Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retour

Recherche

7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 07:49
L’idée d’Europe n’est pas nouvelle*. Après la première Guerre mondiale, certaines personnes appellent à bâtir une Europe différente de celle instaurée par les traités de paix. Parmi ceux qui formulent des projets européistes à cette époque, un personnage singulier : Richard Coudenhove-Kalergi.

 

Le comte Richard Coudenhove-Kalergi est une personnalité cosmopolite : né à Tokyo en 1894 d’une mère japonaise et d’un père diplomate austro-hongrois originaire d’une noblesse à la fois tchèque, grecque – descendant de la famille des Kalergi – et néerlandaise – descendant de la famille des Coudenhove –, il a été élevé en Bohème allemande puis à Vienne, la capitale cosmopolite de l’empire d’Autriche-Hongrie. Il a des cousins de différentes nationalités, balte, française, italienne et norvégienne. Enfin, il adopte la nationalité tchèque en 1919 puis la nationalité française en 1939. Il est mort en 1972.

 

 

« La Paneurope est une obligation »

 

 

Coudenhove-Kalergi est polyglotte : il parle presque toutes les langues. Coudenhove-Kalergi est donc en quelque sorte un produit austro-hongrois, c’est-à-dire un reflet de l’empire multinational qu’est l’Autriche-Hongrie. Il est issu des milieux intellectuels de cet empire et docteur en philosophie. Après la première guerre mondiale, il se lance dans une carrière de journaliste. Il devient aussi écrivain politique.

 

Il publie en octobre 1923 à Vienne son Das Pan-Europaïsche Manifest (Le Manifeste pan-européen) ou Paneuropa. Ce manifeste est l’un des nombreux ouvrages qui sont publiés sur l’Europe au lendemain de la guerre et qui préconisent de bâtir une Europe sur des bases nouvelles pour assurer la paix sur le continent.

 

Coudenhove-Kalergi lançait ainsi le mouvement paneuropéen. En effet, dans chaque exemplaire vendu figure une carte avec l’adresse de l’auteur ainsi qu’une inscription comme membre de l’Union paneuropéenne. D’ailleurs, à partir de 1924 et en l’espace de trois ans, le comte parvient à créer des sections nationales de cette Union dans un grand nombre d’Etats européens. Un congrès se tient même à Vienne en octobre 1926 : il réunit deux mille représentants de vingt-six pays différents, notamment l’Angleterre. Cette Union paneuropéenne a perduré jusqu’à nos jours, malgré les totalitarismes, les guerres et l’apparition d’autres mouvements européistes. Mais que disait Coudenhove-Kalergi dans son Manifeste ?

 

Dans un premier temps, Coudenhove-Kalergi avance les raisons pour lesquelles une union européenne s’impose. Il s’agit de remédier au déclin de l’hégémonie de l’Europe dans le monde. Ensuite, la dimension continentale des économies oblige à considérer ce qui se passe au-delà de ses propres frontières. D’autre part, une union européenne empêcherait le retour d’une nouvelle guerre nationaliste comme celle de 1914-1918. Elle pourrait aussi faire face à la menace d’une conquête soviétique. La réorganisation économique de l’Europe implique en outre une coopération entre les Etats du continent. Enfin, l’auteur fait référence à la Grèce antique.

 

Dans son texte, le comte offre une conception continentale de l’union européenne. Il rejette en effet la participation de la Grande-Bretagne. Ajouté à son refus de la Russie, le manifeste de Coudenhove-Kalergi pose ainsi le problème des limites de l’Europe.

 

Coudenhove-Kalergi envisage une construction européenne en plusieurs étapes mais dont le moteur principal réside dans les relations franco-allemandes. Cette construction doit se faire, selon lui, en quatre étapes. Il préconise d’abord la réunion d’une conférence paneuropéenne qui déciderait de sa périodicité et qui fonderait un bureau paneuropéen. Ensuite, il souhaite la mise en place d’un traité d’arbitrage entre les Etats membres. Il souhaite également voir se mettre en place une union douanière. Enfin, une confédération européenne doit de mettre en place, dans laquelle tous les États seraient égaux.

 

Richard Coudenhove-Kalergi insiste aussi sur le respect des cultures européennes et sur la protection de toutes les minorités : on retrouve sans doute là l’influence de ses origines multiculturelles. Enfin, il pense que l’Europe ainsi unie doit s’engager dans une coopération avec d’autres groupes d’États. C’est que, pour lui, le monde doit s’organiser en fonction de l’existence de cinq grands empires mondiaux : la Panamérique, l’URSS, l’Empire britannique, la Panasie et la Paneurope.

 

Pour lui, « la Paneurope n’est pas une utopie mais un programme, pas un rêve mais une obligation ». Après les désastres de la guerre et des traités de paix, il faut, écrit-il, que « tous les différends entre nations, confessions ou partis s’effacent ».

 

 

Un choix simpliste : « L’Europe ou la guerre »

 

 

Ce qui frappe surtout dans la conclusion de son Manifeste paneuropéen, c’est le manichéisme et le militantisme qui s’en dégagent. Ainsi, Coudenhove-Kalergi écrit : « Ce n’est qu’en unissant leurs efforts que les paneuropéens […] pourront triompher des antieuropéens ». Et aussi : « Rendez la vue à ceux qui ne sont antieuropéens que par aveuglement. Combattez ceux qui le sont par folie. Anéantissez ceux dont le mobile serait la vanité et la recherche du profit ». Enfin, il répète qu’il faut « lutter pour la Paneurope » et que les « premiers paneuropéens […] sont engagés dans une bataille décisive dont dépend l’avenir du continent ». Il écrit encore : « C’est au combat que je vous appelle, vous qui croyez à la possibilité et à la nécessité des Etats-Unis d’Europe » Si l’auteur utilise l’expression d’« Etats-Unis d’Europe », c’est surtout pour marquer un héritage avec ceux qui, au XIXe siècle, avaient déjà formulé des projets européistes.

 

On le voit, il s’agit du texte d’un militant convaincu, qui est littéralement engagé dans un combat pour la construction d’une Europe. D’ailleurs, il écrit : « Nos armes sont l’information et la propagande » et « Notre moyen s’appelle : propagande, propagande, propagande ! ».

 

Richard Coudenhove-Kalergi verse même dans un certain manichéisme. En effet, il écrit toujours dans sa conclusion : « Obligeons nos contemporains à se décider pour ou contre cette idée [l’Europe] ! » Et il appelle tous les Européens à choisir « entre l’avenir et le passé, l’humanité et l’inhumanité, la conscience et l’aveuglement, la renaissance et la ruine ».

 

Ainsi, dans ce texte manichéen, Richard Coudenhove-Kalergi, en tant que militant convaincu du mouvement paneuropéen, donne le choix d’une manière assez simpliste : en somme, son idée pourrait se résumer à la formule : « l’Europe ou la guerre ».

 

Cependant, il a compris que l’Europe devait être édifiée sur des bases sereines et solides afin de lui réserver un avenir de paix. Et ce choix manichéen – « l’Europe ou la guerre » – a pu inspirer les pères fondateurs de l’Europe. En effet, dans la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950, acte de naissance de l’actuelle Union européenne, Jean Monnet n’a-t-il pas écrit : « L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre » ?   

 

  



Aller plus loin :
SAINT-GILLE, Anne-Marie, La Paneurope, Presses Université Paris-Sorbonne, 2004.
VEREECKEN, Franck, La lutte pour les Etats-Unis d’Europe, Richard Coudenhove-Kalergi en exil 1938-1947, Lothian Foundation Press, 1996.

 

 
  

 


 
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Léon Cahlinel - dans Analyse
commenter cet article

commentaires