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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 18:09

L’année 1492 est celle où Christophe Colomb découvre l’Amérique. Elle marque habituellement la fin du Moyen Age et l’avènement de l’époque moderne. Mais le navigateur génois s’inscrivait en plein dans la tradition médiévale. Et l’événement marquait aussi le début des Grandes Découvertes. La découverte de l’Amérique par Christophe Colomb s’inscrit à la fois dans la continuité et la rupture.

 
Le 3 août 1492, deux caravelles, la Pinta et la Nina, et une caraque, la Santa Maria, quittent le port andalou de Palos. L’expédition de Christophe Colomb est lancée. Elle doit voguer vers l’ouest en direction des Indes. Pourtant, Colomb a du batailler pour faire accepter son projet.
 
 
Persuadé d’être arrivé en Chine
 
 
Christophe Colomb est né à Gênes en 1451 mais c’est au Portugal, pays où les marins génois s’illustrent, qu’il parfait sa connaissance de la navigation atlantique, entre 1476 et 1484. C’est en 1484 qu’il présente son grand projet au roi du Portugal Jean II : il a l’intention de rejoindre les Indes non pas en contournant l’Afrique comme le faisaient jusqu’à présent les Portugais, mais en navigant cap vers l’ouest. En effet, depuis le XIIIe siècle, l’idée était admise que la Terre était ronde. Mais le souverain refuse le projet.
 
Colomb quitte Lisbonne. En 1486, il soumet son projet aux Rois Catholiques, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille. Mais ces derniers refusent aussi. Le marin génois s’acharne à améliorer son argumentation et recherche des personnes qui pourraient l’appuyer. Après de multiples péripéties, les Rois Catholiques acceptent cette fois le projet, en 1492, alors que la Reconquista s’achève [1]. Colomb, s’il revient de son périple, sera fait Grand Amiral de Castille et vice-roi des Indes.
 
Le 3 août donc, l’expédition met d’abord le cap sur les Canaries. De là, les navires voguent vers l’ouest. Mais le voyage est plus long que ce que Colomb avait annoncé à ses équipages. Ceux-ci s’inquiètent, deviennent de plus en plus nerveux, les pilotes réclament un changement de cap. C’est la peur de l’inconnu qui les saisit. Toutefois, Colomb maintient sa route plein ouest.
 
Et, dans la nuit du 11 au 12 octobre 1492, la terre est en vue. Au matin, les hommes posent le pied sur l’île de Guanahani, dans l’archipel des Bahamas. Colomb effectue une reconnaissance des autres îles alentour et découvre Cuba et Haïti, cette dernière étant baptisée Hispaniola. Il est de retour au Portugal le 18 février 1493, persuadé d’avoir rallié l’Asie. Il est fait solennellement Grand Amiral de Castille et vice-roi des Indes.
 Christophe-Colomb-1.jpg
Trois autres voyages sont organisés. L’Amiral repart ainsi le 23 septembre 1493 avec quatorze navires. Arrivé sur place, il se met à la recherche de Catay, la Chine. Il explore Cuba et la Jamaïque. Il s’attend à trouver Cipango, le Japon. Le 30 mai 1498, Colomb débute son troisième voyage en direction de ce qu’il croit toujours être l’Asie. Il s’aventure jusqu’à l’embouchure de l’Orénoque, sur les côtes du Venezuela. C’est alors que l’idée d’un « nouveau monde » émerge. Mais chez Colomb, ce nouveau monde n’est que le prolongement de l’Asie. L’Asie, toujours… Son dernier voyage, il l’effectue en 1503-1504. Il découvre le Honduras, le Costa Rica, Panama. Alors que le monde prend conscience que c’est un nouveau continent qui a été découvert, Colomb restera persuadé d’avoir atteint l’Asie. Il meurt dans cette croyance en 1506.
 
 
Il recherche le paradis terrestre
 
 
La découverte du Nouveau Monde marque la fin du Moyen Age et l’avènement des Temps Modernes. Mais, au fond, si l’on prend en compte ses motivations et ses croyances, Christophe Colomb est un homme de son temps, un homme du Moyen Age. La découverte de l’Amérique s’inscrit aussi dans la tradition médiévale.
 
Colomb est l’héritier de l’époque médiévale d’abord par ses connaissances sur le monde, héritée des Anciens et des savants du Moyen Age. Ainsi, il lit le savant arabe Al-Farghani qui, au IXe siècle, soutenait que chacun des 360° de la Terre mesurait 56 mille, un mille correspondant à 2 164 mètres. Selon ces calculs, la Terre ferait donc, d’après Al-Farghani, 44 000 kilomètres de circonférence, ce qui n’est pas très éloigné de la réalité. Mais Colomb prend un mille pour 1 480 mètres, ce qui l’amène à estimer la circonférence de la Terre à seulement 30 000 kilomètres. Ce faux calcul lui laisse supposer que le voyage par l’ouest est possible car il ne sera pas aussi long que certains le disent.
 
D’autre part, Colomb lit beaucoup l’ouvrage de Marco Polo et retient notamment l’idée de l’immensité des terres d’Asie. Ainsi, il essaie d’évaluer le nombre de degrés occupés par le continent eurasiatique depuis les côtes du Portugal jusqu’au Japon. Il suit pour cela Marin de Tyr qui optait pour 225°. Mais il ajoute 28° correspondant aux terres inconnues de Marin et mentionnées par Marco Polo, ainsi que 30° pour la distance entre le Japon et le continent. Résultat : le continent occupe en fait, selon Colomb, 291°. Donc, par voie maritime, il n’y aura que 69° à traverser.
 
L’une des motivations de Christophe Colomb réside dans la volonté d’étendre la foi chrétienne aux populations nouvelles. Ainsi, le prologue du Journal de bord indique clairement que Colomb veut rencontrer le Grand Khan pour l’amener à se convertir au christianisme. Colomb s’inscrit là en plein dans le contexte de son époque : en 1492, la Reconquista, commencée au Moyen Age, est achevée, et les Juifs ont été expulsés d’Espagne. Il ne restait plus qu’à parachever l’œuvre en convertissant de nouvelles populations. Et, dans la lettre que Colomb écrit à son retour en 1493, on peut lire : « toute la chrétienté doit se réjouir et faire grandes fêtes et rendre grâce à La Trinité […] pour l’agrandissement qui résultera de la conversion de tant de peuples à notre Sainte foi. »
 
Les croyances médiévales aux monstres, qui remonte au moins à Isidore de Séville, sont une réalité chez Colomb. Ce dernier s’attend à découvrir la géographie imaginaire décrite depuis des siècles par différents auteurs. Par exemple, le 4 novembre 1492, il croit comprendre que les indigènes lui parlent d’une région habitée par des cyclopes et des cynocéphales.
 
Mais la découverte qui tient le plus à cœur Colomb est celle du paradis terrestre. Là encore, il s’inscrit dans la tradition médiévale. L’idée chrétienne de l’existence du paradis terrestre, c’est-à-dire du jardin d’Eden préservé du péché originel, remonte au Moyen Age. Elle s’est greffée sur une croyance remontant à l’antiquité selon laquelle à l’ouest existerait un monde étrange, mystérieux, inconnu. Les anciens Égyptiens n’enterraient-ils pas leurs morts à l’ouest du Nil, là où le soleil se couche, là où il meurt ? Ainsi, avec l’amalgame, des auteurs médiévaux ont développer l’idée selon laquelle le jardin d’Eden se trouve à l’ouest. En partant à l’ouest, c’est aussi le paradis terrestre que Colomb va chercher. Et il croit l’avoir trouvé en Amérique : les habitants de cette terre n’éprouvent aucune honte, aucune gêne à être presque nus – comme Adam et Ève ; ou ils échangent volontiers de l’or contre des marchandises de faible valeur, comme si le matérialisme tant dénoncé par le christianisme ne les avait pas atteint…
 
De surcroît, quand Colomb pénètre dans l’embouchure de l’Orénoque, lors de son troisième voyage, il constate que les eaux douces s’avancent très loin dans la mer : c’est le signe que l’on se trouve en présence de l’un des quatre fleuves de l’Eden. Colomb note également qu’en s’approchant de ces terres, « les navires s’élèvent doucement vers le ciel et on jouit d’une plus douce tempérance », signes que l’on touche de près le paradis terrestre.
 
Et plus Colomb découvre de nouvelles terres, plus il recourt à des arguments d’autorité comme pour conformer ses découvertes à ses croyances préétablies. Ainsi, en 1501, il déclare : « Pour l’exécution de l’entreprise des Indes, je n’ai tiré profit ni de la raison, ni des mathématiques, ni des mappemondes, ; simplement ce qu’avait dit Isaïe s’est réalisé. » La posture de Christophe Colomb est donc antiscientifique : au lieu de se plier aux faits et de modifier sa « théorie », il plie les faits pour les adapter à ses croyances.
 
 
Le début des Grandes Découvertes
 
 
En ce sens, la découverte de 1492 s’inscrit dans l’époque médiévale. Mais, en même temps, elle provoque un tel bouleversement qu’elle marque le début d’une nouvelle époque – le commencement de la période moderne est traditionnellement marqué par cette date.
 
En effet, la « découverte » [2] de l’Amérique lance l’ère des Grandes Découvertes, encore que celles-ci avaient déjà commencé avant avec l’exploration des côtes de l’Afrique. Mais pour la première fois, en 1492, toutes les régions du monde sont reliées entre elles : c’est la première véritable mondialisation qui s’ouvre avec l’expédition de Christophe Colomb.
 
De nombreuses autres expéditions suivent celles de Colomb. D’abord pour tenter de trouver un passage pour rejoindre l’Asie. Ensuite, pour exploiter les richesses de la région, en particulier l’or et l’argent. Des colonies se formeront sur le continent américain, principalement espagnoles, portugaises, françaises et anglaises. Surtout, cette mondialisation se traduira par un commerce terrible, celui des esclaves noirs d’Afrique, le fameux commerce triangulaire. Les Indiens d’Amérique également, sont réduits en esclavage.
 
De plus, il ne faut pas oublier que les expéditions nouvelles lancées à partir du XVe siècle ont pu avoir lieu aussi grâce aux progrès de la navigation. Et ces progrès vont encore continuer aux XVIIe et XVIIIe siècles. Des cartes du monde nouvelles seront dressées, permises par les voyages des explorateurs. Une connaissance plus précise du monde va émerger progressivement. Ainsi, 1492 marque bien l’entrée dans la « modernité », dans l’époque moderne. Cet événement constitue donc à la fois une continuité et une rupture : continuité avec la culture médiévale de Colomb ; rupture avec le bouleversement radical des représentations du monde que l’on se faisait jusqu’alors. Ainsi, Todorov, dans son livre [3], a bien vu que c’est la mentalité médiévale de Christophe Colomb qui lui a permis d’ouvrir l’époque moderne.
 
Ainsi, Christophe Colomb est l’héritier des savoirs et des croyances médiévaux. Son entreprise s’inscrit dans l’époque médiévale. Mais elle marque en même temps le début de ce qu’on a appelé les Grandes Découvertes. Finalement, une formule pourrait résumer les explorations de Christophe Colomb : il « aura donc trouvé ce qu’il ne cherchait pas et n’aura jamais su que ce qu’il avait trouvé n’était pas ce qu’il cherchait ». [4]
 
 
 
 

[1] La ville de Grenade était le dernier bastion musulman dans la péninsule Ibérique. Elle tombe en 1492.
 
[2] Le terme découverte connote une vision européocentriste de l’événement. L’Amérique a été peuplée d’abord par les peuples d’Asie qui avaient traversé à pied le détroit de Béring à l’époque où ce dernier était gelé.
 
[3] TODOROV, Tzvetan, La Conquête de l’Amérique, la question de l’autre, Paris, Le Seuil, 1982.
 
[4] BASCHET, Jérôme, « Pourquoi Christophe Colomb est parti en Amérique », in L’Histoire, mars 2005, n° 296, p. 42.
 
 

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Published by Léon Cahlinel - dans Analyse
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commentaires

machin bidule 21/03/2017 09:50

hu

truc 21/03/2017 09:48

chadore chadère che valide

lisa 21/03/2017 09:47

trop bien

anonyme 15/12/2016 18:00

a chier

ANONYME 05/06/2017 17:24

Comme toi pd

anonyme 18/11/2016 14:44

nul

mauri 06/12/2016 18:50

banane pouri