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22 décembre 2004 3 22 /12 /décembre /2004 20:27
Le 16 décembre dernier, suite à de nouveaux combats, la Commission et le Parlement européens demandaient au Rwanda de retirer ses troupes du Kivu, région située dans la République démocratique du Congo (RDC). Ces événements s’inscrivent dans le cadre d’un affrontement qui dure depuis près de dix ans et qui résulte du génocide du Rwanda de 1994. Explications.
 
Le génocide de 1994 commença avec l’assassinat, le 6 avril, du président hutu du Rwanda Juvénal Habyarimana. Cet attentat déclencha des tueries qui visaient à exterminer les Tutsi. Mais de nombreux Hutu dits « modérés » furent également assassinés.
 
 
LA GUERRE AU RWANDA
 
 
Dès le 11 avril, le FPR, l’organisation fondée par les Tutsi qui avaient fui le Rwanda dans les pays voisins depuis les années 1960 (1), lança une offensive sur le pays et perpétra lui aussi des crimes. Effrayées, les populations hutu fuirent en masse au fur et à mesure de la progression du FPR. Les responsables du régime hutu ainsi que ses cardes administratifs firent de même. Au mois de juillet, un nouveau gouvernement fut établi : le FPR était au pouvoir et les Tutsi gouvernaient de nouveau.
 
Un gigantesque flot de réfugiés s’installa notamment au Zaïre, dirigé par Mobutu, dans la région du lac Kivu. Si la majorité d’entre eux étaient des civils, une partie était en revanche composée par les anciens membres des FAR (Forces armées rwandaises) et des anciennes milices qui avaient participé au génocide, ainsi que par les responsables des autorités locales qui avaient eux aussi contribué au massacre. Ces personnes-là utilisèrent les réfugiés comme boucliers pour pouvoir s’enfuir.
 
 
LES ONG ONT AIDÉ LES GÉNOCIDAIRES À LEUR INSU
 
 
Les camps de réfugiés se trouvèrent vite encadrés par les anciens cadres du régime hutu, c’est-à-dire ceux qui avaient participé au génocide. Or, ces personnes voulaient continuer la guerre contre le FPR et reconquérir le Rwanda. Ils firent donc tout pour faire perdurer le phénomène des réfugiés. Dans cette optique, les ONG, à leur insu, ont joué un grand rôle.
 
En effet, les organisations humanitaires, dans leur volonté de porter assistance aux victimes des guerres et autres catastrophes, se portèrent naturellement au secours des réfugiés du Kivu. Mais ces ONG méconnaissaient totalement les réalités de la région et, dans leur ignorance des faits, elles s’en remirent totalement à ceux qui dirigeaient les camps… c’est-à-dire aux anciennes FAR qui voulaient continuer la guerre. C’est ainsi qu’une partie des vivres destinés aux réfugiés servit en réalité aux autorités autoproclamées des camps pour acheter des armes. Dès lors, les camps de réfugiés devinrent des bases de départ pour des opérations commandos qui se mirent à semer la terreur dans l’ouest du Rwanda.
 
 
LE PROBLÈME HUTU-TUTSI TRANSPOSÉ AU ZAÏRE
 
 
La création de ces camps ne fit que transposer l’opposition Hutu-Tutsi au Zaïre. En effet, sur les hautes terres de la région du Kivu, vivaient les Tutsi banyamulenge. Ces derniers firent l’objet d’attaques de la part des Hutu zaïrois qui composaient les FAZ (Forces armées zaïroises), alliés aux anciennes FAR. En outre, pour compliquer encore la situation, dans la même région du Kivu, Mobutu abritait des maquis en lutte contre le régime tutsi d’Ouganda. Et la présence de ces Hutu armés inquiétait aussi le Burundi dont le pouvoir était lui aussi aux mains de Tutsi.
 
Le Kivu est donc une région où les tensions sont multiples. Le Rwanda forma les Banyamulenge qui purent se défendre. Ainsi, dans la nuit du 12 au 13 septembre 1996, alors qu’une colonne de FAZ et d’anciennes FAR progresse afin d’aller commettre de nouvelles exactions dans la région, elle est attaquée par les Banyamulenge qui prennent rapidement l’avantage. Les Hutu refluent dans le nord du Kivu. Les troupes du Rwanda, dans le même temps, avancent en direction des camps de réfugiés. Ceux-ci sont alors évacués par les anciens cadres du régime hutu tandis que les autres, qui n’ont rien à se reprocher, peuvent rentrer dans leur pays. Le Rwanda ne partira plus de la région.
 
 
LA LUTTE CONTRE LES HUTU : UN PRÉTEXTE
 
 
La guerre reprit en 1998. Le Zaïre était devenu la République démocratique du Congo (RDC) avec un pouvoir tutsi. Mais suite à des tensions entre ce pays et ses alliés tutsi, un conflit à l’échelle régionale éclata : il opposa d’un côté les trois pays tutsi que sont le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, et de l’autre la RDC et ses alliés. L’Afrique centrale se trouva totalement déstabilisée.
 
Un accord fut signé à Lusaka en 1999. Un autre, qui fut conclu le 30 juillet 2002, prévoyait que le Rwanda évacue la région du Kivu. Mais en 2004, ce dernier est toujours dans la région. D’où la montée de nouvelles tensions depuis quelques jours.
 
Paul Kagame, le président du Rwanda, justifie la présence de ses troupes dans le Kivu par le fait que les ex-FAR et les génocidaires hutu font planer une menace sur son régime. Cette explication ne tient pas la route puisque cela fait presque dix ans que l’armée rwandaise est dans la région. Or, elle constitue la meilleure armée d’Afrique : qui pourrait alors croire que d’excellents soldats puissent mettre autant de temps à se débarrasser des dernières poches de résistances hutu ? La pseudo menace hutu est un prétexte. En réalité, le Rwanda revendique la région du Kivu pour pouvoir s’étendre. Au-delà du fait que le Kivu est une zone riche, cette extension du Rwanda a surtout pour objectif de solutionner le problème de sa surpopulation.
 
Ainsi, les récents événements qui se sont déroulés dans le Kivu s’inscrivent dans la continuité de deux guerres qui, dans une certaine mesure, résultent du génocide du Rwanda.
 
 
 
 
 
Note
(1) C’est dans les années 1960 que les Hutu arrivèrent au pouvoir au Rwanda. Mais dès 1959, des massacres visant les Tutsi avaient obligé ces derniers à s’exiler. De nombreux tutsi quittèrent le Rwanda jusqu’en 1973.
 

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Published by Léon Cahlinel - dans Actu
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