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10 juillet 2006 1 10 /07 /juillet /2006 11:46
Il y a cent ans, le 12 juillet 1906, Alfred Dreyfus était réhabilité. Ainsi s’achevait une affaire qui avait divisé la France en deux. Une affaire qui a dépassé de loin le cadre militaire et national dans lequel elle était née.
 
Ce qui n’était au départ qu’une affaire militaire est devenue l’Affaire, avec une majuscule. Cette erreur judiciaire est l’une des plus graves crises que la IIIe République a connu. Elle marque vraiment un tournant dans l’histoire de France.
 
 
Une affaire militaire
 
 
Au départ, l’affaire Dreyfus est une simple affaire militaire qui démarre par la découverte d’un bordereau. Ce document est ainsi rédigé :
 
« Sans nouvelle m’indiquant que vous désirez me voir, je vous adresse cependant, Monsieur, quelques renseignements intéressants :
1) une note sur le frein hydraulique du 120 et la manière dont s’est conduite cette pièce ;
2) une note sur les troupes de couverture […] ;
3) une note sur une modification aux formations de l’artillerie ;
4) une note relative à Madagascar ;
5) le projet de manuel de tir de l’artillerie de campagne (14 mars 1894) […] »
 
Le bordereau, adressé à Maximilien von Schwartzkoppen, attaché militaire à l’ambassade d’Allemagne, prouve que l’espionnage allemand a trouvé des appuis au sein même de l’armée française. Il a été récupéré par la « voie ordinaire » : une femme de ménage de l’ambassade allemande était chargée par les services secrets français de récupérer le contenu des corbeilles à papier et de le transmettre discrètement à l’église Sainte-Clotilde.
 
Le 26 septembre 1894, ce bordereau est porté à la connaissance du ministre de la Guerre, le général Mercier. Dans un contexte où la France prépare sa revanche après la défaite de 1870 et où son armée doit prouver l’efficacité de ses services de renseignements qui avaient révélé leurs faiblesses lors de cette défaite, la nécessité de trouver un coupable rapidement s’impose.
 
Mais les investigations, entamées dès le 27 septembre ne donnent aucun résultat. Un officier émet alors l’hyptohèse que l’auteur du bordereau peut être un officier stagiaire qui, ayant la possibilité de passer de bureaux en bureaux, a pu collecter des informations. La liste des coupables potentiels se réduit alors à quatre ou cinq. Parmi eux, le capitaine Alfred Dreyfus.
 
Parce qu’il est juif et que son patriotisme paraît suspect, et parce que des journaux comme La Libre parole prétendent que les juifs pullulent dans l’armée et que l’Armée veut les couvrir, Dreyfus fait figure de coupable idéal.
 
Le 13 octobre, Dreyfus est arrêté et incarcéré à la prison du Cherche-Midi. L’enquête se poursuit mais au bout de deux semaines, les choses n’ont pas progressé. À ce moment, l’affaire aurait pu s’arrêter : le général Mercier pourrait faire libérer Dreyfus sans perdre la face en raison de la discrétion des protagonistes. Seulement, le 29 octobre, le journal La Libre parole annonce l’arrestation d’un espion. Puis, le 1er novembre, il révèle son nom : « Haute trahison. Arrestation de l’officier juif A. Dreyfus. » Il est désormais presque impossible de faire retour en arrière.
 
 
Un dossier secret transmis dans la plus totale illégalité
 
 
La presse nationaliste se déchaîne. Le général Mercier tente d’apaiser cette campagne de haine mais en vain. Alors, il va plus loin en déclarant que la culpabilité de Dreyfus est « absolue, certaine ». Dès lors, le conseil de guerre devant lequel l’accusé est renvoyé le 4 décembre sait qu’il ne peut pas acquitter Dreyfus sous peine de désavouer Mercier.
 
Des documents sont collectés afin d’étoffer le dossier de l’accusation. L’un d’eux, un billet intercepté à l’ambassade allemande et qui est passé à la postérité sous le nom de « Ce canaille de D. », contient notamment ces mots : « Ci-joint douze plans que ce canaille de D… m’a remis pour vous. »
 
Le procès devant le conseil de guerre se déroule du 19 au 22 décembre à huis-clos. Lorsque les jurés se retirent pour délibérer, le dossier secret, qui rassemble tous les documents collectés pendant quinze jours, leur est transmis dans la plus totale illégalité. Dreyfus est reconnu coupable de trahison et condamné à la dégradation militaire et à la déportation à perpétuité.
 
Le 5 janvier 1895 a lieu dans la cour de l’École militaire. Derrière les grilles, une foule haineuse crie « Mort aux juifs ! » C’est l’adjudant Bouxin qui procède à la dégradation : sa haute taille renforce le caractère humiliant de la cérémonie. Il arrache les insignes et brise le sabre en deux sur son genou. Une nouvelle fois, Dreyfus crie son innocence et lance « Vive la France ! »
 
Dreyfus est déporté en Guyane le 22 février, d’abord sur les îles du Salut puis sur l’île du Diable. Toute la presse, à ce moment-là, est unanime pour dire qu’un traître a été châtié. Y compris à gauche. Jaurès dénonce dans la Dépêche de Toulouse du 26 décembre 1894 « l’énorme pression juive » qui aurait sauvé Dreyfus du peloton d’exécution. Ce n’est qu’à partir de l’intervention de Zola et de son fameux « J’accuse » que cette affaire militaire deviendra l’Affaire.
 
 
Juillet 1896, premier rebondissement
 
 
Au moment de la condamnation de Dreyfus en effet, l’ensemble des Français est persuadé de la culpabilité du capitaine. Les hommes qui plus tard allaient être de fervents dreyfusards, n’avaient aucun doute : ni Sheurer-Kestner, ni Jean Jaurès, pour ne citer qu’eux.
 
Seul Bernard Lazare, avec qui Mathieu Dreyfus, le frère du condamné, est entré en contact, se rallie à la cause.
 
En juillet 1895, le colonel Sandherr est remplacé à la tête du service des renseignements par le lieutenant-colonel Picquart, qui avait suivi le procès de Dreyfus au conseil de guerre. Il n’avait à cette époque, lui non plus, aucun doute sur la culpabilité du capitaine. Mais en mars 1896, un télégramme adressé par Schwartzkoppen à Esterhazy est intercepté et porté à la connaissance de Picquart. Ce document est connu sous le nom de « petit bleu ». Esterhazy avait intégré le service des renseignements avec le grade de capitaine. Il a mêlé plusieurs intrigues pour se procurer de l’argent par tous les moyens. En 1894, à court d’idées et de ressources, il a décidé de vendre à l’Allemagne des renseignements concernant l’armement français. Désormais, le commandant Esterhazy est soumis à une étroite surveillance.
 
Or, en juillet, Picquart rouvre le « dossier secret » utilisé lors du procès de Dreyfus et constate non seulement que des faux documents ont été fabriqués, mais en plus que les écritures du bordereau et du « petit bleu » sont identiques. C’est durant l’été que Picquart acquiert la conviction de l’innocence de Dreyfus. Il informe alors en septembre le chef d’état-major, le général de Boisdeffre, qui lui demande de rester discret. Mais Picquart s’entête et est finalement écarté en octobre. En novembre, il est envoyé en Tunisie. Entre-temps, en octobre, le commandant Henry forge un faux destiné à accabler encore Dreyfus, document qui passera à la postérité sous le nom de « faux Henry ».
 
 
Les premiers soutiens
 
 
En juin 1897, Picquart révèle à son ami d’enfance, l’avocat Louis Leblois, l’innocence de Dreyfus et la culpabilité d’Esterhazy. À son tour, le 13 juillet, Leblois révèle le secret de Picquart au vice-président du Sénat, Sheurer-Kestner. Ce dernier décide alors de mener une campagne en faveur de la révision du procès de Dreyfus. Henry fait prévenir Esterhazy de ces intentions par des lettres qu’il signe « Espérance » ainsi que par des rendez-vous secrets.
 
Un parti dreyfusard commence à se former. Bernard Lazare envoie, en novembre 1897, deux mémoires à 3 500 personnalités – parlementaires, écrivains, universitaires – : La vérité sur l’affaire Dreyfus, le 6 ; et Une erreur judiciaire. L’Affaire Dreyfus, le 12. Quelques personnalités, convaincues par l’argumentation de Lazare, se joignent à la cause dreyfusarde : l’historien Gabriel Monod, le bibliothécaire de l’École normale supérieure Lucien Herr entre autres.
 
Le 13 novembre, le journal Le Temps publie une lettre de Sheurer-Kestner affirmant l’innocence de Dreyfus et disant que le nom du vrai coupable est connu. Le 15, Mathieu Dreyfus dénonce publiquement Esterhazy.  Le 17 novembre, le général de Pellieux se voit confier une enquête sur Esterhazy. Le 20, il conclut ainsi son rapport : « En mon âme et conscience, Esterhazy me semble hors de cause. »
 
Cinq jours plus tard, Emile Zola publie dans Le Figaro un article intitulé « M. Sheurer-Kestner » et qui se termine par ces mots : « La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. » Le parti dreyfusard qui se forme comprend des écrivains, des artistes, des personnalités de la haute administration et des milieux universitaires. Jaurès est devenu dreyfusard grâce à la persuasion de Lucien Herr. Ce parti dreyfusard est désigné par leurs adversaires, nationalistes et antisémites, sous le nom de « syndicat ». Leurs réseaux s’organisent autour de journaux comme L’Aurore et Le Siècle, de pétitions, de grandes écoles telles l’École normale supérieure et l’École des chartes.
 
Une première victoire est remportée par les dreyfusards lorsqu’ils parviennent à faire traduire Esterhazy devant un conseil de guerre. Le procès a lieu les 10 et 11 janvier 1898 mais s’achève par un acquittement.
 
 
« J’accuse… ! »
 
 
Le 13 janvier, dans L’Aurore, est publiée une « Lettre au président de la République » de Zola, que Clemenceau, le directeur du journal, intitule « J’accuse… ! » En seulement quelques heures, 200 000 exemplaires sont vendus. Mais le 18 janvier, le Conseil des ministres décide de déposer plainte contre Zola pour diffamation. Le procès de l’écrivain s’ouvre le 7 février. Le 23, Zola est condamné à un an d’emprisonnement et trois mille francs d’amende. Mais l’arrêt est cassé par la Cour de Cassation pour vice de forme.
 
Entre-temps, les dreyfusards se sont rassemblés le 20 février au sein de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen fondée par l’avocat Ludovic Trarieux. Et malgré leur échec, de nouveaux événements rendent progressivement inéluctable la révision du procès Dreyfus.
 
Ainsi, la falsification faite par le colonel Henry est découverte le 13 août. Les aveux d’Henry le 30, puis son suicide le lendemain, font encore avancer la cause dreyfusarde. Le 27 septembre, la Cour de Cassation est officiellement saisie.
 
Pourtant, les antidreyfusards ne désarment pas. Par exemple, le journal antisémite d’Édouard Drumont, La libre parole, lance, le 8 décembre, une souscription pour venir en aide à la veuve du colonel Henry et pour édifier un monument à la mémoire de l’officier. Cette souscription est connue sous l’expression de « Monument Henry ». Mais surtout, le 10 février 1899, les députés nationalistes et des députés radicaux et modérés votent le dessaisissement de la chambre criminelle de la Cour de Cassation.
 
 
Victoire des dreyfusards
 
 
Toutefois, le camp dreyfusard reprend l’avantage. D’abord parce que les nationalistes font peser une menace sur les institutions de la République. En effet, le 23 février, lors des obsèques du président de la République Félix Faure, qui s’était toujours montré hostile à la révision du procès Dreyfus, Paul Déroulède tente en vain un coup d’Etat. Ensuite, la Cour de Cassation rend un arrêt de révision le 3 juin.
 
Le 30 juin, Alfred Dreyfus rentre en France pour être jugé devant un conseil de guerre réuni à Rennes. Le procès s’ouvre le 7 août. Le 9 septembre, Dreyfus est de nouveau reconnu coupable, avec circonstances atténuantes. Il est condamné à dix ans de prison et à une nouvelle dégradation. Un dreyfusard de la première heure, Joseph Reinach, demande au président du Conseil, le libéral Waldeck-Rousseau, d’obtenir la grâce présidentielle. Le président de la République, Émile Loubet, accorde celle-ci.
 
Toutefois, pour les dreyfusards, le combat n’est pas achevé. Gracier Dreyfus n’est pas le reconnaître innocent et encore moins le réhabiliter. En avril 1903, Jaurès prononce un discours à la Chambre qui contraint le gouvernement à rouvrir une enquête. La Cour de Cassation est de nouveau saisie. Une longue procédure a lieu, à l’issue de laquelle, le 12 juillet 1906, la Cour casse sans renvoi le jugement rendu à Rennes et réhabilite l’officier. Dreyfus est réintégré dans l’armée comme chef d’escadron et élevé au rang d’officier de la Légion d’honneur le 13 juillet.
 
 
Un clivage complexe
 
 
Cette affaire fut un tournant dans l’histoire de la France et a eu des conséquences importantes. D’abord, elle a coupé la France en deux. Elle fut ainsi l’occasion de violentes manifestations antisémites, en particulier après le 13 janvier 1898. Mais le clivage dreyfusards/antidreyfusards n’était pas aussi simple. Des antisémites furent dreyfusards, comme Georges Sorel (1847-1922). Et à l’inverse, par exemple, l’armée comptait de nombreux dreyfusards, comme Picquart.
 
Considérons l’exemple de l’armée justement. Pour les plus hauts responsables, la culpabilité ne faisait aucun doute. Et il ne semble pas que l’antisémitisme ait joué un rôle puisque dans les années 1890, c’est-à-dire en pleine affaire Dreyfus, la proportion d’officiers juifs n’a jamais cessé d’augmenter. Toutefois, à la fin du XIXe siècle, chez les officiers, l’antisémitisme s’affiche ouvertement. En fait, en ce qui concerne l’armée, on peut dire que l’antisémitisme a brisé la solidarité interne de l’armée.
 
Une idée reçue veut que les catholiques aient tous été antidreyfusards. Examinons les signataires du « Monument Henry ». On compte 300 signatures d’ecclésiastiques alors que le nombre total de prêtres en France s’élevait à 50 000, sans compter le clergé régulier. Le pape Léon XIII ne crut jamais en la culpabilité de l’officier français. Il déclara même au Figaro du 15 mars 1899 : « Heureuse la victime que Dieu reconnaît assez juste pour assimiler sa cause à celle de son propre fils sacrifié ! » Si les évêques ne se sont jamais exprimés publiquement sur le sujet, des prêtres furent dreyfusards. Quant aux fidèles, il est certain que bon nombre partageaient la cause du capitaine injustement condamné : ainsi, le père de Charles de Gaulle, professeur dans l’enseignement catholique, fut dreyfusard. Enfin, un Comité catholique pour la défense du droit voulut examiner le cas Dreyfus avec rigueur et était très attaché au droit.
 
Toutefois, l’agressivité d’une presse confessionnelle fit des catholiques dans leur ensemble des antisémites. Il faut dire que le pouvoir de la presse était énorme. Le journal antisémite La Croix, comptait parmi ses lecteurs 15 000 curés, c’est-à-dire un tiers du clergé paroissial. Les raisons qui ont poussé une bonne partie des catholiques à être antisémite sont multiples. La première est que les juifs représentent le peuple déicide. Ensuite, les circonstances politiques avec le processus de laïcisation ont pu donner le sentiment aux catholiques d’être persécutés, victimes d’un projet visant à les exclure de la nation. Le troisième facteur que l’on peut invoquer réside dans la correspondance que faisaient les catholiques entre le national et le religieux : on ne pouvait être français si on n’était pas catholique. Enfin, l’anticapitalisme est une autre explication : le juif était la figure du capitaliste, le symbole de l’argent-roi, du commerce, de la banque, de tout ce que rejetait l’Eglise.
 
La droite conservatrice suivait l’opinion publique, majoritairement antidreyfusarde. Cependant, certaines de ses figures s’engagèrent dans la cause dreyfusarde, comme Raymond Poincaré. La gauche quant à elle était divisée. Le Parti socialiste lui-même refusa de s’engager dans le débat. Ainsi, le 19 janvier 1898, il publia un manifeste dans lequel il mettait en garde les travailleurs contre toute prise de position : « Prolétaires, ne vous enrôlez dans aucun des clans de cette guerre civile bourgeoise ! » En effet, bon nombre de dreyfusards n’étaient-ils pas des capitalistes juifs ? Et Jaurès, malgré son engagement dreyfusard, signa tout de même ce manifeste.
 
 
Une affaire franco-française
 
 
L’Affaire Dreyfus vit aussi la naissance des « intellectuels ». Le mot apparut à cette occasion. En effet, le 15 janvier 1898 fut publiée une liste de savants, d’écrivains et d’universitaires favorables à la révision du procès de Dreyfus. Le 23, Clemenceau écrira à cette occasion : « N’est-ce pas un signe, tous ces intellectuels, venus de tous les coins de l’horizon, qui se groupent sur une idée et s’y tiennent inébranlables ? » L’émergence des intellectuels n’est qu’un aspect de la nouvelle France qui naît à cette occasion. Les moyens de mobilisation et du militantisme se mirent en place à cette époque avec les coups de presse, les meetings et les pétitions massives. En ce sens, l’Affaire est vraiment un tournant. Et elle affecta même le domaine du sport puisqu’elle précipita la naissance du Tour de France.
 
Mais sur le plan international, la France est sortie affaiblie. En Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Suisse, les opinions publiques condamnent la patrie des droits de l’homme pour cette injustice. Aux Pays-Bas, un membre de « la plus haute aristocratie » demande à l’ambassadeur français « de sauver des mains des brigands le pauvre capitaine Dreyfus ». Et à Amsterdam, une pièce de théâtre remporte un très grand succès, et pas seulement aux Pays-Bas. Son titre est éloquent : Dreyfus, le martyr de l’île du Diable.
 
Les Italiens quant à eux prennent fait et cause pour Zola, originaire de leur pays. Le barreau de Naples adresse une lettre de félicitation à l’écrivain à la suite de la publication de « J’accuse… ! » En Grande-Bretagne, l’Affaire donne lieu à une « folie furieuse ». Un meeting de protestation est organisé pour dénoncer le verdict du procès de Rennes.
 
En Russie, les positions sont un peu plus complexes. Durant l’été 1898, à Odessa, les journaux prennent parti pour Zola. Mais les autorités sont moins sévères et ce qui les inquiète n’est pas le sort de Dreyfus mais c’est l’alliance avec la France. Car la campagne dreyfusarde est menée, selon elles, par les juifs, et s’ils parviennent à leurs fins, c’est-à-dire à gouverner la France, dans quelles conditions l’accord entre les deux pays pourrait continuer de fonctionner, puisqu’en Russie, les juifs sont peu appréciés ?
 
Même aux Etats-Unis, l’Affaire fait grand bruit. Des rumeurs selon lesquelles on tenterait de faire évader Dreyfus de l’île du Diable circulent. Des meetings de protestations sont organisés, les journaux ridiculisent les militaires français. On brûle même le drapeau tricolore. Les réclamations des autorités françaises demandant aux gouvernements étrangers l’interdiction des pièces de théâtre ou des articles de presse désobligeants font, outre-atlantique, le plus mauvais effet. Au Canada, au Brésil et en Australie, les réactions ne sont pas meilleures.
 
En somme, la France comparaissait devant un tribunal moral improvisé. Et son prestige fut sapé. Une situation qui ne fut pas améliorée par l’attitude du gouvernement français. Ce dernier en effet, ne tenait pas compte des réactions étrangères. Pour lui, l’Affaire Dreyfus était surtout une affaire franco-française.
 
 
 
 
 
Aller plus loin :
Les écrivains et l’affaire Dreyfus, Paris, Presses universitaires de France, 1983.
BREDIN (J.-D.), L’Affaire, Paris, Fayard, 1993.
DREYFUS (A.), Cinq années de ma vie, 1901, rééd. 1982, Maspéro.
PAGÈS (A.), Émile Zola. Un intellectuel dans l’affaire Dreyfus, Paris, Séguier, 1991.
« L’affaire Dreyfus. Vérités et mensonges » (numéro spécial), L’Histoire, janvier 1994, n° 173.
 
 
 

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Published by Léon Cahlinel - dans Actu
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