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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 14:58

 


Des événements survenus récemment ont amené « les » Roms sur le devant de la scène médiatique. « Les » entre guillemets tant le cliché des nomades, accessoirement voleurs pour certains d’entre eux est réducteur : dans le monde, seuls 4 à 5 % des Roms sont nomades... L’actualité nous offre l’occasion de tracer, à gros traits, l’évolution de la présence rom en France depuis le XVe siècle.


 

Les Roms en France un aperçu historiqueSuite aux incident survenus à Saint-Aignan au mois de juillet, où des actes de vandalisme ont eu lieu après la mort d’un Rom qui avait forcé un barrage de gendarmerie, le président de la République Nicolas Sarkozy a annoncé, quelques jours plus tard, la tenue d’une réunion concernant le comportement de certains d’entre eux. L’opposition et différentes associations ont dénoncé une attitude raciste visant à faire des Roms des boucs-émissaires. Nous n’avons aucune opinion à émettre sur ce sujet, mais l’occasion nous est donnée de rappeler l’histoire des Roms en France, ces personnes considérées trop facilement et à tort le plus souvent, comme des « gens du voyage ». Les deux tiers d’entre eux ne sont pas nomades…

 

 

De qui parle-t-on ?

 

 

Tsiganes, Roms, « Gens du voyage », Manouches, Romanichels, Bohémiens, Gitans, Hongrois, et même Égyptiens ! Le vocabulaire utilisé pour les désigner est varié. Dès lors, s’impose l’explication de quelques uns de ces termes. Tsiganes, manouches, Bohémiens, etc. … sont des exonymes, c’est-à-dire des termes utilisés par des personnes extérieures au groupe qu’elles désignent ainsi. Tsiganes est péjoratif dans plusieurs pays. Il vient de la formulation byzantine gens cinganorum, qui a donné Zingari en italien ou Zigeuner en allemand. Les Gitans sont les Roms du sud de la France et de la péninsule Ibérique. Le terme Égyptiens utilisé en France au XVe siècle vient peut-être de la confusion faite à l’époque entre les Roms et des formations militaires venues d’Égypte qui avaient transité dans les Balkans au IVe siècle. On les appelle parfois aussi Bohémiens en référence aux lettres de protection qu’ils reçurent des rois de Bohême. Quant à l’expression « gens du voyage », elle a été inventée par l’administration française pour désigner les personnes pratiquant une activité économique ambulante. Dans les médias et le langage courant, elle sert à désigner les Tsiganes, mais en réalité elle ne s’applique que partiellement à eux.

 

Le terme Rom, lui, est un endonyme. C’est celui que les intéressés eux-mêmes utilisent pour se nommer. En langue romani, il signifie « personne », « homme ». Romanitschels signifie, en langue romani, « peuple tsigane » : c’est ainsi que les Roms se présentaient au XIXe siècle. Pour ces raisons que nous avons évoquées, nous préférerons donc employer le terme de Roms plutôt que celui de Tsiganes.

 

Les origines des Roms sont indiennes. Les causes et les dates du départ de cette population d’Inde sont mal connues. Toujours est-il qu’elle a migré en se séparant en trois groupes distincts : les Domani se sont dirigés vers l’Égypte, le Liban et la Syrie actuels ; les Lomani se sont installés dans les régions arménophones : et les Roms, ont migré en Europe. Ces derniers parlent une langue, le romani, qui est une langue indo-européenne qui se décline en plusieurs dialectes.

 

 

Bien accueillis par les habitants, parrainés par des nobles...

 

 

Les premières mentions des Roms en France, dans les chroniques locales, datent du XVe siècle et parlent de « Bohémiens » ou d’« Égyptiens ». Leur présence est attestée dès 1419 à Mâcon et dès 1427 à Paris. Ils sont bien accueillis par les habitants, en raison notamment des activités économiques qu’ils exercent, le plus souvent musiciens, chaudronniers, vanniers, dresseurs... La chronique du Bourgeois de Paris de 1427 évoque l’arrivée d’une centaine de personnes menées par un « duc de Petite Égypte », des hommes montés sur des chevaux et des femmes marchant pieds nus.

 

Aux XVIe et XVIIe siècles la présence des Roms est renforcée parce qu’ils offrent leurs services aux nobles et aux rois. Ils forment en effet des compagnies d’hommes armés, accompagnés de leurs familles. Les rois François Ier, Henri II et Henri IV accordent des lettres de protection aux capitaines de Bohémiens et à leurs « compagnies de petite Égypte ». Ils peuvent circuler librement dans tout le royaume. Les seigneurs catholiques et protestants font aussi appel à ces mercenaires. L’allégeance à un seigneur est marquée par le parrainage d’un enfant rom. Ainsi, Philippe Hurault, conseiller du roi, et sa fille, deviennent les parrain et marraine, le 2 novembre 1595, d’une certaine Marie, fille de Charles Henry qui est de « nation égyptienne ». Dès cette époque, des familles roms sont implantées en France : les Cavalier, les La Fleur, les Duville…

 

En temps de paix, les Roms ne sont cependant pas si bien acceptés. Plusieurs ordonnances sont rendues contre eux pour les expulser hors du royaume. L’opinion savante voit d’un mauvais œil la proximité, la familiarité même, que les « Bohémiens » ont avec les nobles. Le métier de diseuse de bonne aventure – la fameuse Bohémienne – est quant à lui jugé très défavorablement par l’Église parce qu’il offre l’occasion de manipuler un peuple crédule. Dans l’ensemble, les Roms apparaissent comme un agrégat de gens peu recommandables, de brigands, de vagabonds et de mauvais pauvres.

 

Louis XIV, dans l’idée de pacifier sa noblesse et limiter le vagabondage, prend des décisions à caractère répressif contre les Roms. En 1666, il ordonne que les Bohémiens de sexe masculin soient envoyés aux galères. Surtout, l’ordonnance du 11 juillet 1682 stipule qu’afin de « purger le royaume » de « cette engeance malfaisante », les Bohémiens soient envoyés aux galères et les femmes et leurs enfants à l’hospice. À la fin du XVIIIe siècle, les compagnies de Roms ont été définitivement dispersées.

 

 

Grande vague de migration au XIXe siècle

 

 

Mais les Roms n’ont pas disparu pour autant. Au début du XIXe siècle, on les voit bien intégrés dans l’économie populaire rurale, sans pour autant se fondre complètement dans la population. Ils sont toujours montreurs d’ours, diseuses de bonne aventure, chaudronniers, étameurs, et constituent un truchement important entre le marché urbain et les campagnes les plus reculées. Beaucoup sont de nationalité française. Il faut savoir aussi que, comme partout en Europe, ils ont adopté très tôt la religion dominante, en l’occurrence le catholicisme.

 

Les années 1850 et 1860 voient une seconde grande vague d’immigration. Ces Roms viennent pour beaucoup d’entre eux de Roumanie où, après cinq siècles d’esclavage, ils ont été libérés en 1856, de l’empire austro-hongrois, de Russie et de Pologne où l’ont pratique des politiques tsiganes qui ont pour effet de les refouler, mais aussi d’Allemagne, de Scandinavie et d’Italie. C’est de ce dernier pays d’ailleurs que viennent les ancêtres de la fameuse famille Bouglione. En 1895, un recensement général de tous les « Bohémiens et nomades » est effectué : sur les 40 000 personnes itinérantes recensées, on compte quelques milliers de Roms, français et occidentaux.

 

L’opinion rurale est toutefois méfiante et alimente le soupçon pesant sur les Roms, présentés comme des voleurs, des brigands, des maraudeurs. Le thème du vol d’enfants est même une obsession. Mais à chaque fois qu’une enquête est lancée sur ce sujet, elle se termine le plus souvent par un non-lieu.

 

 

Internés pendant la Seconde Guerre mondiale

 

 

Au début du XXe siècle la multiplication des rapports de gendarmerie, la transmission des informations administratives facilitée par l’usage du télégraphe et les récits publiés dans la presse donnent l’illusion d’un grand nombre de Roms affluant ou vivant en France. Change alors le système de surveillance : du contrôle de la circulation, on passe au fichage des familles. Ainsi, la loi du 16 juillet 1912 adopte un système de fiches fondé sur l’anthropométrie : les « nomades », c’est-à-dire les Bohémiens français, sont enregistrés systématiquement. Dans l’entre-deux-guerres, la réglementation se renforce encore. Cinq documents existent concernant les Roms, en plus de leur carte nationale d’identité. D’abord, un carnet individuel fournissant un signalement anthropométrique. Une notice individuelle, reprenant les mêmes renseignements, ensuite, est gardée par les préfectures. Un carnet collectif est détenu par le chef de groupe ou de famille. Une notice collective est destinée à chaque préfecture. Enfin, un numéro de plaque spécifique est attribué au véhicule. D’autre part, les enfants de 5 à 13 ans doivent aussi avoir une notice particulière. Tous ces papiers doivent être visés par les autorités à chaque déplacement d’une commune à l’autre. Il faut avoir à l’esprit que ces mesures s’appliquent à des Français, c’est-à-dire des personnes payant l’impôt et effectuant leur service militaire en France.

 

Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, les Roms sont suspectés. Le 6 avril 1940, ils sont placés en résidence surveillée. Puis la France est occupée par les Allemands. Et c’est un ordre allemand qui transforme cette surveillance en internement permanent. En novembre, les Allemands ordonnent l’expulsion des Roms des zones côtières, stratégiques. Des camps d’internement sont ainsi créés en France pour les Roms, dont 90 % d’entre eux sont français. Six mille hommes, femmes et enfants sont ainsi enfermés. Par exemple, dans les pays de la Loire, on peut citer le camp de Montreuil-Bellay. Ensuite, les nazis se désintéressent complètement d’eux. Les Roms internés sont abandonnées de tous, sauf de quelques uns. Les conditions déplorables d’internement ont causé la mort de beaucoup de personnes, notamment des enfants.

 

Le 16 décembre 1942, un décret d’Himmler, Auschwitz Erlass, ordonne l’élimination des Roms de la Grande Allemagne. Or, les départements du Nord et du Pas-de-Calais, dépendants de Bruxelles qui appartient au commandement militaire allemand, sont concernés par ce décret. C’est ainsi que dans ces deux départements, les Roms sont raflés et déportés vers Auschwitz-Birkenau le 15 janvier 1944. À la Libération, les Roms sont peu à peu libérés des camps d’internement : il faut attendre 1946 pour que les derniers en sortent.

 

 

250 000 Roms en France

 

 

Après la guerre, c’est l’indifférence vis-à-vis des Roms qui domine. La réglementation des concernant est assouplie en 1969 : à cette date en effet, le carnet anthropométrique est supprimé et remplacé par un livret de circulation, moins discriminatoire. Des mesure plus positives sont prises encore plus tard comme par exemple la loi Besson de 1990 qui impose aux communes de plus de cinq mille habitants à aménager une aire de stationnement.

 

Aujourd’hui, en France, on dénombre environ 250 000 Roms dont un tiers seulement est nomade, un autre tiers est semi-itinérant et le dernier tiers sédentaire. On est loin du cliché misérabiliste que l’on peut en avoir et du voleur de poules : la majorité est bien intégrée, les enfants suivent une scolarité normale, notamment grâce aux cours par correspondance, et, de ce fait, n’attirent pas l’attention sur eux. Les principales activités économiques dans lesquelles ils exercent sont l’artisanat, la vente d’objets d’occasion et le recyclage, le spectacle de rue entre autres. Cependant, comme la loi les y oblige, ils doivent disposer d’un livret de circulation, même s’ils ne circulent que très peu dans le cadre de leur profession.

 

Le peuple rom, comme partout dans le monde d’ailleurs, a une identité caractérisée par l’absence d’un territoire, une langue commune, des réseaux de solidarité très forts – la famille est l’unité de base et est placée au-dessus de tout – et une histoire commune de persécutions subies. N’oublions pas non plus sa richesse culturelle, que ce soit dans le domaine du spectacle – Django Reinhardt a créé le jazz manouche et le cirque Bouglione est très connu –, de la littérature ou de la peinture.

 

 

 

Chronologie

 

XVe siècle : premières mentions de la présence des Roms en France. Ils sont bien reçus par les habitants.

 XVIe-XVIIe siècles : Les Roms servent de compagnies armées aux nobles et aux rois. Mais en temps de paix, ils sont frappés d’ostracisme et sont victimes de préjugés et de mépris de la part d’une certaine partie de la population.

1666 : Louis XIV ordonne que tous les Roms de sexe masculin soient arrêtés et envoyés aux galères sans procès.

11 juillet 1682 : ordonnance de Louis XIV qui condamne les Bohémiens aux galères et les Bohémiennes et leurs enfants à l’hospice.

Fin XVIIIe siècle : dispersion définitive des compagnies de Roms.

Années 1850-1860 : seconde grande vague de migrations roms en France.

1895 : premier recensement de tous les « Bohémiens et nomades » vivant en France.

16 juillet 1912 : instauration d’un carnet anthropométrique. La surveillance sera encore renforcée par d’autres mesures prises avant et après la Première Guerre mondiale.

6 avril 1940 : les Roms sont placés en résidence surveillée.

4 octobre 1940 : les Allemands ordonnent l’internement des Roms. Des camps sont créés pour les accueillir. Au total, pendant la guerre, ce sont 6 000 personnes qui seront placées dans ces camps.

Novembre 1940 : les Roms sont expulsés des zones côtières par les Allemands.

16 décembre 1942 : par le décret Auschwitz Erlass, Himmler décide de la déportation des Roms hors du territoire du Grand Reich à Auschwitz-Birkenau. En conséquence, ceux situés dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, sous l’autorité du commandement militaire allemand de Bruxelles, sont déportés.

1946 : les dernières familles roms qui avaient été internées pendant la guerre sont libérées de leurs camps d’internement.

1969 : le carnet anthropométrique instauré en 1912 est supprimé et remplacé par un livret de circulation.

1990 : loi Besson obligeant les communes de plus de 5 000 habitants à la construction d’une aire destinée à accueillir les Roms.

2010 : on compte environ 250 000 Roms en France dont un tiers seulement est nomade.

 

 

 

 

 

 Aller plus loin :

ASSÉO, Henriette, Les Tsiganes, une destinée européenne, Paris, Gallimard, « Découvertes », rééd. 2006.

ASSÉO, Henriette, « L’odyssée des Tsiganes », in Les Collections de l’Histoire, avril 2009, n° 43, pp. 6-15.

ASSÉO, Henriette, « L’autre génocide », in Les Collections de l’Histoire, avril 2009, n° 43, pp. 16-17.

ASSÉO, Henriette, « 10 millions de Roms », in Les Collections de l’Histoire, avril 2009, n° 43, pp. 18-21.

FILHOL, Emmanuel et HUBERT, Marie-Christine (dir.), L’internement des Tsiganes en France, Paris, Perrin, 2009.

HUBERT, Marie-Christine, PESCHANSKI, Denis et PHILIPPON, Emmanuel, Les Tsiganes en France, 1939-1946, contrôle et exclusion, Paris, C.N.R.S., Institut d’Histoire du Temps présent, 1994.

DE VAUX DE FOLETIER, François, Les Tsiganes en France au XIXe siècle, Paris, Lattès, 1981.

 

 

Source de l’illustration.

 

 

 

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Published by Ahlcene Ollin - dans Actu
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