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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 09:25

L'OCDE a soixante ans. Ou plutôt son ancêtre, l'OECE. Cette dernière naquit le 16 avril 1948, dans le cadre du plan Marshall. Et représentait la première tentative de construction européenne d'après-guerre.

 

Il y a soixante ans, le 16 avril 1948, une convention établissait une Organisation européenne de coopération économique. Il s’agissait, pour les dix-sept signataires de gérer l’aide américaine à la reconstruction de l’Europe. Mais au-delà d’une organisation purement économique, elle constituait un véritable projet politique européen.

 

 

Contrer l'expansionnisme communiste

 

 

En 1945, l’Europe, sortie de la Seconde Guerre mondiale, est ravagée. L’effort de reconstruction à fournir devra être extrêmement important. Or, toutes les structures économiques du vieux continent sont dévastées. D’autre part, les pays d’Europe de l’est ont été libérés du nazisme par les troupes soviétiques. Le communisme contrôle donc toute une partie de l’Europe. Or, la crainte des Etats-Unis est de voir l’URSS profiter de la situation ruinée du reste de l’Europe pour y asseoir sa domination. La Guerre froide s’esquisse.

 

Elle est devient une réalité le 12 mars 1947, lors du discours du président américain Harry Truman, au Congrès. Celui-ci déclare notamment que « les Etats-Unis doivent soutenir les peuples libres qui résistent à des tentatives d’asservissement par des minorités armées, ou des pressions venues de l’extérieur ». Il ajoute également que l’aide américaine « doit consister essentiellement en un soutien économique et financier qui est indispensable à la stabilité économique et à une vie politique cohérente ». Le discours de Truman énonce ainsi la doctrine du containment, l’« endiguement » littéralement, qui consiste à faire barrage à l’impérialisme communiste. C’est que, à cette époque, l’Union soviétique installe des régimes communistes en Pologne et en Tchécoslovaquie. Mais le discours de Truman ne vise alors qu’à une aide très ciblée : les Américains entendent aider deux pays particuliers, la Grèce et la Turquie.

 

En outre, au reste de l’Europe, les Etats-Unis accordent déjà une aide au coup par coup. Il n’y a pas de planification pour la reconstruction, l’objectif était juste, alors, d’empêcher l’Europe de s’asphyxier. Cette aide se manifeste notamment par des prêts divers et par la liquidation  des surplus de l’armée américaine en Europe.

 

Mais face à la menace croissante de l’expansionnisme soviétique, des membres de l’Administration américaine se persuadent qu’il faut étendre l’aide humanitaire à toute l’Europe, et même à l’URSS. C’est le sens du discours du général George Catlett Marshall du 5 juin 1947 à Harvard.

 

George Marshall (1880-1959) est Secrétaire d’Etat du président Truman pour les Affaires étrangères. C’est à la veille du troisième anniversaire du Jour-J, à Harvard, qu’il prononce un discours annonçant la volonté des Etats-Unis d’accorder une aide à l’Europe.

 

 

« L’initiative doit venir de l’Europe » (G. C. Marshall)

 

 

Dans ce discours, le général souligne d’abord que « toute la structure de l’économie européenne » est dévastée. Il se livre d’abord au triste constat que la guerre, par ses préparatifs et par les destructions qu’elle a causées, a anéanti tous les secteurs économiques. Les ravages sont tels que le général annonce que « la reconstruction de la structure économique de l’Europe demandera évidemment beaucoup plus de temps et des efforts plus grands que nous ne l’avions prévu ». Il faut donc trouver un « remède ».

 

Ce remède réside dans la transformation économique et sociale des pays concernés, dans le redressement financier, commercial et industriel et la modernisation des technologies et des esprits, c’est-à-dire faire en sorte que les personnes retrouvent une confiance certaine dans l’économie et qu’elles se décident ainsi à faire des échanges. En outre, les Etats-Unis ont un intérêt non négligeable à aider l’Europe : en effet, leur commerce national est menacé de surproduction et il leur faut donc trouver des débouchés.

 

Même si George Marshall affirme que la politique qu’il promeut « n’est dirigée contre aucun pays, aucune doctrine, mais contre la famine, la pauvreté, le désespoir et le chaos », il est clait cependant que l’aide américaine vise à contenir le totalitarisme communiste et ses agents en Occident, les Partis communistes nationaux. Ainsi, déclare-t-il un peu plus loin : « les partis et les groupes politiques qui cherchent à perpétuer la misère humaine pour en tirer profit […] se heurteront à l’opposition des Etats-Unis. »

 

Enfin, un dernier aspect, et non des moindres, de la future aide Marshall est souligné dans ce discours : la volonté d’unifier l’Europe. En effet, le Secrétaire d’Etat déclare : « Il ne serait ni bon ni utile que ce gouvernement [le gouvernement américain] entreprenne d’établir de son côté un programme destiné à remettre l’économie de l’Europe sur pied. C’est là l’affaire des Européens. L’initiative, à mon avis, doit venir de l’Europe. » En clair, George Marshall entend faire participer les Européens à la reconstruction et ainsi faciliter leur rapprochement. C’est cette volonté qui annonce l’OECE qui sera mise sur pied un peu moins d’un an plus tard.

 

Le plan Marshall ne se concrétise pas immédiatement. Mais la nouvelle est accueillie très favorablement et le projet est désormais en route. En attendant, les Etats-Unis accordent une aide intérimaire qui précède le plan proprement dit. Cette aide s’élève à 540 millions de dollars dont la moitié est versée à la France.

 

 

La réalisation de l'unité européenne

 

 

Une intense activité diplomatique a lieu, visant, pour les pays d’Europe, y compris l’Union soviétique, à donner une réponse commune aux Etats-Unis. La conférence de Paris qui s’ouvre le 27 juin réunit les pays d’Europe de l’ouest mais aussi de l’est comme  la Pologne et la Tchécoslovaquie, ainsi que l’URSS. Dix-sept pays acceptent l’aide Marshall : l’Islande, le Royaume-Uni, l’Irlande, la France, le Portugal, la Norvège, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, la France, la Belgique, le Luxembourg, la RFA, la Suisse, l’Autriche, l’Italie et, surtout, les deux pays à qui l’aide était à l’origine destinée, la Grèce et la Turquie.

 

Molotov, ministre des Affaires étrangères de Staline, dénonce quant à lui une « manœuvre de l’impérialisme américain ». Il craint, avec ce plan, un abandon de souveraineté. Le 2 juillet, l’URSS refuse. Ce refus, définitif, entraîne aussi un refus, sous la contrainte, des pays de l’est qui auraient bien aimé bénéficié également de l’aide.

 

Le 13 juillet est créé un Comité de coopération économique européenne (CCEE). Ce comité remet, le 22 septembre, un rapport aux Etats-Unis qui le considèrent comme insuffisant et incohérent.

 

Finalement, l’European Recovery Program (ERP, plus connu, en Europe, sous l’expression Plan Marshall), est formalisé par l’Economic Cooperation Act le 3 avril 1948. En trois ans, entre 1948 et 1951, les dix-sept pays ayant accepté l’aide reçoivent treize milliards de dollars dont les cinq sixièmes sous forme de don et le dernier sixième sous forme de prêt à un taux d’intérêt très faible. Très concrètement, les Etats-Unis fournissent l’argent aux gouvernements. Ceux-ci vendent les dollars à leurs entreprises. Avec l’argent ce cette vente, les gouvernements peuvent financer les programmes d’investissements nécessaires. De leur côtés, les entreprises, avec ces dollars, achètent tout ce dont elles ont besoin aux Américains.

 

Le 16 avril 1948, une convention élabore une charte qui fonde une Organisation européenne de coopération économique (OECE) – elle deviendra, plus tard, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) en 1961. C’est à la demande expresse des Américains qu’elle est instituée. Et c’est là que l’on perçoit les implication politiques de l’aide économique et financière américaine. En effet, aux yeux des Etats-Unis, l’unité européenne était nécessaire, la condition indispensable à un engagement durable des Américains en Europe. Le Congrès américain subordonnait l’aide à la réalisation d’une unité européenne. Il fallait mettre un terme aux tensions et aux rivalités qui avaient provoqué plusieurs guerres. L’Oncle Sam avait déjà du intervenir à deux reprises (en 1917 et en 1941) pour ramener la paix.

 

Au départ, cette OECE a des buts économiques : transformer l’Europe en une puissance économique, établir des taux de change réalistes et abolir les barrières douanières. Mais une véritable dimension politique se dégage aussi. C’est une première tentative de construction européenne. L’aide Marshall, en obligeant les Européens travailler dans un but commun, les forçait à coopérer, à s’entendre, pour gérer ensemble l’argent de l’ERP. Certes, cette unification politique est très limitée : c’est un schéma intergouvernemental qui a été adopté, c’est un modèle de coopération et non d’intégration qui a été choisi pour cette OECE. Il n’y a aucun caractère supranational, contrairement à la CECA qui se mettra en place en 1950 et qui sera le véritable acte de naissance de l’actuelle Union européenne.

 

Mais il n’en reste pas moins que l’aide américaine supposait un projet politique : unifier l’Europe pour préserver la paix et se défendre du communisme. Marshall avait déclaré le 5 juin 1947 : « un accord devra être réalisé par les pays d’Europe sur leurs besoins actuels et ce que ces pays feront eux-mêmes pour rendre efficaces toutes les mesures que ce gouvernement pourrait prendre ». La convention établie le 16 avril 1948 concrétisait cette aspiration. Et il faut noter, au passage, qu’à cette union politique européenne, la Turquie participait…

 

 

Création de l'UEP en 1950

 

 

Si sur le plan politique cette OECE a eu des effets limités, en revanche, elle a obtenu des résultats sur le plan économique. Ainsi, en septembre 1950 est créée l’Union européenne des paiements (UEP). Il s’agit d’un système de crédits et de débits constitués par une somme prélevée sur l’aide Marshall. Cette UEP doit permettre le développement des échanges entre les pays de l’OECE.

 

L’aide Marshall a eu des résultats satisfaisants : entre 1948 et 1952, la production industrielle et la production agricole ont augmenté significativement, les exportations ont été multipliées par deux et les grands secteurs de l’économie ont été remis sur pied : travaux publics, transports, énergie, sidérurgie. Le chômage a baissé. Enfin, le plan Marshall a eu une conséquence géopolitique importante : en raison du refus soviétique, l’Europe s’est trouvée divisée, les pays de l’est étant obligés de se reconstruire sans l’aide américaine. Une rupture durable s’installe entre l’Europe de l’est et celle de l’ouest. Néanmoins, en raison de cette initiative importante, le général Marshall recevra le prix Nobel de la paix en 1953.

 

 

 

 

 

Aller plus loin

BOSSUAT, Gérard, La France, l’aide américaine et la construction européenne. 1944-1945, Paris, Imprimerie nationale, 1992.

BOSSUAT, Gérard, L’Europe occidentale à l’heure américaine. 1945-1952, Bruxelles, Complexe, 1992.

DUROSELLE, Jean-Baptiste, L’Europe. Histoire de ses peuples, Paris, Hachette Littératures, « Pluriel », 1990.

 

 

 

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Published by Léon Cahlinel - dans Actu
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