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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 11:04

En février 1848, le peuple de Paris renverse la Monarchie de Juillet. La IIe République est ainsi née d’une révolution. Pourtant, quatre ans plus tard, une nouvelle Constitution instaure un régime autoritaire qui deviendra le Second Empire. Comment expliquer cet échec ?

 

Le 24 février 1848, la France entre en République. Trois ans plus tard, un coup d’Etat renverse les institutions de cette éphémère IIe République qui meurt officiellement le 2 décembre 1852 quand l’Empire est proclamé. La IIe République a donc échoué à s’installer durablement en France.

 

 

La révolution et la stabilisation du régime

 

 

La IIe République est née à la faveur de plusieurs crises. En 1847, de mauvaises récoltes provoquent une flambée des prix et des émeutes de la faim. Cette crise se diffuse ensuite dans la manufacture et se traduit par une augmentation du chômage. À cela s’ajoute une crise du crédit qui met en difficultés de grandes entreprises, en particulier les compagnies ferroviaires. Une troisième crise, morale, affecte directement la monarchie de juillet parce qu’elle s’exprime par des affaires concernant le personnel politique, à l’image des anciens ministres Teste et Cubières, accusés de concussion.

 

Le régime est remis en cause par la petite et moyenne bourgeoisie qui est exclue du jeu politique en raison de l’existence d’un cens électoral, et par un mouvement ouvrier qui fait de plus en plus entendre ses revendications. Les différentes tendances de l’opposition, des monarchistes aux républicains – légitimistes exclus –, défendent alors l’idée d’un abaissement du cens électoral. Or, comme le régime interdit les réunions, les leaders politiques organisent des banquets qui offrent, grâce aux toasts, l’occasion d’exprimer des opinions politiques. Cette campagne des banquets débute à l’été 1847. Mais elle n’est pas suffisante et le gouvernement interdit le banquet qui doit se tenir à Paris le 22 février 1848.

 

Or, le 22 février, une poignée d’étudiants et de meneurs manifestent contre l’interdiction du banquet. En soirée, des troubles ont lieu et commencent à s’étendre. Le lendemain, les troupes se montrent peu enthousiastes à rétablir l’ordre. Le roi fait appel à la Garde nationale mais celle-ci, composée de boutiquiers, d’artisans, de membres de la bourgeoisie, est hostile à la Monarchie de Juillet. Au soir du 23, des manifestants conspuent Guizot. Les soldats présents tirent dans la foule et tuent 13 personnes. Paris se couvre alors de barricades. Les troupes sont mises en échec par les insurgés et le roi Louis-Philippe abdique le 24 février : le même jour, la République est proclamée à l’Hôtel de Ville. Un gouvernement provisoire est formé, essentiellement composé de républicains modérés et de bourgeois. Mais le socialiste Louis Blanc et l’ouvrier Albert en font partie.

 

Les premières mesures du gouvernement provisoire traduisent la volonté de s’inscrire dans la lignée de la Révolution française tout en en rejetant les épisodes les plus sombres, comme la Terreur. Le 26 février, la peine de mort est abolie et une déclaration de paix au monde est faite. L’esclavage est aboli. La République se veut humaniste et fraternelle. Le suffrage universel masculin est instauré : de 250 000, on passe à neuf millions d’électeurs. Des mesures d’ordre social sont prises : ainsi sont créés les ateliers nationaux qui doivent occuper à des travaux publics les personnes sans travail qui sont rémunérées à un niveau presque aussi élevé que celui du marché. La journée de travail est limitée à dix heures à Paris et onze heures en province. Une Commission, présidée par Louis Blanc et qui réunit à la fois des représentants des ouvriers et des patrons parisiens, doit arbitrer les conflits et améliorer le sort des salariés. Elle siège au palais du Luxembourg, et pour cette raison on l’appelle parfois Commission du Luxembourg.

 

Paris a, comme en 1789, comme en 1830, entraîné la France entière avec elle. La province aussi s’installe en République avec le remplacement des préfets de la monarchie par des « commissaires de la République ».

 

Dès le mois de février, des mouvements de grève ont lieu pour demander une amélioration des conditions de travail notamment. Mais la crise perdure et même s’aggrave avec un déséquilibre du budget, l’effondrement de la bourse. La petite bourgeoisie attribue cette crise à la République ouvrière.

 

Face à la gravité de la crise et à la pression du mouvement ouvrier, le gouvernement cherche une solution dans les élections de l’Assemblée constituante. Le 17 mars, cent mille ouvriers manifestent à Paris pour demander le report des élections car ils craignent que le verdict des urnes n’aille pas dans leur sens. L’extrême gauche craint le suffrage universel « ignorant » qui risque de porter au pouvoir une majorité hostile à la République sociale. Les élections sont reportées du 9 au 23 avril. Mais ce n’est pas suffisant. Le 16 avril, de nouvelles manifestations demandent l’ajournement des élections mais cette fois, la revendication n’est pas satisfaite.

 

Les élections se déroulent donc comme prévu, les 23 et 24 avril 1848. Le taux de participation s’élève à 84 %. Une majorité de notables bourgeois est élue. L’assemblée élue se réunit le 4 mai. Elle proclame une nouvelle fois, de manière symbolique, la République, et désigne une nouvelle Commission exécutive amputée de son aile socialiste. Le suffrage universel s’est orienté vers le conservatisme.

 

À partir de ce moment, un clivage important s’est créé entre, d’une part, le conservatisme et la prudence de l’Assemblée et, d’autre part, les aspirations sociales et révolutionnaires du peuple parisien. Le 15 mai, une manifestation organisée par des clubs tente de renverser le gouvernement. Des leaders socialistes comme Albert, Blanc ou Raspail sont arrêtés. La Commission du Luxembourg est supprimée, les clubs dissous.

 

Par ailleurs, les ateliers nationaux sont peu utiles car ils n’effectuent que des travaux de terrassement, et très coûteux pour un gouvernement en proie aux difficultés financières. En outre, pour les patrons, ils constituent une concurrence rude pour les salaires en baisse. Aussi, le 21 juin, l’Assemblée demande à la Commission exécutive la suppression de ces ateliers et la dispersion des ouvriers sur les chantiers de province. Pour ceux-ci, les ateliers sont leur dernière chance dans un contexte économique et social difficile. Aussi, l’annonce de cette décision provoque une insurrection des ouvriers, soutenus par la Garde nationale. Comme en février, Paris se couvre de barricades. Le général Cavaignac, le nouveau ministre de la Guerre, entreprend, à la tête de 5 000 soldats, la reconquête de la capitale. Une bataille de rue s’engage, du 23 au 26 juin. Le bilan est terrible : plusieurs milliers d’insurgés sont tués, 1 500 sont exécutés sommairement et 11 000 jetés en prison.

 

Jusqu’à la fin de 1848, Cavaignac se voit confier le pouvoir exécutif. C’est un républicain modéré. La gauche et le reste des socialistes s’organisent autour de Ledru-Rollin dans une « solidarité républicaine ». Des lois répressives contre la presse, les réunions et les clubs sont votées. Par ailleurs, sont poursuivies les réformes visant à doter la République d’institutions solides. Le principe de la séparation des pouvoirs est bien ancré : le pouvoir législatif doit être détenu par une Assemblée législative unique élue au suffrage universel, l’Exécutif sera aux mains d’un président, lui aussi élu au suffrage universel, qui sera à la fois chef d’Etat et de gouvernement. Il ne pourra pas dissoudre l’Assemblée et ne pourra pas être réélu après son mandat qui doit durer quatre ans. La Constitution est votée est votée le 4 novembre 1848.

 

À la fin de l’année 1848, la France peut croire que son régime est stabilisé : les institutions sont prêtes à fonctionner et la menace socialiste a été écartée. Pourtant, trois ans plus tard, elle sera assassinée par le président lui-même… Pourquoi ?

 

 

La présidence de Louis-Napoléon Bonaparte et le parti de l’Ordre

 

 

Les élections présidentielles doivent avoir lieu en décembre. Cavaignac, Ledru-Rollin, Raspail et Lamartine se présentent leur candidature. Mais un puissant courant conservateur, le parti de l’Ordre, composé des monarchistes et des républicains modérés, apporte son soutien au neveu de Napoléon Ier, Louis-Napoléon Bonaparte, connu pour ses idées sociales. Les chefs de la droite pensent pouvoir le manipuler à leur guise. Ce en quoi ils se trompent lourdement. Le 10 décembre, Bonaparte recueille 74,2 % des suffrages. Ce triomphe s’explique par l’appui qu’il a reçu des notables et par le ralliement massif de la paysannerie qui voit la crise empirer dans les campagnes et la République incapable de la combattre.

 

Viennent ensuite les élections législatives, le 13 mai 1849. Deux camps s’affrontent : à droite, légitimistes, orléanistes et républicains modérés ont pour objectif la défense de la propriété, de l’ordre et de la religion ; à gauche, les républicains forment le courant démocratique, seul à tenir. Le résultat voit une victoire du parti de l’Ordre (53 % des suffrages) mais une poussée du courant démocratique (35 %). D’ailleurs, dans les semaines qui suivent, les idées « démoc-soc » progressent en province.

 

Cela n’empêche pas le parti de l’Ordre d’appliquer son programme qui souhaite un retour à l’ordre et améliorer le sort des classes souffrantes. Ainsi, plusieurs lois sociales sont votées : le 18 juin 1850, la loi qui crée une Caisse nationale des retraites ; le 15 juillet 1850, la loi qui fait des sociétés de secours mutuel des « établissements d’utilité publique » ; la loi du 7 août 1851 qui oblige les hôpitaux urbains à accueillir les ruraux.

 

Dans le domaine éducatif, la loi Falloux du 15 mars 1850 s’explique par la volonté de réformer un enseignement qui, selon la droite, est responsable de la persistance de l’esprit révolutionnaire. La loi Falloux donne la possibilité d’ouvrir librement une école. Rapidement se développent les écoles de l’Église.

 

Néanmoins, l’esprit contestataire existe toujours comme en témoigne les progrès de la gauche lors des élections complémentaires. Ainsi, le 10 mars 1850, 21 nouveaux députés de la gauche sont élus à l’Assemblée. Le pouvoir est tenté alors de remettre en cause le suffrage universel. Le 31 mai 1850, une loi stipule que tout électeur doit être domicilié depuis trois ans au moins dans le canton, ce qui revient à écarter les citoyens les plus pauvres qui sont des migrants temporaires et constituent un tiers de l’électorat.

 

La gauche s’est profondément réorganisée depuis l’automne 1848, et elle essaie de rallier les paysans à ses idées. Son programme en mai 1849 mêlait déjà la défense du suffrage universel, des grandes libertés, l’abolition des dettes et des droits sur les boissons, la promotion de l’enseignement gratuit et obligatoire, une fiscalité progressive et la nationalisation des grands services publics. Des journaux sont diffusés, comme Le Bien du peuple, La Feuille du village, mais aussi des almanachs et des chansons politiques… Deux gauches apparaissent, l’une qui privilégie l’action légaliste, l’autre qui aspire à une action violente dans la clandestinité.

 

 

La fin de la République

 

 

Louis-Napoléon Bonaparte ne s’est jamais confondu avec la majorité conservatrice. Ses idées sociales, le lustre de l’héritage napoléonien le distinguent du parti de l’Ordre. Il trouve alors l’occasion de jouer son propre jeu par les divisions des deux camps : la gauche est agitée par le débat sur l’opportunité ou non d’une insurrection, et la droite est composée des deux branches irréconciliables du royalisme, l’orléanisme et le légitimisme.

 

Un courant en faveur du prince-président émerge alors, qui se veut à la fois l’avocat du peuple et qui préconise un pouvoir fort. Un « parti de l’Élysée » se constitue avec, notamment, les principaux chefs de l’armée. Au printemps 1851, une campagne révisionniste est lancée afin de modifier la Constitution, laquelle empêche Louis-Napoléon de briguer un second mandat.  Cette campagne est soutenue par de nombreux notables qui craignent le vide politique à la fin du mandat du président en 1852, voire le renversement de la République par un pouvoir populaire et violent. Mais en juillet, la majorité requise pour la modification de la Constitution ne peut être obtenue en raison de la résistance des orléanistes et des légitimistes qui souhaitent, eux, un retour à la monarchie, et non la République.

 

C’est dans ce contexte que les classes dirigeantes sont décidées à écarter l’échéance inquiétante de 1852. Louis-Napoléon Bonaparte s’appuie sur un petit groupe de fidèles dont Morny est la clef de voûte avec Saint-Arnaud, commandant de la région militaire de Paris, Rouher et Maupas, préfet de police. L’action doit avoir lieu le 2 décembre 1851, jour anniversaire du sacre de Napoléon Ier et de la victoire d’Austerlitz.

 

Ce jour-là, le Palais-Bourbon, où siège l’Assemblée, est occupé par la troupe. Les chefs républicains et les chefs orléanistes susceptibles de contester sont mis en état d’arrestation. Un décret dissout l’Assemblée et le plein suffrage universel est rétabli. Le peuple est convoqué pour le 21 décembre afin d’approuver les décisions prises et de donner au président les pouvoirs de modifier la Constitution.

 

Quelques députés font appel aux ouvriers pour contrer le coup d’Etat mais seulement un millier d’entre eux répondent. Dans leur esprit, la République est morte en juin 1848. Cela n’empêche pas qu’il y ait des affrontements sur les barricades. La résistance vient donc surtout de la province qui a acquis un poids politique nouveau depuis 1848. Une vingtaine de départements ruraux se mobilisent dans le Centre et le Sud-Ouest en particulier. Des colonnes se forment, de violents et sanglants incidents ont lieu. Des villes passent aux mains des insurgés et sont à reconquérir.

 

Mais la majorité des républicains n’a pas bougé. Par ailleurs, l’armée reprend le contrôle de la situation. La répression est très dure, des milliers de républicains sont condamnés à la prison ou à la déportation. Les 21 et 22 décembre, plus de 7 millions de Français votent « oui » au maintien de Louis-Napoléon Bonaparte et à l’établissement d’une nouvelle Constitution qui doit assurer la pérennité du coup de force.

 

Cette dernière est promulguée le 14 janvier 1852. En novembre de la même année, un référendum est organisé pour savoir si les Français approuvent « le rétablissement de la dignité impériale ». Sept millions de « oui » sortent des urnes. La France entre pour dix-huit ans dans le Second Empire. Il faudra encore l’épreuve de la guerre contre l’Allemagne, la Commune et la menace très réelle d’une restauration de la monarchie avant que la France ne s’enracine durablement dans une nouvelle République, la IIIe.

 

 

 

 

 

Aller plus loin :

AGULHON, Maurice, Les Quarante-Huitards, Paris, Gallimard-Julliard, 1975.

AGULHON, Maurice, 1848 ou l’Apprentissage de la République (1848-1852), Paris, Le Seuil, « Points histoire », 1992.

APRILE, Sylvie, HUARD, Raymond et MOLLIER, Jean-Yves, La révolution de 1848 en France et en Europe, Paris, Éditions sociales, 1998.

DAUTRY, Jean, 1848 et la Seconde République, Paris, Éditions d’Hier et d’Aujourd’hui, 1948.

DÉMIER, Francis, La France du XIXe siècle. 1814-1914, Paris, Le Seuil, « Points histoire », 2000.

GIRARD, Louis, La Deuxième République (1848-1851), Paris, Calmann-Lévy, 1968.

GIRARD, Louis, La Deuxième République et le Second Empire, 1848-1870, Paris, Hachette, « Nouvelle histoire de Paris », 1981.

VIGIER, Philippe, La Seconde République, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1988.

VIGIER, Philippe, 1848. Les Français et la République, Paris, Hachette, 1998.

 

 

 

Illustration de l’article.

 

 

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Published by Ahlcene Ollin - dans Analyse
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commentaires

Dakov 18/11/2010 22:17


Merci pour cet article et l'éclaircissement qu'il apporte sur l'échec de la 2ème République. J'aimerais juste corriger une faute à l'annonce du plan
« « « Le 24 février 1848, la France entre en République. Trois ans plus tard, un coup d’Etat renverse les institutions de cette éphémère IIe République qui meurt officiellement le 2 décembre 1852*
quand l’Empire est proclamé » » »
* le 2 décembre 1851


Thucydide 16/12/2012 11:29



Merci pour votre commentaire.
En ce qui concerne votre objection, peut-être m'avez-vous mal compris : lorsque j'écris "trois ans plus tard un coup d'Etat renverse", je voulais bien signifier la date du 2 décembre 1851.
L'Empire est bel et bien proclamé un an plus tard, le 2 décembre 1852.