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Benvenuto Cellini a travaillé toute sa vie en Italie, d’abord à Florence, ensuite à Rome, puis à Mantoue, puis de nouveau à Florence avant de repartir pour Rome. Le seul passage marquant qu’il fit à l’étranger est finalement son arrivée en 1540 à la cour du roi de France François Ier, au service duquel il reste cinq ans, avant de regagner sa ville natale. Entre 1540 et 1545, l’artiste italien aura l’occasion de faire preuve de ses talent et, surtout, de les mettre au service du monarque français. Deux œuvres en particulier en témoignent : la salière et la Nymphe de Fontainebleau. C’est à la première que nous allons nous intéresser ce mois-ci.
Exécutée entre 1540 et 1543 environ, à la demande du roi de France, cette pièce, constituée d’or et d’émail et mesurant 26 centimètres de haut et 33,5 de long, a nécessité la fonte de mille écus d’or, somme colossale à l’époque. Elle représente un homme et une femme nus, se faisant face. L’homme figure Neptune, avec son trident, et symbolise donc la mer. Il s’appuie sur quatre têtes de cheval et trois dauphins et une tortue lui sont aussi associés. À côté de lui se trouve une nef : c’était le lieu destiné à recevoir le sel.
La femme peut être identifiée à Cérès et symbolise la terre. Nue, la main gauche placée sur son sein, elle tient des fruits dans sa main droite. Elle est l’allégorie de la fécondité. Un éléphant, une tête de chien et une tête de lion l’accompagnent. Sous sa jambe est figurée une salamandre, l’animal associé à François Ier. À côté d’elle se trouve un arc de triomphe à trois baies, les deux latérales encadrant l’ouverture centrale, plus grande. De part et d’autre de cet arc se trouve une niche : dans la première est représentée une femme avec une corne d’abondance et dans la seconde un Hercule. Cet arc de triomphe, sur lequel sont représentées les armes de François Ier, est le récipient dans lequel se trouvait le poivre et dont une femme allongée est le couvercle.
L’homme et la femme entremêlent leurs jambes. L’ensemble repose sur une base d’ébène portant huit figures. Quatre d’entre elles sont des allégories des quatre saisons, les quatre autres représentent le jour, la nuit, le crépuscule et l’aurore.
La référence à l’antiquité est évidente dans cette œuvre : les coiffures bouclées, le nu antique, l’arc de triomphe sont autant d’éléments qui le prouvent. Le maniérisme se reconnaît dans les mouvements et l’instabilité des deux figures : celles-ci semblent se rapprocher et en même temps, elles semblent sur le point de tomber à la renverse, prête à sortir du cadre de l’œuvre. En outre, les corps étirés, la pose compliquée de chacun des personnages évoquent les formes compliquées, serpentines, des sculptures maniéristes. Enfin, et surtout, l’impossibilité d’embrasser tous les aspects de la pièce en un seul regard traduisent encore le maniérisme : comme dans le buste de Côme Ier, le spectateur doit tourner autour de l’œuvre pour en déceler tous les aspects.
Cellini a utilisé un jeu d’allégories pour rendre son message facilement déchiffrable. Dans cette pièce, Cellini veut représenter le pouvoir de son commanditaire, le roi de France François Ier. Ainsi, le chien représente la fidélité, et le lion le courage. La corne d’abondance signifie quant à elle le roi nourricier. L’éléphant, la salamandre, les armes du roi et la nef de type français contribuent encore à faire de cette salière une véritable œuvre royale. Enfin, les deux personnages, la terre et la mer, entremêlent leurs jambes pour symboliser l’interpénétration de la terre et de la mer, les golfes et les péninsules et, au-delà , la pénétration française en Italie.
L’allégorie du pouvoir de François Ier est donc complète : elle montre la maîtrise de la nature et des éléments par le monarque. Le roi fut d’ailleurs très enthousiaste lorsque la pièce lui fut présentée.
Aller plus loin :
AVERY, Charles, La sculpture florentine de la Renaissance, Le Livre de poche, 1996.
POPE-HENNESSY, Cellini, Paris, 1985.