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Chercher les causes, rapporter les faits de la manière la plus objective et rendre service aux générations à venir :
tels étaient les buts de Thucydide quand il écrivit son Histoire de la guerre du Péloponnèse.
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Thucydide est né dans une famille aristocratique de Thrace vers 460 av. J.-C. Il est élu stratège en 424 mais doit s’exiler après la chute d’Amphipolis. C’est pendant cet
exil qu’il rédige son unique ouvrage, La Guerre du Péloponnèse. Cette guerre a opposé les cités de Sparte et Athènes de 431 à 401. Ce récit ne couvre pas toute la durée du
conflit, il s’arrête en 411. La fin de la guerre est connue par un autre historien grec, Xénophon, auteur des Helléniques. Toute sa vie Thucydide demeure attaché à la
démocratie. Il meurt vers 395.
Thucydide se veut objectif, impartial
Dans l’introduction de La Guerre du Péloponnèse, intitulée Archéologie, Thucydide expose les origines de la Grèce,
les causes de la guerre et, surtout, la méthode historique. Cette dernière consiste en la remise en cause de ce qui est admis. Elle se traduit par quelques expressions significatives.
Ainsi, peut-on lire : « Tel était, d’après mes recherches, l’antique état de la Grèce. Car il est difficile d’accorder créance aux documents dans leur ensemble. Les hommes
acceptent sans examen les faits du passé. » Thucydide écrit plus loin : « D’après les indices que j’ai signalés, on ne se trompera pas en jugeant les faits tels à peu
près que je les ai rapportés. On n’accordera pas la confiance aux poètes, qui amplifient les événements, ni aux Logographes qui, plus pour charmer les oreilles que pour servir la
vérité, rassemblent des faits impossibles à vérifier rigoureusement. » Les informations de Thucydide « proviennent des sources les plus sûres et présentent […] une certitude
suffisante. » À propos des événements de la guerre, l’auteur n’a « pas jugé bon de les rapporter sur la foi du premier venu, ni d’après [s]on opinion ».
D’après ces quelques extraits, on voit bien que l’objectif de Thucydide est l’objectivité, il veut être impartial. Pour cela, il se
veut le plus rigoureux possible. On note aussi que déjà, dans l’esprit de cet historien de l’antiquité, l’histoire n’est pas un savoir acquis mais une vérité en construction, car il
existe toujours une part de non-établi.
Thucydide expose ensuite les causes de la guerre. Elles sont de deux ordres : la cause immédiate est l’affrontement entre les
Corcyréens, alliés d’Athènes, et les Corinthiens, alliés de Sparte ; la cause profonde est l’impérialisme athénien. Thucydide cherche à déceler les mécanismes cachés du mouvement
historique.
Dans le premier chapitre, Thucydide revient sur l’intervention d’Athènes dans la guerre entre Corcyre et Corinthe. Corcyre est une
colonie de Corinthe et l’aide apportée à cette colonie par Athènes est une violation de la trêve conclue entre l’alliance de Sparte et celle d’Athènes. Athènes voulait briser tout
espoir de Corinthe d’annexer Corcyre en raison de son positionnement stratégique entre la Grèce et l’Italie. Corinthe, accusant Athènes d’avoir violé la trêve et de vouloir asservir la
Grèce, trouve l’appui de Sparte.
La guerre est votée en raison des craintes de Sparte qui souhaite contrer la puissance athénienne à laquelle elle n’a pas su
s’opposer auparavant. La formation de l’empire athénien est donc la conséquence de la défaillance spartiate et la guerre constitue un moyen de corriger les erreurs politiques de Sparte.
Mais la cause profonde n’en reste pas moins l’expansion athénienne, étudiée au chapitre trois, entre 479 et 432 av. J.-C. « La cause véritable, mais non avouée, en fut, à mon avis
la puissance à laquelle les Athéniens étaient parvenus et la crainte qu’ils inspiraient aux Lacédémoniens qui contraignirent ceux-ci à la guerre » écrit Thucydide dans son
introduction.
Thucydide remonte aux lendemains des guerres médiques, en 478 av. J.-C., quand Athènes rassemble autour d’elle la plupart des cités
de la mer Égée au sein d’une alliance militaire : la ligue de Délos. La politique athénienne, dès le début, revêt un caractère impérialiste.
Thucydide, un éducateur politique
Le livre I achevé, Thucydide expose dans les sept suivants, dans l’ordre chronologique, les événements, saison par saison, année par
année. L’auteur cherche à relier les événement entre eux car ce qui l’intéresse, c’est la causalité. Mais il le fait de manière objective, rapportant, tel un journaliste, les faits et
les discours. Comme lui-même ne prend pas parti, cela oblige le lecteur à se faire, éventuellement, sa propre opinion. Thucydide cherche à développer une faculté de jugement chez son
lecteur, faculté qu’il pourra ensuite exercer dans d’autres circonstances. Finalement, Thucydide est en quelque sorte un éducateur politique.
Pour écrire sa Guerre du Péloponnèse, Thucydide a utilisé une information très étendue. Il cite
avec exactitude les documents. Par exemple, le texte de la paix de Nicias de 422, qui est gravé dans le marbre, correspond presque mot pour mot à celui de Thucydide. Il se révèle être
un maître dans l’art du portrait, expert en récit de batailles et se livre même à des analyses de psychologie collective. Mais surtout, il se livre à une analyse aiguë des causes et des
conséquences.
Si Thucydide s’est voulu impartial, cela ne l’a pas empêché une certaine subjectivité : il ne cache
pas ses sympathies pour la démocratie. Par exemple, lorsqu’il raconte l’oraison funèbre de Périclès en 431 av. J.-C. en l’honneur des morts de la première année de guerre et qui vante
la supériorité de la civilisation athénienne, ce sont ses idées qu’il veut transmettre.
La conception de l’histoire de Thucydide est intéressante. L’histoire, c’est celle des hommes : il
n’y a aucune place pour le merveilleux, les dieux en sont exclus. Seule l’intelligence peut éclairer le passé « pour dégager des vérités utiles à méditer ». Thucydide annonce
aussi l’histoire politique avec ses dimensions diplomatiques et militaires. Enfin, et il est important de le signaler, Thucydide est le premier historien du temps présent :
n’est-il pas contemporain des événements qu’il étudie ? Cela se vérifie quand l’auteur parle de « la longueur de la présente guerre [qui] fut
considérable ».
Dans son livre, l’impérialisme athénien devient une force abstraite qui commande le cours de l’histoire.
Athènes est animée d’une volonté pure et une : celle de puissance. « Les Athéniens désiraient plus » écrit Thucydide. Entreprendre au-delà de ses forces ne peut que
mener à sa propre perte ; l’hybris (la démesure) appelle immanquablement la nemesis (la fatalité). L’œuvre de Thucydide s’adresse donc aussi aux générations à
venir : le lecteur a des tâches dans le présent et doit se souvenir. L’histoire devient, dans ce cas, instrument politique et nécessaire à la formation du citoyen.
THUCYDIDE, La Guerre du Péloponnèse, Gallimard, 1964, Folio Classiques, 2000, préface de Pierre
VIDAL-NAQUET, traduction et édition de Denis ROUSSEL.
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