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2 février 2008 6 02 /02 /février /2008 10:00

On a tendance à oublier que Christophe Colomb ne fut pas le premier Européen à découvrir l’Amérique. Cinq cents ans avant lui, au cœur du Moyen Age, les Vikings installèrent un comptoir dansVikings-en-Am-rique.jpg l’actuelle région de Terre-Neuve.

 
Le 11 octobre 1965, le journal américain le New York Times publie un article qui affirme que, cinq cents ans avant Christophe Colomb, les Vikings avaient découvert l’Amérique. Le lendemain, des Italo-Américains provoquent un embouteillage monstre dans les rues de New-York afin de protester contre cet article : c’est que ce dernier révélait que le Génois Christophe Colomb, leur illustre compatriote n’était pas le premier à avoir découvert l’Amérique. Et, de fait, des Nordiques, venus de Norvège, furent les premiers Européens à entrer en contact avec le Nouveau Monde et ses habitants. Mais un contact de courte durée et sans grandes conséquences.
 
 
Les Vikings abordent le Labrador
 
 
Les Vikings furent un peuple de navigateurs très chevronnés. Et ces peuples scandinaves menèrent de fait de nombreuses explorations. Tandis que les Suédois exploraient la « route de l’Est », à partir de la Finlande jusqu’en Russie, les Danois étaient attirés vers le monde anglo-saxon et l’Europe carolingienne. Quant aux Norvégiens, ils étendirent leur champ d’action vers le nord-ouest. Ils s’installèrent en Écosse, en Irlande puis en Islande, en 870. À partir de cette date, et jusqu’en 930, plus de dix mille colons vikings s’installent en Islande.
 
C’est d’Islande que fut banni un guerrier viking pour avoir commis un meurtre. Ce guerrier, Éric le Rouge, mit cap vers l’ouest, en direction du Grœnland – qui signifie « pays vert », baptisé ainsi par Eric le Rouge. Là, il fonda en 985 une colonie, Brattahlid. Une quinzaine d’années plus tard, son fils, Leifr Erikson, se décide à continuer le périple de son père, accompagné de trente-cinq hommes. C’est vers l’an 1000 qu’il accoste en Amérique, sur une terre baptisée Vinland.
 
Les sources disponibles sont les sagas. Il s’agit de textes rédigés par les poètes des peuples scandinaves, les scaldes. Souvent, ces poèmes mêlent réalité et imaginaire. Deux sagas du XIIIe siècle racontent les périples de Leifr Erikson et de son père : la Saga d’Erik le Rouge et la Saga des Groenlandais. Des indices indiquent la découverte de l’Amérique par Erikson. En effet, on trouve dans ces textes le terme helluland, qui se traduit par « Terre des pierres plates ». Cette expression correspondrait bien à la description de la terre de Baffin, une vaste étendue rocheuse et plate. Le mot markland peut signifier « Terre de forêts ». Il pourrait décrire le Labrador. Enfin, vinland peut se traduire par « Pays de la vigne ». Leifr Erikson a donc, dans son voyage, rencontré la terre de Baffin et le Labrador. Ce qui suppose qu’il aurait pu accoster en Amérique.
 
En outre, le voyage du Grœnland vers le Labrador est beaucoup moins périlleux que d’autres voyages effectués par les Vikings, comme sur la mer de Barents, et qui sont réellement attestés. Dès lors, s’ils ont pu naviguer sur la mer de Barents, pourquoi n’auraient-ils pas pu aller jusqu’au Labrador ?
 
Dans un premier temps, Erikson aborde le Labrador, désigné sous le nom de markland dans les sagas. Puis, descendant vers le sud, l’expédition atteint le Vinland, c’est-à-dire Terre-Neuve. En fait, ce site ne comporte aucune vigne malgré son paysage verdoyant. Le climat y est trop rude. Si les sagas évoquent des vignes, c’est pour émerveiller les lecteurs et rendre attractif la terre nouvellement découverte. Erikson et ses hommes y passent l’hiver avant de retourner au Groenland.
 
 
Contacts avec les Indiens
 
 
Le frère d’Erikson, Thorvald, part également à la découverte de cette « terre de vignes ». Les Vikings sont les premiers Européens à rencontrer les Indiens, désignés par le terme de Skraelings, les « hommes laids ». Puis, vers 1020, Thorfinn Karlsefni se lance avec trois bateaux emportant cent soixante hommes et femmes ainsi que du bétail vers le Vinland. Le passage du premier hiver est dur, notamment en raison des tensions existant entre les Vikins païens et ceux qui se sont convertis au christianisme. Ils commercent avec les Skraelings, les Amérindiens : des tissus colorés sont échangés contre des fourrures. Mais les relations se dégradent et les Nordiques réalisent l’impossibilité de vivre au Nouveau Monde : ils repartent après trois hivers passés au Vinland, pour ne plus jamais revenir. L’implantation européenne en Amérique, en plein Moyen Age, aura été de courte durée.
 
Le lieu où vécurent les Vikings en Amérique a probablement été découvert sur un site appelé l’Anse-aux-Meadows. En effet, on y a découvert, à partir de 1963, des restes de murs en tourbe de deux mètres d’épaisseur et des restes de pieux de pins enfoncés dans le sol, ce qui est typique de l’architecture des maisons norroises. Surtout, de multiples objets vikings ont été mis au jour : une broche en bronze, une pierre à aiguiser, un peson de fuseau – un anneau de pierre servant à filer la laine –, une aiguille en os, des os de porc, une pierre creuse servant de lampe à huile, une enclume de pierre, des résidus de charbon, témoignant de la présence d’une forge, des copeaux de bois avec des outils en acier qui étaient inconnus des indigènes américains ainsi que la pièce d’un drakkar.
 
Les quelques Scandinaves qui devaient probablement s’être installés ici avec Leifr Erikson n’ont sans doute laissé qu’un petit comptoir. Il est très probable qu’ils soient repartis de leur plein gré car les fouilles n’ont révélé aucun indice de départ précipité. Et puis les maisons bâties ne comportent pas de fondations en pierre, signe que les Vikings parvenus jusque là ne comptaient pas s’installer ici pour une longue période. Le site de l’Anse-aux-Meadows devait donc être une sorte de base avancée.
 
Ainsi, les Vikings furent les premiers européens à fouler le sol américain, près de cinq siècles avant Christophe Colomb. Les peuples scandinaves, en tout cas, furent de véritables explorateurs.
 
 
 
 
 
Aller plus loin :
COHAT, Yves, Les Vikings. Rois des mers, Paris, Gallimard, « Découvertes », 2006.
DUROSSELLE, Geneviève, Célèbres ou méconnus. Les explorateurs de notre planète, Hatier, 1995.
 
 
 

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Published by Léon Cahlinel - dans Analyse
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