Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retour

Recherche

13 septembre 2005 2 13 /09 /septembre /2005 15:10
 TF1 va diffuser ce mois-ci un téléfilm sur Landru, cet homme qui, durant la Grande Guerre, tuait des femmes pour les voler. L’actualité télévisuelle de ce mois de septembre nous offre donc l’occasion de faire un retour sur cette affaire qui a fasciné les contemporains, mais aussi les cinéastes…  
 
Nous avons tous entendu parler de l’affaire Landru, de cet homme qui promettait le mariage à des femmes d’âge mûr pour les voler et ensuite les tuer. Cette affaire commence durant la Première Guerre mondiale.
 
 
« Monsieur sérieux, désire épouser veuve… »
 
 
La période de la guerre voit de nombreuses femmes seules, des veuves dont le mari a été tué au combat. Beaucoup de ces femmes cherchent à refaire leur vie. Pour Henri Désiré Landru, marié et père de quatre enfants, c’est l’occasion d’exercer ses talents d’escroc.
 
Il passe donc des petites annonces dans les journaux : « Monsieur sérieux, ayant petit capital, désire épouser veuve ou femme incomprise, entre 35 et 45 ans, bien sous tout rapports, situation en rapport. » Ainsi, de 1914 à 1919, il fait la connaissance de 283 femmes. Dont dix seront assassinées. Landru monte une véritable organisation : 90 pseudonymes, sept appartements qu’il loue à Paris, quatre encore en banlieue, ainsi que la location de deux garde-meubles et de deux garages. Il possède aussi deux maisons de campagne à Gambais et à Vernouillet.
 
Landru rédige des dizaines de lettres de réponses et constitue pour chacune de ses « conquêtes » un véritable dossier. Chacun de ces dossiers porte une mention : « A répondre de suite », « Sans suite », « Rien à faire » ou « S.F. » (sans fortune). Les femmes intéressantes – financièrement – pour Landru passent avec lui une journée à la campagne, à Gambais. De cette journée, dix d’entre elles ne reviendront jamais…
 
 
Des crimes qui lui rapportent 30 000 francs
 
 
Qui sont les victimes ? La couturière Jeanne Cuchet, veuve, avait 39 ans. Line Laborde (47 ans) et Berthe-Anne Héon (55 ans), veuves aussi, étaient sans travail. Marie-Angélique Guillin (52 ans) et Anna Collomb (39 ans), respectivement rentière et dactylo, étaient veuves également. Deux autres, Andrée Babelay (19 ans) et Marie-Thérèse Marchadier (39 ans) étaient célibataires : la première était domestique, l’autre une prostituée. Annette Pascal (36 ans), divorcée, était sans travail. Lyane Jaume (36 ans), couturière, était en instance de divorce. Enfin, Célestine Buisson (4 ans), femme de ménage, était veuve aussi.
 
La moyenne d’âge des victimes de Landru atteint donc 40,6 ans. Sur les dix femmes assassinées, 6 sont des veuves, 2 autres célibataires, et deux autres encore divorcées ou presque. L’appât de Landru semble avoir donc bien fonctionné.
 
Intéressons-nous maintenant aux professions des victimes : deux couturières, une dactylo, une domestique, une femme de ménage, une prostituée ainsi que trois femmes sans travail et, enfin, une rentière. Au vu des professions, on peut douter que Landru se soit réellement enrichi. En réalité, il parvenait tout juste à faire vivre sa famille. Car son organisation coûtait cher avec la location des appartements et des autres lieux nécessaires à ses méfaits. Au total, ses crimes lui ont rapporté 30 000 francs, sans compter le mobilier et les bijoux de ses victimes.
 
 
Des restes d’os humains dans une cuisinière
 
 
La terrifiante entreprise de Landru s’arrête en 1919. Dès mars 1918, le maire de Gambais reçoit une lettre d’une femme qui affirme que sa sœur, Anna Collomb, a disparu avec un certain Fremyet. Or, ce Fremyet est inconnu à Gambais. Un peu plus tard, une autre lettre est envoyée au maire, signée cette fois par Mlle Lacoste, la sœur de Célestine Buisson. Le 9 avril 1919, Mlle Lacoste reconnaît Fremyet dans le magasin La Samaritaine et prévient la police. Le 11 avril, la police arrête un dénommé Guillet, alias Fremyet, alias Landru. Ce dernier est arrêté dans un appartement situé rue Rochechouart.
 
La police fait d’étranges découvertes dans cet appartement ainsi que dans la maison de campagne de Gambais : vêtements de femmes, perruques, lingerie, valises, pièces d’identité, un fichier de 283 noms de femmes, un carnet de comptes, une cuisinière dans laquelle on retrouve des restes d’os humains. Et aussi, des billets de chemin de fer Paris-Gambais : toujours deux allers mais un seul retour…
 
Le procès s’ouvre le 7 novembre 1921 à la cour d’assises de Versailles. L’avocat de Landru, Me Moro-Giafferi, se révèle talentueux. L’accusé admet être un escroc mais il nie être un assassin. Ses réponses sont toutes prêtes. Parfois, il s’écrie : « Ma vie privée ne regarde que moi ! » Trois semaines après son ouverture, le procès se termine par une condamnation à mort. Landru est guillotiné le 22 février 1921.
 
 
Un mythe vivant
 
 
Déjà pendant l’instruction, Landru était un véritable vedette, un mythe vivant. Au cours du procès, des personnalités célèbres assistent aux audiences, notamment l’écrivain Colette. Plus tard, Landru devient source d’inspiration pour le théâtre et le cinéma.
 
En 1946, Monsieur Verdoux de Charlie Chaplin raconte l’histoire d’un homme qui, pour faire vivre sa femme infirme et son fils, épouse de riches héritières puis les assassine. En 1962, Claude Chabrol met en scène un Landru incarné par Charles Denner et à qui donnent la réplique, entre autres, Michèle Morgan, Danielle Darrieux et Stéphane Audran.
 
Dans ces deux films, le héros n’est pas montré comme un monstre. Pour Chaplin, les vrais coupables sont les va-t-en-guerre et les profiteurs. Claude Chabrol quant à lui dénonce la société bourgeoise, son ordre bien établi et sa bonne conscience.
 
Quel parti pris aura choisi la fiction de TF1 ? Réponse très prochainement…
 
 
 
 
 
Bibliographie :
LANEYRIE-DAGEN, Nadeije (dir.), Les grands procès, Paris, Larousse, 1995.
LYON-CAEN, Judith, « Landru (affaire) », in SIRINELLI, Jean-François COUTY, Daniel, Dictionnaire de l’Histoire de France, Paris, Armand Colin, 1999.
« Landru, coupable ou non coupable ? », in L’Histoire, septembre 200, n° 301, p. 17.
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Léon Cahlinel - dans Actu
commenter cet article

commentaires