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14 avril 2006 5 14 /04 /avril /2006 16:28
La Moldavie est un petit pays peu connu. Pourtant, après l’adhésion de la Roumanie à la communauté européenne en janvier prochain, elle représentera un enjeu géopolitique certain. En effet, c’est un territoire enclavé qui a du mal à s’affirmer. Pour comprendre sa situation actuelle, un retour en arrière est nécessaire.
 
La Moldavie est un pays dont la superficie est à peu près équivalente à celle de la Belgique et dont le territoire est très enclavé : situé entre deux puissants voisins, l’Ukraine et la Roumanie, elle ne bénéficie que d’un accès très limité à la mer Noire. Pour comprendre cette situation, il faut retracer l’histoire de ce territoire.
 
 
La Moldavie, un État-tampon
 
 
La Moldavie est une principauté fondée par Bogdan Ier entre la mer Noire, les montagnes des Carpates et le fleuve Dniestr en 1359. Bogdan Ier voulait ainsi s’émanciper de la tutelle hongroise. Il règne jusqu’en 1365. La principauté reste indépendante jusqu’au début du XVIe siècle.
 
En effet, à partir du règne d’Étienne IV le Grand (1457-1504), la Moldavie doit faire face à une nouvelle menace, celle exercée par l’Empire ottoman. Étienne IV parvient à résister héroïquement aux Turcs. Mais son successeur, Bogdan III, qui règne jusqu’en 1517, ne parvient pas à sauvegarder l’indépendance : c’est sous son règne que la Moldavie devient vassale des Ottomans. Au XVIIIe siècle, la principauté moldave joue le rôle d’État-tampon entre l’Empire ottoman et une nouvelle puissance qui prend pied au bord de la mer Noire, la Russie.
 
Au XIXe siècle, le territoire moldave subit une première modification. En effet, en 1859, au traité de San Stefano, la Moldavie s’unit à la Valachie pour donner naissance à la Roumanie. Mais en 1878, alors que cette dernière devient indépendante de l’Empire ottoman, la Moldavie est divisée en deux, entre la Roumanie et la Russie.
 
 
Perte de l’accès à la mer en 1944
 
 
La Première Guerre mondiale bouleverse la carte de l’Europe car les empires allemand, austro-hongrois, tsariste et ottoman s’effondrent. La conséquence en est le rattachement de la Bessarabie – la partie russe de la Moldavie – à la Roumanie lors des traités de paix. Ainsi est réunifiée l’ancienne principauté moldave. Dès 1924 cependant, une république autonome de Moldavie, séparée de la Bessarabie, est créée au sein de l’Ukraine.
 
La Seconde Guerre mondiale provoque de nouveaux bouleversements. Staline, conformément au pacte germano-soviétique du 23 août 1939, réoccupe la Bessarabie en 1940, reformant ainsi la Moldavie. Mais quand Hitler attaque l’URSS en juin 1941, Staline devient son ennemi. La Roumanie, alliée de Hitler, occupe alors, avec l’armée allemande, la Moldavie. En 1944, cette dernière repasse sous domination soviétique. Une république socialiste soviétique de Moldavie est créée : elle se compose de la Bessarabie et de la Transnistrie, une région située à l’est du Dniestr. Mais cette nouvelle république de Moldavie voit la partie sud de la Bessarabie donnée à l’Ukraine : dès lors, la Moldavie n’a plus d’accès à la mer Noire. Au traité de Paris de 1947, la Roumanie renonce à la Moldavie.
 
Jusqu’à la chute du bloc communiste au début des années 1990, c’est ce territoire qui constitue la République socialiste soviétique de Moldavie. Et c’est ce territoire qui devient la Moldavie, État qui proclame son indépendance le 27 août 1991.
 
 
Le problème de la Transnistrie
 
 
La Moldavie actuelle n’a donc pas le même territoire qu’au XIVe siècle, lorsque Bogdan Ier s’émancipa de la tutelle hongroise. Il a nettement diminué, pour mesurer aujourd’hui 33 700 kilomètres carrés. Les frontières de la Moldavie ont donc été très fluctuantes. Ces fluctuations expliquent la présence d’une population diverse sur le territoire moldave. Les Moldaves, roumanophones, sont des chrétiens orthodoxes et sont majoritaires puisqu’ils représentent 65 % de la population. Ensuite, les russophones, composés d’Ukrainiens et de Russes, constituent 27 % de la population et sont majoritaires en Transnistrie. Il existe aussi une minorité turcophone, de religion orthodoxe, installée principalement dans le sud-ouest du pays, les Gagaouzes. Enfin, il faut aussi mentionner la présence d’une minorité bulgare et d’une communauté juive.
 
Cette diversité de la population entraîne des tensions. Et lorsque le 27 août 1991 la Moldavie gagne son indépendance, elle ne peut se montrer capable d’éviter un morcellement de son territoire. En effet, les populations russophones et gagaouzes veulent leur indépendance.
 
Les russophones craignent que la Moldavie, pays majoritairement roumanophone, ne décide un jour de son rattachement à la Roumanie : dans ce cas, ils se retrouveraient très minoritaires dans une Moldavie sous souveraineté roumaine. De plus, ils souhaitent conserver les avantages acquis lors de la période soviétique. C’est pourquoi ils proclament en 1991 l’indépendance de la Transnistrie, région où ils sont majoritaires. Le problème est que, pour la Moldavie, la Transnistrie est une région stratégique car elle concentre 40 % de sa production et car elle constitue la principale voie de sortie de ses exportations. En outre, la proclamation de l’indépendance de la Transnistrie ne fait qu’accentuer l’enclavement de la Moldavie.
 
Dès 1992, le contentieux dégénère en guerre ouverte. La XIVe armée russe, basée en Transnistrie, à Tiraspol, fournit des armes aux russophones. En juillet de la même année, un accord est conclu : d’une part, la Transnistrie est maintenue en Moldavie mais avec un statut d’autonomie ; d’autre part, la possibilité est donnée aux russophones de décider de leur avenir si la Moldavie décidait de se rattacher à la Roumanie ; en outre, les troupes russes devront évacuer la Transnistrie d’ici à 2002.
 
Mais en 2006, les militaires russes stationnent encore dans la région. Cette présence militaire s’explique par le fait que la Russie veut garder une influence dans la région. De plus, dans les faits, la Transnistrie est comme un État indépendant, avec son drapeau, sa monnaie, son hymne, son président, son parlement et son armée.
 
 
Tentative de désenclavement
 
 
Le pays est confronté à un autre problème : celui des Gagaouzes. En 1991, à l’indépendance, ceux-ci s’inquiètent de la montée en puissance du nationalisme moldave. Ils proclament alors l’autonomie de la région sud-ouest de la Moldavie, la Gagaouzie. En 1994, le parlement moldave est contraint de reconnaître cette autonomie.
 
Quinze années après son indépendance, la Moldavie a du mal à s’affirmer dans la mesure où l’État n’exerce pas sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. De plus, elle est très enclavée. D’abord, elle dépend de l’Ukraine par où transite l’essentiel de son commerce, de la Russie pour son approvisionnement en hydrocarbures et pour la moitié de ses exportations, et de la Roumanie, vers laquelle elle est historiquement tournée. De surcroît, la Moldavie sera bientôt située entre les deux grands ensembles géopolitiques que sont l’Union européenne et la Communauté des États indépendants (CEI) dominée par la Russie lorsque la Roumanie aura adhéré à la première, en janvier prochain.
 
Toutefois, des faits révèlent une tentative de désenclavement. D’abord, en 2001, la Moldavie a obtenu de l’Ukraine une bande de terres large de 430 mètres le long du Danube afin d’avoir accès à la mer Noire. Et surtout, avec l’adhésion normalement prévue en janvier 2007 de la Roumanie à l’U.E., les Moldaves aspirent, un jour, à rejoindre la communauté européenne.
 
 
 
 
 
Bibliographie :
RAISSON, Virginie, TÉTART, Franck et VICTOR, Jean-Christophe, Le Dessous des cartes. Atlas géopolitique, Paris, Tallandier/Arte éditions, 2005.
SELLIER, André et Sellier, Jean, Atlas des peuples d’Europe centrale, Paris, La Découverte, 1995.
 
 

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Published by Léon Cahlinel - dans Analyse
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