Lundi 3 septembre 2007
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La peinture romane est caractérisée par le hiératisme. Elle utilise tous les supports : statues, panneaux de bois, murs, enluminures… La variété des supports implique donc une
différence de styles dans la mesure où on ne peint pas de la même manière sur du parchemin et sur du bois par exemple.
Avant de s’intéresser à l’enluminure et à la peinture sur supports rigides, il convient d’examiner les buts et les
fondements de la peinture romane.
La peinture : un rôle didactique
La question s’est posée de savoir si on pouvait représenter la religion. En effet, le christianisme a succédé au
paganisme. Or, celui-ci était notamment caractérisé par l’adoration d’idoles. Le risque, pour les nouveaux convertis, était qu’ils croient que Dieu se trouvait dans la peinture alors qu’il ne
s’agissait que d’une simple représentation.
Le pape Grégoire le Grand (590-614) trancha la question en affirmant le rôle didactique de la peinture : « La
peinture est pour les illettrés ce que l’écriture est pour ceux qui savent lire » déclara-t-il. Mais les peintures se trouvent souvent dans des manuscrits, non consultés par les
analphabètes, ou sont trop hautes dans les églises pour êtres vues. L’aspect didactique n’est pas le seul. La peinture a aussi un objectif ornemental : elle doit faire chatoyer les
édifices.
La peinture romane, afin de remplir les deux buts que l’on vient de mentionner – didactique et ornemental –, réutilise
l’héritage des siècles précédents. Deux tendances se retrouvent en effet dans la peinture romane : l’art paléochrétien et l’art germanique. Le premier consiste en un art didactique. Or,
quand on enseigne, il faut simplifier les choses afin qu’elles soient mieux assimilées. Par conséquent, les représentations figurées seront toujours simplifiées. Aucun décor n’est représenté et
les détails sont peu nombreux. Les relations entre les personnages ne sont pas suggérées et on préfère représenter ces derniers de face, comme un aide-mémoire.
Le second héritage de l’art roman est l’art germanique. Celui-ci se traduit par un art abstrait, non figuratif. Il
multiplie les entrelacs et les représentations stylisées de végétaux. C’est donc un art décoratif, ornemental. On saisit bien comment les deux tendances artistiques permettent de remplir les deux
grands buts de la peinture romane.
L’enluminure obéit à des règles précises
L’enluminure constitue la peinture sur manuscrit. Les images sont subordonnées au texte. Or, la majorité des livres à
l’époque romane sont d’ordre religieux. De grand format, ils servent à la lecture collective. Souvent, ce sont des bibles mais il peut aussi s’agir de psautiers. Par conséquent, la peinture
romane sur manuscrit est religieuse. Étant donné qu’elles sont subordonnées au texte, les images remplissent la fonction d’articulation entre les parties du texte. Elles se trouvent dans la page
de titre, qu’on appelle le frontispice, et dans les lettrines.
Lorsque l’image se situe dans le frontispice, elle se trouve dans un cadre rectangulaire, celui de la page. Mais la
composition peut varier : parfois on a affaire à une reproduction en pleine page ou alors à deux enluminures superposées qui donnent un effet de miroir. Enfin, la page peut être séparée en
bandes superposées afin de former un récit.
L’autre cadre de l’enluminure est la lettrine : il s’agit d’une initiale ornée. L’artiste peut se voir à la fois
contraint et beaucoup plus libre. Contraint parce qu’il doit respecter la forme de la lettre ; libéré car il n’est plus confronté au cadre imposé par la page. Toujours est-il que souvent,
c’est l’auteur du texte qui est représenté un volumen à la main. Ou bien c’est un extrait de l’ouvrage qui est représenté.
Le style traduit les deux buts de la peinture romane : orner et enseigner. L’idée étant d’illuminer un texte sacré –
le verbe « illuminer » vient du latin illuminare –, l’artiste fait proliférer les couleurs vives pour rendre le manuscrit chatoyant. Les entrelacs figurent des motifs végétaux
stylisées : c’est le décor en rinceau et palmettes. Les rinceaux consistent en des tiges de plante stylisées qui s’emmêlent et les palmettes en des feuilles stylisées.
L’aspect didactique se manifeste dans l’importante codification de l’enluminure. Celle-ci obéit en effet à des règles
très précises afin que l’image puisse avoir une valeur d’enseignement. Ainsi, les artistes possèdent des carnets de modèle pour pouvoir représenter toujours de la même façon selon des conventions
précises ce qu’ils veulent. Par exemple, pour symboliser le pli d’un vêtement qui retombe par-dessus la ceinture d’un personnage, l’enlumineur peint un ventre en amande. De même, il existe une
grammaire des gestes pour que les images soient compréhensibles tout de suite, sans paroles. Un index horizontal signifie que le personnage se livre à une explication ou une argumentation. Un
doigt en diagonale traduit un geste d’autorité, un ordre. Un personnage ouvre les mains : c’est un signe d’acceptation. Les mains croisées sur la poitrine expriment une émotion
profonde.
Un style diversifié
La peinture sur supports rigides, la peinture murale et sur panneaux de bois comme les parements d’autels notamment, est
proche de l’enluminure par certains aspects : la grammaire des gestes, la volonté de faire chatoyer les édifices… En revanche, le didactisme est moins marqué. La peinture située dans les
églises utilise des symboles qu’un fidèle de base ne peut pas comprendre sans le biais de la prédication. Par conséquent, la peinture murale jour plus le rôle d’un aide-mémoire.
Le style de la peinture murale est diversifié dans la mesure où l’artiste doit s’adapter au support, au relief du mur.
Les thèmes sont aussi fonction de l’endroit où ils sont peints. Ainsi, les voûtes en cul-de-four des absides se prêtent à une composition centrée : on y figure donc généralement un Christ ou
une vierge Marie en majesté, dans une mandorle [1]. Autour, sont disposés des personnages dont la taille traduit leur importance : par exemple Dieu est représenté plus grand que les apôtres.
À Berzé-la-Ville, en Saône-et-Loire, la voûte en cul-de-four du prieuré est ornée d’un « Christ en gloire entouré des douze apôtres » datant du XIIe siècle. Il offre une bonne
illustration de ce qu’on vient de dire plus haut.
En revanche, les murs des nefs et les voûtes sont plus propices à des images traduisant un récit. À
Saint-Savin-sur-Gartempe, dans la Vienne, la voûte de la nef centrale est décorée par des scènes séparées entre elles par des éléments de décor. Les peintures, étant loin des yeux du spectateur,
donnent des effets nets et francs, presque caricaturaux. Les visages sont peu expressifs. C’est un art hiératique, caractérisé par l’austérité, voire la sévérité.
La peinture murale et l’enluminure ont donc de nombreux points communs – la symbolique, les grands principes de
composition notamment – mais elles se différencient par leur style propre : l’enluminure est plus minutieuse et peut donc représenter plus de détails ; la peinture murale, est effectuée
en revanche à grands traits.
[1] Une mandorle est une forme ovale qui entoure le Christ et parfois la Vierge et les saints.