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14 mars 2005 1 14 /03 /mars /2005 22:58
Depuis le 3 mars dernier se tient à Lyon, au Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation une exposition consacrée au génocide qui eut lieu au Cambodge entre 1975 et 1979*. L’occasion nous est donc donnée de faire un retour sur un massacre qui a fait deux millions de victimes.
 
Un nom est associé à ce génocide : Pol Pot. Il est difficile d’avoir une connaissance précise de cet homme étant donné qu’il a fait assassiner la plupart de ceux qu’il a fréquenté. La source la plus importante dont nous disposons sur Pol Pot est la biographie écrite par l’historien David Chandler intitulée Pol Pot frère numéro un (1).
 
 
La prise du pouvoir par Pol Pot
 
 
Comment Pol Pot est-il arrivé au pouvoir au Cambodge ? Le véritable nom du dictateur est Saloth Sar. Issu d’une famille aisée, il est étudiant en France de 1949 à 1952, il s’oriente vers le communisme en fréquentant un cercle cambodgien d’études marxistes. En 1953, Saloth Sar revient au Cambodge, dirigé par un roi, Norodom Sinahouk, sans avoir terminé ses études et sans diplôme. Or, pour les Cambodgiens, la seule manière d’être communiste est de faire partie du Parti communiste indochinois (PCI) : Saloth Sar y adhère donc. Mais au PCI, les Vietnamiens sont majoritaires et les Cambodgiens, peu nombreux sont considérés comme de simples auxiliaires. Au fil du temps, cette autorité vietnamienne apparaît de plus en plus pesante pour Saloth Sar.
 
En 1960 est fondé le PCK, le parti communiste khmer, après six années de péripéties. Pol Pot en devient le dirigeant en 1963. Saloth Sar se fait appeler Pol Pot car c’est un nom très répandu dans la campagne cambodgienne : c’est sa manière à lui de se démarquer de ses origines « bourgeoises ».
 
C’est alors qu’un événement va permettre à Pol Pot de prendre le pouvoir. En mars 1970, le Cambodge est plongé dans la guerre civile. Grâce à cet événement, les Khmers rouges prennent la capitale du Cambodge, Phnom Penh, le 17 avril 1975 : la ville est vidée de ses habitants (deux millions sur 7,9 millions de Cambodgiens). Hommes, femmes, enfants, vieillards, malades sont expulsés. C’est le début de la dictature communiste.
 
 
Des distinctions sur des critères ethniques
 
 
Les communistes au pouvoir établissent plusieurs distinctions dans la population qui vont se révéler meurtrières. D’abord, sont opposés le « peuple ancien », composé de ceux qui vivaient dans les territoires contrôlés par les Khmers rouges de 1970 à 1975, et le « peuple nouveau », dont les membres vont subir des mauvais traitements, souvent fatals.
 
Mais d’autres distinctions sont opérées parmi les habitants du Cambodge. Elles se font sur des critères ethniques et religieux. Ainsi, les citadins sont considérés comme les exploiteurs du peuple, les 600 000 Vietnamiens du Cambodge sont expulsés du pays. Les Chinois, au nombre de 300 000 ou 400 000, sont eux aussi maltraités. Enfin, les 250 000 musulmans cambodgiens font l’objet de persécutions et de massacres.
 
La surveillance est renforcée, la délation encouragée : il faut supprimer tout élément « contre-révolutionnaire » du pays. La population est soumise au travail avec de grands chantiers (construction de canaux, de barrages…)
 
Enfin, les familles sont éclatées. Le but recherché est de casser les anciennes solidarités en séparant les enfants de leurs parents. L’objectif final est de recréer une nouvelle société fondée sur l’idéologie égalitariste et communautaire et méprisant l’individu.
 
Tous les pays communistes ont commis des massacres de masse. Mais un seul, le Cambodge, perpétra un génocide. Pourquoi, dans l’univers communiste, un génocide eut-il lieu ? Pour Ben Kiernan (2), il faut penser à la fois l’entreprise de mise en place du totalitarisme et le projet d’extermination raciale. Ce n’est pas le racisme qui démarque le régime de Pol Pot des autres régimes communistes mais il est la « variable qui, se conjuguant avec le credo [communiste], explique le génocide » (3).
 
Deux facteurs agirent donc ensemble pour la réalisation de ce génocide : le premier réside dans la mise en place de l’utopie communiste égalitariste par la force ; le second est la haine de Pol Pot vis-à-vis du voisin vietnamien. D’ailleurs, le génocide perpétré par les communistes cambodgiens se fonde à la fois sur des critères raciaux et idéologiques.
 
 
Un quart de la population du Cambodge victime du génocide
 
 
Le bilan du génocide – qu’on a parfois aussi qualifié d’« autogénocide » – est difficile à évaluer avec précision. Il y a eu entre 400 000 et 900 000 exécutions. À ces crimes s’ajoutent les 700 000 à 1,2 millions de victimes de traitements inhumains. Au total, les estimations peuvent faire état d’environ deux millions de victimes. C’est le quart de la population du Cambodge qui a été décimé.
 
En janvier 1979, la prise de Phnom Penh par les troupes vietnamiennes entraîne la fuite du gouvernement khmer rouge. Pol Pot connaît une fin lamentable : réfugié dans la forêt, il est arrêté en 1997 et meurt le 15 avril 1998.
 
C’est donc un génocide sans précédent dans le monde communiste qui a été perpétré au Cambodge entre 1975 et 1979. Certes, Staline et Mao étaient xénophobes, mais Pol Pot a manifesté une véritable obsession raciale qu’il a combinée avec l’idéologie marxiste.
 
 
 
 
 
Notes
* Exposition Chronique d’un génocide : Cambodge, 1975-1979, du 3 mars au 28 août 2005 au Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation, 14, avenue Berthelot, 69007 Lyon.
 
(1) CHANDLER (David), Pol Pot, frère numéro un, Paris, Plon, 1993.
 
(2) KIERNAN (Ben), Le Génocide au Cambodge, 1975-1979, Paris, Gallimard, 1998.
 
(3) KIERNAN (Ben), « Le génocide cambodgien : la part du racisme », in L’Histoire, novembre 2000, n° 248, p. 4.
 
 

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Published by Léon Cahlinel - dans Actu
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