie des Glaces. Elle mesure soixante-seize mètres de long. L’idée de Jules Hardouin-Mansart était de démultiplier l’espace : en face de chaque fenêtre est ainsi placée une glace, ce qui contribue à augmenter la luminosité.
 
À ces glaces s’ajoutent les boiseries, le marbre et les lustres qui décorent la Galerie. Quant au programme iconographique, il est conçu pour célébrer la gloire de Louis XIV.
 
Prenons un seul exemple : « Le Roi gouverne par lui-même » est une des grandes peintures de la voûte de la Galerie. Elle a été exécutée par Charles Le Brun. Louis XIV est représenté entouré de figures allégoriques et mythologiques. Il est revêtu d’une cuirasse à l’antique. Il a sa main posée sur le timon d’un navire : il est le seul maître du vaisseau de l’Etat. Il se détourne des déesses et des amours qui se trouvent à ses côtés et tend son autre main vers une femme assise sur un nuage, qui symbolise la Gloire et qui lui tend une couronne d’étoiles.
 
 
LA CHAPELLE
 
 
Nouveau chantier à Versailles 4La chapelle du château de Versailles a été construite à partir de 1698. Elle a été consacrée en 1710. Elle compte trois niveaux. Au rez-de-chaussée se trouvent des ouvertures petites aux arcs surbaissés. Au premier étage de grandes baies surmontées d’arcs en plein cintre sont encadrées par des pilastres corinthiens. Enfin, la toiture – le troisième niveau –, rappelle l’art gothique : elle est pentue et appuyée par des contreforts.
 
L’élévation à l’intérieur de la chapelle est à deux niveaux : des arcades supportent une colonnade. Ces deux niveaux reflètent la hiérarchie sociale puisque les nobles assistent à la messe dans le niveau inférieur tandis que le roi et la reine se trouvent au niveau supérieur.

Le roi, lorsqu’il assiste à la messe se trouve juste en face d’une voûte en cul-de-four sur laquelle est représentée une Résurrection, œuvre du peintre La Fosse. Louis XIV apparaît ainsi comme un nouveau messie.
 
 
 
 
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22 novembre 2003 6 22 /11 /novembre /2003 09:17
L'art gothique un art de la lumièreL'architecture gothique a eu un but : faire entrer le plus de lumière dans les cathédrales. Mais les innovations techniques avaient pour origine un changement de spiritualité. LIRE LA SUITE
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