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1 janvier 2005 6 01 /01 /janvier /2005 14:56
Il y a cent ans avait lieu en Russie le « Dimanche rouge » : des manifestants réclamant des réformes étaient dispersés dans le sang. La révolution de 1905 commençait. Mais elle n’allait pas aboutir et le régime tsariste révélerait son incapacité à se réformer.
 
La Russie du début du XXe siècle est une autocratie : le tsar détient tous les pouvoirs et est un monarque absolu. Mais Alexandre II, qui régna de 1855 à 1881, affranchit tous les serfs et institua, en 1864, les zemstvos, des assemblées élues en Russie centrale qui devaient se charger de la collecte des impôts et du gouvernement local.
 
 
UNE MANIFESTATION PACIFIQUE RÉPRIMÉE DANS LE SANG
 
 
Mais ces réformes ne satisfirent pas l’intelligentsia révolutionnaire qui se lança dans la voie du nihilisme et du populisme. C’est-à-dire qu’elle jugeait ces réformes insuffisantes et prônait la subversion. En 1881, Alexandre II fut assassiné. Alexandre III limita les réformes que son prédécesseur avait décidées. Par exemple, il prit des mesures visant à limiter les activités des zemstvos.
 
En 1894, Nicolas II devient le nouveau tsar de la Russie. En 1898 est fondé le parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). Le parti socialiste-révolutionnaire (SR), issu du courant populiste des révolutionnaires, est créé quant à lui en 1901. Ainsi, on assiste à une sorte de bouillonnement politique en Russie avant la révolution de 1905. Nicolas II subit aussi des revers en politique étrangère : la guerre menée contre le Japon en 1904-1905 se révèle en effet être un désastre (1).
 
Le 16 janvier 1905, les ouvriers de l’usine Poutilov située à Saint-Pétersbourg se mettent en grève. Le dimanche 22 janvier, les ouvriers grévistes, accompagnés d’étudiants et de paysans, forment un cortège de 150 000 personnes conduit par le pope (2) Gheorgi Gapone. Ils veulent adresser au tsar une pétition portant 135 000 signatures. Celle-ci contient plusieurs revendications : elle expose les souffrances et les besoins du peuple russe, elle dénonce le système bureaucratique, demande des réformes, la tolérance religieuse et l’élection d’une assemblée constituante au suffrage universel.
 
Le cortège se dirige en direction du palais d’Hiver. Mais le tsar est absent. La manifestation se veut pacifique. Néanmoins, le palais impérial est gardé par des troupes appuyées par des cosaques. Un coup de feu retentit. Alors, le grand-duc Serge qui commande les troupes, ordonne à ses hommes de tirer. Les manifestants sont dispersés dans le sang. Puis les cosaques chargent sabre au clair. On relève près de 1 000 morts, hommes, femmes et enfants.
 
Le gouvernement publie un communiqué présentant les événements en ces termes : « Les discours fanatiques du pope Gapone […] ont à ce point déchaîné les manifestants qu’ils ont occupé en masse la résidence. »
 
 
LA DOUMA EST DISSOUTE À DEUX REPRISES
 
 
Ce « Dimanche rouge » entraîne des troubles dans toute la Russie. Au printemps 1905, les universités se mettent en grève. En juin, les marins du cuirassier Potemkine se mutinent. Une grève générale a lieu du 20 au 30 octobre.
 
Ces troubles obligent Nicolas II à faire des concessions. Le 18 août, il accepte la formation d’une assemblée, la Douma. Pour le tsar, cette assemblée doit aussi lui permettre de se réconcilier avec le peuple après le désastre de la guerre contre le Japon. Cette assemblée sera élue au suffrage indirect afin d’obtenir une majorité rurale et conservatrice : la peur des villes et des classes éclairées expliquent cette décision. En outre, cette Douma aura plus un rôle consultatif que législatif. Puis, le 30 octobre, le ministre Witte adresse un projet dans lequel il promet certaines libertés. Mais ces promesses ne seront pas tenues.
 
La première Douma est inaugurée le 27 avril 1906 par Nicolas II dans la salle du trône du palais d’Hiver et dans un faste grandiose. Mais l’assemblée est dissoute dès le 9 juillet pour avoir « outrepassé » ses compétences. Une seconde Douma est installée mais elle sera dissoute en 1907. Quant aux libertés promises, elles restent très limitées. La répression ne tarde pas à frapper les opposants et les mouvements révolutionnaires sont dispersés.
 
Ainsi, le régime tsariste est retombé dans l’autocratie : il s’est montré incapable de se réformer. C’est la guerre de 1914-1918 qui va précipiter sa chute.
 
 
 
 
 
Notes
(1) La guerre russo-japonaise de 1904-1905 a éclaté en raison de l’influence croissante de la Russie en Chine. Or, le Japon considérait la Corée comme un point de défense et pensait que cette influence russe constituerait une menace à long terme pour la Corée.
 
(2) Prêtre de l’Église orthodoxe.
 

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Published by Léon Cahlinel - dans Actu
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