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12 juin 2006 1 12 /06 /juin /2006 20:30
Le football aussi a une histoire ! Et la Coupe du Monde qui se déroule en Allemagne en ce moment depuis quelques jours est l’occasion pour nous de s’y intéresser. En soulignant le lien entre le développement de ce sport et son contexte historique. Et aussi les rapports entre football et politique.
 
Le succès mondial du football s’explique par la simplicité de ses règles et par le contexte spécifique dans lequel il est né. Car le football est le reflet de son temps et des courants qui traversent la société. Il a recherché les émotions, participé à la construction d’identités nationales et a pu être le support de l’expression d’une puissance à l’échelle internationale.
 
 
Un rôle de pacification
 
 
Le football fut d’abord un sport aristocratique et bourgeois. Il avait un rôle de pacification en détournant les fils de l’élite britannique des excès de la boisson et de la violence et en leur faisant intégrer les valeurs du fair-play, la libre concurrence et la l’initiative individuelle.
 
Mais dès les années 1880, ce sport gagna les classes populaires à Londres puis dans le nord de l’Angleterre et en Écosse. Le contexte était celui de la révolution industrielle puisque les chemins de fer permettaient de faire voyager les équipes rapidement et d’unifier les différentes associations de football. De plus, le développement du professionnalisme offrait l’occasion d’échapper à l’usine. Enfin, le football était aussi encouragé par des industriels paternalistes qui voulaient fournir à leurs ouvriers une saine occupation.
 
Rapidement, le ballon rond gagna l’Europe continentale. Dès 1872 fut créé au Havre le premier club de football par les employés britanniques de la société de communication et de transport du port. Au début du XXe siècle, ce sport se pratiquait surtout au sein de la bourgeoisie. Mais le public s’élargit rapidement et le football devint alors la mise en scène de l’affrontement des nationalismes. La première rencontre internationale de l’équipe de France se déroula contre la Belgique le 1er mai 1904. La même année fut créée la FIFA (Fédération internationale de Football Association). Elle était chargée d’organiser des matches « inter-nations », décida de lancer un championnat international et s’attachait à contrôler le mouvement des joueurs.
 
 
Le football dans la guerre
 
 
Durant la Première Guerre mondiale, le football était largement pratiqué pour occuper les troupes au repos et le front devint un lieu de démocratisation de ce sport, en particulier pour les ruraux. Les journaux L’Auto ou Gazzetta dello Sport présentaient le conflit sous la forme métaphorique d’un grand match à remporter. Les Anglais gardèrent quant à eux le souvenir du capitaine Neill qui aurait, dit-on, jeté un ballon par-dessus les tranchées afin d’encourager ses soldats à monter à l’assaut lors de la bataille de la Somme en 1916.
 
Au lendemain de la guerre, le football devint un grand sport populaire. Son seul concurrent était alors le Tour de France. Ainsi, en 1930, la première Coupe du Monde, disputée en Uruguay, fut peu couverte par la presse française car au même moment avait lieu la Grande Boucle. L’intérêt pour le football était aussi stimulé et entretenu par les riches mécènes, de grands industriels ou des financiers qui cherchaient à recruter les meilleurs joueurs dans les clubs qu’ils patronnaient. Ainsi, Edoardo Agnelli, fils du fondateur de Fiat, prit en 1923 la direction de la Juventus de Turin qui devint la meilleure équipe d’Italie dans les années 1930. En France, Jean-Pierre Peugeot, patron des usines automobiles, transforma à la fin des années 1920 l’équipe de Valentigney en FC Sochaux.
 
 
Récupération du ballon rond par les régimes dictatoriaux
 
 
Les rapports entre football et politique s’accentuèrent dans l’entre-deux-guerres parce que le ballond rond était instrumentalisé par les dictatures mises en place à cette époque. Ainsi, en 1934 et 1938 la Coupe du Monde fut remportée par l’Italie, donnant ainsi aux fascistes de quoi alimenter leur propagande. Les médias célébraient le footballeur pour valoriser « l’homme nouveau » et viril voulu par Mussolini. En 1938, à l’occasion de la deuxième victoire des Italiens en Coupe du Monde, Emilio de Martino écrivit : « C’est toute la jeunesse d’une nation qui triomphe ».
 
Le régime nazi interdit le professionnalisme afin de permettre aux meilleurs joueurs allemands de disputer les Jeux olympiques de 1936. L’équipe allemande disputa de nombreux matches internationaux qui visaient, pour l’Allemagne, à faire croire à ses desseins pacifiques.
 
L’URSS quant à elle organisa des rencontres avec la Pologne, la Roumanie, l’Iran… Et après 1945, le football devint même une arme de la guerre froide. Ainsi, l’équipe de Hongrie devait prouver la supériorité du régime communiste. En 1953, elle disputa deux matches contre l’Angleterre à laquelle elle infligea à chaque fois une défaite sévère. Le premier, joué à Wembley, vit la victoire des Hongrois par 7 buts à 3. Lors du second, à Budapest, les Anglais se firent écraser par 7 buts à 1. Mais en 1954, lors de la finale de la Coupe du Monde, le 4 juillet, la Hongrie ne connut pas le même scénario face à l’Allemagne de l’Ouest. Pourtant, au premier tour, elle battit celle-ci 8 à 3. Mais ce 4 juillet, les Allemands, ayant encaissé deux buts, revinrent au score avant, à quelques minutes de la fin, de marquer un troisième but. Dans un pays en train de reconstruire son identité nationale, cette victoire eut un impact psychologique certain. Beaucoup d’Allemands de RDA se sentirent de RFA. Ainsi, par le truchement du ballon rond, l’unification allemande avait pu, même temporairement, existé.
 
Les rapports entre football et politique se révélèrent même tragiques. Ainsi, en juillet et août 1942, plusieurs matches furent organisés à l’initiative de la Wehrmacht. Des joueurs allemands devaient s’affronter à des joueurs ukrainiens. En dépit de la faim et des menaces de mort, les Ukrainiens remportèrent tous les matches devant des généraux allemands furieux. On leur opposa alors une sélection hongroise mais avec le même résultat. À l’issue de la rencontre, plusieurs joueurs ukrainiens furent exécutés, les autres déportés dans le camp d’extermination de Babij Jar.
 
 
La mondialisation du football
 
 
En Amérique latine, le football devint un constituant de l’identité nationale. La passion pour le ballon rond y fut ramenée par des étudiants qui avaient fait leurs études en Europe. Ainsi, la première Coupe du Monde, en 1930, fut organisée en Uruguay et remportée par le pays organisateur. Le même pays la remporta de nouveau en 1950. Le Brésil gagna le Mondial en 1958 et 1962. Le football est une passion telle dans ces pays que lorsque le Brésil perdit la finale de la Coupe du Monde en 1950, une vague de suicides se produisit dans le pays.
 
La décolonisation contribua à diffuser le football. En effet, les pays nouvellement indépendants adhérèrent presque en même temps à l’ONU et à la FIFA. Et dans les pays encore colonisés, le football permettait de diffuser les revendications nationalistes. Ainsi, en avril 1958, les meilleurs joueurs algériens évoluant dans le championnat de France quittèrent leur club sans l’autorisation des dirigeants et formèrent une équipe du FLN.
 
Les pays en voie de développement se firent peu à peu leur place dans ce sport. Ainsi, en 1982, seuls deux pays africains purent participer à la Coupe du Monde ; en 2002, ils étaient cinq.
 
Le football a aussi la capacité de faire taire les divisions au sein d’un pays. L’équipe nationale entretient en effet l’illusion de l’unité. Un exemple significatif est celui de la Côte d’Ivoire qui cette année participe pour la première fois à la Coupe du Monde. L’aventure de son équipe va permettre aux Ivoiriens d’oublier la guerre qui déchire le pays.
 
Aujourd’hui, le football traduit une autre grande tendance de notre époque, celui de la mondialisation. Né en Angleterre, il a réussi à conquérir le monde entier, manifestant ainsi une occidentalisation du monde. Et en même temps, il met en avant les particularismes locaux s’exprimant dans le style des joueurs de différentes nationalités : hier on découvrait le style uruguayen, argentin et brésilien, aujourd’hui le style africain et asiatique.
 
 
 
 
 
D’après :
DIETSCHY (Paul) « le siècle du football », in L’Histoire, n° 266, juin 2002, pp. 77-83.
GASTAUT (Yvan) et MOURLANE (Stéphane) (entretien), « La RFA tacle Moscou, et l’Elysée récupère le ballon ! », in Télérama, n° 2942, 31 mai 2006, pp. 76-81.
 

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Published by Léon Cahlinel - dans Actu
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