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1 janvier 2005 6 01 /01 /janvier /2005 15:04
En plein XVIIIe siècle, un amiral était exécuté parce qu’il avait perdu une bataille : John Byng fut un fusillé pour l’exemple. Ni les témoignages en sa faveur lors de son procès, ni l’intervention de Voltaire n’ont pu changer le cours des événements. Car « il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres ».
 
Le 14 mars 1757, l’amiral Byng est conduit sur le gaillard d’arrière du navire le Monarque, ancré dans la rade de Portsmouth. Un peloton d’exécution fusille l’officier qui n’avait fait que son devoir. L’exécution doit servir d’exemple aux autres marins. Au milieu du XVIIIe siècle, un officier avait été condamné à être fusillé pour l’exemple.
 
 
TROUVER UN BOUC-ÉMISSAIRE
 
 
C’est à l’initiative du ministre Pitt que l’Angleterre déclara la guerre à la France, en mars 1756. Les raisons de cette guerre – il s’agit de la guerre de Sept Ans – résidaient dans la rivalité franco-anglaise dans les colonies d’Amérique et de l’Inde, et l’expansion de la Prusse en Europe qui inquiétait l’Autriche. En dépit des protestations des ministres et de certains officiers qui faisaient remarquer qu’à ce moment là, la marine britannique n’était pas en mesure de repousser les attaques françaises, Pitt choisit d’entrer en guerre. Le commandement des opérations fut confié à l’amiral John Byng.
 
Le 29 juin 1756, les forces navales de Byng essayèrent de repousser les Français. Mais leur tentative échoua. Au bout de quelques heures, les Anglais durent reculer. Dès que la nouvelle atteignit Londres, l’opinion publique chercha un bouc émissaire. Pour éviter d’être la cible de l’opinion publique, le Premier ministre Newcastle fit publier un communiqué faisant état de l’incompétence de John Byng. Celui-ci fut arrêté et emprisonné dès qu’il arriva à Portsmouth le 26 juillet 1756.
 
Mais l’opinion était divisée. Une partie se déchaînait contre Byng : des effigies de l’amiral furent brûlées et sa propriété fut difficilement protégée d’une foule fanatique. Une autre partie de l’opinion en revanche s’attaquait au gouvernement par le biais de caricatures et de chansons. Newcastle, lors d’un passage à Greenwich, fut même victime de jets de pierres.
 
 
BYNG JUGÉ, CONDAMNÉ ET EXÉCUTÉ
 
 
Le procès de l’amiral Byng débuta le 28 décembre 1756, date de la première séance de la cour martiale. Douze officiers avaient pour tâche de déterminer si Byng aurait pu éviter la défaite. Les chefs d’accusation étaient accablants. Mais son glorieux passé militaire plaidait en faveur de l’accusé. De même, des officiers et des hommes politiques, lors de leur déposition, mirent en cause l’efficacité de l’armement naval. Ces témoignages plaidaient aussi en faveur de Byng. Ce dernier affirma en outre qu’il avait hissé le pavillon ordonnant l’offensive mais que le reste de la flotte avait interprété le signal comme un ordre de repli. Avec ces éléments, Byng pouvait espérer que l’issue du procès lui soit favorable.
 
Mais le 27 janvier 1757, le verdict fut rendu. L’amiral fut acquitté des accusations de lâcheté et d’abandon de poste devant l’ennemi. Certes. Mais la cour martiale, unanime, décréta que l’officier n’avait pas fait tout son possible « pour reprendre le fort de Saint-Philippe, pour s’emparer de la flotte française, de la détruire ». En d’autres termes, John Byng était condamné à mort. Il fut exécuté le 14 mars 1757.
 
 
INTERVENTION DE VOLTAIRE
 
 
La Chambre des Communes avait demandé la grâce de l’amiral au roi Georges II. Mais celui-ci avait refusé : il voulait que l’exécution de l’amiral fasse un exemple.
 
En France, un homme a pris le parti de Byng : Voltaire. Le philosophe s’engage déjà dans la lutte contre les erreurs judiciaires. Il se battra plus tard dans l’affaire Calas, l’affaire Sirven, l’affaire Lally-Tollendal, l’affaire du chevalier de La Barre. Voltaire en appelle aux souverains d’Europe. Le ministre français intervient même auprès du gouvernement britannique. Mais le roi d’Angleterre juge très mal cette ingérence dans les affaires intérieures du royaume et le combat de Voltaire se révélera finalement inutile. John Byng n’a pas été réhabilité.
 
En 1759, Voltaire publie Candide. Dans cet ouvrage, il a introduit l’exécution de Byng. Ces lignes dénonçant l’absurdité de la justice peuvent servir de conclusion à notre article :
 
« En causant ainsi ils abordèrent à Portsmouth ; une multitude de peuple couvrait le rivage et regardait attentivement un assez gros homme qui était à genoux, les yeux bandés, sur le tillac d’un des vaisseaux de la flotte ; quatre soldats, postés vis-à-vis de cet homme, lui tirèrent chacun trois balles dans le crâne le plus paisiblement du monde, et toute l’assemblée s’en retourna extrêmement satisfaite. “Qu’est-ce donc tout ceci ? dit Candide, et quel démon exerce partout son empire ?” Il demanda qui était ce gros homme qu’on venait de tuer en cérémonie. “C’était un amiral lui répondit-on. – Et pourquoi tuer cet amiral ? – C’est, lui dit-on, parce qu’il n’a pas fait tuer assez de monde ; il a livré un combat à un amiral français, et on a trouvé qu’il n’était pas assez près de lui. – Mais, dit Candide, l’amiral français était aussi loin de l’amiral anglais que celui-ci l’était de l’autre ! – Cela est incontestable, lui répliqua-t-on ; mais dans ce pays il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres.” » (1)
 
 
 
 
 
Note
(1) Voltaire, Candide, Paris, Larousse, « Classiques Larousse », 1990, édition présentée, annotée et commentée par Jean Goldzink.
 
 
 
D’après :
LANEYRIE-DAGEN, Nadeije (dir.), Les grands procès, Paris, Larousse, 1995.
 

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Published by Léon Cahlinel - dans Analyse
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