Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retour

Recherche

19 mai 2006 5 19 /05 /mai /2006 13:24
Parmi les films en compétition au festival de Cannes figure Marie-Antoinette, de Sofia Coppola. Il retrace la vie de la femme de Louis XVI, incarnée par Kirsten Dunst. L’occasion pour nous de nous intéresser à cette reine.
                    
Les 16 et 17 mai 1770, de grandioses journées sont organisées afin de célébrer les noces du petit-fils de Louis XV, le futur Louis XVI, avec l’archiduchesse d’Autriche Marie-Antoinette, la fille de l’impératrice Marie-Thérèse et de François Ier. Le 19 avril précédent, à Vienne, un mariage par procuration a déjà été célébré avant le départ de Marie-Antoinette pour la France.
 
 
Une princesse populaire
 
 
Ce mariage doit consolider l’alliance entre la France et l’Autriche. Marie-Antoinette reçoit d’ailleurs vite le surnom d’« Autrichienne », surnom qui se chargera progressivement d’une connotation péjorative. Car la future reine de France, qui n’a que quatorze ans, va faire l’objet de la haine du peuple français.
 
Marie-Antoinette est née à Vienne en 1755. À son arrivée en France, cette jolie princesse n’hésite pas à sourire et à saluer : elle manifeste ainsi son désir de plaire. Visiblement, elle a le sens du contact. Et très vite, elle gagne une grande popularité. En même temps, elle reste très proche de sa famille : elle entretient ainsi une correspondance très active avec Marie-Thérèse, puis, après la mort de celle-ci en 1780, avec l’empereur Joseph II.
 
Louis XV meurt le 10 mai 1774 : Marie-Antoinette devient reine de France à dix-neuf ans. L’avènement du nouveau couple royal est perçu par les Français comme la promesse d’un âge d’or.
 
 
Elle aspire à une vie privée qui ne correspond pas à son rôle de reine
 
 
Cependant, un certain nombre de facteurs participe à la dégradation des rapports entre la nouvelle reine et les Français.
 
D’abord, Marie-Antoinette n’a jamais réfléchi au rôle de reine. Dans une société très hiérarchisée où elle se trouve au sommet de la pyramide sociale, elle ne s’appartient pas à elle-même, mais elle appartient au royaume : chacun de ses gestes est un acte public. La fonction d’une reine est en effet une fonction de représentation, il faut se montrer en public, paraître. Or, Marie-Antoinette cherche au contraire à échapper à la vie de cour, elle bouscule ses anciens usages (la fameuse étiquette), elle se réfugie au Petit Trianon où elle aime jouer de la harpe et organiser des concerts. Son désir d’avoir une vie privée est donc incompatible avec son rôle de reine. Des rumeurs courent : elle se consacrerait à des plaisirs inavouables…
 
Ensuite, la fonction majeure de la reine est de donner un héritier au royaume. Le mariage avec Louis XVI sera consommé seulement au bout de sept ans. Le 19 décembre 1778, Marie-Antoinette donne naissance… à une fille : Madame Royale.
 
De plus, Marie-Antoinette acquiert rapidement la réputation d’être très dépensière, de creuser le déficit de l’Etat. Dans la réalité, elle ne dépense pas plus qu’une autre : ses dépenses sont seulement plus ostentatoires, plus visibles. Toujours est-il que la reine gagne le surnom de « Madame Déficit ».
 
Enfin, on la soupçonne d’être à la solde de la Maison d’Autriche, notamment en raison de sa correspondance, active comme nous l’avons vu.
 
En même temps, si Marie-Antoinette s’adonne à cette vie de plaisirs, de fantaisies et d’insouciance, c’est parce que Louis XVI ne veut pas qu’elle intervienne dans les affaires du royaume. En effet, elle est capable de jouer un rôle politique, et plus en tant que ministre de son frère, l’empereur Joseph II, que comme reine de France. Par exemple, en octobre 1784, l’Autriche tente en vain de forcer le passage sur l’Escaut, aux Provinces-Unies. La guerre semble de plus en plus possible. Mais Vergennes, le ministre de Louis XVI, veut l’éviter. Le 30 novembre, Mercy, l’ambassadeur autrichien, propose d’échanger les possessions des Pays-Bas contre la Bavière et promet à la France, si elle accepte l’échange, Luxembourg et le Namurois. Fin décembre, Marie-Antoinette fait pression sur Vergennes pour qu’il accepte l’accord. Mais le ministre refuse et donne même sa démission. Toutefois, Louis XVI refuse cette dernière : c’est donc un échec pour Marie-Antoinette. Mais on voit à travers cet exemple que cette dernière est tout à fait en mesure d’agir en faveur des intérêts de sa famille.
 
 
L’affaire du collier
 
 
Un événement contribue encore à discréditer la reine : la fameuse affaire du collier. Une comtesse, Jeanne de La Motte, est présentée en 1781 au cardinal de Rohan qui est alors tombé en disgrâce auprès de la Cour. La comtesse décide de réconcilier le cardinal avec la Cour : pour cela, elle organise une rencontre entre lui et une femme qui doit jouer le rôle de la reine, la baronne d’Olivia. La rencontre se déroule dans les jardins de Versailles dans la nuit du 11 août 1784. Rohan est dès lors perdu : en effet, Jeanne de La Motte veut lui extorquer de l’argent.
 
Böhmer et Bassenge, bijoutiers, ont voulu vendre un collier estimé à un million six cents mille livres à la Cour. Mais le roi a refusé l’achat. La comtesse de La Motte rencontre les deux bijoutiers et leur assure que Marie-Antoinette veut leur acheter le collier et qu’elle en fera l’acquisition par un intermédiaire. Par ailleurs, Jeanne de La Motte contacte Rohan en lui affirmant que Marie-Antoinette le charge de faire l’acquisition du collier et qu’elle remboursera par fractions. Rohan achète donc le collier le 24 janvier 1785 grâce à un faux billet prétendument signé de la main de la reine. Le collier tombe dans les mains de Jeanne de La Motte qui le revend en Angleterre.
 
Le 1er août, Böhmer et Bassenge se présentent à Versailles pour toucher leur premier remboursement : c’est à ce moment-là que l’affaire est dévoilée. Le 15 août, le cardinal de Rohan est arrêté. Mais l’affaire est portée au Parlement et devient publique : le scandale rejaillit sur la reine qui devient alors encore plus impopulaire. Ainsi, à l’occasion de la naissance de son second fils, le futur Louis XVII, le 24 mars 1785, elle se rend à Paris… où elle est reçue très froidement, sans aucune acclamation.
 
Entre-temps, en effet, Marie-Antoinette a donné naissance à garçon, le 22 octobre 1781, qui devient donc le Dauphin. En 1786, elle accouche encore d’une fille mais celle-ci ne vit que quelques mois.
 
 
L’influence politique de Marie-Antoinette
 
 
À partir de 1787, le rôle de Marie-Antoinette évolue. Louis XVI a alors perdu la plupart de ses conseillers et se retrouve face à un vide politique. La reine devient alors son véritable conseiller politique. Mais elle est inexpérimentée en politique et n’a pas de culture dans ce domaine. Son seul credo réside dans le maintien de la monarchie absolue coûte que coûte. Donc, à partir de 1787, elle exerce une influence certaine : elle obtient le départ de Calonne, impose Loménie de Brienne et contribue au retour de Necker.
 
Les états généraux s’ouvrent le 5 mai 1789. Dès le début, Marie-Antoinette se montre inflexible : elle refuse tout compromis avec les députés, malgré sa tristesse : en effet, le Dauphin est mort le 4 juin. Elle préconise même le recours à la force face aux députés qui se sont proclamés, le 20 juin, lors de la séance du jeu de paume, Assemblée nationale et qui ont décidé de donner une Constitution à la France. Le 23 juin, Louis XVI prononce son discours dans lequel il ordonne aux états de se séparer. Mais le 29, il cède.
 
Puis vient la journée du 5 octobre 1789 au cours de laquelle les Parisiens, dont de nombreuses femmes, marchent sur Versailles pour ramener la famille royale à Paris. Le lendemain, alors que le château commence à être envahi, des cris fusent : « Il nous faut le cœur de la reine ! » Ils suffisent à mesurer la haine dont « l’Autrichienne » fait l’objet. La famille royale est ramenée à Paris : elle s’installe aux Tuileries.
 
Marie-Antoinette a des contacts avec les révolutionnaires modérés, tels que Mirabeau. Mais elle mène un double jeu. En effet, elle entretient toujours des relations avec l’Autriche. Elle supplie ainsi ses frères (Joseph II puis Léopold II) de lui venir en aide : elle demande la réunion d’un congrès des puissances étrangères afin d’intimider les révolutionnaires. La fuite de Varennes, en juin 1791, est son idée. C’est à cette époque qu’elle exerce la plus forte influence. Son objectif est de sauver la vie des membres de la famille royale et de retrouver sa liberté. La fuite est un échec : la reine, tout comme son mari, perd alors définitivement sa crédibilité auprès des Français.
 
La guerre est déclarée le 20 avril 1792. Marie-Antoinette souhaite la défaite des armées françaises. Elle fournit aux puissances ennemies des renseignements stratégiques. Mais le 10 août, la monarchie tombe. Le 13, la famille royale est incarcérée à la prison du Temple.
 
 
La fin d’une reine
 
 
Louis XVI est jugé par l’Assemblée nationale et exécuté le 21 janvier 1793. Marie-Antoinette, reine haïe, n’a plus aucun espoir. En août, elle est transférée à la prison de la Conciergerie. Dans le cadre de la Terreur, elle passe en jugement.
 
Son procès a lieu devant le Tribunal révolutionnaire et dure deux jours, les 14 et 15 octobre. Le chef d’accusation qui pèse contre elle est celui de haute trahison. Les juges, à l’époque, n’ont aucune preuve même si les historiens d’aujourd’hui connaissent le rôle réel de Marie-Antoinette. Cette dernière se défend pourtant avec courage, habileté et éloquence. Elle révèle ainsi tardivement ses capacités à se battre. Elle risque d’attirer des sympathies. Elle en « appelle à toutes les mères », ébranlant un moment le tribunal. Les pires accusations sont jetées contre elles : elle aurait tenté d’émasculer le Dauphin et aurait pratiqué des actes incestueux avec Louis XVII.
 
Ce procès est celui du symbole féminin – haï – d’un régime lui aussi détesté. Dans ces conditions, le verdict ne surprend pas : l’ancienne reine de France, « l’Autrichienne », est condamnée à mort. Le 16 octobre, c’est en charrette, vêtue d’un caraco, coiffée d’un bonnet et injuriée par la foule qu’elle est conduite place de la Révolution, actuelle place Concorde, où elle est guillotinée. Elle est l’une des premières victimes de la Terreur. Son corps est enterré dans le cimetière de la Madeleine.
 
Marie-Antoinette fut une princesse devenue reine trop jeune, comme son époux d’ailleurs. Louis XVI aurait déclaré à son avènement : « Mon Dieu, protégez-nous, nous régnons trop jeune ! » Mais surtout, Marie-Antoinette n’avait aucune expérience en politique, ne retenant de son éducation que le principe du maintien de la monarchie absolue coûte que coûte et était sûrement trop proche de sa famille dans un contexte si particulier que la fin de l’Ancien Régime et la Révolution. En outre, sa réputation de dépensière ne l’aida pas à se faire aimer du peuple français qui, très vite, la détesta.
 
 
 
 
 
Aller plus loin :
DUPRAT, Annie, Marie-Antoinette, la reine dévoilée, Paris, Perrin, 2006.
LEVER, Évelyne, Marie-Antoinette, Paris, Fayard, 1991.
LEVER, Évelyne, « Le temps des femmes : de madame de Pompadour à Marie-Antoinette », in Les Collections de l’Histoire, juillet 1998, n° 2, pp. 102-106.
LEVER, Évelyne, « Marie-Antoinette », in SIRINELLI, Jean-François et COUTY, Daniel, Dictionnaire de l’histoire de France, Paris, Armand Colin, 1999.
LEVER, Évelyne, « La faute à Marie-Antoinette ? », in L’Histoire, novembre 2005, n° 303, p. 44.
 
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Léon Cahlinel - dans Actu
commenter cet article

commentaires