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1 septembre 2005 4 01 /09 /septembre /2005 15:03
 Il y a cent ans, le 5 septembre 1905, le traité de Portsmouth mettait fin à une guerre entre le Japon et la Russie. Quels furent les causes et le déroulement de cette guerre ? Et en quoi constitua-t-elle un bouleversement dans les relations internationales ?
 
Le conflit russo-japonais qui prit fin le 5 septembre 1905 éclata en février 1904. Il était l’aboutissement d’une longue rivalité entre les deux pays. Mais il représenta aussi un retournement dans les relations internationales.
 
 
Russie et Japon
 
 
Cette guerre fut un affrontement entre deux pays qui connaissent des situations très différentes.
 
La Russie était un empire dirigé par le tsar Nicolas II qui se trouvait à la tête d’un vaste territoire, allant de la mer Baltique à l’océan Pacifique et comprenant plus de 130 millions d’individus, et doté d’une armée de plus de deux millions d’hommes. Nicolas II était arrivé au pouvoir en 1894 et poursuivait la politique répressive entamée par son prédécesseur, Alexandre III, dont le père avait été assassiné lors d’un attentat le 1er mars 1881. Ainsi, la police politique, l’Okhrana, créée par Alexandre III resta en place, le pays était moralisé par une idéologie xénophobe et nationaliste, la censure s’exerçait sévèrement.
 
Cet empire connaissait des mutations sociales en raison de l’industrialisation qui faisait apparaître une bourgeoisie d’affaires demandant un régime constitutionnel et parlementaire, et un prolétariat aux conditions de vie misérables. Cette situation engendra des contestations mais malgré cela, Nicolas II restait fidèle au régime autocratique.
 
Le Japon quant à lui était un petit archipel, au territoire restreint, peuplé de 46 millions de personnes et doté d’une armée d’un million d’hommes, c’est-à-dire moitié moins que l’armée russe. Il se trouvait dans l’ère Meiji. Cette ère fut ouverte par l’empereur Mutsuhito (1867-1912) et marquait la volonté de faire du Japon un Etat moderne pour qu’il rattrape son retard sur l’Occident. Les écoles et les universités se multipliaient, des savants et des ingénieurs occidentaux venaient nombreux dans le pays pour donner des conférences et des cours. Les jeunes japonais allaient à l’étranger pour faire leurs études, des machines étaient importées d’Occident, et des chemins de fer et des usines étaient construits. Le Japon, grâce à l’ère Meiji, s’ouvrait donc à l’Occident et devenait une puissance montante.
 
 
La Corée : « première ligne de défense de l’archipel »
 
 
Le Japon voulait alors écarter toute menace pesant sur la Corée. Il considérait en effet celle-ci comme « la première ligne de défense de l’archipel ». Ainsi, la guerre de 1894-1895 lui permit d’écarter la Chine. Mais un nouvel ennemi lui faisait face : la Russie.
 
Car l’empire tsariste avait renforcé son influence en Corée où un gouvernement prorusse était au pouvoir. En 1898, Tokyo et Saint-Pétersbourg conclurent un accord relatif à la Corée : les deux pays promettaient de ne pas intervenir dans les affaires intérieures coréennes et la Russie s’engageait à respecter les intérêts commerciaux japonais.
 
Si la Russie se permit de faire de telles concessions, c’est que la Corée ne revêtait plus pour elle qu’une importance secondaire. En effet, le tsar avait remporté des succès en Mandchourie : il avait obtenu de la Chine la construction d’une voie de chemin de fer dans la péninsule de Liaodong ainsi que deux villes : Dalian et Port-Arthur. Cette dernière était stratégique car elle permettait à la Russie d’avoir un accès permanent sur le Pacifique car ses eaux ne gelaient pas en hiver. Mais le Japon se trouvait humilié dans la mesure où il perdait définitivement le Liaodong et où l’avancée russe constituait toujours une menace pour la Corée à plus long terme. De plus, en 1900, la révolte des Boxers (1) en Chine fut l’occasion pour la Russie d’envoyer 80 000 soldats en Mandchourie.
 
De 1900 à 1903, la Russie et le Japon tentèrent de régler leurs désaccords de manière pacifique. Une intense activité diplomatique se déploya mais les différentes solutions proposées n’aboutirent pas.
 
Entre-temps, le Japon s’était en effet rapproché de la Grande-Bretagne. Celle-ci, inquiète des ambitions régionales de l’empire russe, n’avait pas les moyens militaires dans cette région pour faire face. Elle trouva donc un allié dans le Japon. Quant à ce dernier, il avait l’occasion de conclure sa première alliance avec une grande puissance occidentale.
 
Le traité de Londres de janvier 1902 faisait des deux signataires des pays neutres si l’un des deux était impliqué dans un conflit régional. En revanche, si un pays était attaqué par deux États ou plus, l’autre devait lui porter assistance. Cet accord n’est qu’un aspect de l’ouverture du Japon à l’Occident qui caractérise l’ère Meiji.
 
 
Début de l’expansionnisme japonais
 
 
Tokyo hésitait toujours à se lancer dans la lutte armée. Mais l’opinion publique japonaise, marquée par une éducation patriotique, poussait à la guerre. Le 6 février 1904, 55 vaisseaux japonais quittèrent leur base située sur l’île de Kyushu. Dans la nuit du 8 au 9 février, Port-Arthur et le port coréen de Chemulpo subirent les premières attaques nipponnes. Le 10 février, le Japon et la Russie entrèrent officiellement en guerre.
 
La Russie mèna une guerre d’usure avec le Japon. Il fallut huit mois et 15 000 morts à celui-ci pour prendre Port-Arthur. En mars 1905, la bataille de Mukden fut remportée par les Japonais mais au prix d’un coût humain très élevé. Le tsar utilisa sa flotte stationnée en Baltique. Lorsque celle-ci arriva sur les lieux de l’affrontement, elle fut vaincue par l’amiral Togo en mai 1905 dans le détroit de Tsushima.
 
Épuisés par la guerre, les deux pays décidèrent d’entamer des négociations. Le président des Etats-Unis Théodore Roosevelt proposa ses services. Le traité de paix fut signé le 5 septembre 1905 à Porstmouth. Le tsar donnait au Japon les privilèges qu’il avait gagnés en Mandchourie et reconnaissait des intérêts japonais en Corée.
 
Mais le nationalisme japonais était blessé car le coût de la guerre fut énorme. Un million trois cent mille hommes avaient été mobilisés, 80 000 avaient été tués, 450 000 autres blessés. En outre, le coût de la guerre représentait l’équivalent de six années du budget national. Des émeutes éclatèrent dès le jour de la signature du traité de Portsmouth. L’ordre fut rétabli quelques semaines plus tard.
 
Cette guerre marqua un bouleversement dans les relations internationales car un vaste empire, la Russie, avait été battu par un petit pays. Cela suscitait l’espoir pour les populations soumises. Mais il alimentait aussi les nationalismes. Et surtout, ce fut le début de l’expansionnisme japonais. En effet, dès novembre 1905, la Corée devint un protectorat japonais puis fut annexée en 1910.
 
 
 
 
 
Notes
(1) Les Boxers étaient les membres d’une société secrète chinoise. À partir de 1895, ils lancèrent un mouvement xénophobe qui culmina en 1900 avec une émeute qui menaça les légations européennes.
 
 
 
D’après BABICZ, Lionel, « 1904 : le Japon attaque la Russie », in L’Histoire, n° 284, février 2004, pp. 18-19.
 

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Published by Léon Cahlinel - dans Actu
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